2017 Avril-Juillet

26 avril.

Guérin et Calet.

Après avoir souffert à la lecture de La Guerre des écrivains de Gisèle Sapiro, ouvrage très documenté sur les publications durant les années 1940-1953, mais extrêmement pompeux, redondant et sans éclat d’érudition sur la petite guéguerre des écrivains, il est si plaisant de retrouver deux auteurs qui sont loin des études universitaires et qui pourtant sont tellement percutants sur leur époque (jamais cités du reste par la chercheuse au CNRS !). Raymond Guérin que j’affectionne depuis quelques années et Henri Calet que je n’ai jamais réussi à lire (J’ai abandonné coup sur coup Le Bouquet, La Belle Lurette, Monsieur Paul pourtant encensés par Guérin. Je trouve son style très plat et ses confidences peu passionnantes, à l’image peut-être de l’être qu’il semblait refléter. ) sans ennui. Leur correspondance (1938-1955) témoigne de temps d’intelligence, de lucidité, de générosité, de simplicité et de talent que la lecture de leurs lettres me sort un temps de la poisse professionnelle, électorale et existentielle du moment. Au travail, je me dérobe, je me cache et continue ma lecture, dans les transports, chez moi en rentrant. Guérin y est toujours véhément, incompris mais si lucide sur les siens, son œuvre et le monde littéraire parisien. Calet est plus distant (on dirait même qu’il se méfie de Guérin, s’étonnant même que ce dernier s’attache à lui ; craint-il un nouveau Conrad Tericand ?!), plus elliptique, plus consensuel, plus distant, moins révolté. Les deux écrivains semblent peu se voir (Calet ne souhaite pas passer plus d’une journée lors de son premier séjour à Bordeaux chez Guérin en août 1945 puis refuse les invitations nombreuses de son correspondant. Comportement bizarre que quelques lettres ne peuvent expliquer d’autant plus qu’il voyage quand même, notamment en Afrique.), mais discutent littérature, amitié, après-guerre. Ils parlent de leurs propres productions et de la réception qu’ils font de celle de leur correspondant avec sincérité et respect. Les thèmes abordés sont plus soignés et poignants que dans Les lettres à Sonia où le pauvre Guérin était emprisonné en Allemagne et tournait quelque peu en rond sur ses demandes de colis. Les deux amis sont nés et morts quasiment en même temps (assez jeunes du reste, la cinquantaine ; et Calet d’apprendre la mort de son ami dans les journaux…). Et cette photo comme magnifique preuve d’amitié et de souvenirs terrassés en moins d’un an. Guérin y est grand, filiforme, au visage creusé mais marqué par une apparente générosité. Calet, plus petit, fait fonctionnaire mystérieux et sensible. Du bonheur et de la gravité d’écrivains aperçoit-on 72 ans après ce cliché (pris par Sonia ?). Que cette correspondance puisse être redécouverte par tout lecteur conscient de la rareté d’un tel échange. Et que ces deux grands personnages littéraires soient félicités pour leur courage et leur travail. Il est impensable aujourd’hui d’entretenir une telle amitié et une correspondance si touchante avec quiconque…

Guérin et Calet à Bordeaux le 30 août 1945.

27 avril.

Comme il était prévu, la machine médiatique et politique s’emballe en s’autoproclamant front républicain et s’unit (bien que moins clairement qu’en 2002 avec une partie de l’électorat Fillon et Mélanchon qui s’abstient de donner une consigne de vote) pour lutter contre la menace fasciste. Je suis tout de même surpris de ne pas apercevoir de manifestations monstres contre le FN, de ne pas voir Bernard-Henri Levy faire le tribun sur tous les plateaux. Reste que les journaux TV, en faisant croire qu’ils sont neutres et intransigeants, n’hésitent pas à appuyer sur les zones d’ombres lepénistes de même que les discours des Hollande, Macron, Valls ou Rafarin restent les mêmes sur la menace nationaliste. Bizarrement, le fait qu’une femme pourrait être présidente n’est jamais évoqué par les progressistes féministes qui nous cassent les pieds toute la journée avec la parité et l’inégalité entre les sexes. Marine Le Pen est si dégoûtante à puer la dictature qu’elle en perd son côté maternel et pas un mot n’est prononcé sur ce soi-disant progrès sociétal (contrairement à 2007 où l’élection d’une femme en la personne de Ségolène  Royal était un argument en soi !). Puis en rentrant, voici ce que je trouve dans ma boite aux lettres : Le classique billet des post-modernes libéraux qui nous gouvernent (en la personne du maire de ma commune). Quand la lamentable rhétorique rejoint la démagogie, on obtient ceci :