2014-2015

2 décembre.

La médiocrité, la bêtise, la superficialité sont l’apanage de la jeunesse actuelle, les 15-27 ans dont les principales sources de vie sont la cigarette, le portable et la fête. Je côtoie quotidiennement la première tranche, les 15-20 ans, tous les jours dans le lycée prépa où je travaille à perdre mon temps, ma santé, ma vie. Je suis entouré d’êtres (auxquels il faut rajouter les collègues) mais je suis seul. Seul à exécuter mes tâches, à préparer des choses, à anticiper, à inscrire, à négocier, à encaisser, à sanctionner, à préparer, à écrire, à répondre, à attendre. La foule qui m’entoure ne sert qu’à corroborer ce pour quoi j’officie. Et même lorsqu’un sourire, une approche ou un croisement interfèrent dans la banalité de ma fonction, le cadre hiérarchique, hypocrite, organisé, implanté, directif, empêche toute incursion de l’intime, du secret, de la rencontre, pire, de la transgression. Même les sourires de O. ou les regards en coin de C. ne changent pas la traversée de ma journée où je retrouve seul mon ordinateur, mon plateau repas, mon métro, ma maison. C’est à mourir d’ennui et de désespoir mais la nature nous fait tenir face à la crainte de la mort et de la maladie. On se contente d’un peu de tennis, de lecture et d’espoir. C’est donc dans l’enfer de ce contexte qu’une jeune fille de terminale ES, S.D, sorte d’ectoplasme antidialectique qui se prend pour Naomie Campbell, me sort cette sentence définitive alors que je lui remettais une tablette pour qu’elle s’exerce sur un logiciel d’anglais : « Monsieur, est ce que je pourrai avoir un ordinateur, les tablettes me font plisser les yeux ce qui me créée des rides ?» « Et quand tu évites les merdes de chien, tu ne plisses pas les yeux ? » ai-je répondu comme seul contre-argument à son âge déjà soumis au vieillissement et à son esprit soumis au dépérissement.

3 décembre.

L’esprit français.

Pris d’une poussée de rectocolite hémorragique dans le métro sur la ligne 5, je sors à Gare du Nord pour me précipiter sur les toilettes publiques à 70 centimes quand j’aperçois un laboratoire d’analyse. Je demande si je peux emprunter les WC, et la responsable me scrute de la tête au pied pour voir si elle n’a pas affaire au clodo du coin, en me disant qu’il y a des toilettes plus loin. Elles sont payantes rétorque-je. Et là, pris d’un réflexe de grande générosité, elle me dit : « D’accord mais c’est exceptionnel ! » Pauvre France, pauvre femme qui du haut de son petit pouvoir péteux m’accorde ce grand privilège d’utiliser les toilettes de son laboratoire qu’elle n’utilise même pas ! L’esprit français dans sa grande tradition de rejet et de mépris devant un type de 36 ans qui va se faire dessus. Je l’envoie paître lui disant qu’elle est cinglée et prends la direction du métro. « Mais j’ai dit oui ! », entends-je au loin. Mais je ne tiens plus et trouve le premier bar du coin. Le type me dit ok, mais vous prenez une consommation. L’esprit français dans sa deuxième étape. L’affaire finie, je lui dis que je ne peux rien avaler mais que je suis prêt à le dédommager. 1 euro lui suffira apparemment. Grande générosité du gérant de bar. La plupart du temps des beaufs première catégorie obsédés par la rentrée d’argent. Aucun scrupule à prendre un euro devant un type malade qui en vient à mendier des chiottes.[1]

 

[1] . Quelques jours plus tard, déscendant du métro en panique, j'optais pour le premier bar d'ouvert et le type de me refuser purement et simplement l'entrée. L'esprit français dans sa troisième étape.

6 décembre.

Je cherche des livres de Roger Peyrefitte découvert grâce à Montherlant il y a longtemps (leur correspondance est quelque peu indélicate) mais surtout grâce à l’adaptation de Delannoy des Amitiés particulières, film admirable par bien des points. Je vais à Gibert qui n’en possède aucun, pas même d’occasion traînant dans des bacs. Le lendemain, je scrute le catalogue de la bibliothèque de P. Pas un livre, même Les Amitiés particulières n’y figure pas. Le type est mort deux fois. Une première fois en 2000 à l’âge de 93 ans. Puis en 2014 alors qu’aucun de ses livres n’est disponible, même ses classiques ! Reste Internet et les bouquinistes évidemment mais pour un écrivain qui a abandonné la diplomatie pour vivre de son écriture, c’est assez tragique d’avoir disparu des rayonnages littéraires. Ses mœurs y étant à mon sens pour quelque chose. On aime les rebelles au XXIè siècle, ceux financés par le ministère de la Culture ou la télévision privée. Mais les subversifs mondains et infréquentables qui couchaient avec des préadolescents, c’est beaucoup plus délicat !

7 décembre.

Entre maux de ventre et nausées, je reste cloîtré à l’abri du froid et m’enchaîne deux films. 24 jours d’Arcady et Salaud, on t’aime de Lelouch. Deux styles différents certes mais qui promènent ma journée de samedi, loin de la trivialité de la semaine de travail. Le premier raconte le calvaire, l’enquête et la dramatique situation des parents Alimi, témoins passifs et impuissants du kidnapping, de la torture puis du meurtre d’Ilan, jeune homme juif victime d’un guet-apens orchestré par le Gang des Barbares (démantelé puis arrêté peu après). Cinéaste communautariste peu subtile, Arcady n’évite pas les ralentis, les crises d’hystérie, mais reste sobre et adopte un ton assez légitime (malgré les clichés habituels et les invraisemblances : Testud en négociatrice bourrain, Zabou en mère courage, etc.) qui donne au film un aspect plutôt convaincant (surtout qu’ils nous épargnent en partie les tortutes infligées à la victime). L’ennui, c’est que le cinéaste développe la thèse de l’antisémitisme (en gros, le film doit créer l’alerte, relayé par la communauté juive), notamment à la fin où le personnage de Zabou en fait un combat idéologique. Certes le type (décrit au début du film comme peu sympathique : il se fiche du cadeau que lui fait sa mère, ne pense qu’à sortir, mentant et trompant sa copine, vivant au crochet de la mère alors qu’il bosse, ne fichant rien dans la maison, etc.) est enlevé parce qu’il est juif et que les ravisseurs pensent que sa communauté riche va payer la rançon. Mais aucun propos antisémite n’est relevé, le ravisseur dégénéré ne s’exprimant que par des « enculés, bâtards, fils de pute. ». Du coup Arcady se veut le représentant d’une cause que lui-même ne défend aucunement dans son film ! Et il va le défendre ainsi dans les médias !

Pire, le dernier film de Lelouch vaut son pesant de cacahouettes. Lui qui pouvait être subtil jadis : Vivre pour Vivre, Mariage et même Toute une vie, nous fait un film avec Johnny et Eddy Mitchell d’un ridicule assumé. Hallyday est un ancien photographe de guerre qui prend sa belle retraite en achetant un chalet immense et en se tapant l’agent immobilière (jouée par Bonnaire dans un rôle habituel de cruche aux gros seins). Queutard fertile il a engrossé 4 femmes et veut recevoir ses 4 filles éparpillées partout en France et qui ne le portent pas vraiment dans leur cœur. Le copain médecin (joué par Eddy Mitchell) leur fait croire qu’il est mourant et toutes rappliquent à la montagne (dont une en hélico !). Ensuite, c’est repas sur repas, plans sur l’aigle qui observe de haut ces cons d’êtres humains, conversations stériles (sur la fertilité du père qui annonce l’existence d’une cinquième sœur jouée par une Kapriski ridicule prenant l’accent espagnol provoquant le drame du film !), crise d’hystérie des frangines aussi stupides l’une que l’autre, jusqu’à ce que notre reporter soit retrouvé pendu pas loin de la cascade où se baignaient à poils les quatre sœurs ! Bonnaire enchaîne un second deuil (scènes de crises de larmes à mourir de rire tant la redondance est choquante) quand Mitchell avoue que c’est en fait un meurtre peut-être orchestré par ses filles. Mais c’est en fait un méchant chasseur qui a buté notre Johnny national après une dispute et qui a maquillé le meurtre en pendaison (ça tombe bien, Jojo avait pris une corde sur lui en allant chercher ses filles à la cascade !). On sait que les acteurs découvrent le scénario le jour même de la scène, mais là Lelouch sénile et faussement sensible, n’en avait pas écrit du tout. Il a dû leur dire : « Débrouillez-vous, faites les acteurs dans ce cadre magnifique, vous verrez, ce sera génial, c’est ça la magie du cinéma ! » Les scènes où Johnny et Eddy philosophent derrière une fenêtre en regardant la pluie ou encore chantant devant Rio Bravo sont ectoplasmiques ! Bref, week-end artistique compliqué.

8 décembre.

Un écrivain allemand important soutient les gens comme moi, ceux qui dégueulent le travail en général et le leur en particuliers : Il est tellement rare de voir ce genre de réflexion dans la littérature actuelle si l’on excepte les ouvrages sociologiques sur le travail.

« On peut craindre que bon nombre de personnes, en fait, détestent le travail qui les requiert, jour après jour, durant des décennies. Nul ne sait le nombre de ceux qui n’aiment pas leur emploi. Aucune statistique ne prend en compte ni n’exprime ce que ressentent les salariés. Quant aux sondages, on sait qu’ils sont aléatoires et que les sondés hésitent parfois à avouer leur non-conformisme.

Seule chose certaine : beaucoup de boulots – il y aurait quelque exagération à parler de professions –, peut-être même la plupart des boulots sont mortellement ennuyeux, répétitifs, dépourvus de perspectives. On en trouve des traces dans les dossiers de l’Assurance-maladie : ceux-ci nous parlent de dépressions, de burn out, de harcèlement moral et des mille et oppressantes intrigues de la vie de bureau.

Un emploi assuré passe pour préserver du déclassement et de la misère. Faut-il, pour autant, ne pas prendre en compte ces grands ou petits enfers d’un travail qu’on ne supporte pas ? Indispensable pour avoir sa place dans la société, le boulot n’en est pas moins exécré. Nombreux sont ceux qui à bout de fatigue, éprouvent l’irrésistible sensation de tourner une fois pour toutes le dos à l’entreprise, à la hiérarchie, au bureau ou à l’usine. »

                                                                                                                 Hans Magnus Enzensberger, Le Panoptique, 2012.

Merci Hans Magnus, auteur du magnifique Hammerstein.

11 décembre.

Dans une émission littéraire mondaine que diffuse France 5 le mercredi, François Busnel, type consensuel et insupportable, présente une liste de 20 livres choisis par la rédaction ou peut-être un public de lecteurs, peu importe, mais où se mélangent Paulo Coelho avec Albert Cohen ou encore Harry Potter avec Dostoiëvski, c’est dire l’intérêt du classement. Pire, pour introduire les Fleurs du mal qui arrivent dans le top 10, il dit : « Et voici un poète du XXIè siècle qui va nous lire un poète du XIXè siècle, j’ai nommé : Grand Corps Malade. » Et en même temps, il a raison de présenter cela ainsi : c’est bien évidemment la littérature du XXIè qui présente celle du XIXè…

24 décembre.

Une photo où Depardieu pose en mars dernier devant la tombe de Patrick Dewaere à Saint Rémy du Lattay mérite sa place ici. Depardieu n’a jamais vraiment évoqué Dewaere, et l’on ressort sempiternellement les passages qui lui sont consacrés dans Lettres volées (1988). On ne sait pas grand-chose sur leur rapport. Je pense qu’en dehors des deux tournages célèbres et du café de la gare, ils ne sont pas trop fréquentés. Chose curieuse qu’en 2014, le gros Gérard de 65 ans se recueille tristement devant la sépulture de son camarade qui se suicidait en juillet 1982 d’une balle de fusil dans la bouche. Je joins ce que j’écrivais sur mon passage à Saint Rémy du Lattay en 2007 avec mon ami  Edouard (que j’appelais Francis dans mon roman) lors d’une randonnée en vélo. Je m’adressais alors à Caroline Langlais. perdue depuis 3 ans et qui obsédait mes pensées cyclistes:

 22 août 2007: Patrick.

La perte d’un être cher se confond avec la perte du réel. Comme il est difficile à présent de te savoir encore parmi les vivants quand on compte les absences avec les doigts. Les vacances s’achèvent, une rentrée s’annonce, rien de bien rassurant, toujours du silence, et ton devenir poussiéreux pénètre à peine dans les recoins de ma conscience. Moi qui croyais penser à toi avant d’entamer ma célèbre « rando vélo », sur les chemins caillouteux des bords de Loire, et bien il n’en fut rien, malgré le paysage désertique qui défilait. Je me concentrais sur la route et la vitesse de mon véhicule à deux roues en pensant à l’étape importante de mon circuit : Patrick Dewaere. Un moment donc, à Saint Rémy du Lattay, je me suis retrouvé seul devant la tombe de cet homme disparu. Francis, conscient de mon rapport aux disparus et de l’importance que représente l’acteur pour moi, m’a laissé me recueillir. Il attendait devant, sur son vélo, accoudé à un poteau. Dans ce petit cimetière perdu du Loiret où pas un bruit n’atteignait les murs, je fixais la pierre tombale du comédien. Je ne parvenais pas à intégrer cette séparation brutale avec les êtres. Mais cette dalle, ces plaques commémoratives saluaient la mémoire d’un homme achevé par ses démons. Un type qui s’est fichu une balle de 22 long rifle dans la bouche qui l’a déposé tout droit dans ce caveau vieux de 25 ans. 25 ans de mort et le silence autour pour bien montrer comment les années passent. « Tout ça à cause d’une femme. », me disais-je, une femme qui vit pendant que tu meurs depuis 25 ans. Sans un bruit, mais avec des souvenirs à chaque coin de rue. Je pensais un peu à nous en dépassant le portail grisâtre de l’entrée. A nous qui allons mourir sans nous revoir. Je repris le vélo puis pédalai, tout en me retournant vers Patrick qui dormait, soulagé de trop nombreuses tristesses, jusqu’à ce que je ne puisse plus apercevoir le petit cimetière de Saint Rémy du Lattay.

 

26 décembre.

En juste conclusion de cette année crétine, I-Télé finit par licencier Eric Zemmour en supprimant « Ça se dispute » la seule émission où l’on laissait libre cours à un esprit dialectique, et ce depuis 2003. C’en est trop pour l’esprit journaleu-libéro-bourgeois-festif, 350000 exemplaire du Suicide français, une tribune hebdomadaire pour Zemmour qui humiliait Domenach, le rebellocrate estampillé Canal + ; c’en était trop pour eux qui justifient l’arrêt en scandant que Zemmour s’en servait comme tribune idéologique, ne permettant plus aucun débat, et ne laissant pas le pauvre socialo-festif s’exprimer. En même temps, il était curieux de voir I-télé, filiale de Canal + (que l’on devrait nommer P-télé tant les publicités sont incessantes et longues) être l’employeur d’un journaliste qui crache sur cette chaîne qui pour lui est le symptôme de l’époque. La boucle est bouclée. Ils vont nous mettre Askolovitch/Domenach histoire qu’on soit bien dans la rebellocratie libérale ou peut-être Audrey Pulvard dont l’événement de l’année selon elle (à part la sortie de son livre sur les féministes !) est la mort de Rémi Fraisse, militant écologiste tué accidentellement par une grenade offensive lors d’une manifestation écologiste au barrage de Sivens! C’est dire sa vision géopolitique.

 

 

2 janvier 2015.

On se recueille devant la tombe des génies que l’on n’a pas connus mais que l’on respecte infiniment pour leur œuvre et leur mort mais où peut-on se recueillir devant la mort d’une amitié causée par la bassesse d’une âme aussi vile qu’égoïste, aussi médiocre que banale ? Je vous le demande; où s’incliner devant la tombe de 20 ans d’amitiés qui ont laissé place à la vulgarité d’un mépris, la médiocrité d’un seul homme que sa seule biologie range aux côtés des autres hommes ? Nous commencions bien la médiocrité, la pire, cette fois, celle d’une amitié privée qui se rompait sur de la lâcheté et du déni d’imbécillité. 2015 pouvait nous rassurer, elle nous montrait à quel point la bassesse est inscrite partout et qu’elle a bravé nos paillassons.

9 janvier.

Je suis un con.

Le 7 janvier peu avant midi, deux islamistes djïadistes pénètrent dans la rédaction de Charlie Hebdo et exécutent 12 personnes dont Charb (directeur du journal), Cabu, Wolinski, Honoré, Tignous et Bernard Maris. Deux policiers meurent dans la tuerie dont celui qui protégeait l’équipe depuis quelques années (bizarrement posté à l’intérieur du journal). Très vite, les vidéos circulent et les chaînes télé ne parlent que de cela, en direct et en boucle. L’acte est inédit (tuer des journalistes en France, en fait des caricaturistes, des polémistes et des artistes) et d’une violence considérable. Mais très vite le massacre est récupéré autour d’une solidarité nationale elle-même orchestrée par les médias et les groupes de communication. Une banderole Nous sommes tous Charlie (en référence aux attentats du 11 septembre où tout le monde scandait Nous sommes tous américains ou Nous sommes tous new-yorkais), puis Je suis Charlie surgissaient des rassemblements de toute la France. Les témoignages des survivants, des proches défilaient sur tous les plateaux comme une funeste promotion. Philippe Val, l’ancien directeur du journal, Madénian qui devait assister à la réunion, Peloux qui était arrivé en retard à cette réunion et qui a échappé au massacre ; en pleur le lendemain, vindicatif le surlendemain. Au-delà de l’émotion intense, de l’aspect choquant et révoltant, de la violence d’un tel massacre et de la folie meurtrière des deux assassins  recherchés encore ce 9 janvier mais suivis à la trace (à l’heure où j’écris les deux hommes ont pris en otage une imprimerie à Dammartin-en-Goële[1]), c’est le message qui en ressort. La liberté d’expression doit triompher, il ne faut pas confondre l’islam et les intégristes, Charlie Hebdo va paraître la semaine prochaine à un million d’exemplaires, les républicains sont attendus pour manifester (mais on demande à Marine Le Pen de ne pas trop se montrer…). Encore une fois, ce sont les bobos libéraux-libertaires qui dictent ce que doit être la tolérance et la liberté dans notre pays mais Marine Le Pen est écartée de la manifestation de même que Zemmour vient de se faire virer d’I-télé pour sa liberté d’expression ; un an plus tôt c’était Dieudonné ! Deux poids deux mesures avec les bobos. Si la fusillade avait été perpétrée chez Minute, pas sûr que tout le monde se soit baladé dans la rue avec son autocollant Je suis Minute ! Et comme le dit si bien mon ami E.V.D.H. en s’autoproclamant ainsi, on affirme qu’on est libertaire et anticlérical ! Quel est le rapport avec le respect et le recueillement que l’on peut éprouver pour les victimes ?

 

 

Hier lors d’un rendez vous médical, la secrétaire avait son autocollant Je suis Charlie (décliné dans tous les pays, dans toutes les langues et sur les réseaux sociaux où fleurissent également les endoctrinement djïaidistes) comme un pin’s MacDo. La bêtise de la communication vient récupérer l’horreur d’une tuerie sauvage et inédite. Que garde-t-on de tout cela ? De l’indécence une fois de plus où le recueillement n’est plus possible devant la priorité à l’émotion filmée et au direct des interventions policières. (vidéos amateurs où l’on voit se faire massacrer un policier ou encore celle du raid porte de Vincennes durant un autre attentat  parallèle qui a fait 5 morts, 5 juifs.)

Dans mon club de tennis où j’ai entraînement le soir, le professeur décrète l’annulation pure  et simple du cours sous prétexte qu’il n’a pas la tête à jouer au tennis ! Trois joueurs du groupe annoncent avant l’annulation qu’ils ne viendront pas, que leur adolescence a été fusillée, qu’ils ne veulent plus faire de tennis ! Quand l’émotion stupide vient relayer l’outrance médiatique, on commence à réfléchir…

L’ironie du sort, c’est le dessin de Charb publié le jour même de la tuerie et qui faisait partie des premiers types français à exécuter sur la liste noire d’Al-Quaïda. Et l’on apprend que Jannine Bougrab, ancienne secrétaire d’état sous Sarkosy qui vient témoigner également sur les plateaux était sa compagne.

Bref, entre le 7 et le 9 janvier, on dénombre 17 morts côté civils et 3 côté islamistes, tous tués par balles en pleine journée à Paris.

 

 

 


[1] . Ils devaient être abattus plus tard dans la journée par le GIGN.

10 janvier.

Ce qu’il y a de terrible dans un tel drame, ce sont les conneries que l’on entend de la part des journaleux. Audrey Poulvard, la pouliche féministe bobo insupportable, critiquant le fait qu’un journaliste de BFM TV ait interviewé par téléphone l’un des terroristes, déclare solennellement que c’est de leur responsabilité de montrer ou de ne pas montrer les images ou les commentaires qu’ils font. C’est dire l’importance que cette anorexique mentale a dans ce pays en tant que rédactrice en chef ou journaliste ! En effet, il revient à ces êtres décérébrés mais idéologiquement engagés (féminisme, socialisme, antiracisme, etc.) de faire l’actualité sur les chaînes généralistes ; et du coup de censurer ou de montrer en fonction de leur propre déontologie (quand on voit celle de TF1, France 2, I-télé et BFM, on ricane…) les faits de l’actualité. Ces abrutis de reporter diffusaient même en direct des infos que les ravisseurs ne devaient surtout pas entendre ! Personne ne dit que le ministère de l’intérieur avait retiré la voiture de police placée devant le bâtiment de Charlie Hebdo quelques semaines plus tôt…

Soral qui twitte comme un malade, lui aussi, tout comme Nabe, il y a trois ans, appelait au complot sur l’incendie de Charlie Hebdo (vendu au système américano-sioniste) pour se faire de la pub, ne peut que rendre hommage aux victimes aujourd’hui (alors qu’il disait en 2011, je cite : « qu’ils crèvent… ») tout en boycottant la manifestation prévue le 11/01.

Beaucoup de confusions donc alors que tournent en boucles les images des trois derniers jours à la télévision et le portrait abject des trois terroristes qui à leur tout deviennent leur propre caricature black beurre beurre !

12 janvier.

Hier les manifestations monstres envahirent les grandes villes de France dont Paris (1.5 millions de personnes, pas vu depuis la libération nous disent les médias, en fait depuis la victoire de la coupe du monde 98 oublient ces ignards puisqu’il y avait plus de monde qu’en 1945). Du criminel de guerre Netanyahu à Merkel en passant par Hollande, tout le monde répond présent au nom de la liberté d’expression. Et puis Dieudonné qui sort aujourd’hui un « Je me sens Charlie Coulibaly. » plutôt comique et non dénué de sens après être revenu de la manifestation et le voilà mis au bûcher par les mêmes qui scandaient une heure plus tôt le droit à la liberté d’expression ! Ces mêmes Charlie Hebdo qui acceptaient de rire de tout et d’aller loin dans la caricature étaient encore trahis par toute cette récupération non pas républicaine (Netanyahu est-il républicain ?) mais libérale-libertaire-religieuse ; drôle de combustion. Du coup les grands républicains de la liberté d’expression en la personne du ministre de la défense, homme ingrat sans prestance, enclenchait direct contre Dieudonné une charia procédurière.

Les télés en bouclent ont diffusé les images de la manifestation en interrogeant les passants, aussi banals que prévisibles ; en butant de temps en temps sur des gens lucides qui voulaient qu’on arrête cette dérive religieuse… 12h de manif et pas un sujet sur ce qui se passait dans le monde depuis trois jours. La chaîne Charlie Hebdo naissait dans cette marche où ni recueillement, ni silence n’étaient visibles mais des cris, et de la joie. Ce qui devait être une marche funèbre (vu les circonstances) redevenait comme prévu une procession festive et politique.

Les proches des victimes sont interviewées. La femme de Charb, de Wolinski. Tout le monde y va de son slogan car la télé maintenant fait partie de l’intimité des gens. On se confie à la télé là même où les amitiés disparaissent. On parle à une caméra à défaut d’un ami !

Dans ce tohu-bohu médiatico-religieux, je n’ai qu’une pensée. Je m’imagine en boucle ce qu’ont du ressentir ces 15 personnes, autour de cette table, mises en joue par deux cinglés armés de kalachnikovs hurlant des mots en arabe avant de demander qui est Charb (s’est-il dénoncé, quelqu’un l’a-t-il dénoncé, puisqu’il  a été abattu en premier ?) puis de tirer dans le tas (Wolinski est mort de deux balles dans le thorax nous précise sa femme.). Comment sont-ils passés émotionnellement d’une réunion banale de rentrée à la vue de ces fous de Dieu qui annonçaient leur mort par balle ? A quoi ressemblait cette salle une fois la boucherie terminée. Comment ont-il pu rater certaines cibles ? A quoi ont-ils pensé en voyant Charb se faire exécuter ? Tout s’est évidemment passé très vite, mais le cœur réagit très vite à la moindre alerte ? Comment a réagi leur cœur avant d’être troué par les balles ?

14 janvier.

En ce funeste jour balavoinien, I-télé, dont l'irremplaçable beauf Bruce Toussaint, appelle les acheteurs de Charlie Hebdo, qui sort aujourd'hui à 3 millions d'exemplaires[1] (au prix de 3 au lieu de 2 euros…), à se prendre en photo avec et de la balancer sur Internet, il y a déjà des ruptures de stock... Pendant ce temps Dieudonné est en garde à vue pour apologie du terrorisme (et liberté d'expression (!)). Et je vois cela en m'abreuvant de produit préparateur à ma coloscopie de cet après-midi. Jour à chier de toute évidence...