Fragmentations (Carnets)

Carnets 2004.

“Les maximes, les axiomes, sont, ainsi que les abrégés, l'ouvrage des gens d'esprit, qui ont travaillé, ce semble, à l'usage des esprits médiocres ou paresseux. Le paresseux s'accommode d'une maxime qui le dispense de faire lui-même les observations qui ont mené l'auteur de la maxime au résultat dont il fait part à son lecteur. Le paresseux et l'homme médiocre se croient dispensés d'aller au-delà, et donnent à la maxime une généralité que l'auteur, à moins qu'il ne soit lui-même médiocre, ce qui arrive quelquefois, n'a pas prétendu lui donner. L'homme supérieur saisit tout d'un coup les ressemblances, les différences qui font que la maxime est plus ou moins applicable à tel ou tel cas, ou ne l'est pas du tout. ”

Chamfort, Maximes, Pensées, Caractères, 1795.

 

“Et puis, l'écrivain, le grand, travaille, beaucoup plus dans le plan biologique que dans le plan moral et social. Comme la femme, il est habité par des tendances beaucoup plus élémentaires, beaucoup plus brutes que celles qui s'expriment, sous la forme différenciée des idées, dans le plan social. Il est attaché au monde des sensations et des sentiments, aux mouvements du sang et des nerfs; les mots les plus sûrs de son vocabulaire, ce sont: amour et haine, santé et maladie, vie et mort, souffrance et plaisir. Il s'occupe ainsi de l'homme naturel qui est sous l'homme social. ”

 Pierre Drieu la Rochelle, Préface à L'Amant de lady Chatterley, 1933.

 

Ces trajectoires fragmentées pour exprimer ce qui, à mon sens, fait lien entre ce que nous vivons et ce que nous écrivons. Ces pensées, ces aphorismes, comme on dit, sont puisés directement dans le corps des gens, dans leur substance visqueuse, sous leur air gluant, sous leur regard de haine et leur silence de chien, devant leur bouche qui lèche et leurs doigts qui s'agrippent, sous des abris bus, derrière une femme séduisante que nous espionnons ou après le départ d'un ami. “ Trajectoires ” parce que ces lignes construites au fil du temps parcourent les âmes en se dirigeant vers des corps en forme de mur de brique ou de soupirail. Elles s'emparent de moi, me harcèlent un temps, puis se crachent et se disloquent sous diverses formes, cisaillées, dentelées, éventrées, construites, ou jetées pêle-mêle sur papier timbré. Encre folle pour tristes pensées, secrètes injonctions pour vérités cachées, crachats de sang pour caillot de silence gonflant nos poumons comme des montgolfières. Rien ne s'étend plus que ces questions lancées dans le vide des consciences, dans l'inconnu des vies, ou le regard des morts. Réflexions sur un monde qui nous vomit des instants de grâce en attendant le seul instant fringuant, le flinguant moment de solitude.

Simon Anger, Préface aux Carnets, 21 décembre 2005.

 

 

 

 

Pourquoi vivre raisonnablement une vie dont l'absurdité est l'essence même?

Le suicide, seule manière de se séparer de soi-même. De se quitter pour de bon.

Un suicidé est quelqu'un qui ne supportait plus de se fréquenter sept jours sur sept, 24h/24.

Chaque rupture nous détache un peu plus de nous-même jusqu'à ce que le suicide nous en sépare définitivement.

Pas de juste milieu entre la femme amoureuse et la femme méprisante. Les deux sont excessives dans leur domaine et nous ennuient quelles que soient leurs manifestations (amour ou mépris selon l'heure).

Curieusement, j'ai toujours fait l'amour par amour, d'où une terrible frustration

Vivre au crochet d'une femme, d'une société; n'être là que pour le plaisir, par opposition aux doctrines sévères de l'époque: performance, travail, argent, solitude, inégalité, injustice, pauvreté, publicité, pouvoir, ambition, exclusion, etc.

Comment se peut-il? La mort est la composante de l'existence et tout le monde vit sans se prêter aux exigences de la disparition de l'être comme finalité première à tout ce que l'on entreprend.

Nous avons deux choix ici-bas: toucher l'être dans ce qu'il a de plus profond ou se supprimer. Choisir l'un puis, une fois blasé de toutes ces mascarades, la suppression radicale de soi.

Plus le temps défile et plus je délaisse l'être humain au profit des animaux. Dans la rue, ces femmes au nombril découvert et mon regard hagard se dirige directement vers le clébard qui les traîne.

Dieu que j'aime les chiens, n'importe quels chiens, tous les chiens. Les disgracieux comme les plus nobles, les gros bulldozers comme les infimes caniches. Match, Médor, Keiser, Dick, Sultan, Werner; j'en passe et des meilleurs. Leur bonne bouille, leur truffe à l'affût, leurs babines qui dégoulinent de plaisir, leur regard si mélancolique qu'on croirait qu'il cache un défunt au fin fond de leur âme mystérieuse. Le regard du chien est leur secret sur terre. Il dévoile tant d'humanité vraie que l'on devrait appliquer ce nom commun au profit des animaux seuls. Ils observent mieux que n'importe quel romancier, comprennent le monde mieux que n'importe quel psychologue et savent pourquoi ils sont sur cette terre. Le flair du chien dépasse l'intelligence de n'importe quel génie. Et quelle beauté, quelle majesté! Voir ces magnifiques chiens conduire un aveugle à destination me réconcilie avec le monde. Une soirée avec un chien ne peut jamais être décevante car le chien ne joue jamais de rôle. Il est lui-même, fidèle en amitié jusqu'à la mort. Il est grand devant la souffrance et face à la mort qui arrive, il se retire, se cache sous un meuble (pour ne déranger personne et par extrême humilité) et attend qu'elle vienne l'emmener au paradis des clebs. Jamais de décadence chez le chien. De la grandeur et de la tristesse de n'être que chien aux yeux des hommes.

Ce début de XXI ème siècle manque cruellement d'actes. Nous vivons essentiellement dans l'attente d'une mort lente.

Une femme qui nous quitte ne sait pas que l'on retrouvera strictement la même chose chez une autre. Ce qui nous manquera d'elle, ce sera justement notre ancienne présence en ses terres.

L'amour se termine par une dépression ou une indifférence sans borne. Là non plus, jamais de juste milieu.

Ne rien faire ici-bas reste la seule façon à peu près digne d'occuper son temps. Soigner, aimer, et puis créer pour transmettre; voilà l'essentiel.

On demande souvent à un écrivain: “ Comment écrivez-vous? ” Mais jamais : “ Comment n'écrivez-vous pas? ” Là est la vraie question. Que faites-vous quand vous n'écrivez pas?

Il y a chez certaines filles à peine majeures une seule caractéristique frappante: leur façon radicalement sexuelle de s'exposer aux yeux des gens. Elles n'existent à nos yeux que sexuellement comme si seules les femmes représentaient cet attribut.

Dans la solitude silencieuse et écœurante, une seule sortie: le désir assouvi.

Le sport et l'amour; les deux actes héroïques à échelle quotidienne.

L'adultère, dernière aventure moderne de notre temps, dernière religion, dernier acte éminemment poétique. L'adultère est une sorte de métaphore de l'acte d'aimer, une preuve d’un surplus d’amour.

La littérature se nourrit de son propre sang. Et puis elle se donne au premier venu pour quelques pfennig. Si écrire n'est pas se prostituer, la prostitution n'est que littérature. Même combat pour les deux; même plaisir futile et complaisant.

Puissance des mots: Je te quitte, va-t-en, je ne veux plus te voir, etc.

Impuissance des mots: Je t'aime, ne me quitte pas, reviens, je voudrais te revoir, etc.

Les seuls êtres fréquentables en 2004 sont les animaux (les chiens, les chats, les rouges-gorges, les poissons rouges, etc.) et les enfants. Le reste n'est que faune inhumaine, dénuée d'intérêt pour l'artiste; des débris méprisants qui se croisent sur des chemins de graviers.

La littérature est au langage ce que la sexualité est à l'amour : un domaine aussi supérieur que barbare.

On peine à définir la littérature; or c'est simplement du sang humain qui coagule dans un corps, puis sur un support. Rien de plus. C'est aussi l'épaisseur du langage dont le sens permet de mesurer l'étendue et/ou inversement.

Si je n'étais pas attiré par le corps des femmes, je crois bien que je ne parlerais à personne; sauf peut-être à quelques touristes me demandant leur chemin.

On écrit par défaut de vie. Les gens qui vivent pleinement n'ont nul besoin d'écrire. L'acte d'écrire, sous couvert de renommée artistique, n'est qu'un substitut illusoire.

Les mots, comme jadis les actes, commencent à s'enfoncer dans l'oubli. Il ne reste décidément plus rien. Bientôt, seule la tombe sera porteuse de vécu.

Le mensonge est absolument nécessaire pour un homme dans sa vie quotidienne, sentimentale surtout. Par contre, il est absolument condamnable en art. La littérature est la seule façon de dire le vrai, le réel et la sincérité ne peut s'absoudre de ce type de volonté esthétique.

Chaque acte de civilité est un chef d'œuvre artistique de nos jours tant il est rare.

La culture est affaire de politiques; l'art, des écrivains; d'où l'impossible renaissance de l'art en France depuis 30 ans et le triomphe de la sous-culture de masse depuis 1968. 

La seule façon de savoir si l'on aime une femme, c'est de voir qu'on la désire physiquement, que son absence nous pèse sans pour autant apprécier cette personne au sens moral du terme. Il y a amour lorsqu'il n'y a pas d'explication de cet amour.

Les personnes qui ont un chien m'intéressent grandement. Ceux qui ont un enfant beaucoup moins.

On apprend 1000 fois plus cinq minutes sur le corps d'une femme que 7 heures en bibliothèque; je ne cesse de le répéter mais elles me refusent ce droit au savoir.

Montherlant (qui a beaucoup écrit sur les quadrupèdes), en saluant la dignité de quelqu'un qui meurt en public s'excuser du dérangement, a oublié de saluer la mémoire et la force morale du chien qui, lui, se retire seul et se cache, loin des siens, pour mourir dignement, sans déranger personne.

La vie est simplement un avant-goût de la mort; une préparation plus ou moins longue à mourir. L'opposition entre ces deux états qui paraît très nette au début n'est en fait qu'un leurre (bien que surprenant, j'en conviens), un leurre qui induit une continuité absurde mais une continuité dans la tristesse.

Le désir est bien plus pervers chez une femme car son assouvissement dépend de la perversité de l'homme vis-à-vis du corps féminin. C'est l'acceptation du schéma inégal et de ce fait le moyen d'avoir du plaisir qui dépendent de la perversité masculine qui accompagnent la femme au plaisir charnel. D'où la différence plus nette des comportements sexuels entre les femmes qu'entre les hommes; ces derniers se rapprochant exclusivement du gorille en transe et les femmes d'êtres incompréhensibles.

La grandeur du chien, toujours la tête haute malgré les malheurs et le maître à côté qui porte mal son nom, triste et voûté. Heureusement que l'animal est là pour promener son voisin bipède et lui redonner un peu de dignité.

Le suicide avec l'acte sexuel sont les deux seuls arts qui mêlent à la fois existence et esthétique. D'où l'obsession de l'artiste pour ces deux mouvements de l'âme.

La résignation seule peut sauver un suicidaire de l'acte fatal. Tous ceux qui se sont flingués un jour ou l'autre ont manqué de résignation. Ils se sont suicidés parce qu'ils mettaient trop d'espoir dans la vie; c'est l'espoir qui a fini par les détruire.

Tout le monde se fiche de l'amour et de la mort. Les gens ne pensent qu'au couple et qu'au deuil. Eux seuls ont de l'importance à leurs yeux. Bien évidemment, ils ont tout faux.

Les femmes pleurent beaucoup pour libérer le trop de larmes de leur orgueil. Mais leurs larmes comme leurs mots d'amour ne sont pas salés; elles ont la mémoire courte. 

J'écris par attouchements.

Emmanuel Bove félicitait son fils lorsqu'il ramenait des mauvaises notes de l'école et lui interdisait de faire ses devoirs.

L'homme devient grand lorsqu'il se rend compte de sa petitesse.

La femme se caractérise essentiellement par le fait qu'elle ne se caractérise pas. Elle est elle-même dans ses grandes contradictions; dans l'amour fou, le mépris, l'absence et le silence. Elle excelle d'ailleurs dans ces trois derniers domaines. La force qu'elle puise en elle-même se déploie rarement pour l'autre mais contre l'autre. Son sens de la guerre est nul; de la haine est grand. C'est ce qui la condamne à nos yeux. La haine des hommes se matérialise par des guerres, des femmes par l'indifférence.  

Une femme se démène au présent: dans une relation, elle va passer par tous les états les plus scandaleux: les pleurs (la femme est une grande pleurnicheuse, une grande actrice aux larmes abondantes), les cris (l'hystérie est l'essence même du désir féminin), la bouderie, la fuite, le retour, les menaces, les explications, enfin la consolation. Elle s'y donne avec une telle détermination que l'on croit à ce moment qu'elle tient à nous. Mais la femme n'a aucun souvenir et tout ce qu'elle vous a donné durant la relation est oublié dès le moment où elle décide de partir et le silence définitif remplace ses cris et ses larmes. La femme ne vit que dans l'instant: le futur et le passé lui échappent totalement; et c'est ce qui forge son égoïsme et sa force morale. En cela, elle sort toujours victorieuse des lâchetés des hommes qui se concentrent essentiellement sur leurs souvenirs, incapables de vivre un présent toujours en deçà de leurs espérances.

Un homme qui voit une femme pense avant tout à la revoir. Une femme se contente simplement de le voir.

L'époque n'est plus à l'essai mais à l'aphorisme. Elle est bien trop inintéressante pour que l'écrivain se fourvoie dans une structure et un développement trop construits. Ses sujets sont d'une indécence telle qu'une seule phrase suffit à les rappeler et à les bannir.

L'indécence résume notre époque du point de vue de la politique, des médias, de la télévision, de la religion, de l'économie, et même de l'art. Ce mot, jamais employé par un opposant à cette société, est pourtant au centre du problème contemporain.

Lorsqu'un homme a réussi à assimiler son ennui, il est capable des plus grandes conquêtes de l'intime et de l'amour. En attendant, il souffre inexorablement de n'avoir encore accepté sa misérable condition.

Recommandations littéraires: Le Fichier parisien, Garder tout en composant tout, Service inutile (Montherlant), Intelligence avec l'ennemi (Kaplan), Les Ames grises (Claudel), Ecrits (Rigaut), Aphorismes (Wilde), Seul dans Berlin (Fallada).

 

 

 

Carnets 2005.

Il y a dans la littérature un contact si puissant entre un écrivain et un lecteur qu'il écrase au passage les rapports toujours incertains de l'amitié.

On renie un écrivain mais on ne l'oublie jamais car il aura marqué une période de notre vie. On renie un amour (ou une amitié) puis l'oubli vient enterrer le tout.

La plus belle image d'un homme, c'est de le voir plongé dans un livre ou dans un travail ingrat.

On se demande comment une femme peut vous oublier sans se rappeler comment on afait pour oublier les nôtres.

Plus que la littérature, la peinture, l'architecture, le cinéma, la mélodie musicale est la plus belle création artistique de l'homme. Je donne tout Diderot contre une chanson réussie.

Il y a deux façons d'accepter l'oubli d'une femme: se dire qu'elle est morte ou qu'au contraire elle vit pleinement sans vous. Dans les deux cas vous n'avez plus rien à faire en ses terres.

Je vomis sur Le Parisien, l'un des pires quotidiens de notre temps. En 40, c'était Je suis partout, aujourd'hui la médiocrité a pris une autre forme: l'indécence et la beauffise généralisées. Aux choix de l'Histoire… A chacun ses nazis…

Fin XXè, début XXIè, siècles nazis de l'image-média.

La seule manière d'assumer son vieillissement est de procréer et de devoir assurer l'éducation de son descendant. Dans ce cas, il y a comme une obligation morale de rester en vie et d'accepter l'inéluctable horreur du dépérissement. Les autres, plus lucides, peuvent se plomber à la pelle, ils ont le droit, ils ne laissent rien.

Il y a une chose terrible dans la tentative d'oubli: le souvenir.

Les femmes sont terribles d'abandon; elles s'abandonnent en vous puis vous abandonnent d'elles.

On ne se suicide jamais par désespoir mais d'avoir un jour trop espéré.

 

 

L'amour et la littérature seuls peuvent sauver un homme de l'erreur. Le premier peut le transporter dans des contrées qui l'isolent de la médiocrité; la seconde lui renvoie son image en lui apprenant souvent qui il est véritablement et le place immédiatement en dehors de l'ennui. 

“ L'homme descend du singe. ” Quelle injurepour le gorille, le macaque, le babouin, le chimpanzé, le nasique, le bonobos, etc.

L'amour physique est l'hygiène du corps comme la lecture de D.H. Lawrence est celle de l'âme.

Tous les jours, nous sommes confrontés à de véritables petits Hitler en puissance, à des niveaux différents bien sûr mais dont l'esprit reste assimilable. Le métro, la rue, les universités, les entreprises, les appartements en grouillent et nous sommes parfois contraints de parler à ces gens-là…

Pardonner l'amour d'une Eva Braun ou la folie meurtrière d'un Hitler?

L'homme juste et bon du XXI è siècle est écrasé par son ennemi le petit Hitler urbain ravageant d'un coup sa liberté en un instant.

La chanson est universelle; la littérature est intimité, d'où la différence de rapport au public.

Toujours se rappeler que Duras et Aragon écoutaient Ferré et Vilard. Ça remet les pendules à l'heure.

Elle veut savoir à tout prix si elle est aimée. Elle transforme un silence grossier en vacarme vulgaire bombardant mon champ de questions. J'avoue ma triste attirance. Elle est comblée de se savoir à ce point désirée et elle retourne au silence définitif.

La seule confiance dans l'autre réside dans l'acte de chair.

Est-ce qu'un mort souffre de l'absence de la vie de la même façon qu'un vivant souffre de l'absence de l'amour?

L'ennui est que je ne fais jamais dans le provisoire, or le monde est provisoire.

Seul but de l'écrivain: émouvoir en écrivant des choses définitives.

Seul plaisir de l'écrivain: écrire ces choses définitives par opposition à la lecture de ses propres mots qui sont toujours en deçà du moment où il les a écrits. 

La chanson, c'est l'éjaculation du mot, la musique étant la femme.

Supériorité de la chanson (mélodie, texte, voix, interprétation, instrumentation) par rapport à la littérature (style, idées). Et qu'on ne me bassine pas avec la musique des mots en littérature. La littérature c'est tout sauf de la musique. Il n'y a que des jeux phonétiques, rien de plus.

La musique, cette interprétation du vivant; la littérature, cette représentation du monde.

A ma minable échelle, j'ai ressenti du tragique dans notre minable histoire d'amour. C'est peut-être l'essentiel à retenir.

Les femmes veulent juste qu'on leur dise qu'elles sont belles. Ne jamais embrayer sur l'amour ou le sexe, ça leur est complètement égal.

La femme vit au travers du regard des autres. L'homme au travers du sien et de l'indifférence des femmes. Il est doublement seul.

La société est divisée et nous passons notre temps à faire des multiplications.

Le système politico-économico-social tel qu'il est pratiqué en France fait de nous des assassins sanguinaires, impuissants et frustrés. Bref, de gros dégâts sur l'individu broyé par la machine et que cette même société condamnera  par la suite.

Ne jamais œuvrer pour le superficiel.

Ceux qui se sont donnés la mort ont décrété que leur place n'était pas sur terre, mais bel et bien ailleurs ; or le seul choix qui leur était proposé était la terre.

L'amour est d'abord cette illusion puis ce mensonge qui consistent à nous faire croire que l'autre nous sera indispensable; qu'on ne pourra se passer de lui. Or, l'orgueil, l'ennui, la tristesse, la haine, la déception font le boulot pour nous. En dix minutes, l'autre est rejeté aux confins d'un oubli absolu.

Les femmes aiment aimer plus qu'elles n'aiment véritablement.Les hommes désirent aimer mais désirent malheureusement plus qu'ils n'aiment.

Celui qui meurt d'amour sait ce que c’est que l'amour. Ceux qui y survivent ne font que l'effleurer.

Il n'y a que les écrivains qui savent se souvenir, qui travaillent sur le souvenir d'où leur totale inadaptation au présent.

Il y a toujours un connard qui nous enfume.

L'indifférence des femmes est supérieure à tout ce que l'on peut imaginer chez elles. Elles ne savent rien faire à fond sauf mépriser.

Comment une femme qui vous étouffait de sa présence parvient, une fois disparue, à vous manquer horriblement.

Une femme fait semblant d'oublier mais elle vous le montre avec une perfection à vous couper le souffle.

Le seul rapport possible aux femmes reste le libertinage. Avec elles, l'amour s'effondre un jour ou l'autre, l'amitié est impossible; bref, le rapport au corps reste le seul intérêt pour les deux. Dans ce cas, l'un et l'autre savent faire preuve de patience, d'altruisme et de chaleur. Et si par malheur, ce rapport saint se perpétue en rapport social, vous êtes sûr que la chute sera prochaine et d'une violence que vous ne pourrez contrôler.

L'esprit bourgeois, médiatique et politique condamne la violence sexuelle de la pornographie. Sur ce point, de nombreuses questions restent à aborder… Mais n'a-t-il jamais abordé la violence purement morale de la fin d'un couple et du mal condamnable infligé à l'autre?

Montherlant voyait une fois de plus juste. La comparaison avec l'animal n'a pas lieu d'être car ils ne font l'amour qu'en période de reproduction; la recherche du plaisir n'est pas calculée. L'homme et la femme baisent toute l'année en fréquence exponentielle par hygiène physique et mentale, la femme n'ayant pas d'autre fonction que d'être sexuelle vis-à-vis de l'homme. Elle s'en offusque quand on lui dit mais s'habille en conséquence le lendemain. Sa sexualité est inhérente à sa vision d'elle-même et à celle qu'elle renvoie à l'autre. Une femme ne peut pas être vue autrement qu'en objet de désir physique, sinon, ce n'est plus une femme d'où la terrible condition des femmes très laides, on ne sait pas dans quelle catégorie les ranger sans compter la souffrance qu'elles ressentent face à cette exclusion biologique. 

Le suicide est une épaule qui vous trahit.

La femme est un corps qui vous trahit.

L'ennui pousse l'être à la mort, c'est-à-dire à l'ennui suprême.

Ecrire est avant tout une faute de goût. La vie ne mérite pas qu'on s'intéresse à elle; mais elle est comme une femme séduisante: méprisante mais désirable.

Il arrive un jour où l'on n'espère plus rien. Même un amour, un ami, un bon biscuit ne suffisent plus. Vous savez où ça mène; alors vous attendez la mort.

Le style est un prétexte esthétique à la littérature. Le fond est un prétexte narratif à la littérature.

Je considère l'amitié comme une affaire de morale avec ses codes, ses règles strictes, de la confiance sans quoi elle ne peut que se détruire en fréquentation vague et superficielle. En cela, je la vis comme un moraliste. Au contraire, je vis mes histoires d'amour comme un débauché car le sexe est un puissant destructeur d'âme.

But de tout: se finir, c'est-à-dire: rien.

Le nombre d'années parfois pour obtenir cinq minutes de quelqu'un.

Il faut être bien naïf pour croire à la puissance de la littérature sur les autres. Elle n'agit que sur soi-même et encore, faut-il avoir tout compris et avoir la mémoire de l'éléphant.

La comédie humaine selon Balzac ou Barbelivien? Même combat ?

Le plaisir est-il un prétexte à l'amour charnel ou inversement?  

Les femmes, ces choses que l'on voit en fonction du plaisir que l'on peut en tirer.

On parle toujours du problème de ne pas écrire. Mais quoi de plus naturel pour un écrivain que de ne pas écrire. Il est toujours dans une attitude de création surtout lorsqu'il est oisif, en société et improductif.

Un écrivain ne peut réussir à vivre dans le silence. S'il écrit, c'est avant tout contre le silence. L'écriture, c'est son silence. Mais ses textes sont d'autant de combats inespérés contre le silence. Le silence est son pire ennemi, et le combat est inégal. L'écrivain écrit en silence sur du silence, puis trépasse dans le silence.

Le suicide est un terrible non-choix; il s'impose à quelqu'un de façon si violente qu'il en est un adversaire redoutable. Le suicide est l'aboutissement d'un long combat pour la vie. En cela, il est le parfait échec de la vie, la parfaite démonstration du malheur humain.

Pas plus que d'aimer, je ne parviendrais jamais à me tuer. Je vivrais toujours entre les deux, entre l'impossibilité d'aimer et la tentation permanente du suicide.

Lorsque le suicide vous obsède, et que le sexe prend une couleur de nausée, vous êtes très mal.

André Breton, le grand poète de l'amour fou, s'est toujours fait quitter par les femmes. Excepté la dernière qu'il a quittée en mourant.

Il y a des gens magnifiques dont il faut qu'ils meurent pour se rendre compte qu'ils étaient vraiment magnifiques. Daniel Balavoine en est l'exemple frappant. Chaque témoignage sur lui le montre. Sa mort (tragique, violente) a révélé son existence aux yeux des gens avec une dimension quasi mystique. Les génies sont souvent pris au piège de la mort. Ils partent vite et les survivants recollent pièce par pièce l'œuvre indéniable de ces poètes sans qu'ils l'aient vue s’accomplir de leur vivant.

Peu d'écrivains ont su mêler si subtilement comme Maurice Sachs œuvre esthétique et existence fulgurante. Si bien que chaque étude à son sujet est avant tout une étude de l'écrivain et non de ses écrits. Or c'est toute la complexité du dandy Sachs. S'être totalement immergé dans l'écriture; l'œuvre de Sachs est une réflexion esthétique et physique sur lui-même mais la critique doit fouiner dans son écriture et non dans sa vie, ce qui est du domaine du biographe et non de l'essayiste.

On ne manque à personne.

L'écrivain travaille pour l'intemporel, c'est pour cela qu'il est inexistant aux yeux des journalistes qui ne travaillent, eux, que pour l'actualité, souvent mort-née. Or, ce sont les écrivains qui représentent une époque. Et le présent médiatique les méprise avec une telle aptitude que chaque couverture de journal me file la nausée.

Les escalators, les devantures, les façades, les armoiries, les chariots, les murs de parpaing, les grilles, les barbelées, les hangars, les tourniquets, les vitrines, les inscriptions publicitaires, les affiches de cinéma, les portes coulissantes, tout cela restera. Le goudron des villes, les ruisseaux des trottoirs, les cadenas des casiers, les glaces des ascenseurs, le ciment des balcons, les pots de terre, les feux rouges et verts, les enseignes des cafés, les réverbères, les loupiottes, les guirlandes, les parkings et ses galeries, les fenêtres lumineuses, les portières en taule, les serrures en or, tout restera, tout l'inhumain qui germe en ville, qui germe en toi, tout ceci restera bien enfoui dans mon cerveaux. Mais notre amour, lui, il n'en reste rien.

On pose souvent cette question à propos du suicide: “ Est-ce un acte de courage ou de lâcheté? ” Bien évidemment, c'est un faux problème. Par contre, on ne se questionne jamais sur le renoncement au suicide. Continuer à vivre est-il un acte de courage ou de lâcheté. Courage de vivre malheureux ou lâcheté devant la mort? Je ne connais que deux cas. Le courage du suicidé et le courage du rescapé. Il n'y a jamais de lâcheté sur ces questions car la souffrance donne les règles du jeu

Le travail de l'écrivain, c'est la vie. La vie est son support, son laboratoire d'observation et d'expérimentation. Chaque situation de vie est pour lui une matière pour ses écrits. D'où sa totale inadaptation et le rejet dont il est victime des autres. Quand l'un vit pour lui et lui seul, l'écrivain vit en fonction de la littérature. Ce décalage fait de lui un être seul et malheureux.

Une femme ne pourra jamais réformer un homme. Tout l'amour qu'elle déploiera pour lui ne sera que lutte vaine. Elle le quittera d’avoir échoué.

Ecrire toute la journée, quel ennui, et en même temps quelle parfaite gestion du temps. Quel bien être, quel accord avec soi-même, quelle absence d'ennui, quelle gestion du langage.

Les femmes s'imposent à l'homme avec une intensité maladive: elles le font à coup de présence permanente, de coup de fils, de lettres, de messages, de cadeaux,  afin de vous faire ressentir le vide une fois qu'elles se sont barrées. Terrible manière de marquer au fer rouge la santé morale d'un homme. Elles vous assomment de leur présence permanente avant de vous assassiner de leur absence définitive.

Une femme aime un homme dans son rapport à elle et non pour ce qu'il est. C'est pour cela que l'adultère est une prise de risque énorme si l'on veut garder une femme. On bouleverse son rapport à la femme aimée et elle ne peut le tolérer.

“ L'amour est féminin qu'au pluriel ”. Belle formule grammaticale qui se vérifie dans la vie.

Elle oublie ses amours comme elle enterre ses morts, avec un réalisme sordide.

Je suis un faussaire de l'amour, je maquille tout, je mens, je pars, je reviens, je m'amuse, je souffre, je m'ennuie. Tout est construit sur du faux. Du faux que je crois vrai tout en sachant qu'il est faux.

On ne travaille pas sur un texte d'un grand auteur, on l'aime jusqu'à l'intégrer au fond de soi.

Sans l'art et quelques femmes, qui ne m'ont pas empêché de m'ennuyer, souvent en leur compagnie d'ailleurs, je ne sais pas ce que j'aurais fait de ma vie.

Ces génies que les caméras ont su, comme un dernier éclat de leur passage, filmer avant leur mort imminente: Dewaere filmé 48 heures avant son suicide durant une interview puis le jour même de son suicide par Lelouch faisant des prises de vue pour son film, Balavoine filmé lors de l'installation de la première pompe hydraulique au Mali six jours avant sa mort, puis le jour de sa mort dans un avion privé. Coluche, photographié quelques heures avant son accident, De Dieuleveult embarqué avec sa caméra sur les rives du fleuve Zaïre, filme et est filmé la veille de sa mort sur son Zodiac, affrontant les rapides, Le Luron filmé un mois avant sa mort, Klaus Nomi chantant The Cold Song quelques semaines avant d’être hospitalisé et mourir du Sida, Berger en répétition pour une tournée qu’il ne fera pas, Bachelet, Villeret, Brad Davis, filmés quelques jours avant leur disparition brutale, etc. comme si la caméra  leur arrachait un dernier mot avant leur sortie tout en gardant le secret de leur départ.

Ne jamais les oublier: Daniel Balavoine, Patrick Dewaere, Michel Berger, Jean Seberg, Pierre Bachelet, Jacques Brel, Adrian Borland, Freddy Mercury, Coluche, Thierry Le Luron, Philippe de Dieuleveult, Michel Seurat, Jean-René Huguenin, Lautréamont, Jules Laforgue, Maurice Sachs, Jacques Rigaut, René Crevel, Emmanuel Bove, André Breton, Henry de Montherlant, Paul Nizan, Paul Gadenne, Eugène Dabit, Emmanuel Berl, Alphonse Rabbe, Maxime du Camp, Dino Buzzati, Alberto Moravia, D.H. Lawrence, Cesare Pavese, Jean  Moulin, Klaus Von Stauffenberg, Ulrich Von Hassel, Nicolas Gomez Davila, Emile Cioran, Lamarche-Vadel, Klaus Nomi, Pauline Laffont, Cyril Collard, Jacques Villeret, Brad Davis, Joe Dassin, Maurice Ronet, Natalie Wood, Jean Yanne, Philippe Muray, Jean Baudrillard, Michel Serrault.

J'écris pour oublier essentiellement. Je laisse mes souvenirs aux autres. Je m'en disculpe par la même occasion.

Avant de se décomposer dans la tombe, les femmes se décomposent dans l'oubli. Nous aussi par la même occasion.

Le pire ennemi n'est pas la mort, c'est tout le chemin qui nous y conduit, semé d'incertitudes, de doutes, d'ennui, de délabrement physique et moral.

Aux pleurs de circonstance, je préfère le silence. Or les pleurs masquent la réelle tristesse.

Je suis un boulimique de l'ennui, du désœuvrement.

Avant, j'étais dans l'obsession de tromper X, à présent, je suis dans l'attente de tromper Y. L'expérience apprend la patience.

La vie nous apprend à être patient, patient de mourir.

Avec la mort en tête, plus rien n'est possible.

Mon activité existentielle oscille entre une rage de vivre et une rage de mourir. Jamais de repos pour l'homme tiraillé par les absurdités inhérentes à la vie.

Certaines vedettes disent en mentant: “ Je n'ai pas le temps d'avoir une vie privée. ” Je leur réponds sincèrement en leur disant: “ Moi j'ai le temps d'en avoir deux. ”

Je ne serais pas névrosé si je n'étais pas mortel. Tout le malheur du monde repose sur la conscience de notre dépérissement physique, de notre mortalité et du coup de la perpétuelle remise en cause de tout.

 

L'écrivain est un être qui ne se contente pas seulement de vivre.

Je suis jeune d'une jeunesse périssable. Pléonasme qu'il faut se rentrer à tout prix dans la tête pour espérer vivre au-delà.

Adolescent, je voulais connaître l'amour. C'est fait. A présent, j'ai des rêves de bonheur.

Les femmes sont tout le temps en position d'attente active, l'attente est leur moteur. Ne jamais rien attendre d'une femme si ce n'est son attente.

Il n'y a rien dans le regard d'une femme que l'on puisse présager. Son visage est un masque de son passé et de son état présent. On ne peut rien y déceler. C'est aussi pour cela qu'elles n'existent que dans le discours et dans l'attente.

Les femmes ont besoin de tellement s'exprimer dans leur relation amoureuse, ce sont de vrais moulins à parole, ça crie, ça hurle, ça discute. Dès qu'elle finit, le silence leur convient parfaitement.

La vie n'est qu'une expérience limite qui ne sert qu'à nous montrer sa totale inutilité.

Je me suis toujours demandé ce que les autres faisaient de leur vie alors que j'aurais dû me le demander à moi-même. 

L'ennui en soi n'est pas douloureux. Ce sont les problèmes qu'il met en jeu qui posent problème: cette obsession de la mort et du dépérissement physique.

La vie n'est qu'un éphémère recommencement.

Terrible rapport de force perdu d'avance entre les visions d'un écrivain et ce que lui permet la vie quant à ses aboutissements littéraires. L'écrivain n'écrit pour rien. Tant qu'il n'aura pas accepté cela, il n'écrira jamais rien de bon. Il n’écrit pour rien et pour personne. Toute volonté de reconnaissance ou de succès de vente est puérile.

Il voudrait échapper à tout prix à l'instant, au provisoire, mais sa prose n'est qu'un mince souvenir vague aux yeux des lecteurs. Il ne peut rien face à ça; tout est entreprise de passage.

Elle m'a aimé autant qu'elle m'a oublié. Avec passion.

L'expression “ beauté intelligente ”, tellement vérifiable. Lorsqu'une belle femme s'adresse à nous, c'est sa beauté qui nous pousse à nous intéresser à ce qu'elle dit, rien de plus, et nous nous efforçons de croire à la portée de son discours. 

Plus j'observe mes semblables et plus j'envie la condition du rat d'égout.

Avec ce livre, j'aurais passé quelques instants avec toi; je n'y vois pas d'autre but.

Une femme que vous aimez vous raccroche à la vie tout en vous montrant en même temps que la mort est préférable.

La meilleure façon de passer le temps est de passer avec le temps.

L'homme est un animal qui pense dit-on communément; c'est surtout un animal avec des désirs d’homme.

On pleure sur l'éternel.

On vit en se basant sur un possible espoir futur sans se souvenir que ce même espoir devenu passé et bien que réalisé n'a rien arrangé à notre état.

Ne renonce jamais à un amour, la vie le fera pour toi.

L'amour charnel nous prend à la gorge; il est la seule chose que l'on veut accomplir dans l'instant. On ferait n'importe quoi pour faire l'amour. Le désir une fois assouvi, on veut faire n'importe quoi sauf l'amour.  On se demande même pourquoi on a eu envie de le faire tant on se sent détaché du corps féminin que l'on pressait comme un citron  il y a encore dix secondes.

La femme que l'on aime est celle à qui s'ajoute le mystère du désir à sa beauté parfaite à nos yeux.

L'amour n'est qu'un palliatif à la vie. Pire parfois, un anesthésique.

L'absence  d'un être est la première accoutumance à la mort.

La chanson a ajouté à la littérature un second langage, formant le langage suprême, libérant l'affectif du mot. 

Enfermé dans son langage comme dans son désir.

Je ne retiens tellement rien de ce que je fais au quotidien que j'ai décidé de ne plus rien faire.

On dit souvent: “ Il s'est laissé mourir. ” Or la vie ne propose t-elle pas que cette façon d'exister? Entre trois subterfuges (travail, vie sociale, amour) qui consistent à lui faire oublier cette condition, et avec ceux-ci intégrés pleinement dans ce système, l'homme se laisse mourir durant toute sa vie.

L'art fait passer le temps en création puis en discussion autour de cette dernière, l'oubli étant toujours le premier ennemi de l'artiste.

Tout a beau être important à nos yeux: ces êtres humains, ces femmes splendides, cet amour qui nous sublime, ce plaisir que l'on dit charnel, ces amis loyaux, ces livres essentiels, ces films uniques, ces musiques qui nous transportent; et rien qui nous pousse à rester ici-bas.

L'art s'arrête avec la mort.

Dieu a créé l'homme, puis il l'a abandonné.

L'égoïsme est le moteur de l'âme humaine. Toute satisfaction personnelle fait tenir l'homme debout, elle lui permet d'avancer. Terrible leurre, elle lui permet juste de supporter sa vie, du reste absurde et éphémère. Le malheureux recherche cette satisfaction mais il est si exigent (la vie ne l'étant pas) qu'il se perd à jamais dans la souffrance.

Il y a ces femmes, terriblement quelconques dont on sait qu'elles ne nous intéresseront pas bien avant qu'elles nous adressent le premier mot et que l'on soit amené à les connaître. Et dès qu'elles nous parlent, cela se vérifie tragiquement. Nous mourons d'ennui en leur compagnie. Et puis il y a les autres dont le visage est leur premier mot silencieux et captivant.

Un jour, la littérature n'est qu'inscription inutile qui meurt dans l'indifférence et l'oubli (le travail de l'écrivain aujourd'hui est totalement passé à la trappe), un autre jour, elle est le visage essentiel de l'homme qui témoigne (quand on a la chance de tomber dessus).

Rares sont les belles femmes qui s'assoient à côté de vous dans un RER (plaisir supérieur au métro car les stations sont plus longues), généralement, c'est une grand-mère hideuse, une femme sans âge, un lycéen boutonneux, un PDG infesté de tabac, un jeune type en cravate ou en jogging ou encore un siège vide. Or ce soir, en rentrant d'une journée dont le vide est quasiment atteint, une jeune femme (la vingtaine) prend place à mes côtés. Je n'ai pas besoin de la regarder pour deviner sa beauté, sa voix (car elle téléphone) me renseigne déjà sur son physique de jeune fille qui plait. Lisant Montherlant, je ne bouge pas le petit doigt, je fais celui qui se fiche totalement de sa présence bien que je fasse semblant de regarder par la fenêtre pour la voir plus précisément dans le reflet. Elle cesse de téléphoner et du son caquetant, on passe soudain au silence le plus inouï nous transportant elle et moi durant trois stations. Je ne lis plus mon livre, je suis trop dépendant de la beauté physique pour suivre le fil même lorsque c'est Montherlant qui compose. Là, je ne pense qu'à une seule chose: cette femme faisant l'amour. Dans le silence glacial qui nous ramène tous à la maison, je n'ai en tête que des positions scabreuses, des spasmes, des gémissements, ses seins, sa bouche, ses jambes. Rien de plus. Nous sommes assis, nous ignorant mutuellement. Or je n'ai que la possibilité sexuelle de cette femme en tête. Le train arrive à destination, elle disparaît dans l'éternité et ce soir je note ceci sur elle. Quinze minutes de vie qui vont partir avec le reste.

L'expérience en amour n'est rien. L'homme est toujours seul avec sa honte et son désir.

L'ennui est insupportable car il permet (et c'est le seul état sur terre) à l'homme de se voir dépérir, l'ennui déplace l'homme hors de lui-même, en lui faisant prendre conscience de qu’il est, c’est-à-dire, rien ; l’homme devient un témoin de son propre corps et de son âme en les voyant abandonnés par l’existence. Le temps s'écoule et l'homme s'en rend compte d'où le malaise qu'il ressent. Plus que le sommeil ou l'absence, l'ennui est l'état vivant qui prépare l’être à la mort.

Il n'y a pas 36000 sujets: la mort, l'amour, l'ennui, et peut-être l'art (littérature, cinéma, musique, sport, sexe), le reste est si gonflant.

La vie passe vite mais peut-être scandaleusement longue. D'où l'inextricable contradiction, celle de s’y habituer et de s’y attacher.

Le physique de la femme est sexuel ou pas. Celui de l'homme est parfois bien plus que cela.

La vie est un long processus de décomposition et la mort achève le tout avec son couteau de boucher.

Je ne tolère pas ces gens qui lorsqu'ils s'adressent à leur médecin disent: “ Bonjour docteur – merci docteur – au revoir docteur, etc. ”, comme si au supermarché ils disaient: “ Bonjour caissière. ”, à la Poste: “ Bonjour postière.”, chez le boulanger: “ Bonjour boulangère. ”, devant leur robinet: “Bonjour plombier.”, devant moi: “ Bonjour écrivain. ”. Désigner quelqu'un par sa profession est rabaissant, infamant et vulgaire. Quand je vois mon médecin, je lui dis: “ Bonjour. J'ai mal partout. ”

La vie est notre contribution à l'univers de la même façon que certaines de nos bonnes actions sont nos contributions à la vie. Tout est dans le provisoire pour assurer une pérennité dont nous sommes les grands absents. De là, peut-être, notre ténacité à continuer notre existence. Pour être présents.

La littérature est une entreprise sérieuse qui tend à montrer que ce qui la permet (la vie) n'est pas sérieuse. Il faudrait écrire pour montrer qu'il ne sert à rien d'écrire. Or tout le monde se prend au sérieux lorsqu'un livre sort de sa plume.

On n'a pas trouvé de moyen plus précis que la littérature pour raconter définitivement sa vie. C'est pourtant une très vieille technique, d’une imprécision terrible.

Avoir un Journal, c'est mettre au passé une seconde couche d'oubli à laquelle on peut se référer.

L'amour peut se concrétiser sur un gros malentendu, n'aboutir à rien mais s'exprimer dans l'absurdité même de cette existence qui ne puise sa force que dans l'indifférence qu'elle a pour ses êtres vivants.

Le seul amour possible ici-bas est celui que l'on ne vivra jamais mais qui nous portera vers tous ceux qui échoueront.

Pas de précipitation, j'ai toute la vie pour la quitter.

Devant une décision impossible, surtout ne rien faire et laisser le temps tout détruire à notre place, il gagne à chaque fois en nous emportant toujours avec.

S'obstiner à vivre, c'est s'obstiner à mourir. Douloureuse antinomie.

Je peux éprouver l'exact contraire d'un sentiment fortement exprimé en l'espace de quelques secondes. Terrible chose que de ne jamais savoir sur quel pied danser.

Je ne suis pas un être de désirs. Je suis un être de désirs pour certaines femmes; et surtout de non désir pour les autres.

Est-ce vraiment nécessaire d'attendre l'âge de 30 ans pour en finir définitivement avec soi-même?

Plus on persiste à vivre et plus la mort devient insoutenable d'où la nécessité de passer outre et d'envoyer voler tout ça en éclat. Mais quelle angoisse de se séparer de quelque chose de fortement nuisible (la vie) pour quelque chose de totalement inconnue et glaciale (la mort).

L'homme peut racheter sa lâcheté quotidienne par l'un des actes les plus courageux qui soient: le suicide.

Avec le sacrifice (qui est une forme de suicide), le suicide d'un homme est l'acte ultime et la seule réponse aux maux ingérables de la vie.

Le suicide n'est pas un acte bref et isolé. Certains mettent dix, quinze, vingt ans à se suicider. C'est une longue maladie avec laquelle on vit et qui finit par nous rattraper. C'est une maladie auto-immune. L'acte violent et définitif n'est que la conclusion de toute l'entreprise suicidaire. Comme l'arrêt du cœur peut-être l'aboutissement d'un cancer.

Le suicide est peut-être le dernier acte (ça l'est, de toutes les manières!) qui fait encore réfléchir les vivants qui restent comme des cons impuissants face à un être qui s'est donné la mort. Les ruptures, les crises de larmes, les romans, les tromperies, l'inégalité, l'injustice n'ont plus aucune incidence, tout cela n’est rien, tout se fait dans le silence et le mépris, et le temps peut encore couler convenablement. Le suicide met un frein au temps, il est dans le silence, le dernier acte qui s'y soit opposé véritablement et qui reste accroché au quotidien des gens pendant des dizaines d'années. Après lui, le temps ne coule plus comme avant. Il est un poids bien plus lourd qu'avant.

Un être qui se suicide est un être qui n'a conçu l'absence que par la mort. Il s'y est refusé de son vivant d'où la présence de ces suicidés vivants qui nous vident de leur absence.

Les acteurs sont les écrivains du corps. L'expression en est la symbiose.

Chamfort ne préconise finalement que la solitude, le retrait, l'ascèse, le travail. Pour être un homme d'esprit, il doit être honnête, altruiste, intelligent, simple. Il doit aussi mépriser l'argent, l'ambition et le pouvoir et se méfier des femmes.

Ce doit être terrible pour une femme qui se sait irrésistible d'être repoussée par un homme. Et combien après lui vont êtres les objets de sa vengeance…

L'ennui dans cette vie, c'est d'ignorer les 90% de ce que l'on devrait savoir et qui nous renseigneraient un peu plus sur nous-mêmes et sur les autres. Et je rajouterais, de connaître 90% de choses totalement inutiles et futiles.

L'enseignement à tirer de ce premier quart de siècle, c'est d'apprendre à oublier. Or tout est manigancé pour qu'on accumule.

On se quitte dans les cris, on se méprise dans le silence, et on s'oublie dans l'indifférence.

Je mets l'acte suicidaire au-dessus de tous les autres, avec le véritable acte humaniste. Ce sont les deux seules formes de transcendance esthétique et morale.

Chamfort l'a bien observé; il n'y a pas de Nature bienfaitrice; l'homme est l'esclave de la nature. Elle a besoin de lui pour assurer sa pérennité. Malgré les drames, les génocides, la destruction minutieuse de toutes les valeurs humaines, l'indifférence, la souffrance, la mort, la maladie, les catastrophes naturelles et écologiques, les guerres, la solitude, la faim, la pauvreté, le deuil, l'ennui, l'injustice, la bêtise, la médiocrité, l'inégalité, le libéralisme, la télévision, les journaux, etc., certains hommes continuent à procréer parce que la Nature les a constitués ainsi. Le désir les pousse à l'accouplement et à l'illusion de fonder ce qu'on appelle une famille mais la famille, cette erreur humaine, n'est là que pour satisfaire la Nature de sa propre survie en faisant croire à l'Homme qu'il possède quelque chose ici-bas. Sans ce drôle de comportement que la Nature par je ne sais quel tour de passe-passe a inculqué à l'homme, tous se flingueraient à la pelle.

Ce n'est plus “ Famille, je vous hais. ”, c'est “ Nature, je te hais. ”

La grande phrase des artistes (écrivains, cinéastes, chanteurs, etc.) en ce début de siècle, c'est de dire: “ On vit dans une société où l'on … ”, à vous d'imaginer les banalités les plus confondantes et généralement inappropriées que l'on entend toute la journée. Or je n'ai jamais entendu un artiste dire simplement: “ On vit dans une société où l'on s'emmerde. ” C'est pourtant le point essentiel à retenir et pas un type pour le dire.

Un écrivain écrit parce que personne ne lui écrit.

Tout est dans la mort, la vie ne sert qu'à se préparer à la mort. Elle est tout le travail de préparation à cet examen. Or parfois, on remarque que nous dévions de cette préparation, toute l'erreur est là.

Ce qu'il y a de terrible lorsqu'on voit une femme, c'est qu'elle ignore la quantité énorme de travail nécessaire et préalable à sa rencontre.

Manger, c'est reculer pour mieux mourir.

Trouver un intérêt à vivre, c'est reculer pour mieux se briser.

Je crois que ce qui me manquera le plus lorsque j'aurais disparu du monde des vivants, ce n'est en aucun cas ces mêmes vivants (pourtant indispensables à notre vie), mais bel et bien la musique. Toutes ces belles musiques que je n'écouterai plus et toutes celles que je ne découvrirai jamais…

Que nous reste-t-il, lorsque nous y pensons, d'une femme aimée? Son visage, son corps, sa voix, sa senteur? L'absence dilue le tout dans une représentation fantomatique qui ne permet plus de la retrouver. Et pourtant, durant ce temps absent, elle gambade encore.

La solitude, ce n'est pas qu'être seul, c'est être soi, en soi. Et c'est indicible pour les autres. On ne se montre que dans une anti-solitude totale et du coup dans une nécessaire et insurmontable fausseté.

Tous nos actes doivent se concentrer sur la beauté. Elle seule vaut une vie. Elle est au centre de la passion amoureuse, d'une longue amitié, d'un geste courageux, d'un don de soi-même, d'une œuvre esthétique, d'un engagement humanitaire, d'un type qui baisse la tête, ne disant rien alors qu'il a tout compris. 

Désormais d'Aznavour est la chanson qui parle à la place de l'amant délaissé. Après l'avoir écouté, il n'a plus rien à dire à ses amis sinon de les renvoyer à cette chanson pour comprendre sa souffrance. Chanson définitive sur la question.

Faites attention aux femmes qui vous montrent beaucoup, qui font maints efforts pour vous, les femmes dont on est sûr de leurs sentiments envers vous, celles qui vous supportent malgré vos pires défauts. Elles vous oublieront de plus belle de s'être autant agitées durant leur relation.

Je n'ai jamais su remplacer un amour par un autre, j'ai accumulé physiquement puis devant le parjure, j'ai dû les porter en moi, au plus profond.

On tombe amoureux toutes les deux minutes dans Paris, dépité de voir ce si beau visage disparaître dans le lointain, nous nous remettons très vite sur pieds en apercevant le nouveau qui se dirige soudain vers vous.

Les femmes, dont le malheur pour nous est garanti à la fin d'une relation, restent néanmoins la seule motivation ici-bas. Tout le reste est si fade, si plat, si dénué d'intérêt. La beauté d'une femme est tout. Il n'y a rien autour, ou si, juste de l'autour. La beauté d'une femme est le centre de tout, en tout cas devrait l'être.

Je ne peux m'empêcher depuis des lustres de penser que les femmes sont allergiques à la volupté. Beaucoup d'exemples vécus me prouvent le contraire mais mon cerveau imagine sans cesse que les femmes vivent la séduction masculine comme une tentative d'agression physique sur leur corps alors qu'elles se perdent dans l'amour charnel comme personne. Elles sont identiques aux hommes mais procèdent différemment, voilà tout; seulement voilà, je n'arrive pas à intégrer cela et à m'adonner à ce qu'on nomme plaisir de la séduction. Je recule devant la peur d'être dénoncé par mon désir d'agression sexuelle.

Le corps ne triche jamais contrairement à l'esprit. Il est la manifestation physique de la vérité

Le sexe entre un homme et une femme est le passage incessant entre la grâce et le sordide. Tout comme leur relation.

Une femme a son corps pour ou contre elle; l'homme n'a que ses désirs. Son corps est son enveloppe, il lui échappe totalement.

Les mots ont besoin de la musique pour exprimer le sentiment amoureux. C'est cet ensemble que constitue la chanson qui exprime selon moi le sentiment terrible de l'amour. Une chanson peut vous apprendre à quel point vous aimez quelqu'un et à quel point votre corps et votre âme sont atteints par l'absence et l'attente.

L'amour ne s'exprime que dans la solitude. En compagnie de l'être aimé, ce n'est plus vraiment l'amour (terriblement incommunicable), c'est de l'union vague et éphémère, cherchant souvent une porte de sortie.

Celle qui oubliait si bien ses morts sait magnifiquement ignorer ses vivants.

Je me suis suicidé le X/X/20.. .  Depuis, je remplis les jours que le silence me doit.

La musique est la seule littérature que l'on n'oublie pas.

La musique est la mémoire du mot.

Ce qui devrait nous manquer le plus chez une femme absente, ce n'est ni son corps, ni son amour, ni son attention, c'est sa voix. Perdre la voix de quelqu'un, c'est perdre son âme.

Dès qu'il m'arrive de fréquenter un couple, je me sens plus proche de la femme que le mari ne l'est de celle-ci tant j'ai appris l'illusion qui pèse durement sur l'union de deux personnes. Je me sens plus en sécurité que lui, et je suis en position de force pour lui prendre sa femme. Il a beau se faire caresser la main en permanence ou embrasser sa dulcinée comme si elle lui appartenait pour la vie, comme s'il y avait une logique entre eux, l'homme amoureux est sur le fil en permanence, d'un moment à l'autre, il peut être éjecté par sa femme alors que deux minutes plus tôt, il lui faisait des familiarités qu'il croyait justifiées. Avant, j'étais jaloux, maintenant je suis patient devant une femme prise par un autre.

Toute cette souffrance dont personne ne fera rien.

Une femme nous quitte quand on la trompe, alors qu'elle ne comprend pas qu'on la trompe précisément parce qu'on ne peut pas la quitter.

Une femme n'attend qu'une chose: qu'on vienne vers elle. Ça ne va pas plus loin.

Le temps sert à oublier tout ce que l'on n'a pas fait. Se souvenir de notre propre néant pourrait foutre en l'air une génération complète d'individus.

Il n'y a qu'un problème pour un être vivant en bonne santé: l'ennui. Tout le reste, s'il ne provoque pas l'ennui, est secondaire. Or on nage quotidiennement dans l'ennui.

Les écrivains sont ceux qui détruisent Dieu en soulignant toutes les incohérences de la vie et en guidant des millions de lecteurs dans l'incroyance et le doute le plus total. Je pense à Chamfort, De Quincey, Montherlant, Nizan, etc.

Le tout n'est pas de s'ennuyer, ça n'importe quel gosse de 5 ans passe par là, non c'est d'éprouver de l'ennui alors que tout devrait vous faire éprouver l'inverse: l'amour, l'amitié, l'art, le sport, etc. Mais rien n'y fait, vous vous demandez ce que vous fichez là, et l'autre est un poids à votre liberté quand les problèmes existentiels ne vous harcèlent pas pour vous demander ce que vous fichez en vie à cette heure, en ce lieu, à cet âge.

Même après l'étreinte, le dégoût ne vous lâche pas, surtout celui de cette dernière.

Le suicide serait problématique si l'homme était éternel. Ne l'étant pas, il permet à l'homme d'en finir plus vite. Il choque parce qu'il pique le boulot d'un autre, d'un autre plus mystérieux, voilà tout.

La première chose qu'on devrait inculquer aux enfants, c'est la foi en la vie éternelle sinon la vie leur paraîtra bien dure et abyssalement glaçante.

Notre seule activité durable devrait être le sexe. On passe trop de temps à ne pas se sexualiser. Or c'est la seule activité où l'ennui, la fatigue, et tous les facteurs contraignants sont plutôt rares.

On bannit le mensonge car l'on sait que la vérité finit toujours par l'emporter. Plus le mensonge s'étend et plus la vérité massacre tout. Un menteur-né est prédestiné à une mort prochaine et violente. Son entourage, lui, prisonnier de sa vérité, s'efface en silence.

Les femmes trimballent leur corps. Les hommes trimballent leur désir. Lequel des deux souffrent du plus lourd fardeau ?

Les femmes sont d'accord pour faire l'amour avec les hommes parce qu'elles ne se rendent pas compte de ce qu'elles leur donnent, sinon elles refuseraient à coup sûr, sauf quelques grandes altruistes.

Les hommes veulent faire l'amour avec les femmes parce qu'ils ne savent que trop bien ce qu'ils peuvent leurs prendre.

Dans l'absence, se dire qu'elle vit, quelque part, avec d'autres, mais qu'elle vit les mêmes secondes que vous. L'absence n'est pas la mort, elle est son adhésion.

Pas plus de deux choix pour l'homme: être au-dessus ou au-dessous de la terre.

L'homme a une peur vertigineuse de l'ennui parce qu'il pense qu'il n'y a rien après. Idem pour la mort.

Le travail, bien que désespérant, semble le seul remède à long terme: il est passe-temps et illusion complète de l'existence. Le travail aliène l'intelligence de l'homme et du coup son malheur. L'homme ne peut être heureux que dans la propre robotisation de son être.

Le seul moyen de savoir si une femme vous aime vraiment, c'est inévitablement de la tromper. Si elle part, vous aurez la réponse.

J'accorde toute confiance à l'absence, il n'y a qu'elle qui ne trompe pas. Elle reste fidèle au silence, au manque, à la souffrance. Elle est l'accoutumance à la mort.

Une personne absente passe pour une personne morte. Or elle est plus vivante que n'importe qui, d'où l’irrémédiable déchirure. Nous vivons entourés de gens absents et nous persistons à croire qu'ils vont revenir ou qu'ils sont inexistants. Or l’inverse nous identifie dans notre malheur.

Ceux qui recherchent la tendresse cherchent à s'oublier quelques instants, ceux qui recherchent le sexe cherchent à tout oublier.

Ceux qui avant tout sont en quête d'absolu charnel digèrent leur malheur dans le corps des femmes qui au final n'arrivent pas à leur donner ce qu'ils recherchent. D'où la maladresse des amants infidèles asphyxiés par la tristesse.

Que dire sur une absente si ce n'est qu'elle est absente. L'absence n'est rien d'autre que l'immensité d'une vie isolée et dont la mort reste la seule échappatoire. Il n'y a pas d'autre raison de se tuer que l'absence.

Je ne me suicide pas tout de suite car cela ne ferait pas beaucoup de différence avec mon état de vivant.

Je ne me suicide pas tout de suite pour continuer à vous parler du suicide.

On apprend à connaître une femme, puis ensuite sa sexualité, deux choses bien différentes. L'une ou l'autre nous poussera un jour à partir pour vouloir vivre strictement la même chose, mais avec une autre.

Plus que la souffrance ou le plaisir, la nature de l'homme définit réellement son état. Terrassé par le deuil ou l'absence, c'est sa nature profonde qui le guidera à la lumière ou au tombeau. Or il ne domine pas cette nature, elle le conduit là ou elle veut. Mon état changeant est dû à cette nature inscrite à l'intérieur de mes organes. A telle heure, elle prévoit mon suicide, puis trois minutes plus tard, elle me fait croire en un avenir meilleur. Si jusqu'ici elle m'a préservé du sinistre, elle a le don de m'épuiser depuis des années.

Ne jamais concevoir la littérature comme une grande affaire ou une occupation salvatrice. L'écrivain écrit comme l'homme ordinaire bavarde. Que retient-on véritablement de tout cela, de vagues souvenirs enfouis dans le néant de nos vies tristes et effacées.

Je suis un être criant de mensonges et elle a voulu la vérité.

Titre d'un roman possible: Le Flingue à la pelle.

J'ai peur qu'en me suicidant je ne ressente finalement pas ce goût de la mort qui me tenait en haleine depuis des années. Je crains de passer du tout au rien sans rien du tout.

Passé 26 ans, on se contente de vivre en sachant pertinemment que les rêves pour lesquels on s'est battu comme des forcenés jusqu'ici ne se réaliseront pas. Du coup, on attend que les ans nous arrachent à notre propre ombre, totalement désintéressé du présent.

Apparemment, une femme rembourse son amour par tout ce qu'elle a emmagasiné de haine durant et la déverse inlassablement sur sa victime.

On parle de sentiments pour justifier le sexe. C'est surtout pour se déculpabiliser et pardonner l'acte de chair qui à 90% des cas se pratique sans (car il n'a aucun besoin de d'eux, leur présence empêchant parfois l'accomplissement total).

Connaître sexuellement les 10% manquants, c'est accomplir le seul but ici-bas. Le nouveau but étant de préserver ce qui ne peut l'être, faute de temps ou du temps.

Les femmes ont une vision extrêmement simple(iste) de la vie, dépouillée à l'extrême, sans aucune profondeur. Leur rapport au bonheur est unilatéral; elles le veulent à tout prix mais le recherche en douceur. Leur nature correspond à cet idéal. Elle est apaisée conformément à leurs aspirations. Une femme est en général gentille, généreuse, gracieuse, sensible, romantique, etc… Elle ne veut nullement le mal et croit ne pas le vouloir (en apparence) mais elle le provoque. Elle représente la douceur, la bonté, la beauté, l'élégance, bref, elle est d'apparence inoffensive et ne s'attache qu'aux désirs de paix. Mais lorsque cet idéal (d'une naïveté confondante) est brusqué, trahi, mis en danger bref, lorsque l'homme, par son comportement beaucoup plus complexe et tourmenté (notamment par la chair), bouleverse cet idéal, elle est si offensée, si brisée dans sa naïveté de voir celui-ci réduit à néant, qu'elle en devient d'une cruauté sans nom mais tout cela sans qu'elle s'en rende véritablement compte. Son orgueil terrible sort de ses entrailles, et cela après un long sommeil, et il s'empare d'elle d'un coup. Ainsi elle se comporte involontairement comme l'une des pires criminelles de son temps détruisant tout sur son passage, et cela sans qu'elle ne se remette le moins du monde en cause. Son idéal de bonheur a été brisé (souvent par la triste réalité de la vie), qu'importe, son génocide de haine, de mépris, de destruction massive s'étend par-delà le temps et l'espace. Elle vous élimine. Elle est formatée dans ce sens binaire de façon absolument implacable. Voici l'une des caractéristiques de la femme, la pire. Combien de fois avons-nous connu cela? Le sourire, la disponibilité, la sensibilité à fleur de peau d'une femme (dont on ne soupçonnerait jamais la moindre petite globule de méchanceté ni de haine) d'un coup transformés en pire démon, en sorcière du mal, en immonde guerrière assoiffée de sang. Deux raisons à ça : une naïveté naturelle mêlée pour son équilibre instable à un orgueil incommensurable, sorte de carapace avec laquelle elle se déplace avec une rapidité tragique.

Passé 26 ans, la bêtise, la médiocrité, l'indifférence ne sont plus les ennemis occasionnels d'un être mais son quotidien permanent. Il ne sert donc plus à rien de passer par la colère, la haine ou la violence pour lutter contre, ce qu'il faisait jusqu'ici. Il s'incline sur la pointe des pieds, sans une parole, en ayant en tête de ne jamais se confondre avec les tyrans, les politiques, les patrons, les anciens amis, les femmes, l'autorité, et toutes les instances qui puisent leur énergie dans l'erreur et la destruction.

La chanson n'a jamais été prise au sérieux; pourtant elle transmet trois fois plus qu'un autre art en trois fois moins de temps en terme de réception esthétique et morale. Elle souffle au cerveau du mélomane trois niveaux de communication (un pour le livre, le tableau, la sculpture; on va dire deux pour le cinéma): musique, paroles, voix. Intellectuellement et émotionnellement, lorsque la chanson est réussie, c'est la perfection esthétique. La chanson a inventé un système de communication artistique totalement nouveau (bien que cet art ne le soit pas), nouveau dans le sens d'unique, d'original et d'inattaquable.

La bonne chanson fait passer en quatre minutes ce que Dostoïevski a essayé d'exprimer en 800 pages. Les deux ont réussi leur pari, mais la chanson est l'art accessible à tous sans qu'il soit pour autant l'art de la facilité pour le receveur dont la sensibilité vraie s'exprime à travers elle. Elle est aussi l'art de la répétition et le plaisir est là bien évidemment dans l'écoute d'une belle chanson. “Ecouter c'est réécouter ” aurait pu écrire Rousseau.

Quel est des deux celui qui part?

Le sommeil n'est en rien une sorte de préparation à la mort. Non, il est simplement une façon de se séparer de soi-même durant une huitaine d'heure, peut-être justement, pour préserver du suicide le type qui ne supporte plus d'être avec lui-même 24h sur 24.

L'homme qui se suicide est l'homme dont le sommeil n'a pu le détacher de lui-même.

La mort met un terme à l'absence par l'absence.

Ce que j'aime pendant l’été voir nos ministres cramés de bronzage être contraints de faire une conférence de presse en costume-cravate remplaçant pour une heure leur short beige et leurs espadrilles au mois d'août alors qu'une catastrophe les rappelle brutalement à leurs responsabilités. Grands acteurs, mais grands indifférents, ils reprennent leur exécrable rôle de compatissants, d'attristés devant une grande injustice divine (catastrophe naturelle, accident aérien, incendie criminel, etc.) et disent qu'ils vont faire tout ce qu'ils ont en leur pouvoir, etc. et cela la tête bronzée des vacances paradisiaques qu'ils ont dû interrompre le temps d'une interview. Le comble de l'incrédibilité qui, cette fois-ci, saute aux yeux. Ils auraient un maquillage de clown, cela reviendrait au même.

La politique est à l'individu ce que l'économie de marché est à la société, une véritable ruine de l’humain.  

Elle était confondante de naïveté en amour et impressionnante de réalisme en rupture.

J'ai décidé d'aimer cette femme un jour. J'étais le seul responsable de mon amour envers elle. J'essayais de me persuader qu'elle avait sa part de responsabilité durant toutes ces années (beauté, charme, charisme, sourire, etc.) puis un beau jour, je ne trouvais plus de raisons de continuer à l'aimer bien qu'elle n'ait rien changé de son attitude. Je décidais donc de ne plus l'aimer et chose curieuse, je ne l'aimais plus.

L'amour fait appel à des sentiments inhumains pour se nourrir des soi-disant sentiments nobles et purs de l’homme.

Les cimetières, plus qu'à ranger définitivement les morts sous la terre, servent avant tout à rappeler au passant, au promeneur, à l'homme qui se dirige tout penaud à son lieu de travail ou d'amour que la mort l'attend, qu'il ne se fasse aucun souci, qu'elle ne l'oublie pas. Un simple regard en direction de ses murs de pierre rappelle de suite à l'homme en bonne santé et vigoureux, qui gambade tel un cabri, sa condition première; ce pour quoi il a été créé.  Pour disparaître.

Ecrire un roman (400 pages) sur l'attrait d'un homme pour une femme, son désir infernal et fou pour elle; puis décrire le nombre d'année qu'il passera à la séduire pour s'apercevoir finalement, au bout de toutes ce temps de souffrance et de désir contrarié sans qu'il ne l'ait touchée le moins du monde, que l'objet de son amour le répugne au point qu'il refusera ses avances, une fois la femme séduite.

Une absence incommensurable face à une présence effective. Qui l’emporte ?

L'union physique d'un homme et d'une femme ne réside que dans un compromis bâtard que la Nature elle-même, si elle y était pour quelque chose, j'en suis sûr, n'aurait voulu à la base: un désir esthétique (la femme est la plus belle chose qui a été créée sur cette terre) puis pervers (l'utilisation extrêmement vicieuse de ses atouts et de son corps) contribue au plaisir de l'homme absorbé par cette vision de mort alors que cette même femme ne se contente que de la sensualité (le contact de la peau et des épidermes) mêlée à de la psychologie féminine (l'illusion d'être aimée et désirée), ce qui la fait accepter finalement d'être manipulée dans tous les sens, frottée, pénétrée, aspergée etc. D'où la question initiale, qu'est ce qui a échappé à la Nature pour que l'amour et la reproduction de l'espèce soient remplacés par le seul plaisir sexuel d'une part et de l'autre, la parfaite inégalité sexuelle des deux êtres, homme et femme, l'un prisonnier de son désir physique, véritable taulard de ses pulsions et l'autre de sa recherche d'affection et de son narcissisme exacerbé?

A l'amour fou, le corps ne réclame rien; la seule contemplation de l'être chéri annihile le moindre désir de chair. Mais si la femme accepte son rôle d'objet, l'homme acceptera le sien de manipulateur; et l'amour fou ne deviendra plus qu'un film X avec un peu d'émotion en prime.

Les personnages de roman ne lisent jamais. Ils sont toujours affairés à tout autre chose: amour perdu, nature bienfaitrice, ennui existentiel, discussion permanente, réflexions omniscientes, pratique artistique, promenades, voyages, rencontres d'amis et d'amantes, etc. mais jamais ils ne lisent, en tout cas l'auteur ne mentionne pas une telle occupation, il passe directement à autre chose: et les rares fois où ça arrive, l'auteur évoque en trois lignes cette occupation; pourquoi? Parce que l'auteur est incapable de décrire l'acte de lire sans être ennuyeux et banal. Il évoque quelques auteurs, quelques noms de romans que le personnage estime mais ne s'attarde pas, et surtout le personnage passe à autre chose. Bizarre quand on voit le temps que peut prendre la lecture dans la vie de quelqu’un.  

Découvrir une belle chanson déploie la même émotion que déshabiller une femme récemment rencontrée : une sensation d’emportement, de détachement de soi-même, de communion avec l’indicible, de croyance en une beauté supérieure, en une grâce sublimée par la portée physique.  

J'écris uniquement le dimanche soir. Il n'y a vraiment rien à faire le dimanche soir. Le reste de la semaine part dans du vide alors que le dimanche soir part dans du néant.

La présence est plus faible que l'absence car elle suppose à chaque instant  l'imminente absence: un départ, une fin, une disparition. Pire, la présence de quelqu'un peut devenir lourde, étouffante et l'on rêve à un peu de tranquillité. L'absence, elle, reste indubitablement liée à la solitude, à la souffrance amoureuse et à la mort.

Ne t'en fais pas, Ami, tout finit par disparaître, tes malheurs, tes regrets, tes souvenirs, tes souffrances, tout cela cessera avec toi et les causes de tes maux avec ou plus tard. Tout n'est que question de temps. Rien de plus. 

La femme que nous fréquentons n'est que le compromis temporaire de l'idée que l'on se fait du plaisir et de l'amour.  Dès qu'une autre s'en rapproche un peu plus, nous filons vers elle et ainsi de suite jusqu'à la bonne ou jusqu'à la mort.

Ecrire ne procure aucun plaisir mais c'est la seule façon de noircir nos idées noires. Le plaisir d'écrire ne réside pas tellement dans l'acte lui-même mais dans la lecture qui le suit de très près et de la compréhension qui en découle.

Je rêve à un grand tribunal divin. Seules consolation et justice posthumes possibles.

La première caresse donnée à une femme sonne le compte à rebours vers sa disparition.

Se méfier des pleurnicheuses, celles qui versent des larmes à tout va pour vous faire culpabiliser. Ce sont celles qui ne reviendront jamais. Elles pleurent pour masquer leur bouclier de haine.

Ce qui nous fait avancer dans la vie, c'est la mémoire. Elle seule décide ou non d'en finir avec la vie. Mais elle est extrêmement incompétente puisqu'elle ne veut faire ressurgir que les bonnes choses sous peine de crever la gueule ouverte face aux horreurs vues et vécues; et ce sont ces rares bonnes choses qui nous font espérer un peu pour la suite, rien d'autre. Les immenses soirées d'ennui, les pires moments de solitude, de rupture, de deuil, d'attente de l'amour, tout cela la mémoire l'efface, ou du moins s'efforce de le ranger dans un coin pour que le cerveau surtout ne les retrouve pas et puisse continuer sa vie sans trop d'embûches psychiques. Du coup, la conscience humaine continue comme si de rien n'était jusqu'au jour où la mémoire sera obligée de se souvenir devant la trop puissance d'un malheur ou d'une obsession; et ce souvenir stoppera toute volonté de vivre.

Un suicidé est un type dont la mémoire n'a pas fonctionné normalement. Elle lui a trop rappelé les tristesses de sa vie.

L'âme s'infiltre dans un corps et s'échappe à la mort de ce dernier pour en retrouver un autre sortant directement d'un vagin et ainsi de suite jusqu'à l'extension globale des feux de l'humanité.

Dieu a si bien fait les choses… Chaque physique correspond immédiatement à l'âme qui y ronfle dedans. Et plus l'âme est abjecte et plus le physique s'y plie. Il confère à celle-ci les plis qui congestionnent ou pas le visage, soit-il laid ou beau. C'est effrayant à remarquer. Pour les femmes, seul le physique me pousse au désir de connaissance; leur âme étant déjà infestée par l'orgueil et la déformation intellectuelle. C'est là où Dieu a si mal fait les choses: un désir injuste pour une âme hystérique.

Combien de litres de sperme une femme se voit déverser durant toute une vie ?

Les ravages causent des silences, et les silences des ravages.

On met un petit bout de temps à devenir vieux, puis un petit bout de temps à le rester.

Le problème avec le sexe, c'est qu'il n'accepte pas les demi-mesures. Soit il envahit d'un coup corps et âme, soit il se retire loin de la chair. Jamais de compromis possible, soit il faut le pratiquer de manière obsessionnelle, soit il faut s'y soustraire totalement. L'ennui réside dans le fait qu'en général, sa place est entre les deux d'où un déséquilibre permanent de notre désir, et du coup de notre état mental. Un désir contrarié devient un ennemi à part entière, et c'est la place aux problèmes.

L'homme n'a pas le choix sur la terre, et s'il croit choisir, il se trompe comme rarement on s'est trompé sur la vie. Et si un beau jour, il choisit de se donner la mort, c'est avant tout par non-choix, par absence d’autre choix.

L'amour des femmes est souvent supérieur à celui de l'homme parce qu'elles savent ce qu'est l'amour. L'homme, lui, est perdu entre obsession sexuelle et attendrissement pour ces dernières, il croit aimer, il ne fait que désirer; il pense que c'est Elle mais il détourne les yeux au moindre croisement. L'amour ne lui est jamais proposé; il oscille en permanence entre le désir du corps de la femme et une certaine habitude à la fréquenter. La femme se fiche de tout cela, elle se donne toute entière à l'homme qu'elle aime parce qu'elle se trouve dans l'amour. Elle ignore la lâcheté, se sacrifie, parfois va jusqu'à s'humilier devant son amour. L'homme en est capable mais il est trop tard lorsqu'il s'en aperçoit, il s'humilie devant un mur. Mais tout cela ne dure pas, si la femme sait aimer, son ignominie propre à sa nature hystérique et vaniteuse fait surface lorsqu'elle n'aime plus, et là, même schéma que dans l'amour, elle se retire avec une force et une indifférence des plus folles alors que l'homme n'aura toujours pas fini d'hésiter et de se fourvoyer dans les pires combinaisons.

Le suicide de l'homme n'est en aucun cas la conséquence tragique de l'accumulation de ses lâchetés, mais la juste conclusion de ses interrogations permanentes auxquelles la mort est la seule réponse plausible. Un homme qui se tue se justifie.

La mort n'est jamais la solution du désespéré, c'est le suicide. La première n'est que la conclusion brutale de cette dernière, en aucun cas la réponse. Les gens meurent certes, mais tous ne se suicident pas. Comme beaucoup se suicident sans mourir. Le suicide est à ce jour le plus juste élément de réponse qui soit. Comme l'amour l'était à l'existence. La souffrance étant malheureusement comprise dans la réponse.

Ce qu'il y a de terrible aujourd'hui, c'est que même les femmes laides se prennent pour des femmes fatales en nous méprisant de se mépriser elles-mêmes.

L'homme qui souffre et dont la science et l'amour ne peuvent rien à son drame, s'il décide d'en venir au suicide pour supprimer cette souffrance devenue insupportable, doit malheureusement abandonner sa vie avec. Tout ça pour dire que quelqu'un qui en vient au suicide ne veut pas forcément en finir avec la vie, mais devant l'absence de traitement efficace n'a trouvé que ce dernier qui lui impose un arrêt brutal de toute source vitale et du coup supprime avec le mal profond, son existence pure et simple. J'appelle l'homme souffrant qui se supprime: un héros.

L'homme qui se suicide a cherché durant des années un autre traitement pour son mal sans le trouver.

Un ami, c'est quelqu'un à qui l'on dit: “ Ne viens pas ! ” et qui vient quand même.

-   Mais pourquoi ne mentionnes-tu jamais son nom?

-   On ne nomme pas l'innommable.

L'oubli, c'est ce qui permet le présent et de le vivre stupidement. Sans lui, on se flinguerait tous à la pelle. Si on décide de se lever le matin, c'est qu'on veut oublier la veille.

On s'étonne souvent que Dieu laisse faire tant de carnages et de souffrance. Mais il n'a pas le temps de s'occuper de tout ça, il bosse tous les jours comme un malade, il accueille les morts. Une visite guidée du néant prend du temps.

Crois-toi éternel et tu pourras espérer un peu de bonheur dans cette vie. En pensant à la mort, tout ce que tu fais, tout ce que tu aimes, tout ce que tu désires prendront immédiatement des allures d'absurdité et de testament permanent. Et tu passeras ta vie à te le dire en ne donnant aucune valeur à rien. Tu te mépriseras toi-même, tu tromperas tes femmes, ignoreras tes amis, plaindras ta famille et surtout, le pire peut-être, tu n'entreprendras rien de sérieux en laissant tout tomber à chaque fois.

Comment vivre normalement avec l'obsession que tout finit, que tout se destine à la disparition, à l'arrêt brutal, à l'enfouissement inéluctable, à la putréfaction de l'amour?

On passe sa vie à être obsédé par la vieillesse tout en la refusant. Jeune, on maudit les jours qui passent nous poussant dans le précipice de la vieillesse, n'ayant que cette peur au ventre, celle de perdre sa jeunesse; et vieux, on se range dans cette catégorie en se plaignant de ce triste état qui ne fait que progresser et précipiter notre déclin.

L'homme qui s'ennuie ne voit qu'ennui autour de lui; il pense, à tort, que s'il s'ennuie, les autres, à la même heure doivent en faire autant. Or il ignore que le sentiment d'ennui est propre à chacun et que s'il s'ennuie, il est avant tout seul à ressentir cet état glacial, et peut-être même incompris des autres.

L'homme qui s'ennuie est supérieur intellectuellement à l'homme qui s'agite car ce dernier ne sait pas s'ennuyer. Il n'est pas donné à tout le monde d'éprouver de l'ennui dans tout. Seuls quelques génies ont le mérite de l'éprouver profondément tout en le supportant très mal.

Un homme dont l'obsession est l'ennui, même lorsqu'il est solidement occupé à une tâche, ne peut entièrement s'en réjouir puisque l'ennui le taraude tant qu'il lui prouve l'inutilité de chaque acte qu'il accomplit.

Le problème avec la jeunesse, c'est qu'on ne peut rien en faire. Elle rase les murs jusqu'à ce qu'elle disparaisse.

L'amour nous attire dans le gouffre et nous mettons tous nos efforts en œuvre pour nous y précipiter. C'est un suicide poussé vers le haut, une aspiration esthétique morbide, une mort lente par excès de vie.

On regarde un être vivant et l'on pense inexorablement à la réalité solidifiée de sa mort prévue. 

Nos caresses transforment les femmes en fantômes.

La morale condamne l'onanisme; la société condamne l'adultère; et votre femme vous condamne en vous quittant. Voilà un bon départ pour une vie d’homme !

Plus un écrivain est oisif, et plus il est productif. Dès qu'il s'incère dans la machine infernale du travail, des temps de récupérations, des amours périmés, il se couche avec les poules et s'endort en vue du lendemain. L'écrivain qui ne fait rien peut écrire et lorsqu'il s'endort, c'est avant tout pour se détacher de lui-même.

En période d'ennui, les réflexions sur l'ennui me permettent un temps de me sortir de l'ennui.

Un type qui s'ennuie pense forcément aux autres. Quelqu'un qui s'occupe ne pense à rien et surtout pas aux autres, et c'est là que le bât blesse. Je passe ma vie à trop penser aux autres; aux autres qui travaillent.

Il semble y avoir une logique dans nos destins, même si c'est une logique de l'absurde.

Même en période d'intense activité, l'ennui s'est toujours fourvoyé en moi, m'a poursuivi pour me rattraper le plus souvent. Il me disait: “ Tu t'amuses comme un petit fou on dirait, tu fréquentes une très jolie femme, mais ne t'inquiète pas, je serai toujours là pour toi. ”

Aux pires heures de dépression mélancolique, je quittais mon lit, au bout de vingt heures de soupirs testamentaires afin de m'insuffler un peu de vie mais surtout pour aller aux toilettes. Je regardais dans la petite glace accrochée au mur de mon cabinet mon visage boursouflé par la tristesse afin de me rendre compte des conséquences physiques indéniables de mon drame intérieur. Mon visage, trahi par la contagion du mal, était rougi par la trop grande émotion, infecté par la maladie, enflé par les hallucinations, gonflé par les médicaments. Je me fixais donc en décryptant chaque cavité creusée par la douleur en les répertoriant sur mon visage. J'avais l'impression que c'était mon reflet qui me scrutait ainsi, alors je me mis à me sourire de manière totalement gratuite pour le voir s'illuminer dans la tristesse. Et en effet, il souriait. Si je pouvais sourire malgré les horreurs que je vivais, c'est que tout cela n'en valait pas la peine, que toute cette tristesse n'existait pas, que tout cela était faux. “ Tu n'es pas triste puisque tu parvins à sourire ”, me disais-je en contemplant mes larmes couler dans la cuvette. Le mécanisme physique de mon sourire fonctionnait encore pendant que celui de mon cerveau était ravagé par les méfaits des blessures. Mon reflet était guéri quand mon ombre flottait à la surface comme un poisson crevé. Puis, vaincu, je partais ensuite me recoucher une vingtaine d'heures.

J'aime être dans un bureau et observer ceux qui y travaillent. Il y a une dignité dans le visage de l'être qui est absorbé par son travail. Une dignité que lui-même ignore, mais qui lui permet de toucher parfois la grâce de l'existence. Un semblant de justification de sa présence sur terre, même. C'est d'ailleurs pour cela que je ne fais rien, indigne que je suis, pour observer la dignité des autres.

Comment voulez-vous qu'un homme triste ne soit pas à la recherche continuelle de la volupté, de la caresse effrénée? C'est le seul plaisir suprême, et du coup bonheur, accessible à sa personne. Pas ou peu de déception véritable dans l'acte charnel. C'est sa seule satisfaction face à ces milliers d'heures qui coulent pour rien. Accordez-lui quelques minutes d'oubli pour les milliards d'autres passées dans le conflit qui l'oppose à lui-même, puis à l'hostilité du monde. Pardonnez-lui de se fourvoyer dans un bonheur qu'il croit (à tort) enfermé dans le corps d'un certain nombre de femmes, c'est tout ce qu'il a, et pourra avoir.  

Cioran écrit dans Le Crépuscule des pensées: “ Nous sommes accrochés à la femme, non tant par instinct, que par la terreur de l'ennui. ” Il oubliait qu'une femme qu'on ne désire pas ne peut rien ou presque à notre ennui. Je dirais plutôt qu'un homme est accroché à une femme à la fois par désir sexuel et terreur de l'ennui, le premier contrarié et inassouvi provoquant l'ennui à pallier. Ensuite, le désir diminue et l'ennui s'amplifie.

Les femmes ne parlent que travail et ne pensent qu'aux vacances. Elles travaillent comme des forcenées et partent en vacances dès que leur patron leur prête un congé. Il n'y a absolument que ça dans leur vie. A 30 ans, elles rajoutent un élément, elles veulent et obtiennent pour certaines un gosse. Leur destin s'arrête là. On peut dire qu’une femme est morte à 35 ans.

Une femme nous quitte. On est bien triste, puis finalement on trouve mieux qu'elle. On pensait ne jamais pouvoir vivre sans elle et on se surprend à survivre puis vivre en s'octroyant des moments d'oubli total. Quelle misérable nature.

Une femme ne choisit pas son corps et elle passe sa vie à se battre contre lui, en vain, un jour il aura raison d'elle.

Plaquer un canon de revolver sur sa tempe ou serrer un corps de femme contre soi sont deux choses à peu près semblables. C'est un état de grâce où il n'y a plus grand-chose après.

Le problème, c'est qu'on a seulement la mort des autres pour nous former à notre propre mort ; donc on passe à côté, totalement. L'ennui peut nous apporter quelques rudiments pour nous y préparer, l'absence aussi. Mais on reste tout de même totalement inapte au combat et à notre défaite programmée.

On ne voit jamais son propre visage en activité de vie comme on voit celui des autres car on ne supporterait pas de le voir vieillir si vite. De temps en temps dans la glace, on se rassure mais l'on ne voit rien. Mais le vice est de se satisfaire totalement du temps qui passe chez les autres. Cela ne nous choque pas de les voir vieillir, trouvant ça normal, mais dès que l'on pense à soi et aux contingences dramatiques qui pèsent sur nous, on se renferme dans l'absurdité de vivre. Egoïsme métaphysique parfait de l'être.

Des millions de morts tous les jours et depuis la nuit des temps, l'assimilation de la disparition comme finalité première et essentielle. Et l'on s'obstine à vivre comme si de rien n'était, à se lever le matin pour se rentrer le soir. Quel aveuglement métaphysique. Quel incroyable raz-de-marée de mépris pour tous ceux qui sont partis que de batifoler de la sorte. 

On est tous dans la même merde (quasiment), pas un n'échappera à la mort; et pourtant on se sent si seul lorsqu'on pense à la notre.

L'aphorisme est un cri lancé dans la nuit que l'on interprète en silence en vue de l'oublier dans la seconde.

Notre mémoire retient énormément de détails insignifiants: une réplique de film raté vu il y a dix ans, un visage croisé quelques secondes il y a cinq ans, un commentaire de bulletin de CE2, le prix Goncourt 1958. Alors comment voulez-vous oublier une femme partie et vivre normalement après ça sans y penser en permanence? Pas besoin d'être hyper mnésique pour se souvenir de la moindre de ses intonations, de sa voix obsédante, de son image de fantôme qui va disparaître dans la nuit et en souffrir le martyre durant des lustres.

L'écrivain doit être l'anatomiste des passions et non du verbe. Mais où se cache aujourd’hui ce grand écrivain?

Une femme nous sourit et l'on veut découvrir subitement ses seins. Curieuse logique.

L'amour est un aller-retour sans retour. Un amalgame de compromis malhonnêtes, de désirs inextricables, de plaisir inégal, de sensations impraticables, d'affection impossible, mais surtout de solitude totale.

On dit souvent : “ Il a quitté notre monde. ” avec cet air compatissant, comme si c'était étonnant que quelqu'un meurt aujourd'hui, et surtout comme si c'était un départ. Or notre monde c'est la mort, et l'on devrait dire : “ Nous ne l'avons pas encore rejoint. ” Ce sont les vivants les retardataires, et non les morts les gens qui partent. Toujours se placer du côté de la mort, de la chose éternelle.

J'hésite en permanence entre croire au foutoir absurde, violent et injuste de la vie et me rendre compte de sa logique implacable, de son organisation divine, de son système existentiel ingénieux.

Délaissé par Dieu, l'homme cherche l'amour (ou autre chose d'ailleurs, en tout cas un palliatif) chez la femme. Son malheur est qu'il n'y trouve que de la chair et qu’elle est palpable quelle que soit la femme.

Contrairement au vouvoiement, le tutoiement doit se mériter. Lorsque que je vouvoie quelqu'un et qu'il s'offusque de cette distance morpho-syntaxique, il ne sait pas qu'il doit gagner ma confiance pour accéder au tutoiement, il se vexe pensant à une différence d'âge excessive qu'il n'y a pas en vérité ou une quelconque distance. Le vouvoiement n'est pas une marque de respect mais de politesse. Or on me bassine pour que je tutoie mon interlocuteur alors que ce n'est pas inné. Il y a des gens que je vouvoierais toute ma vie.

Les gens s'offusquent de voir quelqu'un être payé à ne rien faire (comme moi). Or ils ne savant pas ces êtres idiots, que l'argent est doublement mérité. On me paye pour supporter l'ennui, l'inintérêt, l'absurdité, le silence et le temps pesant qui ne passe pas durant cette condition arbitraire, véritable ennemie de l'homme ordinaire. Choses qu'eux, occupés à diverses tâches, ne voient pas et ne pourraient supporter longtemps. Aujourd'hui, on devrait rémunérer en fonction les travailleurs de l'ennui.

L'homme et la femme s'empalent et que voit-on? Une sexualité psychiquement complexe pour un plaisir mécanique chez l'homme en face d'une sexualité mécanique pour un plaisir psychiquement complexe chez la femme. Parfaite combinaison des deux sexes, cause principale de millions de séparations.

La société te délaisse, les femmes te méprisent, tes amis t'oublient, et le temps passe pour rien. Ne t'inquiète surtout pas, c'est le signe d'une vie pleine et accomplie. Tu es en parfaite santé. Prends ta plume et écris cela sous la forme que tu veux. L'éternité te pardonnera.

L'existence de Dieu me paraît plus probable et moins problématique que celle de l'homme.

Le suicide, c'est la pratique religieuse de l'athée désespéré par l'inexistence de Dieu.

La religion, c'est le suicide du croyant heureux persuadé de l'existence de Dieu.

La mort, c'est la défaite de l'homme sans match ou alors dans un match écrit et perdu d'avance. C'est une parfaite injustice érigée en système cosmique. Une somptueuse inégalité nous renseignant sur les principes même de sa sœur handicapée et trisomique: la vie. Une brutale conclusion d'un développement sans partie, ni thèse, antithèse et synthèse. La fin violente d'un résumé inaccompli, bâclé, et truffé d'erreurs.

Le désir vient-il de moi vers une femme, ou de la vue d'une femme à moi? 

Il n'y a qu'en amour (dont on dit communément qu'il est le sentiment essentiel d'une vie) où la personne qui était tout devient subitement celle qui n'est plus rien. Et cela avec une passation de pouvoir intime digne des plus grandes démocraties.

Dieu c'est comme la femme aimée. Je crois pertinemment à son existence tout autant qu'à son absence.

L'ennui fait bouger à la fois le corps et l'esprit, peut-être plus que toute autre activité humaine. Le corps ne peut rester immobile face à la terreur de l'ennui, alors il se déplace et remue pour tenter d'en sortir, autant que son esprit qui se centre sur l'incroyable absurdité de se sentir exister, sur le sordide du non-être ressenti par un être. Bref l'ennui permet une bonne pratique physique du rien pour une réflexion psychique sur le vide.

Ça me rassure sur ma santé intellectuelle de réfléchir sur le sexe. C'est avec l'ennui et la mort la seule question définitive à se poser.

Il va falloir que tu me manques.

Je suis beaucoup plus sévère moralement avec un ami qu'avec un amour. L'amour, porté par l'aveuglement, commet résolument un certain nombre de fautes pardonnables. Il est avant tout une victime des instances redoutables du désir, de l'attraction des corps, de la tromperie et s'il nous déçoit, c'est avant tout parce que la nature nous soumet à ses lois rigides. L'ami, lui est porté par la clairvoyance, une profonde lucidité qui le porte vers telle ou telle personne; et non vers une autre. En cela, il n'a pas le droit à la faute car elle viendrait tout entière de son être et non de sa nature propre. Ses vices ne seraient plus, comme en amour, des choses envahissantes et incontrôlables mais de véritables erreurs morales : égoïsme, indifférence, irrespect, mensonges, etc.

L'amour, lorsqu'il naît, est déjà à son apogée, les flux sanguins sont déjà envahis. Le virus s’est bien implanté et commence son travail d’exploration intime. La relation qui va l'entourer ne sera plus que destruction, déception, épuisements progressifs jusqu'à l'extinction finale. En amitié, c'est l'inverse exact. L'on part d'un hasard basé sur une quasi égalité, et c'est le temps qui amplifie l'union.

Un type qui dit « je t'aime » ou qui se tue est un type qui a cessé de jouer. Jusqu'à présent, il se contentait de paraître, d'accepter la médiocrité, d'attendre l'absolu, de se tromper, de se contenter, de se méprendre, de mentir, de se mentir, de penser à l'absence, de faire silence sur toutes les abominations. Son amour et l’idée de sa mort sont devenus pour lui un vacarme trop grand. Le vacarme silencieux de l'absolu réduit en poussière devient ainsi le vacarme absolu du silencieux réduit en poussière.

Il y a quelque chose comme Dieu dans la femme absente. Une pensée toujours religieuse portée à son paroxysme pour imaginer son impossible présence.

Il n'y a pas seulement deuil pour les morts, il y a le deuil quotidien pour l'être qui a fait ses bagages ou qui vous a rendu les vôtres.

L'amour, l'amitié, le sport, la littérature, le travail même m'ont permis de sortir un temps de la solitude. Mais me plonger amèrement dans la solitude me permet d'y sortir un peu plus.

Je suis un esprit de second ordre qui tente de mettre de l'ordre dans son esprit à travers un épanchement de mots trouvant source vive dans les maux de ma nature. 

Le matin est toujours un adversaire loyal pour l'individu qui s'ennuie. La fatigue, les obligations d'hygiène peuvent le conduire vite au midi. Non, l'ennemi, c'est l'après-midi cisaillée, immense, indéfinie, silencieuse, hostile à l'homme prisonnier de lui-même. C'est terriblement atteint dans son intimité et affaibli par le temps qu'il parvint jusqu'à la soirée qui, elle, l'achève d'un coup. Pour peu que notre homme soit insomniaque, la nuit l'enterre définitivement.

Chaque journée qui finit est une petite mort. Sa multiplication annuelle nous conditionne au grand saut.

La littérature, au contraire de l'amour, n'a essentiellement que l'instant pour plaire ou émouvoir. Pas de travail à posteriori pour elle. Et certains passent plus de temps à s'y consacrer qu'à l'amour…

Le pire pour un couple est tout ce qui se trouve en dehors du désir.

L'absence, c'est le cancer de l'âme. Il y en a certains qu'on ne sait pas soigner.

Les incroyants les plus virulents sont capables des plus grandes prières.

Les sexualités sont si peu interchangeables qu'elles en deviennent totalement hermétiques. Si l'homme est broyé par la sienne, celle de la femme demeure quelque chose de si incompréhensible qu'il ne pourra jamais rien n'y faire que d'émettre quelques hypothèses vaseuses. Si les mécanismes bêtement physiques le sacrent un temps, il ignore à une échelle incroyable la teneur véritable du désir féminin. Ce qui pousse une femme vers le corps d'un homme s'y précipitant. Le désir de la femme est un retour de manivelle totalement dépourvu de sens dans la conscience d'un homme.

On a habitué l'homme à se réveiller chaque matin, et puis un beau jour il ne se réveille pas. On a habitué un homme à se réveiller chaque matin auprès de sa femme et puis un beau jour elle se tire pour de bon. On a habitué l'homme à s'habituer à l'habitude pour le confiner au final dans le seul état possible et durable spécialement crée pour lui: la solitude. L'ennui, c'est qu'on l'a habitué à ne surtout pas s'y préparer et pire à la fuir à toute jambe. Sacrée leçon de civisme transcendantal.

Un gamin de dix ans me sort un jour : “ Les femmes… On ne peut faire confiance à     aucune. ” Pourquoi ce type de vérité indéniable est si précoce dans la bouche d'un enfant contrairement à d'autres vérités du même ordre? Tout simplement parce que la question est essentielle et qu'elle est ancrée dans la nature même des générations actuelles qui ont su parfaitement évoluer avec leur temps et intégré de façon inconsciente les grands penseurs sur ces questions essentielles: Chamfort, Rimbaud, Balzac, Drieu, Sachs, Montherlant, Cioran. Ils retrouveront dix ans plus tard les confirmations qui venaient d'eux et qu'ils attendaient de voir écrites noir sur blanc.

 

Pourquoi les femmes possèdent si bien les codes du mépris en elles? Tout simplement par ce qu'elles compensent avec leur don de fabrication d'êtres humains. Elles donnent vie et mettent l'univers entier sur pied. Tant d'altruisme et de souffrance infligés pour la “ bonne cause ” en faveur de Dame Nature ne peuvent coexister sans un profond équilibre à leur espèce. Donc, et afin de rétablir leur équilibre intrinsèque, l'équilibre maternel, elles se séparent des hommes qu'elles ont aimés comme de vulgaires chaussettes trop usées. L'homme, lui, ne fait rien sur terre, il n'a aucune incidence sur la nature alors pourquoi déployer des ressources négatives allant dans le sens des femmes? Non, il est une substance infirme et gluante qui attend la mort et qui regarde les femmes. Et si les guerres sont affaires d'homme, ce n'est que parce qu'il est totalement incompétent dans les autres domaines, n'ayant pas de place définitive, n'étant qu'un vague accompagnant, et qu'il a besoin de s'occuper en s'inventant une place dans le monde. La nature étant foncièrement mauvaise, elle lui a collé la guerre et la religion comme divertissement. Les femmes peuplent et dépeuplent et les hommes jouent à la guerre ou se laissent mourir de tristesse. Voilà un monde bien comme il faut. 

Il faut laisser les femmes avec leur mépris sinon on va bouleverser leur nature profonde, et qui sait si elles ne trouveront pas autre chose de bien pire à nous faire avaler. Chaque virus qu'on tente de canaliser finit par se transformer au fil du temps par un autre virus bien pire, plus contagieux et bien plus mortel, alors laissons leur celui-là…

La femme est la maladie, l'amour le virus, et le sexe parfois le seul traitement pour l'homme. On ingurgite les médicaments sans comprendre le processus médical qui s'opère mais on ingurgite pour apaiser la douleur à n'importe quel prix puis on retombe vite malade.

Le sexe, cet antidépresseur du désir.

La maladie est la névrose du corps. Et c'est là qu'on voit que le corps est drôlement spirituel. 

Pas de subtilité chez l'homme: il est soit un gros bourrin bien débile ou alors un type génial. L'homme est aux deux extrêmes d'une horizontale métaphysique et les femmes grouillent au centre. C'est toujours un bordel monstre pour faire une bonne pioche. 

Parmi leurs nombreux attributs: l'orgueil, l'ambition, la vanité, l'hystérie, la peur, les larmes, le mépris, la cécité, le courage, la force, l'envie, l'oubli, je n'ai appris véritablement qu'une seule chose des femmes : le silence.  

Puiser dans l'oubli pour édifier des forteresses de silence, tel est le dessein de chaque homme.

Différence entre amour et amitié ? L'amitié se gagne et l'amour se perd. Une histoire de gain, de perte et de temps, rien de plus.

Nous n'aimons pas les femmes pour ce qu'elles sont (leur essence nous est inaccessible à jamais) mais pour ce que nous leur prenons, c'est-à-dire leur corps, leur temps, leur patience. Elles ont tant d'attributs que l'homme se contente, tout en tournant en rond autour de l'idée de la femme, d'épuiser le stock. Ensuite, le mépris et la haine viennent départager les substances. Les femmes aiment les hommes pour ce qu'ils sont parce qu'ils ne font qu'être à longueur de temps. Ils n'ont rien de plus à donner. Les femmes finissent par se lasser, elles qui sont bien plus complexes dans leur simplicité. Quand la femme aime éperdument un homme, lui se demande s'il l'aime car il ne parvient à réunir en un tout les diverses composantes de la femme qu'il a en face de lui.

Conseils de lecture de l'année: Le Meurtre de Suzy Pommier (Bove), Album d'un pessimiste (Rabbe), De l'amour (Stendhal), Maximes (Chamfort), Le Désert des Tartares, Le K et autres nouvelles (Buzzati), L'Adversaire (Carrière), Le Mépris (Moravia), Derrière cinq barreaux (Sachs), Les Particules élémentaires (Houellebecq), Le Crépuscule des pensées (Cioran).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carnets 2006.

On fête la nouvelle année à défaut de pleurer sur notre sort et d'encourager la marche du temps à nous dévorer lentement comme un charognard invisible.

Cerveau, estomac même combat. Ils digèrent ce qu'ils peuvent et c'est non sans souffrance.

Le cerveau de l'homme est l'estomac du requin blanc. On y retrouve à sa mort diverses choses immangeables, poison, déchets, saletés en tout genre, le tout ingurgité durant une vie de souffrance, de solitude, et de tristesse. Bref, tout ce qu'il n'aurait jamais dû goûter et que la vie lui a fait avaler de force en le gavant comme une oie.

La nature est vicieuse; elle nous apprend enfant que l'on mourra un jour, puis toujours jeune, nous confronte à la mort de nos proches. Trop jeunes pour avoir une réelle conscience d'une telle abomination et de mettre directement fin à nos jours, nous arrivons à l'âge adulte avec ce bagage, en acceptant une telle monstruosité; et du coup nous parvenons à vivre avec. Si l'on prenait conscience de la mort pour la première fois après 20 ans, la société perdrait par mort violente 100% des gens sensibles, intelligents et courageux de cette planète. Le diable existe, il est l'esprit machiavélique de la nature.

Le pire dans la souffrance, ce n'est pas la souffrance en elle-même, c'est sa douloureuse solitude. Son impossibilité d'être dévoilée, d'en partager les noyaux durs, d'être expliquée, comprise par un autre, nous y enferme davantage. On meurt seul et incompris de l'humanité entière. 

La musique est l'affaire des solitaires, des fous et des types amoureux. Elle seule les comprend et les porte. Sans elle, l'effondrement progressif de leur santé psychique est inéluctable.

Il y a de la solitude dans le visage d'un enfant de 10 ans, mais il ne sait pas encore ce qu'est vraiment sa solitude. Son visage triste et pensif l'exprime à sa place alors que son cerveau reste en sursis.

L'homme n'est lui-même que quelques minutes après l'amour et seulement durant une très courte durée. Avant, il est en terrain de chasse, près à trahir son prochain pour arriver à ses fins, pendant, il est un animal-penseur, et juste après, il est ravagé par un dégoût de lui-même. Il faut attendre un certain retour à sa pureté originelle, à une tranquillité de ses organes rassasiés pour qu'il soit enfin lui-même. Puis, il retrouve son état d'origine, prisonnier de lui-même.

Drôle de vision lorsqu'on pénètre dans une église d'y voir à chaque fois un homme cloué sur une croix sans que personne ne s'en offusque ou en sort choqué. La religion catholique a démocratisé, en érigeant à tout va ce type de sculpture, l'acte de barbarie en exhibant cette scène de torture. Ce Christ sur la croix est devenu le symbole de la religion qui du coup anesthésie le côté inhumain d'une telle scène. L'individu oublie le sens du sacrifice et la souffrance en voyant la croix au profit de l'idée de la religion, abstraite et consensuelle. Elle est devenue ainsi la métonymie de la religion catholique.

Tout travail est l'antithèse du plaisir; et on le voit bien dans le domaine de la pornographie qui érige tout de même le plaisir au niveau suprême. Lorsqu'on observe le "making of ” d'un film X, on se rend compte que ces hommes et ces femmes font un simple travail d'ouvrier du sexe, un travail sexuel à la chaîne annihilant toute idée de plaisir véritable, plaisir qu'ils sont sensés honorer à défaut d'éprouver. D'ailleurs, le jeu d'acteur prend bien plus de sens que dans n'importe quelle séance du cours Florent. Ces femmes composent leur rôle avec une crédibilité essentielle à l'esthétique et au message du film. Elles sont si investies dans leur composition (et non dans leur plaisir qu'elle n'éprouve pour ainsi dire jamais) que le spectateur s'y trompe. Reste que le plaisir qu'elles seraient en droit d'éprouver sans la machinerie est relayé au rang d'annihilation de l'être puisqu'il a été démonté par le travail seul. En cela, la pornographie est l'une des pires manifestations du libéralisme économique présent dans tous les domaines, même dans ceux que l'on croyait intouchables comme cette dernière. Il a broyé dans ses machines la seule chose à laquelle il faut croire pour en faire un produit comme un autre. Un produit, qui comme tous les produits, est censé comblé une souffrance, un manque: ici la frustration, l'abstinence, l'obsession sexuelle, etc.Des gens souffrent (ici les acteurs) pour le bien du consommateur frustré; c'est une des définitions du capitalisme combattu par le communisme depuis deux siècles qui lui pense d'abord à la condition humaine de l'ouvrier. On y voit des types qui baisent sur commande, totalement blasés par les corps féminins qui s’égosillent autour de leur membre géant. Ces types, souvent bêtes et crétins, sont les vrais enfants du taylorisme d’antan.

Des romans, des cuisses entrouvertes, des paroles sous la neige, des batailles emportées par le silence, des crachats de sang plein la cuvette et à la conscience de chaque matin, ce vertige du néant, cette vision funèbre de constater que l'on est aussi vierge qu'au premier jour, que rien n'a été fait et que nous remportons 24 heures que pour mieux les rendre au néant.

Le pire, ce n'est pas la conscience que nous ne sommes rien; c'est la conscience de n'avoir rien pu être.

Je suis un hérétique du sexe.

Tu crains de tromper ta femme car tu ne pourrais accepter le jeu de l'amour avec, tout en te sachant menteur, salaud, faible, etc. Mais ce jeu, tu le joues déjà sans avoir de maîtresse puisque chaque relation, chaque femme amoureuse te pousse à jouer ce jeu de la fausseté, de la douceur, de la patience. Tu le jouerais deux fois voilà tout, comme un acteur conscient de son plus grand rôle, le dédoublement.

La mort nous retire et le temps nous remplace.

Ecrire est un véritable travail, une occupation éreintante, épuisante. Arrêter d'écrire est une véritable décision. Autant on ne décide pas d'écrire, le flot des mots évolue comme le désir avant de vous hurler dessus pour être expurgé. Stopper volontairement l'écriture est le seul acte littéraire significatif. C'est rendre au silence ce qui lui appartenait déjà.

A la limite, seule la débauche peut nous faire sortir un temps du désir.

Je me sens vraiment seul quand je suis avec d'autres alors que je ressens une certaine compagnie à être seul.

Il faudrait vivre sans penser que l'on va mourir et s’éteindre sans se souvenir d'avoir vécu.

La souffrance, cette fidèle amie qui vous tient par la main comme un enfant, à tout âge de la vie.

On se rend compte bien après de l'amour que vous a donné une femme. Souvent il est trop tard.

Il y a des tombes pour se recueillir et penser aux morts. Qu'a-t-on pour se recueillir sur la mémoire des vivants?

On parle de la fidélité comme une vertu; seulement pour un certain nombre, cette vertu est une contrainte dont ce dernier se passerait bien. Vertu forcée devient en quelque sorte vertu mensongère devant une séduction impossible.

Rien n'est dans les actes, tout demeure dans l'esprit malgré l'acte.

On recherche le plaisir pour oublier les maux de l'amour; or s'il les occulte le temps d'une coucherie, ses conséquences n'en restent pas moins désastreuses, envenimant le tout afin que l'amour s'effondre lamentablement.

Ne rien retenir de la vie, si ce n'est quelques élans fugitifs et cette tristesse incomparable et sourde à nos lamentations.

Tout est dans l'inutilité du présent; d'où l'immense machinerie du passé.

Le fait de rappeler qu'il n'y a pas que le sexe dans la vie (ce qui est juste) démontre tragiquement qu'il n'y a en fait que ça.

Amour et sommeil, même combat; c'est en y sortant brusquement qu'on se rend compte qu'on y était bien.

La putréfaction n'est pas qu'une expérience physique, elle est même, et avant toute chose, spirituelle et prend sa source morbide dans l'existence même des humains. Voyez comme les souvenirs s'effacent, dépérissent au fils des années. Des mots d'amour hurlés un soir de gèle deviennent à peine quelques silences retrouvés. L'existence de ces faits n'est en fait que le mince reflet de l'inexistence triomphante. Tout est amené à disparaître, oui, mais durant la vie elle-même.

Il y a comme un sursaut de lutte contre la création. Malgré l'augmentation des naissances (cela est bien commun, l'homme et la femme savent-ils faire autre chose sinon procréer comme des moutons?), l'homme semble se venger inconsciemment de la Nature qui l'a crée en la détruisant peu à peu par sa bêtise et sa médiocrité. Un mal pour un bien.

Adolescent, j'étais bien plus préoccupé par les filles que par les études; et ensuite par la volupté que par la carrière.

Il y en a qui vivent comme ils l'entendent. Moi je vis comme je le sens tout en entendant mal.

Des excès d'attention, des gestes attendrissants, des sourires affectueux, la tendresse forcenée des femmes et voyez leur froideur abjecte envers vous lorsque tout prend fin. Leur nature ressemble étrangement à la Nature. Un jour ensoleillé où, prospère, on gambade dans les prés et la tempête terrible du lendemain emportant à jamais quelques marins.

Ne rien entreprendre sans avoir l'idée de la mort en tête. C'est à la fois un bon point de départ et une retraite à chacun de nos désirs. Certains s'en contentent, d'autres finissent à l'asile.

Après ma rupture (enfin, celle de ma femme après des années de vie commune), je me suis octroyé deux semaines de célibat. Période trop longue à mon sens.

Le mépris est le seul langage sans langage; il est partenaire de la violence dans l'enclume profonde et rouillée du silence. Une déferlante de haine portée au paroxysme de l'indifférence, elle-même remplie de vide et de volonté neutre. C'est la pire arme du lâche et il l'use avec un talent incomparable.

Remarquer la dignité du visage des femmes lorsqu'on les observe à des tâches ingrates. Elles ont pris le temps de se maquiller, sourient à notre passage et se perdent dans la trivialité d'un travail. Cette dignité est combinée à la fois dans leur bonté naturelle et leur orgueil. Les deux côtés antinomiques de la femme.

Lorsque je m'aperçois du style déplorable de certains de nos écrivains contemporains, je me dis qu'il faudrait songer d'abord à publier les gens qui n'écrivent pas.

Les écrivains doivent écrire leurs œuvres comme un musicien compose une musique. Or ils composent leurs romans soit comme des rats de laboratoire soit comme des autodidactes suffisants et inintéressants. Il faut écrire loin de son époque et des siècles passés mais toujours, et c'était la définition d'un Montherlant, d'un Maurice Sachs et de tant d'autres, comme on pisse du sang; avec ses tripes et son flux. Sans ça le langage n'est qu'un mince vecteur de communication et on nous parle de littérature…

Ne te dépense jamais en conversation, tu t'adresses à quelqu'un qui oubliera de suite ce que tu te forces à lui expliquer, l'eut-il écouté. Tu t'adresses à une ou deux personnes, ce qui veut dire que tu parles à des poussières, que tes mots s'envolent dans le vide dont il ne sortira rien. Abstiens-toi. Fais silence sur tes opinions. Elles sont vaines alors économise-toi en parole ; au pire écris-les.

La mère donne la mort à son enfant et la femme poussera l’homme au suicide durant sa vie.

« Ça ne me fait plus rien d'imaginer le visage d'une inconnue durant l'amour; maintenant je passe mon chemin. », pensais-je en m'imaginant le visage de ma voisine de train en pleine extase sexuelle et en me demandant quels traits elle adopterait.

La volupté nous permet de creuser notre insuffisance.

Quel mal a le plus affecté le Christ sur la croix? La souffrance physique abominable de la crucifixion ou peut-être pire, celle morale d'être la victime de la barbarie humaine et de la voir lors du dernier soupir?

L'amour d'un homme pour une femme fait opérer chez elle un processus de déprostitution lors de l'acte sexuel. C'est pour cela que l'amour physique chez une femme est encore tabou. Il est trop proche de la façon dont on juge les prostitués faire l'amour. On a besoin d’enrober cela par de l’amour.

La pulsion sexuelle précède de peu la pulsion criminelle. Elle est son essence. Un type qui fait l'amour est à deux doigts de tuer sa partenaire. Un seul remède lui en empêche dans la plupart des cas, le contrôle parfois puissant de sa raison qui le pousse de façon assez obscure, j'en conviens, à annihiler de suite l'idée de meurtre qui germe en lui. Il libère son désir en s'écrasant dans son plaisir et redevient un enfant. Un peu plus et il enchaînait sur une gentille strangulation.

Je commence à rêver de toi en noir et blanc, comme si tu étais passée de l'autre côté de la réalité et des vivants, comme si ton fantôme ne s'exprimait plus qu'en tâches obscures et meurtrières. Une réincarnation du diable dans les sous-sols freudiens de la conscience et du passé née du cinéma muet.

Je suis assez lucide pour ne croire en rien et surtout pas en mon œuvre mais assez stupide pour y croire un peu quand même.  

La seule conscience du néant que nous pouvons entrevoir passe inéluctablement par celle de notre propre néant. Chaque réveil clôt pour un temps le cauchemar de l'absurdité d'être propagé par cette infime conscience du néant de notre être créé pour se voir disparaître à tout jamais et durant la nuit des temps. Tout individu normalement constitué, sain d'esprit et impulsif devrait, après cette révélation de chaque jour, mettre rapidement fin à ses jours.

Lorsque tu croises une femme n'importe où, dans un métro ou lors d'une soirée mondaine et que tu t'écrases devant sa beauté qu'elle te dévoile de cette façon si méprisante en n’osant la regarder trop quand elle, le sachant très bien, ne lèvera pas son regard vers le tien, dis-toi qu'elle n'est que distraction, qu'une distraction au même titre que le tennis ou la pétanque et que tu dois t'en servir comme telle car il ne faut jamais rien attendre d'elle que de la volupté et des regrets de chair (de chers regrets, dirions-nous). Comme un match de tennis perdu en cinq sets acharnés. L'effort est conjugué au plaisir qui lui-même sera relayé par la défaite, car devant le corps d'une femme, la défaite est le seul moyen de le comprendre. Rentre déchu seulement après avoir combattu et compris le plaisir du divertissement.

Toute une journée passée sans lire ni écrire et cela n'a rien changé à ma vie intérieure. Misère de la littérature, fades inscriptions jetées dans le vent et l'oubli.

Dans l'amour charnel, l'homme libère son désir quand la femme prend du plaisir. C'est la différence essentielle qui incite l'homme à trouver celle qui va lui permettre durant un moment de penser à autre chose. Seule la femme, du coup, sait ce qu'est l'amour charnel et le plaisir par la même occasion.

On oublie parfois que les femmes ont un cerveau car elles nous montrent tellement d'atouts physiques que notre préoccupation ne dépasse pas celle de notre attirance sexuelle permanente. On est même étonné parfois lorsqu'elles font preuve d'esprit, tant on voit que ce n'est pas leur créneau apparent.

Pardonne à tes ennemis et à tes bourreaux, cela ne coûtera rien mais surtout te portera au rang de divinité. Maigre consolation peut-être, mais pense avant tout à la petitesse et à la déchéance permanente du mortel desquelles ce geste peut t’éloigner.

Le journal, c’était mettre par écrit sa vie noir sur blanc, le carnet, c’est vivre ses écrits noir sur blanc.

Ils ont inventé le sexe pour rendre fou les gens qui n’étaient pas prédisposés à la folie. La femme étant le piège infernal, celui que l’on voit et dans lequel on saute à pieds joints. De véritables pigeons accrochés à la ferraille du verre qui se dandinait et qui vont lutter jusqu’à ce que l’épuisement les arrache à la vie.

Plus l’attrait de la beauté aura d’impact sur toi, plus ta tombe se creusera en profondeur.

J’éprouve, dans mes habituels moments d’incohérence totale, une certaine jouissance cosmique à vivre son absence. Je sais qu’elle a déguerpi volontairement, et je me satisfais de ce silence sentant la mort, de cette absence vide depuis des années et de son être abject. Je vis cela parfois comme un rare moment de vérité humaine. Un être humain ne peut pas (par essence, par nature) accorder autre chose que ça à un semblable. Il ne peut lui montrer à long terme que son ignominie naturelle. Et je continue ainsi ma marche silencieuse dans les rues sombres de Paris en ayant cela à l’esprit ; du temps qui s’étale dans une absence, et la saveur de l’air froid hivernal me soufflant de sa présence.

Avec elle, je suis toujours resté à la périphérie du silence.

La musique s’éprouve et se vit seul. Elle est la première accompagnatrice de la solitude, de la tristesse et de la mélancolie et vous comprend sans vous connaître, contrairement à l’ami qui vous connaît mais ne vous comprend pas.

La musique n’exprime pas que les sentiments, elle en dépeint avant tout la couleur, la teneur, la profondeur, la senteur, la religion avec des moyens totalement artificiels et mystérieux ; et c’est en cela qu’elle dépasse toute autre forme d’art dans sa manière d’exprimer l’intime ressentiment. Un chanteur juste écrase le plus grand philosophe, c’est comme ça.

Pourquoi n’avons-nous pas d’autre moyen d’admirer un corps de femme sans vouloir à tout prix y fourrer sa chair ? Telle est la question centrale qui m’occupe à plein temps depuis 10 ans ; le reste ne passe qu’avec le temps.

Caresser une femme est la plus belle chose qui soit. Mais arrivé à ce terme fatal, le désir, toujours au centre du combat, te pousse à vouloir toutes les caresser et les vrais ennuis commencent en fait à ce moment précis.

La nature est d’une perversion en donnant, à son gré, une poitrine énorme à l’adolescente et à la femme de 30 ans des seins microscopiques.

J’ai toujours envisagé l’entreprise du suicide (déjà comme une véritable entreprise) comme la seule vraie tentative de réponse possible au monde. Combien alors n’ont pas voulu ou su répondre aux grandes questions humaines en se laissant vivre comme des cons ?

La saleté du sexe se confond souvent avec la saleté des sentiments.

Le pire dans le suicide, c’est de ne pouvoir ressentir (faute de temps) le grand clash de l’impact fatal. On meurt sans connaître le goût qu’a la mort au moment où la balle se loge dans la tempe. C’est un peu comme se refuser au dernier moment à une femme magnifique après une longue entreprise de séduction et qui cède finalement au désir en vous attendant nue et offerte dans votre propre lit.

Je peux me permettre à présent d’agir n’importe comment car toute mon œuvre le justifie avec arguments, preuves, démonstrations, accusations, réflexions, états de faits, questionnements. Je ne suis qu’une victime des préceptes que j’ai observés. J’ai pu ainsi légitimer la débauche, elle-même bien moins perverse que le monde tel qu’il est par nature et par esprit.

Daniel Balavoine en disant à Michel Drucker dans Champs-Elysées en 1983 : “ Je voulais effectivement faire de la politique, mais je me suis vite soigné en préférant mettre des mots sur de la musique et de les chanter devant des gens, je crois que c’est plus intéressant. ” ne se doutait peut-être pas qu’aucun théoricien de la musique n’était allé aussi loin dans l’apport de l’expression de la musique aux consciences humaines. Contrairement à un politique qui tente de convaincre maigrement avec les moyens du bord (langage et rhétorique) sans apporter grand-chose sinon de la démagogie finalement, la musique a crée l’expression intime universelle sans propagande. Et Daniel Balavoine a fait ce choix de toucher du doigt (de la note) une vérité indéniable.

La condition absurde et débile de l’être humain se vérifie méchamment dans l’image d’une femme enceinte entrant dans un cimetière. Toute la contradiction du monde est là. En cela, la femme, qui ne comprend rien à rien, fait mécaniquement ce que la nature lui a préconisé de faire : enfanter. Dans ce cimetière rempli de tombes, elle reste insensible mais inconsciemment sait qu’elle doit perpétuer la race, remplacer les morts. Elle se fait alors enfourcher et croit en son salut et en son bonheur. Erreurs sur erreurs qu’elle amasse depuis des siècles avec le sourire ! Quel est le pire : l’homme qui se massacre à travers des guerres aussi sanglantes qu’inutiles ou la femme qui accouche en salle de travail en serrant la main de son fournisseur de sperme ?

La femme enceinte est le premier caveau du futur cadavre.   

La femme a une imagerie de l’amour et cherche l’homme qui la lui offrira. L’homme a une imagerie de la femme et cherche l’amour qui la lui procurera. Dans les deux cas, ils se plantent.

Tout dans la vie nous prépare à la mort. Le deuil en est le grand exercice de style dont la réussite est une infamie pour les gens que l’on aime et qui sont partis. On nous apprend même à faire le deuil des vivants.

Le désir est le grand problème universel car il intègre une tierce personne, elle-même totalement indépendante de nos caprices.

Le problème est que tout est prévu pour un arrêt brutal et définitif et que l’homme est programmé pour continuer.

Chose curieuse qu’arrivé à presque 28 ans, je n’ai encore tué personne.

Je pense aux femmes tous les jours. Cela me paraît excessif et surtout anormal surtout lorsqu’il m’arrive de dénombrer celles qui en valent le déplacement. Je pense à la mort toutes les heures, ce qui me paraît déjà plus sensé.

Avant, j’avais des élans du cœur qui me prenaient sans raison aucune mais qui me poussaient à aider mon prochain. Maintenant, ce sont exclusivement des élans suicidaires qui me traversent, parfois même durant mes rares moments de quiétude.

L’amour n’est pas une histoire de confiance en l’autre mais de désirs en soi.

Avant 17 ou 18 ans, l’ennui n’est que l’apanage de l’éveil de la conscience qui découvre son véritable ennemi. Entre 19 et 24, il s’inscrit dans l’être comme le cancer lui arrachera plus tard les entrailles. Peu avant la trentaine, il n’est plus qu’un compagnon de plus qui vous trahit, sans néanmoins vous abattre d’un coup ; le chemin de l’ennui est parfois long. Le jeune s’ennuie mais ne trouve pas cela grave, il sait que le temps le portera vers d’autres horizons que celui du vide. Mais l’ennui aura raison de lui en lui estropiant le moral et la santé mentale.

J’ai toujours eu du mal à me faire à l’idée que se font les femmes de la synthèse du prince charmant et de la sodomie.

Très tôt, pour me défaire de mes amours impossibles, je les ai imaginés dans leur cercueil tout en m’épanchant sur la dure réalité de voir périr tant de beauté.

Lorsqu’une vieille personne meurt, on dit : “ Oh, elle a bien vécu, c’est mieux comme ça que de vieillir et devenir un légume, etc. ” Et quand une jeune personne meurt prématurément, on dit : “ Oh !, Quelle injustice, elle était si jeune, etc. ” Or c’est l’inverse, évidemment. Une jeune personne n’a pas le temps de s’habituer à la vie, elle part comme elle est arrivée ; alors qu’une vieille dame, durant 80 ans, s’est habituée à tout, a traversé les âges, pourquoi après tant de temps passé sur terre, lui faire perdre ses habitudes en la retirant d’un coup la vie qu’elle finissait par croire éternelle.

A quoi sert de raconter sa vie, on ne voit rien sur un visage, et sûrement pas les fantômes qui hantent chacune de nos plaies sanglantes.

Parfois, je me demande comment je vais pouvoir vivre sans elle avant de me rendre compte que cela fait déjà plus de 2 ans que j’y parviens.

Dieu, en créant l’Homme a dû créer le désir pour que ce dernier procrée et perpétue la race. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que le désir existe en lui-même, et devienne une fin plutôt qu’un moyen. Il a dû s’en rendre compte un peu tard et se rattraper au dernier moment, et devant la dictature énorme du désir qu’il avait programmée à grande échelle pour le maintien forcé de l’espèce, il a inclus la morale qu’il a situé à un tout autre endroit chez l’homme pour que ces deux forces hallucinantes se rencontrent et que cette dernière tente de stopper le désir beaucoup trop anarchiste et de lui rappeler sa fonction originelle. Et depuis, l’homme vit ce combat interne en permanence, ce qui a pour but de lui pourrir son existence au quotidien.

Il m’arrive d’être plus triste devant la mort d’un héros de fiction que par la trahison d’un ami, trouvant cette dernière plus logique.

Les musiciens sont les artistes pour qui le langage ne suffit pas, ils ont créé un sur-langage pour signifier l’insuffisance de ce dernier, et du coup parvenir au seul langage universel possible. Les écrivains, pauvres infirmes frustrés qu’ils sont, devant l’absence de ce talent,  abusent du seul langage mis à leur disposition en croyant naïvement qu’un surplus de mots va pouvoir libérer quelque chose de plus fort.

Sous le système capitaliste, l’argent justifie la nature de l’homme en la bouleversant de son état originel.

Le suicide est le seul acte de lâcheté accompli avec courage. Le suicide est le seul acte intelligent accompli avec bêtise.

La mort de Daniel Balavoine a montré à la société française de 1986 ce qu’était véritablement la mort d’un homme. Un retrait définitif de tout ce qui constitue les repères des gens vivants : jeunesse, goût en la vie, humanisme, générosité, beauté, simplicité, engagement. Plus que des images de guerres ou de famine, la mort subite d’un homme public, jeune qui plus est, marque davantage un peuple. La mort, à ce moment là, a été crainte par tout le monde, notamment les enfants, qui prenaient ainsi conscience qu’on n’est jamais loin du morbide, du sang, de la violence et de la poussière.

Ce n’est pas parce qu’on veut raconter sa vie que l’on tient un journal mais parce que l’on tient un journal qu’on se tient de la raconter. Le Journal interrompu et la vie devient irracontable. C’est la littérature qui pousse à raconter sa vie et non un quotidien banal qui pousse à l’écriture.

Avant, lorsque je tenais mon journal, je me sentais contraint d’y rédiger les menus faits, même les plus banals, de ma vie pour essayer d’y construire quelque chose de cohérent. A présent que je ne le tiens plus, je vis les choses de façon bien plus frontales mais avec toujours la perspective de l’oubli au bout. Je me sens dégagé d’un poids en plus, le poids littéraire. 

Dieu a créé le sexe car il se doutait bien que les sentiments allaient détruire l’homme et la femme d’un trop d’excès ou d’une annulation totale. La sauvegarde de l’espèce devait être assurée coûte que coûte. Jusqu’à ce que l’homme invente la contraception. Et là, le sexe est devenu l’élément numéro un des civilisations post-modernes.

Comment réagis-tu te voyant avancer chaque jour plus près de la mort ?

Je ne sais pas ce que l’assouvissement du désir sexuel assouvit.

Le poète oscille toujours entre deux destins, l’ascétisme ou l'orgie ; tout le reste lui semble obsolète.

J’ai toujours dit “ Je t’aime ” au passé, et surtout devant personne.

Si j’avais des yeux à la place du sexe, je ne ferais plus l’amour, je serais l’amour en tant que sphère permanente.

L’union est la rencontre de deux indifférences. La séparation en est la résultante qui ne fait que replacer ces dernières dans leur contexte d’origine.

L’amour entre deux personnes est une erreur de plus ou moins longue durée, sortant de l’anonymat deux êtres avant de les y renvoyer aussi violemment qu’il les avait sortis. Ne pas croire qu’il va au-delà de cela.

Le rapport humain résulte d’une imperfectible indifférence générale. Mais que l’on se  rassure ; celui-ci finit tôt ou tard, dans un silence glaçant ou dans un bain de sang, ce qui revient au même. 

Pourquoi le désir insuffle-t-il une violence que l’on accorde à la douceur ?

Ma technique d’écrivain : “ Employer des mots, puis chercher leur sens dans un dictionnaire pour voir s’ils s’accordent bien avec l’idée. ”

La vie est un combat glauquissime entre la nature physique de l’homme et la morale de son esprit. Une opposition nette, tranchée et qui lorsque l’un réussit à passer nettement devant l’autre, entraîne sa chute vertigineuse.

Les ruptures amoureuses sont là pour nous montrer que tout s’arrête ; qu’il n’y a jamais rien d’établi pour toujours ici-bas. Comme la mort est un arrêt d’un surplus de vie, la rupture amoureuse est un arrêt d’un surplus d’amour. Tout est écrit pour passer d’un excès à un vide, d’une immensité à une petitesse, du vacarme au silence, d’une sur-présence à une totale absence. La rupture amoureuse est notre préparation à la mort. L’on quitte une vie pour une autre, avant de quitter définitivement cet ensemble de vies accumulées au cours de l’existence. La mort d’un amour nous retire une partie de nous à chaque fois jusqu’à ce que la mort de la vie nous retire le reste mais arrivé au seuil du départ, il ne nous reste plus grand chose à donner. La vie est une longue entreprise de destruction minutieusement organisée par l’ordre divin et naturel, un long couloir de la mort injuste et inégal selon les gens.

Un amour commence de la même façon qu’il finit. Au début, on prévoit quelques rencontres en extérieur pour soi-disant faire plus ample connaissance alors que le but est de ramener au plus vite la belle au plumard. Il n’empêche que les deux tourtereaux s’organisent quelques soirées plus ou moins espacées dans le temps avant de s’enfiler l’un l’autre durant la dernière. Ensuite, ils se voient le plus souvent possible, s’appelant, vivant même ensemble ; puis lorsque l’un des deux veut s’effacer en douceur, le même schéma mortuaire reprend mais à l’envers. Le baiser fondateur devient subitement un mot de rupture, puis pour ne pas que l’autre s’effondre, on le voit de temps en temps jusqu’à temps qu’il comprenne que ce n’est plus la peine d’espérer quoi que ce soit. Durant de brèves semaines, ils vont se revoir, comme au début, sauf que le terme sera l’absence jusqu’à ce que ce dernier, éconduit, renonce à voir la personne aimée. Le pire dans cette piètre histoire, c’est que chacun recommence ce schéma morbide sans avoir à l’esprit qu’il ne fait que répéter ce que Dame Nature a décidé pour lui.  

Le plus grand plaisir, tu peux le prendre dans une femme. A partir de ce constat glacial, la quête est simple, et la vie devient parfaitement limitée.

Certains jours, on croit (dans un excès soudain d’enthousiasme incohérent et fantasque) que le monde nous appartient, ça dure une heure ou cinq minutes, peut-être une soirée. Le reste du temps, on est contraint de se rendre à l’évidence qu’on appartient bien au monde et que l’on n’est strictement rien.

Tous essaient de survivre dans un monde où tout finit, tout s’éteint, tout meurt. Personne n’a encore pensé à surmourir alors que cela s’impose de manière urgente.

Les femmes sont si narcissiques, même lorsque leur physique est disgracieux, qu’éconduites par un homme, et devant la souffrance imposée à leur corps, elles se persuadent de l’oublier et le pire c’est qu’elles y arrivent avec une puissance hallucinante. Allez enlever l’image d’une femme chez un homme. Ça n’est pas possible. Même après sa mort, elle lui survivra et les gens appliqueront encore au cadavre l’image du fantôme tant aimé.

On écrit beaucoup sur la rencontre, on l’encense, on l’espère, on l’attend, on épilogue sur sa puissance, son importance dans la vie d’un individu. Mais lorsqu’on les totalise sur le temps d’une vie, que reste-t-il ? Je vous le demande, sur des centaines accumulées ? Quelques visages de femmes devenues entre temps des fantômes, un ou deux amis fidèles et un chien. Tu auras jacassé avec des pies transparentes pour rien. Que de temps perdu que tu aurais pu occuper à l’art ou même à la rêverie.

L’amour est une histoire qui ne tient pas debout, qui finit en lambeaux et qui se ramasse à la pelle.

Nous sommes tous les pénis de la terre orifice.

Les femmes ont une horloge biologique ; les hommes des réveils sexuels.

On est passé de la splendeur de la femme parce que son corps était un mystère et qu’il fallait à tout prix le découvrir à une espèce d’obscénité que le voyeurisme moderne ne parvient véritablement à analyser. La femme a perdu son identité, Freud et le libéralisme lui ont tranché la tête et matraqué le cerveau. La pornographie moderne (c’est à dire tout sauf la pornographie) a tout détruit, elle nous a conduits d’un coup dans les conduits féminins alors que l’art nous amenait sur un tout autre chemin, celui du mystère de sa beauté et de sa sexualité. On ne fait plus l’amour à une femme, on la consomme. Le libéralisme a eu raison de nous en nous empaquetant, en nous conduisant comme des phallus incapables de résister à la consommation. Et les femmes, comme tout produit du désir, est devenue l’illusion la plus parfaite de notre ère. Elles ont perdu leur âme et nous ne comprenons plus rien à rien. Nos sexes sont des cadis qui choisissent leurs vagins dans des rayons urbanisés et codés. L’amour croyait résister au système et il a été broyé dans le rouleau compresseur du libéralisme qui a vu dans le désir humain, un moyen de faire du fric et du coup de briser nos vies.

La vie n’est qu’un prétexte pour mourir. Il n’y a que la mort qui vaille le coup d’être vécue. Dieu a crée l’homme pour voir comment il va devoir mourir.

En général, les femmes n’ont pas grand-chose à dire d’intéressant, sauf au moment où elles ont décidé de se tirer, là, elles sont concises, implacables, d’une redoutable rhétorique, elles nous intéresseraient presque.

Il y a ce moment abjecte où j’imagine presque ce que tu deviens. Je me concentre dans un silence nocturne et je te vois déjà remuer dans la galaxie de l’absence. J’ai ton image qui me parvient comme un retour sans présence.

Abandonner une femme (ou se faire abandonner par elle), c’est la rendre au domaine public, et c’est ce qu’il y a de terrifiant.

Le vrai problème avec la jeunesse, c’est son côté peu utilisable, peu fiable. C’est cette somme de choses qui lui passent à côté et qui ne lui reviendront pas. L’ennui, c’est que souvent, c’était l’essentiel à acquérir.

Comme dans toutes les lâchetés, il y a ce moment où l’on aurait pu être courageux ; comme dans toutes les ruptures, il y a eu ce moment (infime, d’une impitoyable rapidité) où les deux corps auraient pu s’assembler pour continuer la marche.

Le sexe est redoutable car il assouvit physiquement ce que l’âme déchirée, tiraillée par la beauté, recèle au fond d’elle même, c’est à dire une terrible envie de chair qui ne peut être rassasiée, quand bien même sa sexualité est abondante. Il y a un moment où même l’auto-plaisir, non seulement ne suffit pas, ça on le savait, mais l’on y trouvait là-dedans une sorte de pis-aller, mais il ne calme plus rien tant le désir est avant tout une torture mentale. Désirer quelqu’un (notamment l’inconnue croisée dans la rue), c’est avant tout tromper un bon nombre de molécules intrinsèques à notre comportement de tous les jours : désir sexuel primaire, ennui, volupté, aventure, plaisir esthétique, oubli de la mort, contact épidermiques. Pour assouvir ce désir que traduit notre condition misérable, on tromperait n’importe qui, on vendrait sa mère, on flinguerait son frère. On tromperait son ennui existentiel et consubstantiel en trompant l’univers entier. Nous sommes les limaces du néant.

Les femmes sont devenues des produits de beauté avec leur date de péremption. Elles sont rentrées de plein fouet dans l’univers infâme du libéralisme sordide et primaire à souhait. Elles sont comme les boites de conserve de supermarché, devenues de véritables produits de consommation (ce qui était réservé jadis au prostituées exclusivement ; et encore, on ne parlait pas de capitalisme mais de moyen à l’homme de faire l’amour) plus ou moins périssables ; comme les yaourts bio qu’elles ingurgitent en permanence. Les rues, les halls publics, les bancs des amphithéâtres, les wagons des métros sont leur rayon de vente. Mais il y a des produits qui nous sont inaccessibles faute d’argent, de beauté ou d’audace.

La beauté d’une femme est une arme de destruction massive ; quand l’homme l’atteint, il se sent puissant, à l’abri de toute chose. Lorsqu’il ne parvient pas à l’obtenir, il se sent dépérir. Dans les deux cas, il est dans l’illusion parfaite.

Le temps passant, l’âge avançant, la beauté d’une femme semble plus dangereuse pour l’homme que la pensée de la mort.

Le tout est de se faire à la prostitution visuelle et silencieuse des femmes inaccessibles (qui une fois accessibles redeviennent des femmes, c’est à dire, tout autre chose). Le reste est si fluide jusqu’à la mort ; quelques drames en plus à ingurgiter...

On ne connaît véritablement une femme qu’à partir du moment où l’on s’en lasse. Avant son intérêt vivait dans sa découverte (du coup n’importe quelle découverte). Au moment où on la trouve ennuyeuse, sa nature profonde nous apparaît, et nous nous apercevons piteusement qu’on ne vaut pas mieux mais pire, qu’une femme n’est strictement rien sans son corps.

Le plaisir de l’homme a été conçu de telle façon qu’il ne pense pas à la nature profonde de la femme en matière sexuelle. S’il ne ressentait rien à son contact, il la bafouerait de tant d’humiliation.

On aura beau parler, notamment sur les valeurs vertueuses du travail, ceci n’est qu’un leurre abject ; le travail permet à l’être humain d’échapper, durant ces journées mal faites, à sa condition de vivant piégé par la mort. L’illusion du travail permet un temps d’oublier l’illusion de la vie. La preuve, dans l’ennui, l’homme tourne en rond incapable de se voir vivre réellement, contrairement au travail, où il ne se voit quasi jamais travailler en pensant inconsciemment qu’il vit pleinement, c’est à dire en ne pensant pas. Or il essaie tant bien que mal de retarder sa propre mort en plongeant comme un enfant dans le règne de l’illusion qui l’ensorcelle à tout point de vue (quasiment gratuitement, le seul plaisir (à ses yeux) étant la somme d’argent qu’il va récolter). En cela je ne vois pas comment définir le travail comme un gigantesque gâchis orchestré par et pour les imbéciles-heureux.

Dis toi que le silence l’emportera sur tout. Celui qui te brise en deux ne fait en réalité que te préparer, te fait devancer celui que tu supporteras jusqu’à ta mort puis celui que tu infligeras à ceux qui te suivront.

Aux heures de replis, aux horaires des revenants, je me courbe en deux sous le poids de ton absence qui grandit comme un enfant. Nous partageons les gardes de notre silence ; et ce soir, j’ai l’impression que c’est à mon tour.

Le silence est une raclée, une gifle des plus pacifiques et des plus douces, mais une gifle maléfique qui dure. On ne sait vraiment si elle corrige ou foudroie, si elle apaise ou si elle tue à petit feu. 

L’homme n’est pas attirée par la femme car après l’amour, voyez vous comme il se retire, pire, la fuit comme détaché à jamais de son corps à présent souillée. Non, elle est juste un moyen pour lui de se libérer un temps de ses pulsions, de noyer deux secondes son désir insatiable. Et quand il revient vers ce corps ou un autre, c’est pour répéter le même manège. Vider toujours et encore ce désir qui revient sans cesse le hanter à tout moment. La femme lui permet juste cela, libérer quelque chose qu’il a en lui en pensant de façon illusoire que c’est d’abord parce qu’elle est désirée qu’il jouit. Quelle énorme erreur. L’homme désire ; point. C’est une fin en soi, et la femme est le seul moyen connu jusqu’à présent pour se départir de ces pulsions morbides et libidineuses. Le jour où il trouvera un arbre désirable, il se videra en lui.

Il est surprenant de voir quelle puissance quasi innée a la réalité d’un couple qui dure. Il s’oppose tout de même de façon frontale aux éventuelles autres possibilités sexuelles sans que nous n’ayons à réfléchir longtemps (et cela malgré l’habitude qui tendrait vers une rencontre). Jusqu’à ce que l’on trouve plus belle que celle qui occupe nos jours. La vie est un grand combat esthétique. 

Elle est restée sourde à mes hurlements ; je resterais attentif à son silence.

Dieu a donné la procréation aux femmes parce qu’il n’y a qu’elles qui puissent exhiber aux yeux des inconnus leur ventre ignoblement rond, enfermant dans leur linceul gluant le futur cadavre qu’elles enfanteront. 

Ici tu devras apprendre à être seul, souvent la victime d’une injustice organisée et consciente. Incompris, méprisé, délaissé. Tu devras te compromettre parfois pour rester debout. Seul le silence aura raison de toi. Mais tu resteras debout parce que les autres seront déjà rampants de leur bassesse et de leur médiocrité. Mais personne ne sera là pour te le dire et encore moins pour t’entendre.

La vie purement biologique est insupportable à l’homme. Or la moitié de la population en est réduite à cela. Elle se nourrit, elle se déplace, elle s’ennuie, elle se reproduit, elle dort. Le pire, c’est qu’elle s’en contente grandement. Je pense que le sexe nous distingue des animaux. Moins on fait l’amour et plus l’homme s’animalise.

La solitude, c’est comme la souffrance, c’est toujours moins douloureux à deux.

Ils ont rendu la sexualité féminine dépendante de l’homme et la sexualité masculine misérable à la femme.

L’ennui quand on a déjà l’amour c’est qu’il faut vivre avec.

Le hasard s’abolit au moment même où il se hasarde. Le mal est fait, il peut se retirer en douceur et laisser faire la catastrophe.

J’ai cessé toute randonnée cycliste à travers la France à la vue de toutes ces victimes de la route. Le cauchemar quotidien de ces bêtes mortes, affalées le long des chaussées m’en a plus dit sur l’état de l’humanité que n’importe quel reportage de guerre. Le spectacle immonde de ces oiseaux écartelés, les ailes crucifiées, le bec écrasé, les yeux écarquillés, de ces hérissons broyés, tranchés net en deux laissant aux rares épines présentes le soin de les distinguer encore, de ces lapins percutés de plein fouet, reposant dans leur propre sang séché par la nuit, le regard médusé par le choc, la gorge tranchée commençant à être rongée par les mouches, ces putois décharnés affalés de tout leur corps ensanglanté d’avoir été percuté par un monstre à quatre roues, ces lièvres estropiés, éventrés, les tripes reposant à quelques mètres et le regard médusé me montrant à moi, cycliste, routier, ce qu’on lui a fait la nuit dernière, ces hamsters déchiquetés les boyaux à l’air, ces ratons laveurs piétinés, les crocs mordant encore la douleur abjecte de leur mort surprise, le regard halluciné d’avoir rencontré un jour l’homme et sa machine et d’en être en une seconde sa victime et de se décomposer dans un fossé, reposant en silence dans la campagne déserte.

On tombe amoureux d’une femme pour ce qu’elle est et on la veut pour ce qu’elle n’est pas.

Ne me supportant pas moi-même à la longue, comment voulez-vous que je supporte les autres dans le même temps ?

L’homme s’occupe la journée en travaillant et recherche une femme car il ne sait pas vivre seul. Or il est bâti pour s’ennuyer et rester seul. Ces deux occupations vont le pousser dans le gouffre de l’illusion et du malheur assuré. Et pourtant jamais il ne s’en acquittera.

Le silence est le langage des mutants. Ils y passent à travers comme le vent.

Le problème avec une femme, c’est qu’il faut l’écouter pendant des heures avant qu’elle daigne, lassée d’elle-même, enlever la plupart de ses habits pour que commence le véritable échange ; et encore, il n’est pas sûr qu’elle le fasse.

Il n’y a que les zoos (où je ne vais plus depuis belle lurette) où j’oubliais un temps les femmes tant les animaux sont plus fascinants, impénétrables, et intéressants que les visiteuses que je croisais ci et là. Dépité de les voir enfermés injustement, j’aurais bien échangé la dernière qui m’ait accompagné en la parquant contre une guenon ou une autruche prisonnières des caprices immondes de l’homme.

Dès 14 ans (et parfois bien plus tôt), les femmes vont devoir mêler à la fois leurs désirs sexuels et gérer le sperme des hommes. Difficile parcours en théorie… Mais à leur vue, elles n’ont pas l’air d’en souffrir. Curieuse recette de leurs instincts d’une part, de leur adaptation d’autre part.

On déverse notre solitude dans le cœur des femmes, et des rafales de sperme dans leur corps. Et elles continuent à s’acheter du maquillage et des petits plats tout faits.

Comment manque aux femmes la semence visqueuse, répugnante et mystérieuse des hommes ?

L’absence d’un être opère chez l’autre un génocide interne. Sa perte conditionne son annihilation, sa disparition, sa destruction chimique et morale totale.

Si tu veux rester présent dans la mémoire des gens, il faut mieux rester vivant. La mort, non seulement fait de toi un absent, mais sème l’oubli dans le cerveau des survivants.

Le destin d’un homme ne va pas plus loin que l’image de ce dernier assis sur un banc attendant la mort.

Les hommes, pour se haïr, ont crée de grands prétextes sanglants ; les femmes un lointain silence. Les premiers ont vu s’écrouler des générations de combattants, le second des suicides anonymes. Chacun ses méthodes ignobles.

Combien de bouquins ai-je lu sans avoir le moindre avis à donner sur leur contenu, leur style, leur statut, et en les oubliant parfaitement.

Un autrichien de 44 ans au nom gogolien de Wolfgang Priklopil s’est jeté sous un train après s’être aperçu que sa jeune prisonnière, la touchante et incroyable Natacha Kampusch, nouvelle héroïne d’un jour de 18 ans, ait pris la fuite après un moment d’inattention de sa part. Il la séquestrait depuis 8 années dans une cave plus ou moins aménagée pour la fillette devenue grande. Fait divers peu commun, généralement ce sont des ossements que l’on retrouve 20 après et un inculpé grabataire clamant son innocence. Rien de tout cela ici, de la dignité essentiellement, de la dignité dans cette expérience horrifique. Pour qui le grand chelem de la solitude, le podium du courage, le trophée de la souffrance ? A cette adolescente courageuse, parfaitement réfléchie qui parle de son ravisseur comme d’un homme sympathique et fragile ou à ce pauvre type souffrant, privé d’amour (un malade dit-on…) qui séquestre dans une cage une fillette par besoin affectif, besoin que la société était bien incapable de lui fournir ou plutôt auquel sa nature d’homme n’avait pas accès dans ce monde infâme puis se suicide en prenant conscience que c’était bien là la porte de sortie en cas d’erreur. Erreur fatale, 5 secondes d’inattention en 8 ans et le voilà précipité dans la mort… ? Aux deux peut-être. On ne se sait rien sur la sexualité du bonhomme et si la petite a dû s’y plier… On a du mal à ne pas imaginer cela puisque tout le problème ou presque réside là. Mais peu importe puisqu’il n’était pas prévu qu’il la zigouille ; c’est en cela qu’il n’était pas un assassin (un malade comme on dit…) comme les autres. Ce n’est pas l’enfant qu’il a tué mais bel et bien son enfance. Une remarque : une femme n’aurait jamais fait ça avec un petit garçon. Une conclusion : l’homme est prisonnier à la fois de sa nature libidineuse et de son vertige devant une femme (Ici une fillette, à chacun ses fantasmes bien qu’il lui ait été fidèle en ne la remplaçant pas par une autre, mais combien de temps encore l’aurait-il gardée si la petite ne s’était pas évadée ?). Cela marche ainsi, Dieu l’a voulu pour l’homme qui lui doit faire face à sa misérable carcasse de dégénéré sexuée. Dieu le misogyne qui n’a fait des femmes que des objets esthétiques propre à la luxure et uniquement à ça dans leur rapport à l’homme (surtout lorsqu’il en est privé) et des machines à reproduire ce monde dégueulasse par bien des points. Un Dieu sorcier en quelque sorte qui a donné aux femmes un second rôle immonde, lui-même tributaire de la nature infecte et basse de l’homme. Lequel a des deux a-t-il le plus déshumanisé ? L’animal sexuel ou l’objet sexuel ?

Chaque femme qui se présente à moi se montre avant tout sous une forme sexuelle. Qu’elle n’ait pas prononcé le moindre mot que je sais déjà si elle va être intéressante ou pas. Le discours chez une femme n’est qu’un prétexte pour arriver à son sexe et ne pas se concentrer uniquement sur son corps. Il est la forme civilisée prenant existence autour du désir sexuel seul. Chaque femme est condamnée d’avance par son corps. Elle est désirable ou pas. C’est binaire et déplorable car vide de profondeur véritable.

Ceux qui ne s’ennuient jamais sont des moutons parqués en rang, des vautours de l’action émincée dans du vide, de l’illusion.

Une femme amoureuse est une vraie passoire, une pleureuse, une illuminée, une âme perdue, un tissus vulnérable, un corps en ébullition, un sexe volcanique, des seins comme des cimes, des lèvres brûlantes, des jambes qui s’écartent jusqu’à l’infini ; bref une proie des plus faciles qui est prête à s’humilier pour quelqu’un. Une femme qui ne l’est plus est un mur concret, une offense, une absence, une volonté sévère de nuire quelque soit son motif de communication. Une femme qui n’aime plus ou pas est un monstre silencieux, indifférent et lointain. La nature est ainsi, et l’homme est en plein dedans.

Les femmes, en sortant du métro, tracent leur route avec une vitesse effarante, l’air affairé et le regard hautain. On croit qu’elles ont un rendez-vous urgent, qu’elles sautent rejoindre leur amant à la maison, ou reprendre une place de bureau restée vacante. Par ennui, il m’arrive de les suivre, pour voir où elles se dirigent d’un pas si pressé ; et à chaque fois, déception, elles foncent tête baissée au Monoprix. Tout le dualisme des femmes est là, on les croit toujours à des affaires urgentes quand elles ne font que des courses ou cherchent un nouveau pantalon à se mettre. Et à chaque fois, nous ne les rencontrons jamais. Une femme loupe un probable amour pour une paire de soutien-gorge. C’est pour cela que la plupart d’entre elles souffrent d’un anti-destin. Le seul destin pour ces êtres bizarres consiste à se faire engrosser ou à le désirer si fort qu’elles perdent tout goût à la vie.

Les femmes sont divisées en trois catégories. Il y a celles dont on est amoureux et dont le corps n’est qu’un prétexte à l’exploration de cet amour. Il y a ensuite celles à qui nous ne faisons pas attention, l’immense majorité ; et puis les dernières qui ne sont que des corps magnifiques que notre âme et notre sexe veulent à tout prix posséder. Ces dernières posent problèmes durant toute une vie.

Une paire de seins peut vous changer un destin.

Ne fais pas attention à la déception, elle sera ton fidèle compagnon durant ta vie, elle t’expliquera que rien ici n’a valeur de vérité, que tout gît dans le provisoire et l’amertume ; et que tu respecteras parfois plus tes ennemis que tes fidèles amis qui ne te comprendront jamais en te décevant en permanence. Tout cela n’est que l’apanage des figurants que tu seras accoutumé à fréquenter le temps de la durée de ton passage entre les deux mondes inconnus. Dieu t’a donné lettres et sang pour t’en apercevoir, voilà tout. 

Il y a des gens dont la seule vie sexuelle consiste à reluquer les seins des adolescentes dans le métro. Qu’ont-ils fait pour mériter ce châtiment ?

Je continue ma vie pour faire plaisir à mes parents qui sont allés jusqu’à coucher ensemble pour me créer. Chose répugnante à première vue.

Les femmes se partagent entre instruments de plaisir et instrument de souffrance ; dans les deux cas, ce sont des instruments, des moyens donc, et seule la musique apporte du bonheur.

Salon de l’auto : Où l’on voit tous ces beaufs agglutinés comme des esclaves d’eux-mêmes dans le métro pour se rendre à l’un des pires endroits du monde, là même où ils fantasmeront devant ces bagnoles qu’ils ne pourront jamais se payer un jour et dans lesquelles ils rêveraient même de se tuer. La misère humaine se situe à peu près là, entre l’espérance d’être tous les jours un peu plus idiot et le rêve de possession illusoire. La société de consommation a modifié l’instinct humain. Elle a desséché le seul plaisir intéressant (celui des corps) pour instaurer de petits plaisirs informes multipliables à échelle économique.

Hypothèses : Les estropiés congénitaux, les trisomiques, les débiles profonds, les handicapés sont peut-être sous le coup d’une justice divine maligne. Ayant fait souffrir et s’étant comportés comme des tortionnaires dans une vie précédente, les voici punis dans la suivante. La vie n’est qu’un test, on rappelle ceux qui ont compris vite et on laisse les autres la finir. Pourquoi pas ?

A partir du moment où l’on sait qu’il n’y a rien à vivre tant qu’on est en vie sinon de banals instants de vide et d’ennui, profite de la moindre occasion de te sentir vivre un peu plus en alternant les occupations les plus triviales : balayer, laver, recopier, classer, ranger ; seuls ses moments d’une importance extrême te ramèneront non seulement à ta condition d’être absurde, mais en plus te sauveront un court moment du néant journalier.

En soi la fidélité ne me dérange pas, c’est même une idée assez belle sur l’amour que l’on peut porter à une femme ; l’ennui c’est qu’elle peut durer…

Ce qu’il y a de plus touchant chez une femme, c’est quand l’homme commence à oublier son désir fulgurant pour elle et l’écoute pour ce qu’elle dit. Chose il est vrai assez rare. Généralement on l’écoute pour ce qu’on veut qu'elle fasse.

Je suis sexuellement dépendant du sexe.

Le moment, ce présent qui fuit au fil du temps.

Plus je fais l’amour et plus j’ai envie de faire l’amour ; et moins je fais l’amour et plus j’ai envie de faire l’amour.

Le suicide, cet acte de courage le plus anti-vaniteux qui soit ; en effet, le suicidé ne se tue pas pour savoir l’effet que cela produira sur les siens, il ne sera pas là pour voir ce que l’on va déverser comme larmes sur sa dépouille. En se supprimant, il se retire du jeu au nom de l’ultime question de la vie en jeu, et en n’y apportant qu’un faux-semblant de réponse.

Quelle souffrance éprouvera-t-on lorsque l’on apprendra la mort d’un amour absent ? Une seconde couche d’absence viendra-t-elle recouvrir la première ou tout se confondra dans l’immuable et définitive séparation ? La trouvera-t-on plus légitime, moins injuste ou remettra-t-elle les pendules à l’heure en nous montrant l’irrécupérable temps perdu ?

Les hommes désirent comme des porcs et les femmes désirent être désirées comme des truies. Chacun son destin uni dans la même cochonnerie.

On passe sa vie à vouloir faire l’amour, et pourtant on se contente quasiment sans réaction de ne pas le faire, par fatalisme. C’est à se demander l’importance réelle, non pas du désir, qui lui est un véritable détrousseur d’âme, mais de l’acte sexuel en lui-même, à mon sens, bien en deçà de l’idée que l’on a du sexe.

L’ennui avec la chanson, c’est qu’elle est inapplicable dans le discours amoureux. Elle appartient à son seul mode linguistique, ne s’adaptant pas à notre langage commun. Et pourtant, elle nous sauverait de tant de naufrages.

J’aurais dû passer mon temps à lire, et non à me demander ce que j’allais lire.  

On se lasse de tout, à commencer par soi-même.

Une femme, par son silence de chaque jour, en vous montrant en même temps, son inconsistance humaine, vous prouve par delà même votre propre insuffisance. Et le tout dans un parfait accord inconnu et immuable.

De même que le sportif de haut niveau, l’écrivain devrait s’arrêter d’écrire à 30 ans, tout est dit à 30 ans, tout le reste n’est que redite, recyclage générationnel, répétitions incessantes, tentatives de style. Savoir se retirer du jeu, voilà la grande règle, avant que la mort s’en charge à votre place. L’ennui c’est que jusqu’à 30, on n’a strictement rien à dire.

L’homme jouit à coup sur, la femme jouit à coups durs.

On voit souvent les femmes comme des prostitués, elles s’habillent ainsi pour qu’on les juge et s’offusquent de nos regards brisés par le désir. Or, c’est lors de l’acte amoureux que la femme, curieusement, opère un phénomène de déprostitution, en devenant elle-même et non l’image faussée qu’elle a donnée aux yeux des autres. Elle s’oublie dans la volupté, et nous ne pouvons que respecter ce corps qui nous conjure au plaisir suprême de la vie.

Les femmes passent bien souvent par un accoutrement proche de la prostituée pour nous montrer par la suite que ce ne sont que des femmes, c’est parfois leur seul moyen de nous attirer, ayant cette connaissance sordide du désir masculin. 

On dit souvent pour juger ou empêcher l’adultère : « Ne fais pas à quelqu’un ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. » En apparence, c’est un bon raisonnement. Par contre, on n’utilise jamais cet adage pour la rupture. Or pour le coup, il serait assez nécessaire de le faire. Ainsi, on quitte impunément sans la moindre trace de faute ou de mauvaise action parce que c’est la vie, et c’est cette façon de procéder en amour qui ne choque plus personne… Et bien l’adultère, c’est aussi la vie.

Elle quitte celui qui la trompe ; je me sépare de celle qui quitte.

La femme, cette grande pleurnicheuse, libère dans un torrent de larmes, un océan de vide ; elle pleure pour elle et non pour quelqu’un car il n’y a rien à l’intérieur de sa tristesse.

Etre fidèle à soi-même ou à sa femme, telle sera l’ultime question à se poser avant de renoncer définitivement aux deux.

La vingtaine, c’est la décennie de l’obsession suicidaire, la trentaine, la mise en pratique logique après 10 ans de réflexion intense sur le sujet. La quarantaine, le regret de l’avoir commise.

On ne sait pas ce qui l’a fait partir : l’indifférence ou la haine ; mais peu importe puisque sa motivation était portée par l’un ou l’autre des sentiments les plus vils et les plus bas que la nature ait créés.

On n’est plus rien de n’avoir jamais rien été.

L’homme est séparé de sa mère à la naissance, on lui coupe le cordon, et il cherche durant sa vie à reprendre le vrai contact charnel avec toutes les femmes. Il veut se réapproprier le seul moment appréciable de plénitude infini avec sa mère, en couchant avec toutes les femmes, tout en sachant qu’il ne retrouvera un ersatz de ce rapport supra-maternel. La femme, séparée elle aussi, attache une grande importance à sa mère, et cela lui suffit. Mais le cordon fatal a bouleversé l’essentiel en elle, son humanité. Elle s’est elle aussi retrouvée seule mais ce bouleversement physique a modifié sa structure biologique et morale ; et c’est en femme séparée de l’intérieur qu’elle épuise le monde à la recherche d’une plénitude qu’elle ne trouvera jamais en l’homme.

Le suicidé, au moment du geste salvateur, est arrivé au bout de sa vie. Il a usé toutes ses batteries, sa patience est tombée au fond du ravin de l’espoir. Mais au moment où il braque l’arme sur lui, il n’a jamais été autant vivant ; il est en pleine vie, au moment dérisoire de l’ultime conscience de ce qu’il est au fond de lui-même : un être qui a tant vécu qu’il en a été ravagé. La vie l’a tellement usé qu’il ne peut faire autrement que de se détruire. L’homme qui arrive à son jour de suicide est un homme dont le sens de la vie a pris forme soudainement en la personne de la mort. Il se révèle en tant qu’ « existant » par le geste qui va le détruire. En cela, le suicide est un acte qui décuple le sens de l’existence et de la sienne par la même occasion. Un homme qui se tue a donné beaucoup trop de sens à sa vie, et c’est la souffrance qu’occasionne ce surplus de sens, qui a raison de lui. La vie n’est qu’une accumulation de souffrance qui la justifie comme état concret, solide et réel. Terrible non-sens où l’absurde nous aligne un à un dans des tombes.

Les gens aiment la vie qui retire les êtres chers à leur cœur, puis qui précipite leur dégénérescence dans les conduits inexorables de la tombe. Terrible sentiment que la nature, d’une perversité incomparable, leurs a inculqué pour que celle-ci se régénère et perdure à cette échelle… Un goût inexplicable en la vie alors que quasiment tout nous montre chaque jour qu’il faut en finir.

Je l’ai  regrettée à défaut de l'avoir véritablement aimée ; allez comprendre la nature des sentiments avec un si glacial constat.

Je ne sais si je dois comprendre sa souffrance ou pardonner son silence. Implorer son pardon ou commanditer ses excuses.

J’ai toujours cherché à m’user le corps pour me reposer l’esprit. L’inverse m’est difficile !

L’humilité ultime du type qui se suicide et qui ne sera pas là pour constater les conséquences de son geste. Quel acte marqué par le plus grand désintéressement possible… en particulier de soi-même.

Le sommeil est un leurre pour le souffrant. Il ne lui permet pas d’oublier un temps ses angoisses, ni ses douleurs en le plongeant dans le repos puisqu’il est oubli, non conscience quasi-totale. Cet ersatz de mort lui permet juste de se régénérer pour être au mieux de sa souffrance le lendemain. Il est un excellent récupérateur physique, un solide complice du sordide. A celui qui, brisé par le chagrin, voudrait en finir avec la vie, fatigué de souffrir autant, le sommeil lui recharge ses batteries de façon à ce qu’il continue tout bêtement à essuyer ses douleurs tout le long de sa vie. On le croit salvateur, il n’est là que pour pérenniser les douleurs en accordant quelques heures de répit. Et au réveil, nous voilà prêts pour une journée de plus à ressentir le mal qui se réveille en nous.

On ne connaît véritablement sa partenaire de vie qu’au moment fatal où elle nous quitte. Sa véritable personnalité se révèle enfin. Plus de chichi, de beaux mots d’amour, de billets doux, ni de mensonges. Le problème c’est qu’il est trop tard pour en profiter.

Je ne sais pas passer du temps avec une femme. L’ennui est plus fort que moi et finit par tout détruire. Il se retire lorsqu’elle se retire et laisse place à sa meilleure amie, la mélancolie. L’ennui ne bousille jamais son propre sujet, il détruit ses relations en les condamnant à l’impossibilité. Fidèle, il sera toujours à vos côtés dans la solitude.

Il y a cette femme qui représente l’amour à échelle universelle, que l’on aimera pour ce qu’elle est ; et l’autre, cette autre femme, illégitime qui comblera notre ennui, notamment en palliant notre enfer sexuel.

Rien ne sert d’écrire, il faut vivre à point.

Cioran a tout de même montré à travers une œuvre immense en génie et en nombre de pages qu’on peut souffrir toute une vie mais que la souffrance ne peut rester à l’intérieur d’un corps malade, qu’il faut l’évacuer quelque soit la manière. Il lui a fallu des milliers des pages pour la supporter, pour vivre avec, car combien vivent chaque jour avec ça ancré dans leurs entrailles. Le tout dans une solitude quasi monastique et un silence de chaque seconde.

Avant, je trompais mon ennui en trompant ma femme, pensant, à tort bien évidemment, que d’autres femmes me sortiraient un peu de ce quotidien poisseux. Aujourd’hui, l’expérience aidant et démontrant que l’on s’ennuie avec toutes, mêmes avec les plus belles, je ne m’adonne même plus à ce genre de loisirs, sachant d’avance que l’ennui aura raison de moi, qu’il finit par triompher à chaque fois.

Il y en a qui croulent sous le travail ; moi je croule sous l’ennui ; il m’écrase de sa force génératrice, m’emporte à chaque instant dans les méandres de l’indicible néant, du froid violent du silence, de la sûreté impitoyable du vide. Bien évidemment, l’ennui est, bien que supérieur au travail, un vrai virus léthargique, un vrai démon qui vous transforme en zombie ; et pourtant, devant la forme que prend son existence remplie de solitude et de terreur, on n’entend jamais se plaindre sa victime. Il n’y a qu’un individu actif, aux prises avec l’insignifiance abjecte de son travail quel qu’il soit, pour se plaindre et gémir de sa condition. Il ne sait pas qu’il a raison en se plaignant mais il se trompe immanquablement de sujet.

D’évidence, les hommes et les femmes ne s’attachent pas les uns aux autres pour les mêmes raisons. D’évidence, ils se séparent pour les mêmes.

Je n’aime l’excitation de la femme que dans un lit. L’ennui, c’est qu’elle l’est surtout en dehors.

On ne survit pas à une séparation, on meurt ou l’on renaît. Nous sommes tous des crucifiés de l’amour. Certains trépassent, d’autres ressuscitent.

Cioran l’explique très bien dans ses cahiers inédits, l’être vivant est attaché instinctivement à la vie ; la nature, douée de cette inimaginable conception, lui a promulgué un attachement viscéral, visant à lui faire surmonter toutes les épreuves de la vie, aussi abjectes soient-elles : mort des siens, séparation, pauvreté, injustice, trahison, indifférence, maladie, oubli, solitude, vieillissement etc. Comme l’animal, l’homme est affublé de cet instinct de conservation. C’est pour cela que j’admire les hommes et les femmes qui se sont suicidés, pas par esprit morbide ou faussement romantique ; mais par ce que ces êtres ont su déjouer par leur propre intelligence le piège de la nature en se supprimant. Seule leur intelligence, propre à l’homme, les a conduits au suicide, elle a su dépasser l’affront de la nature contre elle ; et par là même, a démontré qu’il n’y a pas d’autres chemins que celui du suicide et de la mort ; ce dont tout dans l’expérience de la vie de tous les jours tend à nous cacher, à nous dissimuler, pour justement que l’homme continue à être son esclave.

Nos tombes sont inscrites sur les registres de l’au-delà.

Je ne laisse jamais ma place de métro aux vieux pour ne pas les vexer, ni aux femmes enceintes pour les punir de vouloir à tout prix continuer à peupler ce monde ignoble.

Les femmes me reprochent de m’ennuyer en permanence, de ne vouloir rien faire, de refuser leurs projets ; mais elles ignorent que ce sont elles qui, à la base, m’ennuient.

Il faut se méfier des lecteurs qui savourent tous les romans qu’ils lisent, qui les finissent à chaque fois. Ils les aiment généralement bien avant de les ouvrir.

Il y a bien plus de grâce dans un combat de coqs que chez une femme qui quitte un homme. Sa beauté prend d’un coup une forme hideuse, malsaine, l’erreur d’être ainsi la paralyse en l’entraînant à vie dans l’immondice de sa personne.

Pourquoi le sexe met-il en scène autant d’actes grossiers et châtiés pour arriver à une telle pureté de sensations ? Pourquoi faut-il passer par le bas, le vil, le sordide physique pour permettre le repos de l’âme et le déchirement charnel vécus comme le plus haut point dans l’élévation cosmique de l’être ?

P., un six ans et demi, comme dirait Montherlant, à qui je demande pourquoi il n’aime pas les femmes, me répond : « Parce que j’aime pas quand on les baise. ». Ce dernier, un an plus tôt se remémorant d’un moment savoureux me dit : « On devrait pouvoir rembobiner le temps. » Comment tant de vérités métaphysiques dans un si petit être ?

Ce n’est ni une quelconque force morale, ou volonté particulière qui m’ont fait m’éloigner de certaines femmes ; mais bel et bien le dégoût.

Le corps exprime toujours la vérité, il la ressent, c’est ainsi ; l’ennui c’est que l’esprit ne s’y rallie pas.

Respecte ton prochain qui te méprise.

« L’espoir fait vivre » est un adage bien connu, mais pour les suicidés, c’est bien l’espoir qui les a conduits là où ils sont. C’est d’y avoir cru un peu trop et d’avoir été immanquablement déçus. Les gens qui ne suicident pas sont véritablement les plus cyniques.

Ne reviens pas, ne reviens pas, mais fais vite.

Lectures importantes de 2006: Syllogismes de l'amertume, Le Crépuscule des pensées (Cioran), Mémoires d'un suicidé (Du Camp), Jean S. (Absire), Notes d'un souterrain, Le Joueur (Dostoïevski).

Carnets 2007.

Il faudrait avoir la dignité de fêter les anniversaires de rupture au lieu d’avoir l’hypocrisie de célébrer ceux des rencontres, puis en faignant d’oublier leur date lorsque le couple est en ruine.

La dignité et l’absence de vanité du chien qui défèque devant tout le monde, la queue à l’air, le regard droit, les yeux agars, la tête haute.

Les vivants vivent leur quotidien en ignorant parfaitement la mort, comme si elle n’existait pas. Mais est ce que les morts reposent en ignorant parfaitement la vie éternelle qui est sensée les attendre ?

L’amour ne construit strictement rien sinon une belle illusion. Par contre il détruit tout, et du bien réel, l’illusion restant toujours indemne.

Ils veulent à tout prix réussir leur vie, ils mangeraient mère et père pour cela, ils abandonneraient leur chat, ils écraseraient leur frère. Ils éliminent leurs concurrents potentiels, saccagent des instants de paix, méprisent, sacrifient les autres, ils sont obsédés par eux-mêmes, ils trahiraient leur chien pour assouvir leur malaise. A ceux-là, je leur dis : Longez les allées d’un cimetière, cela vous fera gagner un peu de temps et revoir un peu vos plans. Où que vous couriez, vous courez direct à la tombe. Et elle vous attend.

Les amours se finissent souvent par des histoires de cartons. C’est comme un déménagement (c’est d’ailleurs souvent le cas), on est paré pour emménager sur un autre corps.

Qu’est ce qui détermine un vivant plutôt qu’un mort. Qu’est ce qui fait que l’on pense à un référent vivant ou à un référent mort ? Le temps, uniquement le temps. Le temps change la nature des vivants, tout d’abord de leur vivant, puis en les exterminant.

Avoir une femme à ses côtés nous permet de survivre aux saloperies de la vie. En avoir plusieurs nous permet d’aller au-delà ; et je dirais même d’en profiter.

En un mot, avoir une femme permet de supporter la vie, en avoir deux, d’en profiter.

Notre mort est l’une des rares choses qui ne nous concerne pas ici-bas. Ce devrait être le cadet de nos soucis et pourtant nous sommes terrassés par son idée.

Plus jeune, en plein ennui, je faisais défiler dans ma tête les diverses manières d'y échapper. Généralement, arrivait en première place la fréquentation d’une femme désirable que je parviendrais à séduire. Aujourd’hui, je n’essaie même plus d’en sortir, sachant pertinemment que l’ennui l’emporte même sur la volonté de le combattre, et s’immisçant même dans une façon quelconque d’y réchapper, notamment avec une femme.

L’ennui fait peur car l’on ignore, son sang étant inscrit jusque dans nos chairs, la teneur que va prendre la journée soumise à ses contingences. Mais une chose est sûre, la journée finit, n’ayez crainte.

Le dictateur, mégalomane et victime de son propre culte de la personnalité, donc pathologiquement atteint, s’inspire uniquement du génocide naturel et divin.

En ce moment, je travaille sur un souvenir qui est en train de disparaître en moi. Mon rôle, même si la souffrance s’en mêle, est de ne pas trop le laisser s’en aller. Parvenir à rester souffrant pour garder le plus longtemps l’essentiel de quelqu’un en soi. Difficile tâche.

L’expérience m’a montré que les gens qui trompaient leur conjoint sont souvent plus humains que ceux qui les quittent. Ils manquent de maturité et sont à plaindre parce qu’ils souffrent de leurs bons goûts esthétiques, voilà tout. Celui qui quitte est un dictateur sentimental, quelqu’un qui croit savoir aimer mais qui en réalité, ne pense qu’à sa sûreté affective.

Ceux qui répètent sans cesse qu’ils ne sont pas nostalgiques, qu’ils ne vivent pas dans le passé et qui se projettent dans l’avenir, sont tout simplement des trouillards devant la mort ; des hypers flippés du trépas. Ils n’osent pas regretter, ils tremblent devant l’énormité du passé et se la jouent boulimiques de l’instant présent. Moi je suis un vrai nostalgique, un mélancolique du temps foutu, et j’assume cela parce qu’au moins, il y a de l’acquis. Le passé, c’est tout ce qui restera, de quiconque.

Je crois que ce soir-là, il y a 21 ans, des gens ont pleuré pour toi.

Les femmes passent à mon avis autant de temps à flâner dans les magasins de mode qu’un homme à consommer de la pornographie. Ce qui est à peu de choses près la même chose. Lequel est le plus à plaindre ?

En dix ans (je m’approche de la trentaine), la femme est passée pour moi d’une image somptueuse de grâce et de beauté à celle d’une usine à jouir. Et pourtant, je n’ai pas encore l’âme d’un prolétaire, je n’en suis qu’au léninisme théorique.

Certains souffrent du culte de la personnalité, ils veulent afficher leur portrait dans toutes les rues du pays. Moi je souffre du culte de l’absence, j’affiche son visage dans chacune de mes lignes, là où personne ne le verra.

Aujourd’hui, ne pas être publié par nos maisons d’édition est un signe, à défaut de reconnaissance, de talent littéraire indéniable ! Chaque refus a valeur de « ticket » pour la postérité !

L’amour rend aveugle, la musique rend sourd, le sexe rend fou, la politique rend con, l’amitié rend lâche, le travail rend aigri, le sport rend invalide, l’argent rend pauvre.

Trois écrivains m’ont fait avancer d’un grand pas, trois écrivains découverts entre 24 et 27 ans. Maurice Sachs qui a su faire de la littérature un exercice sublime au service de sa propre déchéance. Son style a rendu sa littérature aussi intéressante que son existence. Son œuvre est l’exemple même, non seulement d’une espèce de rachat par la littérature, mais aussi d’une combustion indicible entre existence et écriture. Il y a un moment où la différence est si minime que l’écrivain dépasse l’homme. Chez Montherlant, à mon sens assez proche de Sachs, l’écriture lui a permis de vivre le plus lucidement et courageusement ses préceptes d’une lucide fantaisie. Montherlant a contribué chez moi à un changement radical de la perception de l’humain, de sa morale, du désir et du rapport à l’autre ; de plus, sa façon d’écrire traduisant cette fameuse « pensée directe », a contribué à donner au rôle de l’écrivain une ampleur indéniable. Montherlant, des écrivains que j’ai lus, est l’homme de lettres qui rend la littérature essentielle à l’être. Enfin, Cioran est l’être qui grâce à une œuvre philosophique des plus impitoyable sur l’homme et ses civilisations, a su chapitrer ma conception de l’existence sous toutes ses formes. Il a mis un point final à toutes mes interrogations, à tous mes doutes, à tous mes désespoirs. Avec Cioran, la mort peut prévaloir sur le reste, sans contestation aucune. Après avoir lu un tel écrivain, on est bon pour partir en vacances le plus tranquillement du monde.

Chaque jour prend son essence dans la misère de la veille. C’est pour cela, que le temps semble ne plus passer à partir d’un certain âge. Les mêmes questions se posent à peu près chaque année et aux mêmes périodes.

J’ai surtout accepté que mes ennemis vieillissent. Je n’avais que l’appui du temps pour permettre une mince vengeance auprès de leur solidité coutumière. A chacun de mes anniversaires, je me trouve une raison de persister. A chacun des leurs, je me satisfais du poids du temps qui s’abat pesamment sur eux.

On est à la recherche permanente de femmes et de beautés, et lorsqu’on en trouve, on est incapable de partager indéfiniment leur intimité.

Quand on voit tout ce que réclame de vous une femme en amour, on est contrait de jouer un rôle pour ne pas les décevoir totalement, voire pour qu’elle ne parte pas trop vite. Dépassée sa curieuse carapace dédaigneuse et hautaine, elle s’abandonne avec une telle sincérité que les ingrédients qui doivent faire prendre la sauce sont nombreux : écoute, compréhension, mots d’amour, tendresse, compassion, patience, générosité, humour, abstinence sexuelle, disponibilité sexuelle, retrait, j’en passe. Comment, après cette liste, ne pas jouer un rôle de composition ? Dire que cette confiance se base sur un mensonge de soi, qui lui-même tend à faire durer l’union de deux êtres…

Nous avons une idée vague des époques précédentes ; mais pour celle qui nous occupe et que je vis au quotidien, je ressens un dégoût d’une profondeur aussi forte que devant la vue d’un poisson asphyxié et présenté les yeux exorbités par la douleur que fut sa mort lente et ignoble sur les étalages indécents des marchés. Les hommes politiques me répugnent autant les uns les autres, aussi bien les gros des partis que les petits ambitieux. Leur discours est d’une démagogie hypocrite et sans relief. Lorsque l’abbé Pierre décède, ils devraient avoir la décence de se planquer, de se faire oublier cinq minutes et de ne surtout pas intervenir et ils défilent un à un, au compte goutte, de gauche comme de droite, le minois faussement triste, encensant la grandeur du type, alors que depuis 50 ans, ils tendent vers la destruction organisée, réfléchie, concrète et précise de l’œuvre morale et sociale de ce prêtre. C’est à vomir. Triste de se rendre compte que Mitterrand a été le dernier (non pas grand président) mais grand homme politique exerçant une fonction dans l’état et qu’il n’y en aura plus après. Il est le dernier lettré du système politique. Triste de s’en rendre compte d’autant plus qu’il a été une crapule. Nous vivons une campagne et une élection présidentielle des plus tragiques de l’histoire de ce pays. Le non choix règne entre des choix impossibles. Nous vivons sous le règne de l’indécence à tout point de vue : économique, social, politique, médiatique, écologique, artistique, humain.

Ce début de siècle ne mérite aucune attention.

Je suis et serais une victime de ma propre nature, nature qui semble d’années en années totalement indépendante de mon esprit. Et en matière de désirs, elle prend le pas sur ma raison, qui elle, vient entièrement de moi. L’ennui, c’est que ma nature d’homme entraînera ma perte générale. La nature de l’homme, foncièrement contradictoire avec les grands préceptes philosophiques, est une machinerie créée par les hautes instances de ce monde dont le seul but est de le précipiter à la ruine.

C’est fou comme les enfants parlent de la mort comme quelque chose de logique et de normal, la leur, celle de leurs parents, ils parlent de la mort sur le même ton qu’ils évoquent leur goûter ou une séance à la piscine. Enfants, ils pensent comme Sénèque puis en vieillissant, se rapprochent de Schopenhauer.

L’ennui peut être parfois un bon souvenir. Lui seul peut être extrêmement mal vécu dans l’instant et être bien plus tard l’objet d’un bon souvenir. Je me souviens d’un été détestable où resté seul à Paris durant des semaines, je passais mon temps à regarder les gens par la fenêtre. Aujourd’hui je pense à cette période comme l’une des plus enrichissantes de ma vie.

Je serais toujours tiraillé par la nature assez abjecte du désir masculin envers ce que représente extérieurement la beauté d’une femme. L’amour sexuel est une paralysie de la contemplation.

L’amour charnel permet d’arriver à la consommation d’une esthétique. Il n’y a rien après sinon cette perpétuelle quête.

Mon bureau de travail se trouve dans ma salle de bains. Que d’idées me viennent lorsque je suis nu sous ma douche. Muni de mon plus simple appareil, retourné à l’état originel, je me nettoie de toutes mes souillures, en les expulsant sur la page vierge…

On fait l’amour bien souvent pour se dépêtrer de son désir dictateur que pour aller à la recherche d’un éventuel plaisir des sens. Au contraire souvent des femmes.

Se méfier des gens qui ne s’ennuient jamais, ce sont généralement les plus ennuyeux

Il m’arrive de savourer mes moments de liberté, je ne sais qu’en faire véritablement mais je m’en satisfais parfois.

Il faut faire attention à la valeur de l’aphorisme. Il n’est souvent qu’une figure non pas de style (si parfois) mais surtout une figure de sens. L’auteur n’est pas loin à chaque fois de penser l’inverse de ce qu’il écrit, en laissant à la littérature le soin de se justifier elle-même, sans son appui.

Un couple qui ne se désire plus, est-ce un couple qui est arrivé à maturation ou à maturité ?

On s’attache un moment, puis on se détache le reste du temps. Le seul rapport réel entre les gens réside dans l’indifférence de son prochain. 

Pour moi, le désir est d’une réalité si sordide que je ne peux avoir recours à l’artifice pour le créer chez l’autre.

On vit à une époque où un type de 56 ans doit se balader avec un CV.

A mon sens, elle m’a plus aimé que je ne lui ai manqué, alors qu’elle m’a plus manqué que je ne l’ai aimée. Ce qui aujourd’hui pose un vrai problème.

Le vrai malheur humain, c’est que l’on croit tous instinctivement que l’on vivra encore demain. Toute la logique et la banalité du monde reposent sur cette stupidité. La nature nous tient en laisse comme cela, dans la croyance infernale en une illusion que nous savons pertinemment. L’homme accepte, en souffrant, les règles du jeu.

Une grande nouvelle scientifique. L’adultère serait présent dans nos gènes. Me voilà sauvé de toute question morale, du remord et de la faute. Il est dans mes gènes.

Aujourd’hui, abreuvé par la dictature immonde et stupide des médias, j’ai peur de me reposer à la campagne de peur qu’elle ne soit plus que présidentielle…

Plus le discours d’un politique paraît sensé et honnête et plus sa mégalomanie et sa soif du pouvoir sont révélatrices. Ces caméléons n’en sont pas moins de vrais pantins obscurs. Ce sont de gros dégénérés du discours, d’immondes singes freudiens, des handicapés du réel. Quand aux journalistes qui les couvrent et aux artistes liées à leur cause idéologique, ils sont les pique-assiettes débiles d’un pique-nique sans partouze.

Autant on pouvait trouver logique qu’un Balavoine se rallie à la cause Mitterrand durant la campagne de 1981 (Ralliement de courte durée, comprenant vite la duperie mêmes des enjeux politico-électoraux.) ; autant je ne comprends pas qu’en 2007 un Charles Berling, acteur ô combien émérite, applaudisse comme un cabot les inepties de S. Royal en soutenant des idées néo-socialistes abêtissantes, dégradantes et festives. C’est ignorer le déclin de la gauche depuis son dernier représentant et tomber dans ses pires aberrations. Quand à la droite, inutile d’en parler, être de droite est en soi une faille intellectuelle des plus profonde, une aberration philosophique.

En ces périodes abjectes de campagne électorale, de démagogie la plus brutale, de mensonges instrumentalisés, d’hypocrisie organisée, de médiocrité électorale, de vide intellectuel, la seule question essentielle à poser à ses clowns pathétiques est la suivante : « Pourquoi voulez-vous à ce point le pouvoir ? Votre femme ou votre mari ne vous font-ils pas assez jouir pour espérer ne pas remplir cette fonction pathologiquement louche, inquiétante et dangereuse ? » Et ces trou du cul de répondre à coup sur : « Pour changer les choses… » Lamentable parade politique.

Il y a une dignité et une certaine tristesse dans la solitude d’une femme. Une certaine tranquillité et une misère sexuelle dans celle de l’homme. Les deux souffrent différemment d’un même mal mais lequel est le plus à plaindre?

L’infidélité n’est pas un problème de fidélité mais de désir esthétique que dénient à la fois la morale judéo-chrétienne, les clichés du couple, la vermine de la culpabilité, et notre propre conception de l’amour. Musil voyait en la fidélité, un manque de curiosité grave, signe de limite intellectuelle !

Dieu que je me comporte en égoïste lorsque je reste seul.

Une aventure, une histoire sans lendemain est un vrai casse-tête pour la mémoire qui ne souffre pas d’oubli dans ce genre de cas puisque l’amour aura duré peu, elle a tout amassé et conservé en elle et fait défiler, cinq, dix ans après des souvenirs de manière intacte. Une histoire d’amour courte est en fait une aventure purement morale, et qui dure.

L’injustice collée à l’existence s’exprime même dans l’attitude des vivants face aux morts. Une vague relation à moi voit son père de 50 ans dépérir de jour en jour face à  une maladie qui le ronge comme les mouettes le font en s’acharnant à dépecer un cadavre de baleine, connaissant les limites de la médecine à le sauver. Sachant cela, mise à part l’expression de ma compassion et de ma gratitude pour elle et les siens, je ne me révolte pas, je continue ma vie tranquille comme si de rien n’était. Je dors parfaitement, j’embrasse ma femme, je joue au tennis, je lis Philippe Muray… Et lorsque ce sera l’un des miens soumis aux ravages du délabrement, de la souffrance puis de la disparition prématurée, je serais comme un zombie devant le malheur infect. L’humain est programmé de la sorte. Pour sa survie et pour sa chute.

En littérature, se contenter de faire une œuvre minuscule. Tout condenser de ce qu’on veut exprimer en quelques livres essentiels. Cela est suffisant pour le lecteur, la prolonger est souvent signe d’ennui, de répétition et d’orgueil mal placé. C’est ce qu’a fait Cioran en connaissance de cause, Maurice Sachs, malgré lui, et moi-même pour ces deux raisons.

Durant l’union, on prête bêtement aux femmes les sobriquets les plus mièvres, les plus débiles (Bébé, chérie, mon amour, mon ange, mon cœur…) pour finir par les insulter lors de l’inexorable séparation (Pute, salope, nazie, poufiasse, connasse…). L’abêtissement face à la haine.

L’attrait d’un homme pour une femme est avant tout sexuel ; dans le même sens, celui de la femme pour un homme est culturel (par « culturel » j’entends inscrit dans la civilisation).

La différence essentielle entre une bonne dictature à l’ancienne et notre système soi-disant démocratique, c’est que la première interdisait tout à l’homme alors que la seconde le lui impose…La dictature supprimait les libertés ; l’ère festive nous le impose.

Nous sommes assoiffés de sexe devant le corps d’une femme, et nous nous forçons à lui donner de l’amour.

Il y a deux catégories de beaufs, et nous voyons l’une en fin d’année pour le salon de l’auto, et l’autre en début pour le salon de l’agriculture. Sur ma ligne de métro, les premiers, avachis, compressés dans la rame, attendant comme des bêtes leur station, ne vous laissant pas descendre, sont du genre dangereux, une espèce assez ignoble soit de puissants friqués, soit de pauvres ambitieux à la traîne, intellectuellement réduits, le tout rêvant leur puissance en la triste métonymie d’une bagnole dernier cri… Les seconds, se pressant eux aussi pour leur salon fermier, sont d’un genre plus simple. On les plaint bien entendu, mais l’on éprouve une espèce de compassion tendre à leur égard. Ils ont l’allure de paysans, et quittent leur ferme pour un salon parisien de carton pâte qui accueille leurs vaches. Mais dans leur yeux, aucune animosité, de la patience, de l’attente, et une gentillesse qui les font descendre de la rame pour vous laisser passer. J’observais l’un d’eux durant le voyage. Le costume obscure et de mauvais goût, la cinquantaine grisonnante, le visage tendre, gonflé par la bibine, mais le regard encore surpris, surpris d’être à Paris et de voir ses vaches sans se demander ce qu’elles foutent là en plein périph. Les criminels dans l’histoire sont, sans surprise, les organisateurs, le pouvoir, l’état, les médias, leur système qu’ils pourfendent tant.

L’ennui pour une femme qui fréquente un homme, c’est qu’elle va s’apercevoir vite qu’il ne pense qu’à la baiser avant tout le reste de ce que pourra être leur relation, aussi sublime soit-elle. D’abord la baiser, ensuite, on peut discutailler sur le reste et s’attacher aux détails.

Curieux de voir que le sexe et le désir n’apparaissent qu’à de très rares occurrences dans l’œuvre de Cioran. Pourtant la solitude, l’ennui, l’obsession de la mort décuplent à un niveau insurmontable le désir sexuel et le statut physique de la femme.

Mon rare péché d’orgueil (ajouté du coup à celui de la mauvaise foi), c’est de vouloir un jour me retrouver dans une description qu’aurait faite de moi un grand écrivain pour savoir enfin à quoi je ressemble physiquement.

C’est terrible comme j’oublie ce que je lis, surtout les romans dont je ne parviens plus du tout ou à peine à me remémorer l’histoire. J’en garde juste une impression de lecture. Pareil pour ceux que j’ai écrits, je me demande comment j’ai pu arriver à 300 pages ; en racontant quoi au juste ?

J’ai cessé de me promener dans Paris à mes heures perdues, et Dieu sait si elles sont nombreuses, pour éviter de croiser les femmes sans les rencontrer. Et lorsqu’il m’arrive, par nécessité de me rendre quelque part, d’en croiser, je ne veux plus les rencontrer, sachant déjà ce qui m’attend par la suite, parlotte, ennui, et surtout, risque certain de ne pouvoir arriver jusqu’à leur corps. Du coup, je renonce, d’avantage par fatalisme que par sagesse.

Une belle femme, en vous croisant, vous regarde ; et vous ne serez jamais ce qu’elle a dans la tête. Il y a tant de réponses décevantes…

Comme certains qui parlent souvent pour ne rien dire, les chats parfois miaulent pour ne rien signifier.

Dès que j’abandonne la lecture d’un livre, souvent par ennui, je pense à l’échec à la fois de l’écrivain qui n’a pas su m’intéresser et me transmettre quelque chose, mais aussi à ma propre défaite devant mon incapacité à avoir décelé le texte, à être rentré dans son univers de pensée, d’idées ou d’images, souvent à cause de son style. Double échec de la littérature…

Difficile d’accepter la fin d’un amour pour la simple et bonne raison que le présent démolit tout ; on a beau se rassurer en disant, durant X années, on aura vécu des choses ensemble, elle ne pourra oublier ci et ça ; mais c’est ignorer que l’instant a un pouvoir tyrannique, que le passé est dilué dans des souvenirs informels et que surtout il ne concerne plus le moment vécu. C’est un peu lorsqu’on écrit un livre, une fois terminé, et passé la fougue de la vanité et de sa lecture, on le met de côté, on l’oublie ne comprenant pas comment on a pu se détacher aussi facilement d’un tel travail, qui durant un ou deux ans, au moment même où on l’exécutait, prenait une importance considérable à nos yeux.

Je suis un sensuel que le sexe répugne.

Je passe un week-end à faire l’amour, à ronfler, à manger, à siester, à caresser, et, en rentrant chez moi, je me plais à espérer encore de la vie alors que je devrais être rassasié. La nature a crée chez l’homme un appétit insatiable de vivre alors qu’il devrait être prêt tous les jours à mourir.

La dernière fois que j’ai mis les pieds dans un zoo (autrement dit dans un camp de concentration animalier), c’était en Espagne alors que je vivais ma vingt-deuxième année. J’étais, à l’époque, contraint de passer mes vacances là-bas, et devant l’ennui des jours étouffants, je m’étais laissé entraîner dans le zoo de Barcelone (comme quoi, pour palier l’ennui tout puissant, on est prêt à faire n’importe quoi, on est surtout prêt à suivre la guenon qui nous accompagne pour ne pas la vexer). Et c’est dans ce lieu concentrationnaire que les touristes espagnols et étrangers se ruaient comme des sauvages pour voir le seul être civilisé du parc, Flocon de neige, le gorille albinos, mort trois ans plus tard d’un cancer de la peau (à fréquenter ces bandits, il a chopé une maladie d’hommes…). Je ne savais pas à cet âge que le gorille possède 98% de chromosomes humains ; et qu’il est l’animal vivant qui s’apparente le plus à l’homme d’un point de vue biologique. Peu de choses nous séparent génétiquement du gorille ; et l’on comprend maintenant pourquoi ce roi des singes restait immobile, le dos tourné au public, tirant la gueule dans sa cage de verre à attendre la mort, il n’en pouvait plus de le voir s’agglutiner tous les jours à lui balancer des cacahuètes et à sortir des appareils photo en beuglant devant sa carcasse impressionnante. Imaginez un homme parqué de la sorte, seul dans sa cellule, montré ainsi à une foule de gorilles, il se suiciderait en peu de temps. L’ennui, c’est que durant vingt ans, l’animal blessé, le majestueux gorille n’a pu en faire autant, il a dû attendre la mort ; et quelle libération elle a dû être pour lui, on espère un paradis pour ces bêtes-là. Un paradis sans hommes.

Montherlant a vu juste, on a parqué les animaux parce qu’ils possèdent la vérité, ils ne trichent pas ; l’homme ne le supporte pas, ce sont ses deux pour cents de chromosomes distincts avec le gorille qui le poussent à l’abjection et au mensonge.

En apportant le plaisir sexuel à ma femme l’autre nuit et en l’observant se perdre dans la jouissance, je me suis dit que n’importe qui d’autre pourrait en faire autant pour le lui procurer ; et que n’importe quelle autre femme pourrait tout aussi bien me convenir dans ce type de posture et me pousser à son tour au plaisir.

Les amis des animaux sont généralement des esprits supérieurs ou puissants. Je ne parle pas de ceux qui ont un animal de compagnie pour combler leur solitude ou répondre à une demande ; je parle de ceux qui les observe au quotidien, dans la rue, à la campagne, dans un poulailler ou près d’un ruisseau et qui, sans les comprendre, pénètrent intimement leur conscience ; sans oublier la tendresse qu’on éprouve à leur contact, et peut-être qu’ils éprouvent à la notre.

On vit une époque où les gens sont plus angoissés par un entretien d’embauche que par l’idée de leur propre mort.

Faire l’amour jusqu’à l’écoeurement. Celui de son propre désir associé au corps de la femme offerte en permanence.

Tout ce qui m’empêche de faire l’amour… A commencer par les femmes…

Le problème de la démocratie c’est qu’elle est fondée sur les suffrages de la foule. Comment voulez-vous ensuite espérer quoi que ce soit d’elle…

On assiste parfois à des séparations tragiques d’amours de second ordre.

Dans le RER, une jeune fille, pas moins de 18 ans, discutait si fort « élections présidentielles » avec ses amies que ses inepties parvenaient sans mal à mes oreilles et l’une d’elles disait à maintes reprises que notre candidat de droite n’était ni plus ni moins qu’un sous Hitler ! Ce qui m’interpelle, ce n’est pas d’entendre une telle analyse politique, tous les beaufs de journalistes de gauche vont dans ce sens, mais je me demande ce qu’on enseigne aux élèves à l’école pour qu’ils en arrivent à ces subtiles conclusions.

Dès que j’aperçois une foule de gens, dans le métro par exemple, je me dis : « Voilà ceux qui jusqu’ici ont réussi à échapper à la mort. » 

J’ai des réflexes de libertin mais je ne semble pas être fait pour le libertinage. J’ai des réflexes d’écrivain mais je ne suis pas fait pour la littérature.

S’il n’y avait pas le désir sexuel, je me demande en quoi aurais-je usé le tiers de mon temps ?

Ecrire n’est rien ; vivre n’est pas mieux.

Dieu est malin, il a insisté sur la force bien plus nette et dérangeante de l’idée d’une chose que l’obtention de la chose elle-même. Il parvient à nous pousser dans l’existence, toujours pour que l’on parvienne à réaliser l’idée de cette chose, sachant pertinemment qu’une fois accomplie, il sera non pas déçu mais toujours insatiable et l’idée se décuplera et sera encore un nouveau but à atteindre.

La démocratie, ce n’est pas le peuple qui gouverne comme on voudrait nous faire croire ; c’est un peuple qui, à une date imposée, a la contrainte morale, sous prétexte de liberté (chercher le paradoxe) de choisir entre douze blaireaux celui qui lui correspond le plus afin de donner le pouvoir à quelques idéologues ambitieux, médiocres et doués d’une pathologie terrible et quasi incurable : la passion du pouvoir. Deux termes qui lorsqu’ils sont en lien peuvent provoquer chez lui une hypertrophie de son « Moi » et pour la nation un désastre.

L’expérience montre que l’on reprend plus vite son sexe que son souffle.

Après l’amour, il faudrait se séparer de sa partenaire qui vous a procuré le plaisir ultime, se refermer en soi-même, mettre votre plus belle chanson, penser à un amour manquant et pleurer votre condition.

Plus je regarde ma femme et plus j’oublie le reste ; mais plus je regarde le reste, et plus j’oublie ma femme.

Il y a des personnes qui me font vraiment peur, notamment ceux qui me disent qu’ils s’épanouissent dans le monde de l’entreprise. Et dont on peut vérifier qu’effectivement, ils « s’épanouissent ».

A l’âge précaire où je me trouve, il me reste dix ans pour rester jeune.

C’est le nombre d’orifices féminins qui tient en esclave notre unique membre masculin.

Il y a deux visions du travail ingrat. (Visions qui me sont apparues après avoir vu depuis des mois le jardinier de mon école faire strictement la même chose à la même heure et au même lieu, seul, ne parlant à personne : balayer les feuilles, nettoyer les merdes de pigeons et rincer le tout au jet d’eau.) Il y aurait la théorie de Montherlant qui consiste à dire que ce travail, il doit le faire chaque jour le mieux du monde car tout est fait pour être puis disparaître, comme ces enfants qui construisent méticuleusement leur château de sable sachant très bien que dans quelques heures la marée l’emportera à jamais. Il en est de même pour chaque travail, que c’est la condition de tout ici bas, et que ce travail de jardinier doit être considéré comme tel. Et puis il y a l’autre vision, la mienne qui ne peut que s’incliner devant une telle absurdité humaine. Voir ce pauvre vieux faire chaque jour dans une solitude quasi monastique ce qu’il refera inexorablement le lendemain de manière identique ne peut que me rendre encore plus réfractaire à la fois au travail et au sens de cette vie. Et pourtant je comprends Montherlant.

Au travail, la pause cigarette est totalement légitime alors que la pause sexe est quasi impossible. On devrait, à n’importe quel moment, se détacher un peu de l’inessentiel pour venir s’attacher à un corps de femme, puis revenir au trivial, c’est-à-dire au travail (qui, a peu de choses près, s’écrit pareil), le cœur moins triste et l’humeur paisible.

Je suis parfois d’une paresse telle que je ne prends pas la peine de noter dans ces carnets une idée ou une bonne formule sorties tout droit de mon imagination, et du coup perdue à jamais dans ma mémoire, elle aussi tout aussi paresseuse.

Je suis parfois d’une paresse telle que je ne prends pas la peine de noter dans ces carnets une idée ou une bonne formule sorties tout droit de mon imagination, et du coup perdue à jamais dans ma mémoire, elle aussi tout aussi paresseuse.

L’été approche, les femmes ne le savent pas mais le sentent. Seuls les hommes ont besoin d’un calendrier.

Certaines femmes sortent le soir en laissant leur âge à la maison.

Moi je reste chez moi avec le mien.

Accepter les femmes. Accepter qu’elles fassent de la danse acrobatique, qu’elles se baladent en bottes, qu’elles vous méprisent, qu’elles se méprisent entre elles, qu’elles soient aussi romantiques qu’une truffe, qu’elles ne désirent pas, qu’elles se savent désirées, qu’elles sont pour nous des prisons, des terrains balisés, des mines antipersonnelles, et surtout des êtres à la carapace malléable. Les mépriser de se donner à n’importe lequel sauf à vous, mais l’accepter. Les femmes ne sont que belles ou elles ne sont rien, et la beauté n’a pas d’âme.

Jean Seberg est la dernière actrice. La dernière aussi qui a véritablement souffert. La dernière que l’on ait oubliée à ce point. Même Natalie Wood ne souffre pas d’un tel oubli même s’il va en grandissant.

L’homme prend son plaisir sur le corps de la femme. La femme prend son plaisir sur son propre corps ; ou je devrais dire dans son propre corps, à l’intérieur. Toute la problématique de la femme vient de là, d’elle-même, de son corps. Son corps procure à la fois son plaisir et celui de l’homme. D’où l’intériorité de son plaisir pour elle et l’extériorité éjaculatoire pour lui. L’homme lui n’a qu’une carapace.

Une femme qui quitte un homme parce qu’il l’a trompée lui montre en agissant ainsi, d’une part son orgueil total, ensuite qu’elle ne comprend en rien le désir de l’homme, ni même lorsque ce dernier lui faisait l’amour et qu’elle y trouvait du plaisir, voire de la jouissance. En se contentant de prendre son plaisir, elle n’a pas entrevu une minute la portée universelle des gestes de son amant qui ne peut se satisfaire, par définition, que d’un seul corps. La femme est aveuglée par son propre corps et le désir insatiable de l’homme. Elle n’y comprend strictement rien bien que jouant sur ses atouts lorsqu’elle a pris un amant dans ses filets.

L’homme fait l’amour (au sens où il libère du désir d’amour), la femme se laisse faire l’amour (au sens où elle reçoit du désir d’amour).

Sans les femmes, les hommes auraient vécu dans l’ennui mais tranquillement, l’âme reposée et le cœur stable. Leur arrivée dans notre vie est à la fois source de bonheur et d’infortune, d’admiration et de stupeur. Puis viennent la lassitude, l’ennui de leur compagnie puis le regret lorsqu’elles partent. Les femmes sont d’avantage regrettées que véritablement aimées. C’est pour cela qu’elles sont obsédantes (à défaut d’être intéressantes). Elles se transforment en fantôme.

En 1940, on rentrait en Résistance lorsqu’on refusait l’invasion nazie et la dictature sanglante qu’elle voulait instaurer dans nos pays en faisant divers actes de bravoure. En 2007, libéré des nazis, c’est la dictature de la chair qui a pris le relais. Est résistant, celui qui reste fidèle à sa femme devant l’invasion du désir et de la tentation permanente. Les femmes ont compris la nazisme mieux que personne en se désapant dès que les beaux jours arrivent. Ces croix gammées sur deux pattes. 

Une femme enceinte n’est plus une femme. Elle est inutilisable. Sa nature intrinsèque a brisé sa féminité au profit d’une machinerie reproductive. La femme laisse place ainsi à sa fonctionnalité au détriment de sa sensualité. Sachant très bien qu’elle a besoin de cette dernière (attirant l’homme dans son gouffre) pour engrosser et se transformer ainsi en affreuse bestiole répugnante.

L’être humain est la seule espèce sur cette terre à connaître le rejet de l’autre. Tous les animaux s’accouplent sans distinction de beauté, d’intelligence ou de charme. La nature prend le dessus sur l’espèce. Chez l’homme c’est l’inverse, il peut être rejeté à tout jamais par son semblable, à cause de son physique notamment, et ainsi connaître l’humiliation d’exister.

Etre ami, c’est aussi risquer de ne plus l’être, surtout si on veut le rester.

On est véritablement bien qu’avec soi-même ; et pourtant notre seule compagnie ne suffit pas.

La beauté est faite pour être touchée du doigt. Les gens se procurent des chats pour les caresser, ce qu’ils ne font pas avec un poisson. La femme aurait-elle ce seul attrait pour l’homme ?

On critique le manque de moralité de nos chères prostituées, mais elles au moins, elles nous réclament de l’argent en contrepartie, contrairement à nos femmes…

Mon désir est si fort pour la femme inconnue qu’il en devient absent pour celle que je fréquente. L’équilibre du néant vient donc me condamner.

Le problème avec l’amour, c’est qu’on se met à regretter des morues.

Pour connaître le fin fond de son être, il faudrait accumuler périodes de fidélité et périodes de libertinage. Ainsi on serait l’homme déchiré par la réalité et non par l’impossibilité.

Les regrets de chaque jour de voir disparaître dans l’ombre des couloirs du métro ces femmes splendides qui nous ont accompagnés dix minutes assises en face de notre misérable existence et qui s’en vont rejoindre sans nous leur semblable destinée.

A un moment où ne pas voter serait le seul acte de résistance devant ces bêtes ridicules assoiffées d’abord de voix, ensuite de pouvoir, dans l’ordre chronologique des choses, on s’attend à un pourcentage record de vote en France. Décidément, ce pays est à vomir, il s’abstient lorsqu’il faut voter, et va en foule élire le pire lorsqu’il faut s’abstenir.

Je hais l’ambiance décontractée des marchés. Sous couvert de politesse, de gentillesse, de bonne humeur entre commerçants et clients, se cachent le vide et le vice universels qui pourrissent entre les hommes : l’appât du gain à n’importe quel prix. Si le mode ordurier était le langage instauré pour amasser le plus, ces débiles vendeurs jureraient à en perdre haleine. 

C’est lorsqu’il y a un véritable non choix électoral qui s’impose (L’élection clownesque de 2002 était finalement la dernière où l’on avait encore un choix à faire.),  que tous les bandits du show-biz et de la rue appellent à voter et que l’on obtient un taux de participation record (84,6%) lors d’un premier tour présidentiel. « C’est la victoire de la démocratie », se plaisent à dire tous ces politicards ringards; il n’y a pas de doute là-dessus, la démocratie est tout le temps victorieuse quelque soient les qualifiés (Elle l’était aussi en 1933.) ; mais c’est l’échec de la pensée qui prédomine dans un tel système ; et cela il n’y en a pas un énarque pour le souligner.

La beauté des femmes est du côté du fascisme. Elle prend le pouvoir d’un coup d’état brutal, gratuitement, en s’imposant aux yeux des pacifiques, leur déclarant une guerre esthétique sans merci.

Une femme qui n’a pas fait l’amour depuis six mois souffre moins à la vue d’un homme qu’elle désire que ce même individu qui vient de copuler il y a à peine une heure à la vue d’une belle femme. Misère du désir masculin.

Il y a des femmes dont la beauté exprime davantage que la beauté. L’homme en la rencontrant fait face à la contemplation d’un désir implacable et dominateur. La femme fait vivre sa beauté, c’est cela le plus dérangeant. Elle est palpable. Sa beauté remue, ses formes agissent sur leur esthétique connue.

Lors d’un suicide sur une ligne de métro, le premier réflexe du beauf français est de se dire : « Merde, je vais arriver en retard au boulot. »

Généralement les bourreaux sont détruits un jour, les hommes, les systèmes barbares, les guerres, les femmes. Mais le plus grand des criminels en la personne du temps, lui ne sera jamais vaincu.

Une chanson réussie peut saisir en un couplet la mesure du drame. La musique a cela de plus sur les mots.

Les femmes s’accouplent avec les hommes par nature. Les hommes avec elles par leur espèce.

Le monde est né du vice sexuel ; ça c’est ce que je croyais avant qu’il ne se fasse dépasser par le pire des vices : le désir de procréer, de se survivre, de perpétuer l’espèce. Il n’est devenu qu’un vulgaire moyen alors qu’il pouvait régner en maître.

Pourquoi faudrait-il toujours aimer qu’une femme pour qu’elle nous apporte le plaisir des sens ? Rien qu’en rentrant chez moi ce soir, une quinzaine de filles auraient pu me l’apporter de façon magnifique.

On parle toujours de creuser, de descendre en soi pour parvenir à la connaissance de soi ; jamais de monter, de progresser en soi… Signe funèbre de la pioche qui nous recouvrira et de la misère de notre être.

L’ennui a toujours été un catalyseur d’amertume si puissant que je m’y suis fourvoyé pleinement, en bonne âme et conscience, en me cachant à peine devant la seule façon non pas d’y échapper, cela est impossible bien entendu, mais de l’accepter, c’est-à-dire en refusant toute forme de travail bien fait au profit d’une politique de vie excessive, d’admiration silencieuse de femmes trop lointaines, en imaginant à ma guise les diverses tâches et manipulations de leurs formes souvent prisées par l’indécence pure et simple, en me demandant sans fin pourquoi l’attrait mammaire, pour commencer par lui, l’emportait sur toute considération d’ordre morale, social, privé ou professionnel.

Ne jamais aller à la rencontre de son passé. Laisser le silence opérer à sa place. Tu le crois vide et sans appel. Il n’est que protection des lâches et des souffrants, discours paranoïaque et preuve que la mort rode à ton chevet. Il y a du silence entre ces années, quoi de plus normal après quelques inutiles vacarmes.

Ma vie sexuelle ne regarde en rien ma femme. Elle n’est qu’un pion dans l’échiquier du désir.

Il y a dans la poitrine d’une femme laissée à la vue du premier venu, le même mystère pour tous. L’âme déchirée de la femme dont le secret est plus ou moins impressionnant.

N’oublie jamais que tes amis ne t’aiment pas pour ce que tu es, ils ne t’aiment d’ailleurs pas, tu es juste un alibi qui leur convient à tel moment de leur vie. La moindre de tes critiques à leur égard (utile de la part d’un ami), et ils ne reviendront pas.

Le secret des femmes, c’est leur corps. Elles nous montrent d’abord qu’il existe pour qu’on le découvre. C’est pour cela qu’elles passent leur temps à le rendre accessible, pour lui donner un brun d’importance et de saveur exquise. Une fois dérobé, connu, compris, le secret tant convoité s’effondre et la femme avec.

En quittant quelqu’un pour de mauvaises raisons (toutes sauf celle où tout amour est perdu), vous vous faîtes barbares en masquant votre acte atroce sous les convenances de la rupture et de ses codes de chien. Et vous vous levez le matin sans le moindre soupçon sur votre ignoble nature, vous dîtes bonjour à vos amis et il vous arrive même de faire preuve d’un peu d’humanité durant votre journée en tenant la porte à une vieille dame. Le quitteur illégitime fabrique en masse des camps de la mort invisibles. Il se sépare d’un être humain comme on se sépare d’un rien, ne l’oubliez jamais.

On ne sait pas comment on aime une femme lorsqu’on partage ses jours et ses nuits. On ne l’apprend que quand on ne les partage plus.

S’il y avait une seule chose à retenir de cette infâme élection présidentielle, c’est que les fameux ex-abstentionnistes de jadis étaient en fait de droite.

J’ai toujours vécu sans grande conviction. Sauf en écrivant, où je croyais naïvement apporter un peu de neuf.

C’est l’extrême limite de l’espoir qui a porté l’homme au suicide. Le jour où il s’est tué, son espoir était bien trop puissant pour la seule vie qu’il menait. Le suicide est un sursaut de lucidité et de déséquilibre qui amène droit à la vérité la plus implacable, et certainement la plus dure. Un rien d’espoir déçu entraîne l’irréparable.

Mon petit frère, 11 ans, à la mort accidentelle de son poisson (dévoré, puis recraché par le chat) qu’il possédait depuis un an, a eu une crise de larmes terrible durant un bon moment. Il venait de comprendre la dramatique issue de toute existence ; pour un poisson, une brebis, un doryphore ou un être humain, une séparation brutale avec l’être cher, une absence définitive, une impossibilité d’aller outre. En hurlant la disparition subite de son poisson rouge surnommé Némo, il a manifesté une détresse universelle. Et c’est en petit garçon lucide sur la destinée d’une victime qu’il a enterré dans son jardin le petit animal mutilé en y dressant à tout jamais une croix pour honorer sa mémoire. Ensuite, l’adaptation humaine fait ou ne fait pas le reste.

J’ai l’âme du pire libertin amoral, licencieux, obsédé sexuel, calculateur, et le cœur douloureux de l’amant éconduit, de l’amoureux transi, de l’homme attaché à vie à une femme.

La différence momentanée avec nos morts, c’est qu’en les visitant le temps d’un recueillement et d’une souffrance, nous avons accès à la porte de sortie du cimetière pour rejoindre nos puérilités essentielles. On les laisse sous leur dalle dans leur immobilisme fatal et leur silence irrespirable. Nous apercevons leur tombe s’éloigner de nous, et l’idée de la mort nous taraude comme un fantôme, nous y sommes au plus près, matériellement parlant, de par sa représentation rituelle, mais son idée nous ait encore totalement impossible tant elle parait encore inconcevable. Et pourtant nous savons…

Le bail minimum d’un logement est de trois ans minimum. Celui d’une concession est de 50 ans. Logique arbitraire mais vaguement proportionnelle par rapport au temps moyen possible de vie et de mort.

Il y a l’amour d’une femme et le plaisir avec toutes les autres. Lequel choisir quand on voit que la solitude, l’ennui, et la lassitude effraient et baignent dans les deux cas ?

La femme, avant d’être un être humain, est une femme. Ce qui explique un tas de choses funestes.

J’ai toujours considéré théoriquement l’obsédé sexuel mâle comme un être mauvais (certainement par jalousie de ses conquêtes potentielles). Mais lorsqu’il est subtil, il est le parfait ami. L’obsédé sexuel cultivé et intelligent déploie une armature de sympathie et de sensibilité vraie qui déconcerte souvent. Et ceci par opposition aux « vertueux » de pacotille brillant par leur apparence lisse mais dotés souvent des pires saloperies humaines.

J’ai souvent critiqué les dragueurs séducteurs (par jalousie de leurs conquêtes potentielles), ne supportant pas leur calcul et leur fausseté pour parvenir au corps d’une femme jusqu’au jour où je me suis aperçu que je faisais comme eux. Au lieu de me détester à mon tour et de ne pouvoir plus me supporter, ce qui à long terme pouvait poser problème, j’ai abdiqué en acceptant ma nature semblable aux autres, et du coup en acceptant la frivolité de chaque être.

On n’est pas ce que l’on est, on est ce que l’on sait. Nos ignorances nous disculpent.

Le mépris, c’est la force du lâche. L’indifférence, la faiblesse du besogneux.

Il n’y a qu’une marche féroce à adopter devant l’impuissance de chaque être : le suicide. Si l’homme ne peut rien dominer, il dominera sur ce point l’appel du Néant.

Ça n’est pas l’amour qui rend aveugle, mais bel et bien le plaisir. Sa quête nombriliste va jusqu’à risquer la perte de l’amour au profit d’un corps trop parfait pour apporter autre chose que de la jouissance. Mais si le plaisir rend aveugle, l’amour lui, rend souvent stupide. Au choix du malheur.

Il est tragique de voir que nous changeons de femmes pour les voir faire la même chose avec nous. Le pire, se situe du point de vue sexuel. Nous les débauchons de la même façon, nous les remuons pareillement, et elles intègrent les mêmes réflexes sensuels. Il n’y a plus qu’à comparer ensuite, regrettant, ou profitant de la situation.

J’ai compris depuis longtemps que le seul moyen de parvenir à écrire encore un petit bout de temps, c’est de se faire connaître le moins possible des éditeurs et du public de manière à garder encore un peu son authenticité et sa foi en la littérature. Parvenu au domaine public, l’acte d’écrire passe de l’artisanat au commerce. Quoi de plus méprisable?

La nature a donné des seins à la femme, conférant à sa perfection l’élément destructeur qui la fit passer du stade de l’être de chair à celui de sommité humaine. Une poitrine peut porter une belle femme au rang de somptuosité divinatoire. (Et une laide au stade de désirable.)

Les femmes savent être de véritables amoureuses parce qu’elles n’ont pas notre sexualité. C’est tout bête mais cette dualité sans fin propre à l’homme est une souffrance pour lui car elle lui empêche le total abandon, en amour ou en débauche.

Les femmes s’abandonnent, les hommes désirent, d’où la radicale différence de leurs rapports et la méconnaissance spirituelle de l’autre.

Parfois, il m’arrive de ressentir si violemment l’idée de la profondeur de la mort (de notre propre mort) que l’idée de l’emprisonnement éternel du néant me brise en deux. Le néant total qui conclue toute vie et qui poursuit l’homme jusqu’aux non limites du sans fin est d’une froideur indicible pour notre cerveau. Nous sommes tous destinés à ne jamais ressentir physiquement le néant, mais durant nos vies de tristes chiens, Dieu nous promulgue cette capacité métaphysique à se le représenter avec une intensité cafardeuse. Ce qui nous la fait craindre avec un glaçage de sang des plus coriaces. Le néant est le souffle amer qui pousse chaque vie à s’accomplir dans l’absurde ou l’absolu.

Le sentiment vital permet de survivre aux ruptures parce que c’est un état constant. Le jour où notre amour pour quelqu’un sera de la même teneur que notre élan vital, et que la séparation partagera les deux êtres, la mort pointera logiquement son nez.

En partant, elle a créé de toute pièce son propre oubli, sa propre condition d’être transitoire, remplaçable et éphémère.

La trentaine est dangereuse, on commence à s’habituer à l’existence ; puis à vouloir bêtement établir quelque chose de concret. La vie a été conçue comme une déception. Une immense et invraisemblable déception.

Puissance de la littérature sur la vie sordide et injuste. En 2007, je lis le Journal du pauvre Pavese. Renoncer à vivre est une solution, mais après avoir écrit un peu…

On se rend compte que l’on vieillit lorsqu’on achète un paquet de bonbons et que l’on met une semaine à le finir… Première étape avant de ne plus en acheter du tout ; et de préférer un steak frites à un rendez-vous amoureux. Effectivement, à ce moment-là, il est préférable de mourir.

Les femmes, on court derrière comme des chiens, pour s’en lasser tel ce même chien qui délaisse dans un coin son os en plastique encore plein de sa bave pour s’adonner à des activités transitoires.

Au début d’une relation, on met de côté son ego et ses menues activités pour se consacrer pleinement à la femme (en fait pour se consacrer pleinement à nos propres sensations) ; puis arrive un jour, où l’on prétexte n’importe quel impératif subalterne pour repousser le moment où l’on doit la voir.

Petit, je faisais des crises d’asthme, dont certaines me menaient droit à l’hôpital, dès que je quittais pour les vacances le lieu familial. Je les passais donc couché toute la journée à tenter de capter la micro globule d’oxygène qui me maintiendrait en vie Depuis, je n’ai jamais cessé de maugréer dès l’annonce d’un départ loin de chez moi.

Ce qui a manqué à Cioran, c’est un vrai amour malheureux qui l’aurait, en plus de cette souffrance accumulée au long des années, à coup sur abattu.

Le pire lorsqu’un être meurt, ça n’est pas son absence curieusement, l’expérience montre que l’on survit bizarrement bien après le départ d’un proche, mais le fait qu’il n’existera plus jamais. Plus que le manque d’un proche, c’est la misère de l’existence qui détruit profondément les gens. La prise de conscience que la vie est à la frontière du néant et que ce dernier est fait pour nous durant le reste de l’humanité, est une épreuve qui devrait tous nous mener à l’asile de fou ; mais l’esprit humain est si pauvre en terme de représentation et si contaminé par l’instinct naturel que les gens continuent tout bêtement leur train-train avant de crever comme des chien-chiens.

Ce que ce pays dominé par l’argent et la beaufferie est prévisible. Car un mois après l’élection présidentielle qui voyait triomphalement revenir la soi-disant démocratie civique en gratifiant un record de participation, il assiste à présent au record d’abstention durant ce premier tour de législatives avec près de 40 % d’inscrits. Lorsqu’il faut s’abstenir, ce peuple de débiles profonds précipite au pouvoir un bon beauf manipulateur et lorsqu’il doit réagir ou confirmer, se retire. Tout cela montre l’infâme « peopolisation » de cette société qui voit la politique d’un pays à travers un homme (ou une femme) et non (là où toute la démocratie par définition intervient) à travers une assemblée, des élus, le vote de lois, des rejets, des contre-pouvoirs, une majorité, une opposition. Cirque électoral magnifiquement orchestré par les médias qui ont tout simplement ignoré cette élection dans leurs supports après avoir fait un matraquage publicitaire ignominieux sur la précédente. Cette civilisation tend au néant total de la réflexion, des idées, et surtout au droit de les dire et de les faire connaître, puisque l’on voit à présent de façon claire et nette que la télé dicte les consciences des débiles profonds, des illettrés, des imbéciles-heureux, des beaufs et des abrutis notoires. Pas de rappeur ou autre moralisateur du showbiz de gauche pour aller scander aux banlieusards ou à la masse d’aller voter aux législatives et personne ne s’y rend ! Et dire que ces mêmes trisomiques défilaient en masse en mai 2002 pour préserver notre liberté, ayant pris conscience (un peu tard) de l’enjeu démocratique. Car le trisomique que j’étais en 2002 prévoyait ce contraste et s’est rendu tout penaud à son bureau de vote en 2007.

Pavese, l’écrivain avec moi, qui écrit essentiellement sur les femmes, objets de ses résurrections et de sa perte, de ses tentatives de bonheur et de sa tristesse insoluble.

Je ne me suiciderais pas jusqu’à ce que la possibilité de faire l’amour à une femme restera possible. Les ruptures me bousilleront l’âme mais pas le corps. Seul le temps aura raison de moi et me détruira ; alors là il faudra songer aux choses sérieuses.

Autant j’ai du mal à dire à une femme que je l’aime, autant je ne pourrais jamais lui dire que je ne l’aime plus.

Les hommes et les femmes ont besoin de l’un et de l’autre par leur égoïsme tout puissant ; et non pas faiblesse ou par amour pour l’autre sexe ; car quand les sentiments amoureux disparaissent, ils se délaissent comme des chiens, n’éprouvant qu’une souffrance tempérée par leur bonne ou mauvaise conscience et ne s’en occupent plus du tout. Toute la recherche de l’amour trouve l’espèce humaine comme prétexte et non comme solution. C’est l’amour de soi-même, son bonheur, son plaisir qui pousse l’être à séduire un autre être et non l’amour d’autrui. Chaque séparation en est la preuve irréfutable de même que chaque union qui la suit.

On dit communément que l’amour est la profondeur par excellence, la puissance des sentiments, la passion d’un corps ; or l’amour n’est rien, on peut tomber follement amoureux d’une truffe en quelques secondes et en mourir par le vide et le néant de son désir sordide et dictateur.

Le désir est nauséeux. La nausée est chaste.

Le nazisme, c’est la beauté des femmes ; une oppression malsaine et sociale où toute résistance est impossible. Devant certaines, la sagesse serait de se déporter soi-même.

N’avoir confiance en quiconque lorsque l’on sait à quel point l’Homme est doué pour l’extermination de son prochain : crime organisé, crime parfait, crime de masse, crime sordide, crime sexuel, crime perfide, crime pédophile, crime vengeur, torture, éradication d’un peuple, d’une ethnie, d’une religion ; c’est chose quasi impossible. L’exemple est décisif lorsqu’on s’intéresse au camp d’extermination nazi. Toute une organisation humaine minutieusement réfléchie au service d’une annihilation de l’être…

Il arrive un moment où plus aucune alternative ne se présente à nous. L’on part chasser la femme comme nos ancêtres néandertaliens le faisaient avec le gibier.

J’ai découvert ce qu’était le genre humain lors de mon entrée au collège à 11 ans environ  lorsqu’à la cantine, je vis mes camarades se précipiter comme des fauves pour s’asseoir aux premières places de chaque table donnant sur le service puis en plongeant leurs mains dans les plats graissés de frites si tôt placés sur la table pour se servir en quantité. Ce n’est qu’ensuite, leur assiette étant garnie et les retardataires des bouts de table contemplant la leur vide, qu’ils utilisaient leurs couverts pour dévorer.

La même année, j’assistais, dépité et impuissant, à une troupe entière réunissant deux classes de fauves poursuivre une camarade qui avait commis la seule faute d’avoir un physique repoussant (A bien y réfléchir, sa laideur n’était pas repoussante à ce point, mais il émanait de son faciès de hyène mêlée à celui d’un pigeon, une envie bestiale de la violenter, de la frapper gratuitement devant l’ignominie esthétique qu’elle imposait à notre vue). Aidée par sa seule et unique amie, elle courait pour échapper à la horde déchaînée. Je me souviens n’avoir rien fait que contempler cette scène terrible en pleine cour d’école. Encore aujourd’hui je revois cette jeune collégienne courageuse prendre sous son bras son amie surnommée pour l’occasion « tronche de rat » et la secourir. Même son nom de famille inspirait la moquerie… Bouadouze.

Un an plus tôt, en CM2, je découvrais véritablement ce qu’était l’amour en la personne d’une très jeune fille qui préféra embrasser mon rival (qui était l’un de mes amis, j’avais déjà assimilé sans les lire les théories girardiennes sur la rivalité mimétique !) et en ne m’adressant plus jamais la parole.

En 20 ans, les mêmes expériences à une échelle plus dévastatrice se sont succédées inlassablement… Les frites de la cantine se sont métamorphosées en liasse de billets, et les très jeunes filles de primaires en prostituées de luxe. Le résultat sur nos consciences grandies étant à peu de choses près les mêmes.

Le chat de mon petit frère, ce bourreau carnivore qui dévorait les poissons rouges, un soir n’est plus rentré à la maison. Comprenant très vite qu’il ne reviendra plus, mon petit frère a sorti d’un cahier une photo de lui, s’est installé à son bureau, a fixé l’image, puis s’est mis à pleurer de désespoir. Chaque jour, dans l’espoir de le voir réapparaître, avant de rejoindre sa classe, il le guettait du coin de la rue, et chaque soir en rentrant du labeur, tapait dans sa gamelle en espérant sa venue. En vain. Il se réinstallait à son bureau, reprenait l’image du gentil félin, puis se mettait à ruisseler de larmes. L’animal a du mourir ou être capturé par quelques grossiers personnages. Deuxième drame pour ce petit homme qui doit se demander le sens profond de telles épreuves.

La musique empoigne le drame dans le destin.

Prisonnier de ses contradictions, l’homme peut être à la fois touchant et attachant ; ce qui fait de lui un être attouchant.

Le drame de l’incivilité humaine est la haine mondiale de tous les instants. Parfois, les bombes et les guerres apparaissent plus respectueuses envers l’homme lui conférant une importance réelle en créant des codes qui les régissent. L’incivilité, l’irrespect annihilent l’existence de l’autre ; en cela elle est la pire vermine de nos sociétés. Se bousculer dans le métro sans s’excuser, se piétiner, s’ignorer nous rendent esclaves de nos chers cro-magnons. Et nous y sommes plongés de plein fouet presque chaque jour.

Ce n’est pas ne plus voir quelqu’un qui est le pire dans une séparation, ce n’est plus comprendre son visage.

Ma philosophie de vie commence à l’emporter sur ma pratique instinctive. Dans le métro, ce formidable bourbier à humains, ce seul lieu où l’homme sent la viande, où on le débusque dans sa grandeur d’âme et dans son extrême petitesse ; une femme, 35 ans, enceinte jusqu’aux dents pénètre dans la foule compactée comme dans une bric de lait. Quant à moi, je lis tranquillement Pavese, installé sur une place à quatre. Je la vois, se tenir à la rambarde, sans pour autant chercher une place ou fixer un voyageur qui la lui céderait. Mon instinct empathique me pousse à me lever, par compassion, par humanité, par éducation, il faut que cette femme s’assoit, elle est enceinte. Mais mon dégoût l’emporte, voir cette femelle coupable du pire des crimes, n’échappant pas à sa condition de vache à lait enfantant la mort, mérite de rester debout dans ce fourgon à bestiaux puisqu’elle décide, en procréant, de le justifier, et son Humanité avec. Je suis resté impassible, presque satisfait de mon acte vil et mesquin. Et j’ai continué ma lecture de l’écrivain mort pour une femme.[1]

Les femmes ; on se traînerait à terre pour les coincer entre deux portes ; on trahirait nos mères pour le corps de l’inconnue croisée dans la rue. Elles sont la condition du plaisir, de l’illusion ultime, de l’absolu faussé. Dès qu’il y a relation suivie, on ramperait comme des rats pour les fuir, leurs mots d’amour sonnent creux, coulent dans notre égoïsme, elles nous fatiguent par leur amour ou leur manque d’amour. La relation homme/femme n’a été créée que pour un soir. Et nous nous y perdons durant des nuits de douce chasteté.

Le sexe, c’est la défaillance. C’est la déviance libératrice de notre misère. La délivrance du geôlier qui reprendra son boulot le lendemain.

On devrait d’abord se suicider sexuellement pour se prouver que le sexe n’est rien ; au même titre que l’existence lorsque l’on se suicide définitivement. Mais les gens croient trop en ces deux instances, il est vrai, difficilement sacrifiables.

Il y en a qui sont toujours partants pour tout. Moi je reviens sans cesse de rien.

Seul, la vie est d’un vide infranchissable. Accompagné, elle devient juste ennuyeuse.

Cette dichotomie cruelle et problématique de la femme. Son statut qui oscille sempiternellement entre la déesse et la prostituée. Statut qui s’apparente magnifiquement avec son accoutrement. On voit que tout cela vit (en bouillonnant) en elle.

Les enfants s’amusent d’un rien. Moi, je m’ennuie de tout.

En vacances loin de chez soi, le temps devient l’ennemi réel, concret, direct. S’il s’éclipse durant l’année par l’illusion du travail et du rythme quotidien, il redevient féroce là où le rythme ne dépend que de lui et du coup reprend ses capacités infinies en s’étendant plus profondément dans votre psychisme atteint. En même temps, c’est en période d’ennui, de torpeur existentielle et de renoncement que les clefs véritables de l’existence sont identifiables. L’ennui, la difficulté du temps remettent l’individu au centre de lui-même et de sa condition d’être ; en cela, il en sort grandi.

Certaines femmes à défaut de la pluie et du vent me font bronzer des yeux.

On dit souvent, face à la mort ou le manque d’un être, que nous faisons avec. En fait, nous faisons sans, toujours sans.

On reproche souvent aux femmes d’oublier facilement ; mais c’est ignorer qu’elles ne pensent que très rarement.

A., menaçante devant une éventuelle tromperie, me menace : « Si tu fais ça, je t’enfonce un pieu dans le cœur ! » Belle manière de voir que l’homme est un vampire, il se rue sur la chair femelle comme ce dernier sur un cou blafard… Et c’est bien en vampire que je daigne être condamné. Belle manière aussi de voir que le désir vient aussi du cœur, et que c’est le cœur qu’il faut condamner. Le pieu ne fera que confirmer qu’il saignait déjà.

La mort pour moi est d’une telle réalité que l’existence devient d’un coup tellement informelle, secondaire, inessentielle, subalterne que je reste prostré en observant les miens se mouvoir dans tous les sens. Après ça, impossible de se concentrer sur la moindre particule de vie, la moindre affaire, ne pensant qu’au drame qu’est de disparaître.

Le silence est un combat de tous les jours. Un ennemi qui vous massacre à coup d’absence et d’inconsistance insoluble. Il vous tue en vous rendant les pensées que vous lui faites. Il vous suicide en quelque sorte de vos propres maux.

L’on voit inscrit parfois : « Accès dangereux, danger de mort. » A quand l’indication « Danger de vie. » sur les portes des maternités ?

Les parents sont doublement fautifs. Ils sont bourreaux lorsqu’ils enfantent, condamnant leurs progénitures innocentes à une mort inéluctable, puis coupables en les abandonnant lorsqu’ils disparaissent à leur tour. Qu’ils ne s’étonnent pas s’ils sont depuis toujours l’objet de nos critiques et nos ressentiments.

Les cimetières sont symboles de transition. Ils sont ce qu’est la mort dans la vie. Un passage entre le monde du réel et de l’au-delà. Comment accepter la disparition subite d’un être après toutes ces années d’existence ? Une concession détermine en gros le passage à opérer. La tombe indique la vie accomplie, et perdure un temps dans le cimetière jusqu’à ce qu’elle soit elle-même rendu en poussière. Un monde matériel autour d’un corps mort pour penser le spirituel qui entoure le silence d’un mort.

J’ai davantage avoué un amour caché plutôt que déclamé la joie d’aimer une femme. Ce qui m’a valu la haine de certaines d’avoir été aimées dans la faute et la peur. Telle est ma tragédie personnelle.

Plus jeune, je voulais toucher de près la beauté des femmes, et l’amour charnel en était la seule issue. Aujourd’hui, c’est leur secret qui m’intéresse, ce dernier étant toujours le même, leur corps et la façon dont elles le laissent prendre.

Souvent j’ai regretté la mort d’un grand artiste, d’abord pour sa disparition, ensuite pour le fait que sa création ait été interrompue à jamais alors que nombre d’œuvres auraient pu naître encore. C’est ignorer certains qui ont décidé bien avant de mourir d’arrêter de créer. C’est le cas de Cioran qui a cessé d’écrire (de Rimbaud aussi, bien entendu), ayant l’intime conscience qu’il avait assez fait, et qu’un ultime livre ne serait que répétition, en somme que son travail était achevé. Son dernier ouvrage date de 1987 et il meurt en 1995. En cela, la vie parait plus logique et acceptable, laissant à l’artiste le choix d’interrompre ou de clore son œuvre. La vie parait donc remplie, et chacun peut se retirer en silence.

J’ai compris à l’âge de 15 ans que la femme m’échapperait toute ma vie tout en me décevant par nature. Je jouais alors dans un garage à l’intérieur d’une belle Traction noire qui appartenait aux parents d’un camarade en compagnie de trois amis dont l’une était la jeune fille que j’aimais depuis le début de mes années de collège. Nous nous posions des questions indiscrètes qui tournaient la plupart du temps autour du sexe et des sentiments. Chacun notre tour, nous posions puis répondions à des questions. Vint le tour où ce fut à elle de m’en poser. J’avais peur qu’elle ait débusqué mon inclination vieille de trois ans pour elle, et je tremblais d’être enfin si proche d’elle, physiquement et moralement. « Tu préfères les femmes avec beaucoup de poils au pubis ou pas? » J’étais estomaqué. A 15 ans, elle n’avait pas d’autre questions à me poser que celle-ci ? Pire, j’y voyais pour la première fois la trivialité de cette femme jusqu’ici énigmatique… Je répondais honteusement qu’une pilosité normale me plairait, ayant en tête quelques photos interdites que j’avais eues sous les yeux à la même époque. Je sortais de la voiture, rentrant seul chez moi avec son odeur de tabac parfumé incrustée sur les vêtements. Jamais je ne puis juger la pilosité intime de mon amour de collège

Connaître à fond un être du même sexe, c’est déchirer en lui toutes les anomalies qui le constituent, et ne le voir que sous cet angle de l’imperfection permanente. Chose qui n’arrive pas avec la femme puisque l’amour vient édulcorer votre vision où le désamour vous empêche de fréquenter une femme à ce point. Les amis ne sont plus que les pires de vos ennemis. Et c’est dans la solitude que vous devez intégrer ce terrible constat.

Quel dieu obscur et impitoyable a fait des hommes de tristes taureaux lubriques en deuil d’eux-mêmes et des femmes de minces vaches à lait terrassées par le vide qu’elles constituent?

Se recueillir devant une tombe, cette poignée de mains concédée à l’au-delà.

L’on arrive à un stade de ses désirs où tromper sa femme ne signifie plus rien. Les remords, la mauvaise conscience, la peur de se regarder en face, la duperie, le mensonge ne sont plus rien face à la désespérance du corps, à la pulsion nazie, à la beauté criminelle et despotique des femmes. Le corps est en perpétuelle quête de chair, laissons le spirituel au couple et à la force qu’il entraîne.

Les amis sont impitoyables, les discordances sont là à chaque fois, mais les sentiments, inexistants dans ce domaine, empêchent de vraies ruptures, et nous nous les coltinons des années.

Dire que l’on s’attache davantage à un fessier féminin qu’à un cerveau quel qu’il soit est juste. Voilà la misère de l’homme. Pour cela, on comprend qu’il n’ait qu’une vie. Il n’y a pas d’autres planètes, continents, pays ou villes qui m’intéressent que la découverte d’un corps féminin. Rester chez soi, ne jamais partir loin et scruter les femmes qui peuplent mon quartier.

Le pouvoir, cette magnifique illusion instaurée par les sociétés, rend aveugle certes, injuste, autoritaire. Cela ne serait rien s’il n’abêtissait pas de manière profonde ses garants.

L’amitié n’emprunte pas le chemin du cœur. Elle est un bonus, une option libre, un choix délibéré. Lorsque l’on se rend compte que l’on fait fausse route, on s’écarte, on continue son chemin, et l’on s’aperçoit étrangement que le cadre ne change pas. L’amitié, cette chose passionnante, ne fait appel à rien qu’à de l’intellect. Le cœur reste intact même s’il peut être bouleversé, ou déçu, l’esprit lui peut-être attaqué, mais le sang continue de circuler. L’absence d’une femme aimée, même si sa bêtise, ses manières, ses remontrances vous épuisaient, attaque les cellules de votre propre constitution. L’homme a été crée pour aimer une femme, quand elle s’en va, chose commune, l’homme s’efface de l’existence.

Warren Beatty a tourné avec les deux plus belles femmes des années 1960-70 : Natalie Wood en 1961 dans La Fièvre dans le sang, avec qui il a eu une histoire d’amour ; puis Jean Seberg en 1964 dans Lilith… Les deux femmes sont mortes à 40 ans de façon tragique. Noyade pour l’une, suicide pour l’autre. Or dans leur carrière respective, les deux actrices font face à ce qui les a tuées. Dans La Fièvre dans le sang, le personnage joué par Wood tente de se suicider en se noyant dans des gorges dangereuses mais elle est sauvée (Dans This Property is condamned, elle se baigne nue dans l’eau et finit par en ressortir). Dans Les Hautes solitudes, Seberg joue le rôle d’une femme qui tente de mettre fin à ses jours en avalant des cachets. Leur biographie sera plus tragique que leur filmographie.

Un homme infidèle ne veut pas que sa femme le trompe justement parce qu’il touche de trop près le problème et connaît le mécanisme infernal. En trompant un être aimé, il connaît les enjeux, les conflits internes et surtout les désastres de la jalousie qui ravagent tout. Plus il trompera sa femme et moins il voudra être trompé à son tour. Rien de plus logique.

L’amour ne devrait pas inclure le sexe dans sa relation de manière à pouvoir faire l’amour avec toutes les autres femmes que nous n’aimons pas mais que tu nous désirons comme des hyènes. Sans oublier que le sexe est souvent le problème majeur du couple qui amène soit une rupture, soit un adultère, soit de la frustration, soit de l’obsession charnelle, etc.

La coucherie réconcilie toute forme d’intelligence… et d’indifférence.

Lorsque je fixe une femme dans le métro, je m’attarde beaucoup trop sur ses seins, son visage ou ses fesses alors que je devrais me concentrer puissamment sur son sexe, à sa senteur glauque, à la mollesse de ses lèvres, à sa pilosité ardue, au liquide pris dans l’écorce de son secret ; bref à ce mystère concret et morbide qui rend la beauté encore plus accablante.

Deux taureaux lucides à la vue de certaines vaches somptueuses, broutant leur pâturage ou passant effrontément devant eux, le regard hautain, l’allure pédante, discutaient sur le pouvoir attractif des femelles lorsque l’un d’eux, en transe, avoua : « Ça  y est, je crois que je bande comme un homme. »

Nous allons assister à la déchéance d’une femme. Monica Belluci, 43 ans, fait partie des femmes les plus belles du show-business. Cela va faire quinze ans qu’elle domine le marché de la beauté. Et là, l’autre soir, alors qu’elle faisait la promotion du dernier film d’Alain Corneau, le masque de la vieillesse qui s’étend sur le monde a fait vaciller ses traits et elle est apparue comme une femme commune. Premier jour de la longue marche vers le déclin.

Les hommes ont un trop désirs, les femmes en manquent ; et tous doivent faire avec. Le sexe n’a donc rien à voir avec un quelconque amour, qui lui peut se commuter entre personnes.

Je cherche un travail où j’aurais tout mon temps pour faire mon travail. Pas de temps à perdre en littérature. Tout ou presque doit lui être consacré.

Il y a des femmes qui ont une telle élégance et une telle beauté froide qu’on se demande comment un phallus peut arriver jusqu’en elles, ou comment elle font pour l’accepter en elles…

L’anorexie, cette famine du consumériste, cette malnutrition du bourgeois, ce rejet du trop plein de bouffe, cette denrée manquante et essentielle du névrosé occidental.

11 novembre 2007, Norman Mailer meurt. Le journal télé de la principale chaîne publique française consacre une huitaine de minutes à Michel Drucker venu promouvoir ses mémoires d’enfance. Une longue interview au personnage peut-être le plus inintéressant de la planète lui est donc consacrée en fin de journal. Ensuite la mort de Mailer est juste évoquée par le présentateur au faciès de jeune premier gland. Pas de doute là-dessus, on est bien en France.

A force de lire des écrivains qui parlent magnifiquement de Dieu, je me mets à croire dans les Ecrivains.

L’ennui c’est que l’infidélité se juge sur une dizaine de secondes. Un bref instant peut vous ruiner une vie et vous rendre faillible aux yeux des autres et devant votre propre conscience. En revanche, la dure et tangible réalité de la fidélité se juge sur toute une vie de retenue, de frustration, de morale et de culpabilité enfouie, de fantasmes impossibles, d’ennui terrible et peuvent vous ruiner une quantité d’instants de plaisirs possibles. Au choix de la ruine donc !

En inventant les femmes, Dieu, ce misogyne incroyable, a mis tout son talent dans leurs corps et a totalement délaissé le reste. Quand à celles dont le corps a été raté à la confection, il a propulsé leur vie dans l’indifférence la plus totale.

La laideur d’une femme lui confère un non destin ou plutôt un destin tronqué.

Quitter ne sert à rien. Dans l’absolu, tout le monde est déjà séparé. Tromper peut, à la limite, faire échapper à ce type de trivialité. Et lorsque je me dispute avec ma femme, c’est ce second aspect de la trahison qui me vient immédiatement à l’esprit.

Ne jamais trop s’insulter entre mari et femme car vous ne savez pas ce qu’il peut se passer dans un futur immédiat, si l’un disparaît prématurément, vous resterez à jamais coincé sur la dernière dispute entre vous et les insanités que vous lui avez jetées au visage sans les penser.

Seule la femme est sexuelle, c’est ce qui est tellement perturbant pour l’homme. Lui se contente d’être un animal, un fou de désir, mais ses battements d’ailes ne sont en rien sexuels, sensuels à la limite. La femme, elle, est 100% sexuelle, quelque soit ses dispositions ou ses mouvements. Il lui manque, à l’opposé des animaux, une odeur se prêtant à ses désirs, et là, l’homme deviendrait totalement fou et sans contrôle possible.

Lorsqu’on est pris par la réalité triviale de la vie quotidienne piégée par un surplus de travail, de préoccupations matérielles, l’écrivain, conscient de l’infime importance de la vie, cesse d’écrire. Dès qu’il a repris ses esprits, qu’il est installé et que l’ennui vient le titiller, il se remet furieusement au vrai travail, le seul louable, l’écriture.

La seule musique de l’écrivain retentit à chaque retentissement de touche de clavier lorsqu’il pianote. Ensuite, c’est le silence des sonorités qui domine une œuvre.

En photo, cette femme qui me serrait dans ses bras. Le réalisme sordide du souvenir commis par cette photo à l’heure où il n’existe plus rien qu’un vide poisseux et étendu au fil des années.

Une femme dont on peut tomber amoureux est souvent une femme dont on ne soupçonne pas la sensualité, le caractère tragique et surpuissant de sa sexualité. Du moins on n’ose la soupçonner tant sa beauté mystérieuse l’enveloppe et la préserve extérieurement de toute vision charnelle. Et dieu sait si elle est inscrite de manière brutale en elle.

Dans le lycée où je travaille, j’interroge une des filles qui s’absente quotidiennement. Elle m’explique ses problèmes de santé, puis en creusant, j’apprends qu’à 17 ans à peine sonnés, plus rien ne l’intéresse. Du coup, elle reste chez elle à dormir ou à ne rien faire. J’essaie tant bien que mal de lui trouver une source de motivation, en vain. Dépité, je lui soumets ironiquement le suicide et elle me répond : « je n’ai aucune envie de me balancer par la fenêtre, je n’ai pas d’idées noires, c’est une phase et j’espère que cela va passer. » Cette jeune fille ne s’intéresse à rien sinon à elle-même, même la mort ne l’intéresse pas et est reléguée au rang des occupations les plus triviales. Voici un vrai cas pathologique. Une impossibilité basée sur la survie ! Comment apporter la moindre réponse à quelqu’un qui est condamné à vivre une situation inextricable et à souffrir sans trouver la moindre porte de sortie ? 

Quelle est la pire des choses : tromper sa femme par nécessité ou lui rester fidèle par pusillanimité ?

Les femmes, masochistes et narcissiques au possible, s’habillent pour qu’on les regarde comme des violeurs ou des assassins et bien évidemment, l’humain reprenant le dessus, elles détournent les yeux, de peur de se voir telles qu’elles sont. Le regard des hommes n’est juste que le miroir des femmes. Un miroir reflétant la beauté du diable.

La souffrance de l’être aimée est insupportable et je la prendrais à mon compte si j’en avais la possibilité. Par contre, je ne lui échangerais jamais mon plaisir charnel. Supériorité égoïste du sexe sur tout, indéniablement. C’est pour cela que l’on ne peut parler de trahison. On trahit quelqu’un par choix, non par nature, sauf en matière de sexe bien sûr.

Les femmes savent désormais qu’elles ont le pouvoir. Mais seulement celui du corps. La concurrence étant terrible entre elles, ce pouvoir relatif n’est que matériel et l’homme ne s’en soucie guère puisqu’il peut passer d’un pouvoir à un autre. Elles n’ont pas le pouvoir de la mémoire et du souvenir, pourtant l’essentiel d’une vie.

La nausée n’est que la manifestation physique d’une âme en perdition.

Les médecins ne cessent de vous demander si vous avez du sang dans les scelles. Je me demande parfois si eux n’ont pas de la merde dans les yeux.

Dans une relation, il arrive ce moment fatal où l’on passe plus de temps et de plaisir à caresser son chat que sa femme.

Un monde nous manque et c’est l’être qui est dépeuplé.

Cette nausée qui ne me lâche plus depuis quinze jours. Dans le métro bondé me vint une pensée nauséabonde qui est à deux doigts de faire vaciller mon corps. Je pense indéniablement à la mort puis observe tous ces gens qui se scrutent, qui se gênent, qui se méprisent ou qui se désirent et me dis intérieurement que ces gens sont confrontés à la même déchéance que moi, à cette angoisse identique qui nous ronge peu à peu. Que la mort rode aussi pour eux, et qu’ils ont peur de disparaître un à un comme des rats ; qu’on est tous destinés au trou, et qu’il faut bien malgré cela rentrer chez soi.

Les hommes ont le désir, les femmes le plaisir ; logique que les deux sexes soient souvent contrariés.

Le thermomètre doit descendre jusqu’à quel degré pour qu’une femme daigne ne pas montrer ses jambes ? (Note écrite devant une femme dont j’aperçois les cuisses dans un métro alors qu’il fait moins quatre à l’extérieur.)

S’il fallait conseiller à mon lecteur un seul ouvrage, je crois que je lui suggèrerais les Cahiers 1957-1972 de Cioran. Déjà parce qu’ils font 999 pages (ce qui permet au lecteur de passer un long et bon moment en compagnie de l’écrivain), et qu’il y a tout ce que l’on recherche dans ce livre de sagesse. Un manuel du savoir être ponctué d’anecdotes philosophiques, biographiques, morales, littéraires, concrètes. Ce livre est avant tout le compte-rendu de la pensée sans cesse en action d’un homme qui a choisi le retrait et la souffrance comme thème de prédilection, lui-même n’ayant jamais été épargné par cette dernière. Après avoir lu ce texte splendide (que l’on a retrouvé chez lui après sa mort sous la forme de plusieurs cahiers), on sait à peu près tout sur ce qu’endure ou peut endurer un homme libre, ou plutôt un écrivain seul. Toutes ces pages faites de fièvre, de sang, de larmes, de plaintes, mais aussi d’enthousiasmes, de goût esthétique, de talent, de style impeccable, de culture reflètent ce que la vie a de bon et de pire, surtout qu’elle est en permanence confrontée à sa propre finitude, à son propre déclin, ce qui par ailleurs la définit. Cet ouvrage aphoristique (genre tant de fois défendu par Cioran) devrait faire partie intégrante de notre cerveau. On ne devrait rien oublier de ce qu’on lit là-dedans. Tout y est essentiel, problématique, intelligent, attachant, triste, drôle, terrible, universel. A chaque page passée, et voyant la fin arriver, le lecteur abdique devant l’imminence du destin de ce livre. Etre rangé parmi les autres. Mais quelle expérience, quelle grâce de ces mots instantanées et puissants. Je n’ai pas de portrait de Cioran chez moi, je préfère de loin intégrer ses incroyables pensées.

On nous rabâche que les français font en moyenne trois fois l’amour par semaine. Ce que ces statistiques mesquines ne disent sûrement pas c’est qu’ils ne pratiquent pas avec la même femme. Car une fois par semaine suffit quand on voit avec quelle rapidité le corps de l’homme se lasse de celui de sa femme.

Une femme manque et c’est tout l’être qui est dépeuplé. Le monde n’y est pour rien, ne change rien et circule avec toute l’insolence qui lui est dû.

Retour sur les grands livres de 2007: Après l'histoire (Muray), Le Métier de vivre (Pavese), Relations et solitudes (Schnitzer), Pelures d'oignon (Grass).

 

 

 

 

 

 

[1] . Alors que deux jours après, mon instinct poli et solidaire me faisait me lever en un quart de seconde en apercevant une femme engrossée à la recherche de place ! Synchrétisme et alternance, chers à notre ami Montherlant.

 

Carnets 2008.

Je suis un écrivain qui fuit les cafés, les lois municipales, les soirées branchées, les bourgeoises-bohèmes, les villes bondées, le monde du travail, la vie de bureau. Bref, tout ce qui grouille dans la vie parisienne et que je suis contraint d’approcher au quotidien.

Le désir sexuel évolue avec l’âge, il entre en mutation, change, revient à la pulsion adolescente, puis à l’obsession, ou à la perversion, parfois à la désuétude, enfin à une sorte de normalité. La vision charnelle des femmes va de paire avec ces revirements incertains. Le plaisir lui ne change quasiment pas. D’où la quête du désir et non du plaisir comme on dit. 

On a beau vivre un amour plein, serein, confiant, la rupture n’est jamais loin et peut intervenir sur un malentendu fatal. Ne jamais la perdre de vue, même dans le confort d’un amour qui transporte corps et âme. Idem pour l’adultère.

On parle toujours de « victoire sur soi-même » lors d’expériences uniques mais jamais « d’échec sur soi-même », ce qui est bien plus fréquent. Cette pensée en est l’une des nombreuses preuves !

Pour un emménagement, la pièce principale à examiner sous tous les angles est le cabinet de toilette car c’est là que l’on souffrira, que l’on passera un temps incalculable, toujours seul et jamais à l’abri d’une rechute. Ce sera d’emblée la pièce la plus crainte. La pièce où toutes les déjections sont possibles, le lieu où le corps se rebiffe. Autant qu’elle nous soit agréable à première vue afin de ne pas y entrer à reculons durant les dix prochaines années. D’ailleurs, dans cette pièce où l’on ne sait jamais le temps que l’on va y passer, demeure toujours présent un livre de maximes et de réflexions pour les temps difficiles.

Jour d’une tristesse immense : J’ai pensé à l’infidélité et devant l’impossibilité de prendre une décision, je me suis laissé entraîner dans le fait de ne pas y renoncer. Mon malheur s’est dessiné à cet instant-là. Conscient, imperturbable, apparemment moins fort que la possibilité de la chair.

La rupture amoureuse, ce deuil intime qui vous prépare à affronter tout ce qui touche de près ou de loin à la mort : ce deuil universel.

Je vais signer avec ma compagne un document qui nous lie de manière sociale et juridique. Avant de signer, le greffier nous explique comment ce document peut s’annuler. Entre autres avec la mort de l’une des deux personnes. En disant cela, il me regarde. Cet inconnu vient de me positionner devant la tragique réalité de l’existence. Notre mortalité, la mienne, celle de ma compagne. La vie est faite pour que nous vivions avec cela en tête mais sans jamais vraiment penser que cela puisse nous arriver. Et effectivement, ça arrive, depuis que la vie est vie, la mort vient l’annuler. Comme ce simple document administratif. En sortant du tribunal, j’étais dans un état lamentable. Ce type venait de briser en une phrase mes tentatives d’adaptation au monde.

Plus j’observe mon chat et plus j’admire cet animal fascinant. Il est bien plus mystérieux, énigmatique, secret et intéressant qu’une femme. J’observe donc l’animal opter pour une solitude quasi monastique. Il reste seul la nuit dans mon couloir, entre les chaussures et le paillasson dans un noir terrible et un inconfort certain. Il n’a pas peur, il est. Et puis lorsque je m’étends sur mon divan pour lire, il vient me tenir compagnie, se laisse caresser, miaule un coup puis, quand ça lui chante, repart se cacher sous la table. Pour rester seul, ou pour jouer seul. Quel animal humble et digne. Il ne dérange personne, n’interpelle personne,  il assume l’absurdité de son existence en ne se plaignant jamais.

Dans le métro, une femme assez splendide traîne un bouledogue. Elle lui intime de s’asseoir et de rester tranquille. Je suis en face et en ouvrant mon sac, le chien se précipite sur moi pour voir s’il n’y a pas quelque chose à se mettre sous le croc. Elle le tire avec sa laisse, m’envoie un sourire de circonstance que je prends comme une excuse puis met l’animal sur ses genoux. Je souris à mon tour, observe la femme et lui trouve un charme fou mais c’est surtout vers l’animal que mon regard se fixe. Cette gueule ratatinée, tous ces éléments d’une tête renfoncés dans la peau même de l’animal lui donnent un faciès des plus tragicomiques. Je me trouve incapable de regarder la femme, je n’ose pas, et je me contente de fixer l’animal horrible. Par peur de la beauté ou par fascination pour ces drôles de bêtes ? L’intérêt du chien par rapport à la démesure de la femme ; l’humanité de la bête par rapport à la condescendance de l’être.

Les adultes font plusieurs mômes parce qu’ils cessent d’aimer leur dernière progéniture au fur et à mesure qu’ils procréent. Ainsi, ils se plongent dans une illusion de plus en plus grande jusqu’à ce que la nature, cet immense tyran à l’intelligence suprême, condamne les femmes en leur retirant le pouvoir de donner la vie.

L’homme crée le monde et les femmes enfantent les monstres qui le composent.

Passée la trentaine, on se résigne à vieillir, on l’accepte même, comprenant par là même la grandeur tragique de chaque destin physique. Passé 30 ans, on comprend que l’on va mourir alors qu’avant la question restait inenvisageable.

Une adolescente de 17 ans m’appelle pour me proposer une soirée dans une piscine nocturne. Voici le type de fantasme de tout type normalement constitué et il m’arrive tout cuit. Sauf que la réalité, le réalisme de la vie l’emporte sur tout. Que vais-je faire avec cette effrontée dans l’eau ? Je refuse sur le champ ? Est-ce dû simplement au fait que physiquement elle ne soit pas à l’auteur de mes espérances les plus folles ou que je ne sois pas capable d’affronter mes fantasmes les plus primaires ? Encore une question à se poser.

Y.R, ami et collègue me fait la morale en me disant de me mettre sérieusement au travail, que je ne peux me contenter d’une vie où écrivant, je ne serais pas publié. C’est très mal lire et comprendre Cioran que dire cela. En recherche lui-même de succès cinématographique, féminin ou littéraire, j’ai l’impression qu’il écrit aussi et surtout dans cette perspective. C’est ignorer que je me suffis de ces carnets dans mon œuvre globale car je sais qu’on pourra y puiser au moins une bonne formule, et que celui qui la lira la trouvera par hasard. Tout a été écrit ou presque. Pourquoi batailler et chercher la publication dans un monde gouverné, même en littérature, par la loi du marché, les relations ou la célébrité facile et dans lequel les écrivains ont totalement disparu ? Ecrire en soi, savoir (comme le signalait Montherlant) que telle œuvre existe est déjà en soi une satisfaction. Une œuvre doit être écrite pour qu’elle existe, la publication n’est qu’un accident. Je n’ai rien à dire à mes contemporains ; juste à deux ou trois personnes.

Fini d’écrire un roman, il m’est impossible de le relire. Je sens de partout ses défauts, ses incohérences voire même l’inintérêt de l’avoir composé. Je lis quelques phrases, puis je referme, transporté par l’ennui de mon propre style.

Les hyperactifs souffrent de ce qu’on appelle maintenant une maladie. La mort leur fait tellement peur qu’ils vivent sans prendre le temps de vivre, dans l’action permanente si ce n’est le divertissement. Moi je suis un hyper passif, mais mon cas n’intéresse que les politiques qui veulent que les types de mon espèce se lèvent tôt pour rentrer tard et amasser le plus de pognon. Problème, ils sont dans l’erreur métaphysique la plus totale. Du coup, avant que cela ne soit interdit, je me lève de plus en plus tard tout en observant bien que mon salaire reste bas. Sur ce second plan, je n’ai aucune pression du gouvernement.

Tous les intellectuels importants ont critiqué leur époque, et tous ont déclaré qu’ils vivaient un temps assez exécrable. Mais tout de même, si Voltaire, Hugo, Balzac ou encore Montherlant vivaient nos années, à quel point irait leur abjection ? Nous avons dépassé toute comparaison avec le monde passé. Nous sommes en pleine inexistence moderne. L’humain est mort. Ils sont arrivés à le tuer.

Nous sommes des infirmes face au désir.

Devant la difficulté d’aborder une femme pour espérer la caresser, la résignation de sa puérilité peut être souvent une bonne raison de ne rien faire. La bêtise d’une femme calme tout de même vos ardeurs. Et vous rentrez chez vous libéré d’un poids qui aurait pu vous être fatal.

L’ennui (fondement de toute société moderne) entraîne inexorablement le désir sexuel qui, une fois conduit à terme, nous ramène à notre misérable existence. En fait, l’homme vit en permanence entre le désir ; il travaille quand il n’est pas concerné par sa sexualité. Tout tourne à plein régime entre désir et impossibilité du plaisir jusqu’à ce que l’homme, rongé d’être lui-même, s’effondre comme une masse gluante et informe.

Le rôle d’un écrivain est de rapporter tout ce qui lui parait susceptible d’être intéressant aux yeux de n’importe quel lecteur. Même s’il trouve parfois un jugement non pertinent, une anecdote peu convaincante, il se doit de les rapporter car cela peut intéresser quelqu’un. Ce que je fais : deux femmes discutent dans le métro. L’une d’elle raconte comment elle a survécu à un accident de voiture dont le choc (à l’entendre) a dû la traumatiser physiquement et moralement. D’allure et d’accent bourgeois du septième arrondissement, elle avoue sans en faire un plat qu’elle s’est fracturée la cage thoracique, le bras gauche et qu’à présent elle a peur de remonter dans une voiture. Jusqu’ici, je trouve cette personne digne et sensée. Mais tout se complique vite, éprouvant une douleur vive peu après l’accident, et pensant avoir le bras en compote, sa première réflexion a été : « Comment je vais faire pour aller travailler ? ». En fait la discussion portait sur le fait de pouvoir remonter ou pas dans ces cages en tôle. L’autre, plus jeune, mais tout aussi débile lui prodigue de prendre quelques cours de conduite histoire de se rassurer. L’autre la remercie d’un tel conseil. J’apprends qu’elle a déjà racheté une voiture (« L’argent n’est pas le problème » s’esclaffe-t-elle !), et qu’elle ne tire comme leçon de cet accident que le fait de remonter ou pas pour faire des allers-retours à Tours afin de voir des copines. Je bouillais d’impatience de fermer le clapoir de cette greluche en lui apprenant que le train Paris-Tour existait depuis plus d’un siècle ! Cette inconsciente a eu la chance de réchapper à un accident, la mort lui est passée tout près, et cette idiote ne comprend pas la chance qu’elle a d’être en vie, et persiste, en tant que bonne vieille post-moderne, à vouloir coûte que coûte remonter dans sa caisse de merde. Voilà son obsession après un accident ! Le travail, la voiture, les vacances, l’argent, les sorties, la télé, voilà la condition première de l’être d’aujourd’hui. Je l’ai laissée à son destin sans lui adresser le moindre mot.

On pose souvent cette question débile: « Qu’est ce que tu ferais s’il te restait deux mois à vivre ? » Et généralement, le type répond « Je m’éclaterais, j’essaierais de coucher avec le plus grand nombre de filles, je ferais la fête, je dilapiderais mon argent, etc. je passe toutes les banalités que l’on peut sortir à ce genre de question. Mais je lui réponds sérieusement : « Pourquoi ne le fais-tu pas maintenant, tu es condamné, et le pire dans l’histoire, c’est que tu ne sais pas quand cela va te tomber dessus. »

Je plains celui qui n’est pas artiste. C’est-à-dire les 99,99 % de la population. En effet, les artistes composent à partir du matériau « vie ». Peu importe leur manière de subsister, le travail n’est pour eux qu’un moyen de continuer à vivre. L’important est de créer à partir des sources de vie. Un type lambda, un non-artiste, lui, va rechercher un emploi, un domaine qui lui appartient, une compétence personnelle et va durant sa vie entière se limiter à celle-ci. Pendant plus de 50 ans, son seul secteur d’activité sera son domaine d’épanouissement que, la plupart du temps, il se vantera de maîtriser. Terrible leurre, constat glacial, pauvreté humaine, inutilité d’une vie. L’artiste, lui, son métier c’est de vivre. D’ailleurs Pavese ne s’était pas trompé en écrivant son chef d’œuvre : Le Métier de vivre. L’artiste est dans la création à chaque moment de son existence, dans l’observation de ses contemporains, eux-mêmes noyés dans un système particulier. Peu importe le temps, le lieu, l’action, la trivialité de son travail, il opère au service de l’art ; et plus sa condition sera basse et pauvre, et plus son œuvre sera riche et grande !

Il y a souvent plus de chaleur dans le regard surpris d’un chat que dans celui d’une femme qui jouit.

Le destin d’un chat de compagnie se résume à attendre de manger avant de ronfler durant quelques heures.

Le destin d’un homme se résume à attendre de faire l’amour avant de pouvoir ronfler toute une nuit.

Le chat observe tout ce qui se passe autour de lui. Il est attentif, curieux, alerte, et le moindre bruit suspect le plante sur ses deux pattes, les oreilles dressées vers le ciel. Et malgré cet incroyable sens de l’observation du monde des hommes, il est incapable de nous comprendre.

Lorsqu’on sort d’une longue maladie où l’on ne pense qu’à survivre, il est difficile à se réhabituer au monde quotidien. Le désir notamment met son temps à vous tirailler à nouveau. Par exemple, ce jour où quasi guéri, j’observais les femmes du métro où même les belles ne trouvaient de grâce à mes yeux. De simples femelles stupides et bedonnantes se plantaient ainsi devant mes yeux fatigués.

La santé c’est les femmes. Le jour où vous vous en détournez, c’est que vous êtes malade, à coup sûr.

Tous les jours, à mon travail, cette femme (Existe-t-il un adjectif précis qui serait susceptible de la caractériser ?) qui montre à tout moment de la journée ce qu’est un être humain stupide, atteint par les grandes pompes de l’abjection. Elle est vile, mesquine, vaniteuse, autoritaire, hystérique, féministe, stupide, idiote, roublarde, hypocrite, injuste, menteuse, grotesque, ridicule, délirante, obsessionnelle, égoïste, profiteuse, bourgeoise, maniérée, pédante, faignante, vaniteuse, insensible, inconstante, inculte, festive, antisémite, raciste, mondaine, idiote, inintéressante, incompétente, impolie, irrespectueuse. Comment décrire un être aussi vil qui s’adresse aux autres comme s’ils étaient ses esclaves ou ses chiens, qui fait du zèle dans la bassesse, qui n’est en fait qu’un bout de gras qui jacasse toute la journée, qui brasse de l’air et qui surtout méprise le monde ? L’ennui, c’est que cette femme repoussante est mon chef direct, et que je dois fréquenter tous les jours ou presque ce cliché de la bête en rut qui use de son pouvoir sur les gens qui lui sont hiérarchiquement inférieurs. Car ces crapules s’inclinent devant la haute hiérarchie, seul critère valide de ces ramasse-miettes.

Le problème est difficilement soluble. J’ai peur que l’on ne retienne pas plus les grands textes littéraires que les émissions débiles de la télévision. La mémoire n’est pas sélective, elle est pauvre. 

« La nature a voulu féminiser l’impudeur. » Weininger. C’est cela un écrivain, quelqu’un qui met un mot précis, qui compose une formule claire sur nos pensées les plus folles, et les plus enfouies.

L’impudeur est en fait, à quelques rares exceptions, purement féminine. Difficile équilibre à trouver chez elles entre une pudeur impénétrable et une impudeur qui rend la chair informe et gluante.

Plus les femmes seront impudiques et moins elles vous regarderont. Les pudiques, elles, vous observeront secrètement ; ce qui fait qu’au bout du compte vous ne verrez personne vous regarder, d’où votre sentiment de solitude totale.

Je ne conçois pas d’adultère sans ma femme

Il y a des femmes dont le silence fait concurrence à celui bien plus mystérieux des morts. C’est ce qui me donne du courage chaque jour, de savoir que leur silence répond à leur nature triviale et mesquine et que seul celui de la mort a droit à toute ma considération et à tout mon malheur.

Il y a certains morts que je fais revivre chaque jour au moyen de lectures, de projections, de musiques, de souvenirs. Et tant de vivants qui ne sont que poussière à côtés d’eux.

Les belles femmes sont bien trop vivantes. Et devant certaines, les hommes tentent seulement d’exister.

On utilise souvent la litote pour dire que quelqu’un s’est éteint dans son sommeil. Alors qu’il faudrait dire : il s’est endormi dans la mort.

Février. Durant les quatre années que je passais avec une jeune bourgeoise parisienne, ces vacances signifiaient automatiquement montagne, domaine skiable, studio, 3000 mètres d’altitude, lever aux aurores, restaurant au bord de pistes, remontées mécaniques, poudreuses, tempête, météo, chocolat chaud, fondue savoyarde, carte postale enneigée, bref, l’enfer du sport d’hiver. Les jaloux sans le sou m’enviaient, me reprochant la chance que j’avais. Aujourd’hui que cette femme a disparu de la circulation, voici quatre années que je passe février à Paris. Et quelle joie de faire ce que je souhaite, loin des forfaits, des raclettes et des soirées festives. Février sans la neige, sans l’air pur, sans la glisse et je me sens dévaler les pentes de la liberté. Alors que certains partent et d’autres se plaignent de n’y pouvoir, ayant connu les deux, je vous le dis : rester chez soi vaut toutes les destinations, lire la littérature que l’on veut, s’ennuyer à sa guise, pratiquer le tennis, prendre le métro, changer de quartier, regarder les femmes autrement que dans une combinaison débile, sous un bonnet et une paire de lunettes, quelle liberté rare et appréciable de nos jours.

Février. Combien donnerais-je pour regagner cette femme et revenir avec elle dans ses montagnes ? L’air frais de l’altitude mélangé à sa peau d’enfant du miracle. Et le bonheur que j’avais dans les mains disparu entre mes doigts.

Face au mystère terrible, à l’injustice permanente et à la douleur insupportable de l’existence, certains ont préféré se supprimer, et d’autres continuer à vivre ; mais dans les deux cas, ils ont renoncé. Seule la méthode a changé.

A 20 ans, on ignore tout de  la mort tout en y pensant constamment, à 30 on comprend sa tragique destinée, à 40 on commence à l’accepter, à 50 on l’oublie, à 60 on la refuse, à 70 on l’attend, à 80 on s’y prépare, à 90 on la souhaite, à 100 on ne sait plus.

Bizarre comme l’onanisme ne souffre pas de remords, de culpabilité, de honte, de basses pensées et que l’adultère, plus sain, plus naturel, plus difficile à accomplir est objets de toutes les critiques, de tous les reproches et de toutes les craintes.

L’homme qui trompe sa femme n’a pas su gérer les moments ennuyeux (forcément liés à la vie ce couple) qu’il vit en compagnie de sa femme. Le divertissement a eu raison de son amour, aussi sincère fut-il pour sa femme. Puissance de l’illusion facile sur la dure réalité. Cause de la déchéance de l’homme. 

Plus jeune, et lorsque je tombais amoureux d’une femme, je mettais immédiatement l’idée du sexe de côté afin de vivre avec elle une union chaste basée uniquement sur une sorte d’amour pur, sans souillure, où seule l’admiration de l’autre jouerait un jeu. Je voulais me distinguer de mes compères en annulant toute forme de désir vis-à-vis d’elles pour montrer ma singularité. Les femmes se plaignant tout le temps du désir libidineux des hommes à leur égard. Et bien gardez-vous en ! Non ou mal désirées, elles ne supportaient pas ce regard absent, et se montraient totalement inaptes à une amitié. D’autres fois, et lorsque c’était la femme qui me refusait son corps et à qui je proposais une autre sorte de relation en renonçant au plaisir, et bien encore une fois, elle se montrait incapable à ce type de relation. Conclusion, une femme fréquente un homme lorsqu’elle le désire physiquement et se sait désirée. Tous les autres peuvent aller se rhabiller.

Se dire que l’écrivain n’écrit pour rien. Ni pour lui, ni pour personne. Pour rien. Car il oublie sa production quand son lecteur l’oublie pour celle d’un confrère. Comme le tennis ou le sexe, c’est le corps qui est en réclame pour satisfaire égoïstement l’esprit. Le corps guide absolument tout, même le plus spirituel d’entre nous. Ne dit-on pas communément (Cioran, Montherlant, Saint Jean Climaque) que les sensuels sont d’avantage portés vers la générosité, le pardon, la compassion bref, ses grandes qualités spirituelles.

La littérature a seulement besoin de temps : elle est son atout et sa victime. Une longue période pour écrire, suivie d’une plus courte pour la lecture. Enfin, durant ces périodes riches et créatives, le temps finit par s’annuler en elle.

Que les gens qui sont sceptiques devant les sceptiques de notre chère époque se rassurent. Leurs idéaux vont être comblés de plus en plus. Exemple ce matin. Ayant réservé des billets de train sur Internet et ne pouvant les imprimer (Là encore il y aurait beaucoup à dire sur la soi-disant super technique d’aujourd’hui.), je me rends à une agence pour régler mon problème et là l’employée m’apprend en m’imprimant mon billet que j’ai réservé une place « IDZAP ». Qu’est ce ? Lui demande-je interloqué. Elle m’explique que la SNCF propose maintenant différentes ambiances de voyage et que cette dénomination signifie cool. « Vous pouvez jouer à la console, regarder un DVD, téléphoner à tout va, écouter votre musique. C’est l’ambiance jeune ! »

Et qu’aurais-je dû prendre pour voyager en toute tranquillité ? Renchéris-je, plutôt inquiet. « Vous auriez du cliquer sur Zen ! » Là les gens dorment, lisent, dans une atmosphère paisible ! Vous pouvez encore changer s’ils restent des billets…

En fait si j’ai choisi cette option c’est parce que le tarif était intéressant. Et là, j’apprends également que nous voyagerons dans des wagons où l’espace et le confort seront réduits, vu le prix des billets. Ultra-Festivisme et lutte des classes sont maintenant réunis pour une parfaite société bidon, basée sur les désirs les plus primaires offerts        aux pauvres et défendus corps et âme par la masse infantile et leurs communicants cyniques.

La femme assouvit les désirs brutaux de l’homme tout en le rendant plus infantile, plus doux, plus calme, lui révélant par la même ses quelques bons côtés.

La beauté, seul vecteur de connaissance infinie, quelque soit le domaine.

De même que l’on vit malgré les horreurs de notre temps, les disparitions prématurées, les ruptures brutales, le spectre de la mort ; de même on peut tromper sa femme malgré l’amour qu’on lui porte, sa sensualité, sa gentillesse, son intelligence, sa fidélité. La nature est vicieuse. Elle nous fait prendre conscience des dangers, nous permet d’identifier un mal, nous ronge par un malheur mais nous implique quand même dans l’erreur à ne pas commettre.

L’homme désire le corps de la femme. La femme désire le corps de l’homme qui la désire. L’homme jouit de son propre désir. La femme jouit du désir de l’homme. Une femme sans désir peut amener l’homme au plaisir. Un homme sans désir n’amène à rien du tout.

Il y a des femmes que l’on a aimées sans les regretter. Et les autres, plus problématiques, que l’on regrette sans les avoir aimées.

Souvent, on ne peut contempler une femme qu’après l’avoir possédée. Avant, le désir est trop fort pour s’adonner à ce genre d’exercice où concentration et admiration sont de mises.

Il arrive un moment où la passion urgente de la vie l’emporte sur l’amour de sa femme. L’expérience charnelle prédomine sur l’amour sentimental. A l’aube de mes 30 ans, je crains que le temps se rétrécissant, je sois porté plus que jamais sur la femme plutôt que sur ma femme.

La meilleure façon d’user son désir, c’est d’en être dégoûté et pour cela, il faut se ruiner en plaisirs sauvages.

L’appel de la chair, le dégoût de la raison. Le rappel de la raison, la loi de la chair.

Il se met dans une rage folle après une partie de tennis mal gérée quand il ne se révolte pas lors de la réélection de Bertrand Delanoë, le symbole putride de la nouvelle humanité posthistorique, démagogique, pluriculturelle, libérale, technique, et festive. L’homme est curieux. Ses nerfs sont illogiques.

Les hommes sont habités par leurs pulsions physiques puis dissertent sur leur condition misérable. Les femmes sont habitées par leur condition naturelle, leur instinct animal est fort et leur pulsion de vie est infranchissable. Pulsion sexuelle pour lui, pulsion animale pour elle.

La santé est appréciable non pas quand la maladie s’estompe (car on oublie très vite le bonheur d’être en bonne santé, s’habituant à l’enchaînement santé/maladie) mais quand on la croyait impossible à revenir après un mal terrassant.

Que penserait Mozart s’il savait qu’on peut l’écouter aujourd’hui en format MP3 ; Et Balzac dont on pourrait mesurer l’œuvre en Mega Octets ?

Dites vous bien que si l’on légiférerait sur la seule fonction sexuelle des femmes dans nos sociétés, et bien vous auriez 80% des hommes qui la voteraient. C’est dire à quel point la sensualité des femmes les dépasse premièrement, mais surtout les définit et les anéantit.

On ne connaît véritablement une femme bien après que le sexe a été une priorité. Tant qu’une femme ne s’offre pas, vous la percevrez que sous son angle charnel. Le désir vous empêchera de voir plus loin, d’où l’inéluctable erreur souvent de l’approcher et nos manières fantasmagoriques de leur trouver quelques attraits spirituels. Mais c’est ainsi aussi que l’on se rend compte des qualités incroyables et uniques des quelques femmes que nous croisons ; seulement après avoir épousé leurs formes. 

La délicatesse du chat. Lorsque mon lit est défait, totalement en dessus dessous, il n’y met pas les pattes. Or ce matin, j’ai pris le soin de le faire, dressant la couette de manière stricte. Et bien, le chat, animal de goût sans aucun doute, s’est immédiatement étendu, et tel un prince en son royaume, a pris possession des lieux depuis deux heures !

La seule vraie littérature est celle qui combine l’expérience de la vie avec celle de la langue. L’expérience de la langue amenant l’écrivain au seuil de la vérité.

A la vue de toutes ces femmes les plus sexuées les unes que les autres, j’envie mon chat que j’ai fait stériliser et dont les plaisirs de son existence se limitent au repas, au sommeil et à quelques chastes caresses.

Comment Dieu a décidé de répartir la bêtise chez les êtres ? Je repense à ma chef de bureau. Pourquoi l’a-t-il choisi elle pour représenter tout ce qu’il y a de plus vil chez une femme ? Qu’a-t-elle fait dans une autre vie pour avoir été punie de la sorte et de se rendre détestable aux yeux des autres sans qu’elle ne le sache véritablement ? Ou alors cache-t-elle au quotidien des actions héroïques ? Mais cela n’est pas possible lorsqu’on la voit considérer son prochain, et surtout pas une excuse.

J’ai toujours été incapable d’avouer honteusement ou courageusement à ma fiancée que je pensais à une autre femme. Alors à deux autres, pensez-vous !

La différence essentielle entre mon chat et moi : lui ne se rend pas compte de sa vie merdique. Il peut rester des heures positionné sur ses quatre pattes sans bouger, se contentant d’observer devant lui, d’être alerté par le moindre bruit, et attendre l’heure du repas ou de la sieste. La vie n’est pas misérable en soi. C’est la façon dont on l’aborde qui peut l’être.

La femme, cet horizon fermé. L’homme ce mur entrouvert.

L’homme met sur la table l’idée du suicide lorsqu’il fait peser sur la balance le malheur à endurer au quotidien et la perspective du bonheur que peut encore lui laisser la vie. Et en fonction du résultat, il n’a plus qu’à pencher du côté de la vie ou de la mort.

Dans le bus (Je ne prends jamais le bus, mais il est plus propice aux rencontres que le métro, lumière du jour oblige.), une jeune fille me dévisage alors que je suis au téléphone. Si fort que je la remarque d’emblée. J’esquisse un sourire mais elle détourne le regard (Pas de doute, c’est une femme). J’essaie de voir si je la connais mais son visage ne me dit rien. Le petit jeu continue durant le trajet. Nous descendons au même arrêt, à Bastille, je la suis à quelques mètres de distance, elle se retourne puis disparaît dans la cohue. Allant voir un ami, je ne pouvais aller plus loin que mon lieu de rendez-vous. Encore une histoire sans histoire.

Dans ce même bus, une adolescente futile, énervante, bourgeoise, téléphone et j’entends toute sa conversation. D’emblée, je ressens du mépris pour ce style de perruche qui pérore plus fort que les autres. Mais mon désir est si fort pour sa beauté, que je suis à deux doigts de lui proposer un verre. Le sexe vous rabaisse, vous nuit, vous harcèle au point de trouver de la curiosité à une adolescente méprisable. Ou plutôt du désir à une adolescente bestiale.

La rupture amoureuse est l’infarctus du sentiment quand l’adultère n’en est que le malaise.

Le corps de la femme est un souterrain de plaisir. Mais un souterrain quand même avec son lot de solitude, de pénombre, d’angoisse, de renoncement, de puanteur, d’attente, de désillusions, de souffrance, d’impossibilité, de mort lente.

La faille qui existe dans l’union d’un homme et d’une femme est difficile à admettre : car si l’homme a besoin du corps féminin entier qu’il manipule à sa guise, la femme, elle, est souvent prise par le seul membre de l’homme. Il y a comme une discordance entre le sexe rugissant de l’homme et le corps offert de la femme : un sexe pour un corps. Le sexe de la femme est dépendant du reste de son corps, il est son aboutissement. Celui de l’homme est autonome, violent et anarchique.

Les journées sont parfois bien trop longues. Elles finissent pour nous à 18h00 quand il faut encore passer le temps jusqu’à 23h ou minuit, heures où le sommeil vient nous délivrer de l’ennui.

Il y a une trentaine d’années, on parlait, dans le monde du travail, d’égalité, d’exploitation et de licenciements. Aujourd’hui, c’est du simple problème de la dignité humaine dont il faudrait se préoccuper.

Dieu a crée la jouissance pour interrompre l’acte sexuel, voyant bien que sans, l’homme ne ferait que ça toute la journée. D’où cette quête perpétuelle qui la remplace.

L’ennui n’est jamais que sentiment d’ennui. Il n’y a pas d’ennui matériel, il n’est que trop sanguin.

La libido doit se calculer au désir et à l’ennui. Les deux combinés, et votre vie est un cauchemar où la quête du plaisir est un supplice autogéré.

Dire qu’à l’heure où j’écris, un homme ou une femme ne se remettent peut-être pas de leur séparation.

Avant, les écrivains avaient un combat à mener : ils critiquaient ou pas l’impérialisme dominant ou la communisme de masse. Aujourd’hui, l’intellectuel lucide n’a plus qu’un seul pôle à combattre : le libéralisme festif où travail précaire et divertissement technique culminent dans l’ignominie humaine. Avant on parlait de lutte au nom de la liberté, de l’égalité, aujourd’hui on parle de maintient de la dignité humaine. Qu’on ne nous dise pas qu’il n’y a  pas régression.

Je voterai peut-être François Bayrou le jour où il cessera de dire que son parti réunit les bons côtés de la gauche avec les bons côtés de la droite, mais bel et bien lorsqu’il comprendra que son ambition est de composer avec des gens qui ne sont ni de droite, ni de gauche et que surtout il ne compose pas sur ces deux terrains corrompus.

Au vu des Jeux Olympiques de Pékin où la démocratie ne semble pas être la priorité du gouvernement, l’exécrable David Douillet, grand humaniste de pacotille qui donne des leçons de morale et qui prône un humanitaire de piécettes, menace les activistes qui prônent le boycotte des jeux en les traitant de saboteurs. Et oui, lorsque la réalité dépasse l’image, les bons progressistes libéraux s’affolent devant la perte de millions d’euros que l’annulation des jeux engendrerait. Après les Nazis, dont on ne pouvait pas dire qu’ils jouaient un double jeu quant à leur vision d’épuration, nous avons nos néo-nazis au cœur tendre et au bras long. Au choix de l’idéologie libéro-immorale ou festivo-tortionnaire.

L’esprit français : A la sortie de Redacted de Brian de Palma, film d’une dureté incomparable sur le conflit en Irak finissant sur des photos d’enfants déchiquetés par les tirs américains, un type, le trentaine, dit à sa femme alors que le générique vient à peine de défiler: « C’était naze. ». Or le fait d’aimer ou pas le point de vue de De Palma n’est pas le sujet de sa critique, le type clame sa sentence alors que le film vient à peine de se terminer, pas même choqué par la vision apocalyptique de l’homme, de sa nature indéniablement immonde, par ces images venues de l’au-delà de la violence. Non, « C’était naze. » le place intimement au même rang que les brutes que filme et dénonce le réalisateur. Une insensibilité mêlée à de la bêtise. La critique, aussi négative soit-elle, vient ensuite je pense, avec une distance nécessaire.

Les femmes ne sauront jamais quelle vie intime et profonde lie l’homme à son sexe. Une solidarité de tous les instants. Une dépendance misérable aussi.

Le tiraillement incessant entre la préférence de la femme trentenaire et installée, et l’adolescente qui arbore sa poitrine en guise de victoire sur la vie.

Rien n’est fait pour la rencontre, mais une fois le miracle accompli, tout est fait pour la séparation.

On ne fait que pactiser avec les femmes. Sympathiser jamais.

Cette année, l’hiver aura duré 6 mois, la moitié de l’année donc à supporter ce froid persistant et ce temps grisant. Ce qui n’est jamais bon pour n’importe quel mélancolique atteint de névrose persistante.

Je serais à jamais tiraillé par la femme que j’aime, celle qui est partie, et celle que je désire. Bref, les trois sommités qui terrassent l’homme prises dans un même étau : la femme comprise dans le temps.

La femme est un corps ou un fantôme. Et quelques fois, celle qui n’était que ce corps somptueux devient à son tour ce fantôme définitif.

Que font les morts pendant que nous redoutons la mort en nous agitant dans le néant que l’existence propose en absurdités ?

Un homme dit à sa femme : « Ne me quitte pas même si je ne t’aime plus. » Toute l’éprouvante contradiction de ma lamentable vie.

La plupart des femmes n’ont rien à dire. Mais bon nombre de leur corps ont trop à montrer. C’est ce qui les rend fascinantes à nos yeux. Le leurre du désir et de notre misère.

Le silence du mort est profond et impénétrable. Celui du vivant est mesquin et prévisible.

Chose curieuse, cette maxime ainsi orthographiée : « La société est composée de deux grandes classes : ceux qui ont plus de dîners que d’appétits, et ceux qui ont plus d’appétits que de dîners. » est présente chez Rivarol et Chamfort. Bizarrerie éditoriale, plagiat, ou splendide hasard ?

A la tendresse technique que réclame la femme, répond la technique obsédante du sexe de l’homme.

Les femmes doivent assumer le regard permanent des hommes, et les hommes la fausse indifférence des femmes dans le même combat des rôles partagés et acceptés du chasseur et de la proie.

Le présent est le temps où rode la mort en permanence. Contrairement au passé et au futur, le présent installe la mort au beau milieu des siens.  

La vie est un long chemin où il faudra apprendre à se séparer des gens, d’abord sur notre temps d’existence, ensuite en apprenant leur mort. Un curieux apprentissage de l’attachement aux choses qui petit à petit, au fil du temps, se détériorera jusqu’à ne plus être du tout.

Il y a deux sortes d’individus, ceux qui se considèrent comme vivants et ceux qui se définissent comme mortels. Pour les seconds, la vie sera un peu plus compliquée.

J’ai toujours admiré Richard Widmark en ignorant la quasi-totalité de son œuvre. Mais enfant, j’aimais le voir dans des westerns de John Ford. Il vient de disparaître dans l’indifférence générale.

A choisir entre l’illusion socialiste et la corruption capitaliste. Entre la provocation de droite et le mensonge de gauche.

L’homme réfléchit après avoir fait l’amour, la femme souvent avant, ce qui explique la conquête de son corps. L’amour entre deux personnes se joue parfois à cela, une disconvenue temporelle, une crispation des consciences, un problème de moment.

Couvert de fantasmes avant d’être recouvert de terre. Voilà le plan biologique de l’homme.

Un passé à peine vivant pour un présent à peine vivable.

L’homme jouit électriquement, la femme électro-mécaniquement. L’orgasme électrique de l’homme comparé à la jouissance acoustique de la femme.

En marchant, j’écrase la queue de mon chat qui pique un miaulement strident en s’enfuyant à toutes pattes pour se planquer. Je me dirige vers lui, il me regarde fixement, assis sur ces quatre pattes, statique comme une statuette. Que se passe-t-il dans sa petite tête de matou ? Que se dit-il dans sa conscience féline ? Que je l’ai fait exprès ou pas. Méfiant, j’approche doucement ma main pour la caresser et il se laisse faire m’envoyant du même coup quelques clignements d’yeux, signe de sa confiance renouvelée. L’animal pardonne, il ne connaît pas la rancune. Même s’il n’a pas intégré la notion de bien ou de mal (A savoir si je l’ai fait exprès ou pas.), il se laisse caresser. Reste qu’étant bien traité, son instinct a dû trancher sur la question et a dû conclure à l’acte malencontreux de mon geste. Un chat battu ne se laisse pas caresser, même s’il ignore les enjeux de bien et de mal, et donc de pardon ou de rancune… Grandeur de l’animal.

Mon ami Y.R est tellement absorbé par les théories littéraires de Rosset, Freud, et Kundera qu’il en devient aveuglé et ne voit plus le réel qu’il a sous les yeux (parfois d’une trivialité telle qu’elle peut parfois échapper aux théories de ces écrivains), mais la façon dont il croit que ce réel est, en s’épargnant de ce « vrai » réel, en évinçant les actes qu’il commet, les mensonges qu’il dit, et la mauvaise foi dont il fait preuve. Intéressant de voir à quel point le dogmatisme l’emporte sur l’expérience. Il a une telle foi en ces théories qu’il les applique comme des codes mathématiques en mettant de côté sa propre posture vis-à-vis de la réalité. La vérité sur le réel telle qu’elle est analysée par les penseurs le rassure tellement qu’elle l’éloigne parfois de la réalité telle qu’il la vit sans la voir. Car à chaque acte, il y met un code, code erroné la plupart du temps, et reste incapable de remarquer ses manquements à la morale ou à la justice. Ce qui fait de lui finalement de lui, à défaut de l’intellectuel étonné qu’il croit être, un grotesque dans la pure tradition moliéresque !

Le sexe aboutit à la mort. Pas étonnant de voir tant de voluptueux se foutre en l’air, découvrant qu’il n’y a rien après la volupté, que le néant et la mort. Le sexe est le dernier stade vivant avant le saut dans le gouffre. D’où le double abandon d’une femme qui part. On a l’impression qu’on ne retrouvera plus le goût de la peau, sans compter l’absence pesante de la disparue. De suite, l’homme pense au gouffre. De même qu’après l’acte de volupté, l’idée de la mort se fait plus juste, et plus proche.

Petitesse de la femme aimée : j’ai aimé la même femme durant 16 ans. De 1984 à 2000. Je l’ai rencontrée en cours préparatoire. Séparés au collège, nous nous sommes retrouvés au lycée. Trop timoré, j’ai dû attendre la fin de la terminale pour lui déclamer un amour sans borne, ultime, radical. Pour moi, c’était la femme de ma vie, je n’imaginais rien après elle. Nous nous fréquentâmes de manière plus régulière lorsque je fus en licence de lettres sans que jamais un mot ou un geste ne soient déplacés. Elle n’était pas amoureuse mais permettait apparemment que je le sois, notamment en la voyant ou en sortant ensemble. A cette époque, je vendais des disques piratés à des prix défiant toute concurrence. Je lui en parlais et nous nous mîmes d’accord sur un jour où elle puisse venir chercher sa commande. C’était un dimanche, et elle me prévenait qu’elle viendrait dans l’après-midi. Je l’attendis jusqu’à 19h00, coiffé, rasé, parfumé, bref, ce dimanche allait compter. Lorsqu’elle sonna à la porte, d’ailleurs très en retard, je vis à la fenêtre qu’elle était venue en voiture et qu’un type la conduisait. Cette garce connaissait mon amour pour elle et elle vint me voir avec un type qui l’accompagnait en voiture. Elle prit ses disques et partit au bout de cinq minutes.

Il y a deux catégories de gens : ceux qui tirent un coup et ceux qui tirent un trait. Il y a deux catégories de gens : ceux qui tirent un coup et ceux qui boivent un coup.

La religion excuse le sexe parce qu’il y a paternité, alors qu’il faudrait pardonner la paternité parce qu’il y a le sexe.

Les femmes, ce juste milieu entre le paradis et l’enfer. La tentation ou le renoncement, l’addiction ou le mépris, la célébration ou la bannissement, le désir forcené ou l’indifférence misérable, voilà où elles nous conduisent, la plupart du temps sans le savoir elles-mêmes.

De toutes les manières, la femme est une souffrance car elle sera toujours l’autre femme. Celle que le célibataire tentera de convoiter avec la peur au ventre et l’impossibilité de sa condition, et celle dont l’homme marié sera épris et qu’il ne pourra posséder sans vendre son âme, se suicider ou causer un massacre.

Aimer une femme, c’est vouloir la conquérir. En aimer deux, c’est vouloir les perdre.

Pourquoi tombe-je toujours sur ces femmes que je désire moralement ?

Aimer une femme, c’est souvent se mentir à soi-même. La tromper, c’est lui mentir. A nous de choisir l’objet de nos mensonges.

« Prendre une femme » reste le terme le plus précis pour définir l’acte de chair. On se saisit d’une beauté parce que ne pas la dominer nous rend esclave d’elle. Il n’y a que cette possession, éphémère, futile, gratuite mais inégalable qui nous permet d’en envisager d’autres.

On dit partir pour une autre et tromper avec une autre. La grammaire est brutale.

L’amour n’apporte pas le plaisir requis, il n’offre qu’une consolation à notre frustration reconduite.

Lorsque le corps nous dicte sa loi du désir, la culpabilité vient nous assaillir. Par contre, lorsqu’il nous dicte sa loi de la maladie, nous nous considérons comme des victimes. Le désir étant une maladie grave, incurable et douloureuse, nous ne pouvons que nous considérer comme des malades.

On ne croise plus personne dans ce monde.

Curieux que la culpabilité nous prenne lorsque l’on trahit une femme que l’on aime et non lorsque l’on ne l’aime pas. Alors que l’acte reste le même.

Plus que la culpabilité de la tromperie, c’est regarder le visage de celle qui l’ignore qui achève le cœur.

Les femmes veulent encore croire au conte de fée. Or lorsqu’elles partent, elle nous montre le compte des faits. Parallèlement, à leur demande et pour satisfaire leurs illusions sur ce point, les hommes les abreuvent de mots d’amour et de tendresse. Quand derrière ils fréquentent et couchent avec d’autres femmes à qui ils doivent dire la vérité. C’est pour cela que ce sont toujours les maîtresses qui finissent par se lasser. La vérité est intenable en amour et ce sont les premières à se la coltiner.

La seule chose bouleversante dans un adultère, c’est le type qui ne dit rien malgré sa faute, et sa femme, le sachant, qui, par amour et grandeur, ne dit rien non plus.

Le désir frustré est plus dévastateur que ce même désir assouvi n’est réparateur.

La sexualité est affaire de missionnaire.

Même en période de riche volupté, la vue d’un corps féminin désirable et inaccessible provoque une frustration des plus brutales. D’où la conclusion féroce que le sexe est avant tout cérébral.

L’amour n’est que la communion provisoire de deux égoïsmes désirants. Le but permanent étant que l’un finisse par dévorer l’autre, pour le laisser choir au final comme une carcasse.

Devant une adolescente : Le désir en devenir devant un corps en devenir. Une inabordable satiété…

La nature est trop puissante et l’espèce trop forte pour que l’adultère ne soit simplement que la résultante logique de notre dérèglement affectif.

Vous retirez l’idée obsédante du sexe chez l’homme, et vous verrez qu’il est capable de grandes choses.

Mes mœurs vont à l’encontre de mon caractère qui va à l’encontre de ma nature qui va à l’encontre de ma morale qui va à l’encontre de mon esprit.

La beauté scandaleuse de certaines femmes rend compte de façon outrancière de la laideur de notre monde. Pas besoin de s’épancher sur des images de guerres, de famines ou de catastrophes naturelles, voyez seulement une femme splendide marcher dans la rue et vous comprendrez l’ampleur du drame qu’est de vivre.

On s’offre à la vieillesse comme on se donne à une femme. En espérant toujours un miracle.

Nous arrivons au point ultime où nos deux corps souffrent de ne plus pouvoir se repousser. Le désir des peaux est si fort que sa concrétisation, bien trop réelle, altère le désir. J’en sors écoeuré par ces jeux de contact et de ses bruissements qui sortent de l’instinct. Désir et nausée participent du même mouvement devant le corps de la femme offerte.

Est-ce que la femme nous imagine dans le rôle assez animal de l’homme s’adonnant au sexe de la même façon qu’on se l’imagine offerte et soumise avant de passer à l’acte avec elle ?

Cette femme, finissant de faire l’amour dit à son nouveau compagnon de lit : « Tu n’es rien pour moi. »

Une femme peut retenir un homme par sa beauté, malgré sa bassesse morale ou ses lacunes sexuelles ; mais l’homme lui ? Comment peut-il conserver une femme ? Sa dépendance à la peau de la femme lui enlève toute chance ou presque de la surpasser en attirance, en pensée, en obsession et en possession.

La femme a un programme génétique, l’homme a un programme sexuel.

L’homme infidèle est l’homme qui, n’arrivant pas à vivre, veut vivre un peu plus que les autres. Et en voulant vivre plus que les autres, on en vient à souffrir plus que les autres et ne plus vivre.

Dire qu’à partir de mes 24 ans, j’ai toujours proposé une relation à une nouvelle femme en lui signalant la présence d’une autre… La plupart a accepté.

Pour l’homme l’occupation la plus saine est la lecture. Elle seule peut l’apaiser, elle seule peut lui faire oublier ses vices et lui faire accepter sa solitude.

Elle semble mal à l’aise de voir que j’ai quelques années de moins qu’elle. Alors pour ne pas trop m’affoler, elle se rajeunit de trois mois…

Sur elle et bien après l’arrêt du roman, les cauchemars ont débouché sur des rêves de réconciliation. Effets bénéfiques de la littérature qui doivent déboucher sur sa rencontre.

Je le rejoins à la gare du Nord avant qu’il ne parte définitivement. Il m’attend, adossé à un poteau, juste devant la porte électrique de son wagon, les jambes croisées comme Lucky Luke, les mains dans les poches. En dix minutes des banalités fusent, les dernières 24 heures de nos vies résumées en quelques secondes. 8 ans de relation vont prendre fin dans la minute qui s’écoule. La sonnerie du train plante le décor qui va annoncer une absence de longs mois, voire d’années. On se serre la main chaleureusement, un peu comme les deux tennismans que nous sommes le font après un beau combat, puis il pénètre dans la rame. De dehors, on ne voit pas l’intérieur du train, les vitres étant teintées. Alors je regarde bêtement la machine partir quand j’aperçois dans le reflet du plexiglas une ombre qui se baisse pour me saluer à nouveau de la main, dernière image d’une amitié de huit années qui se stoppe en un coup de vent, en un dernier salut amical, un jour de rentrée alors qu’un nouveau travail l’attend dans un autre pays. C’est en longeant le quai pour rentrer chez soi, seul et inquiet, que l’on se rend vraiment compte que l’on rentre chez soi.

L’acte sexuel : à mettre sur le compte de la dévoration.

La contemplation d’une femme débouche souvent sur la complication d’une femme.

La rencontre d’une femme débouche généralement sur sa disparition. Choisir la rencontre est souvent choisir sa disparition complète d’où la conclusion funeste que nous recherchons le plaisir et non autre chose en elle.

Ce qui nous excite finalement chez une inconnue que l’on croise sur un trottoir, c’est précisément son côté inaccessible et suffisant. Or, s’il y a rencontre, son apparence extérieure va s’effacer au profit de sa véritable personnalité qui déploie généralement sourire, charme et accessibilité. Notre désir initial s’en trouve menacé et amoindri car le mystère disparaît. D’où l’expérience absolue de faire l’amour à une inconnue au moment même où les regards se croisent. Seul le sexe peut décupler le désir (et le plaisir, à coup sur !) que le mépris d’une femme montre à l’égard des passants.

Un monde peut s’écrouler en cinq ans et être identique à ce qu’il était au moment de la perte d’un être cher. Sauf que la réalité est sous nos yeux. La femme avec qui je ne suis plus depuis cinq ans avait plus que de coutume inscrit son absence ce 23 septembre. En fait il ne manquait qu’elle.

Débarrassé des angoisses d’ordre nostalgique qui s’étaient implantées dans ma vie depuis ces années passées, je n’étais jamais retourné sur les lieux de notre ancien logis. Je l’avais même évité en le contournant lorsque le chemin devenait inévitable. Mais comme je venais de finir il y a quelques mois mon roman Continuer le silence qui concernait cette femme de bute en blanc, je me sentais quelque part débarrassé de ce poids immense qu’est l’absence d’un être aimé par le seul exutoire qu’est l’écriture. Je descendais donc au métro, traversais les rues que jadis j’avais tant de fois sillonnées, puis aperçus l’immeuble se rapprocher de plus en plus. Il y a des jours où votre solitude se confond avec l’importance d’une journée, et là, pour une fois, je n’allais pas poiroter devant la porte en attendant qu’un locataire n’entre ou ne sorte, elle était maintenue ouverte pour cause de travaux. Je bondis comme un renard dans l’entrée, de peur de rater le coche. Je me trouvais ainsi devant les boites aux lettres. Mon regard décrypta tous ces noms inconnus en n’espérant point trouver le sien, et pour cause, je savais qu’il ne pouvait plus s’y trouver. Mais tout de même. Je pris l’ascenseur étriqué dans lequel il fut un temps j’avais fait venir quelques maîtresses, puis descendis au dernier étage. La porte était de la même couleur, un bleu criard, mais le silence oppressant de cette scène pathétique me fila le bourdon. J’étais devant cette porte si familière, seul, dans le silence d’un couloir vide. Je repensais à ces allers retours coutumiers, à cette clef pénétrant la serrure, à mon sexe pénétrant cette femme. Cette femme qui avait passé bien plus de temps que moi dans cet appartement et qui à cette heure se trouvait partout ailleurs, et surtout devait penser à toute autre chose qu’à braver cette maudite porte. Je n’osais pas sonner, voir comment le studio avait évolué. Je me mis à écouter religieusement à la porte pour entendre un bruit qui m’aurait renseigné sur l’occupation des lieux. Mais pas un souffle de murmure ne parvenait jusqu’à moi. Quoi, il fallait déjà partir. L’ascenseur n’avait pas bougé, et m’attendait pour redescendre. Cinq minutes de pèlerinage pour cinq ans de traitement. Tel est le prix à payer des retrouvailles symboliques. Il fallait à présent retrouver la femme et lui faire lire le roman. Encore une histoire de mur et de porte fermée.

Il y a des périodes d’intense contemplation de la femme. Et d’autres où nous sommes d’avantage préoccupés par un match de tennis.

Dieu a si bien intégré le sexe masculin à l’esthétique féminine. Quelle puissante logique, quelle redoutable perte de notre identité. Le sexe ainsi placé dans celui de la femme tente de réunir ces fossés qui s’attirent mais qui restent des fossés infranchissables. Des contacts de peaux qui se réclament du vide universel qui nous submerge.

Il y a du regard humain dans les yeux d’un chat qui observe son maître dans des tâches quotidiennes ; à moins que ce soit le regard du chat dont l’homme se sert pour observer les siens.

Les femmes recherchent la profondeur, les hommes le sourire.

Faire un enfant, aussi jeune soit-on pour y songer, c’est déjà penser à sa propre disparition. En donnant vie à un être venant de nous, même au plus jeune âge, nous songeons au peu d’années qu’il nous reste, et ainsi transférons notre désir d’éternité à quelqu’un de notre sang. Le pire, ce sont les jeunes tarés de 30 ans qui savent qu’ils sont à la charnière, que la mort les attend et leur laisse un nombre restreint d’années. Ils engendrent comme des affamés le peu de vie qui leur reste.

Vivre pour accumuler du vécu, voilà en gros les raisons d’un adultère.

La fatigue morale qui m’accable durant des périodes très précises me pousse à d’inévitables siestes ; et c’est durant celles-ci que la conscience du néant m’atteint à une échelle dithyrambique. Alors que je m’éveille, toujours comateux d’un sommeil tenace, mes visions alternent avec les images obscures d’une fin de cauchemar pour aboutir à des impressions de fin du monde et de fin de soi. L’obscur sentiment de la destinée misérable de l’homme m’apparaît comme une évidence désespérante. J’imagine la mort des miens, puis ma disparition enfin, le cheminement de notre infirmité à la poussière que nous deviendrons. Plus que cette disparition, c’est le non-recommencement de tout, de cette éternelle mise en demeure qui nous attend dans les bas-fonds du terrestre. L’esprit n’est pas assez puissant pour deviner à quel point l’immensité de la mort est un redoutable ennemi de la raison qui nous pousse à vivre ici-bas. Le trou béant du vide qu’impose la fin de l’existence est une injure au moment présent. Comment ne pas sombrer dans la folie après de telles siestes où la prise de conscience du non-être se fait plus concrète qu’un simple clignement d’œil ?

Dans ce rêve qui clôt brutalement le chapitre de l’attente et du désespoir, nous nous réconcilions à l’arrière d’une voiture. Elle me pardonne tout, et vient m’embrasser comme au premier jour. Son visage est apaisé, son orgueil est éteint et son amour est intact. Je me réveille avec dans le silence de la réalité la réconciliation de l’impossible.

Lisant Festivus Festivus de Philippe Muray en revenant de Veneux-les-Sablons par le train, sympathique bourgade campagnarde reposant au bord d’un canal, je ne parvins à me concentrer suffisamment sur ma lecture, deux parfaits crétins (30-35 ans) parlant bien trop fort à mon goût. Mon attention fut donc compromise et se détacha un temps des pages somptueuses que je lisais jusqu’ici. En terme de correspondance entre le recueil de conversations de Muray et le dialogue des deux Festivus, j’étais servi par la réalité d’un côté et les vérités de l’écrivain sur le régime hyper festif que nous connaissons depuis une vingtaine d’années de l’autre. Ces deux zigues ont donc discuté durant plus d’une heure, le trajet Sablons-Paris le permettant, jeux vidéos, films de série Z et moto. Mais le premier thème les a passionnés durant trois quarts d’heure. Ces deux enfants attardés mentaux de mon âge n’avaient rien d’autre à examiner en ce mois de novembre que ces jeux infantiles et débiles de console portative qu’ils avaient bien évidemment sur eux. Ils péroraient sur le graphisme, le scénario, l’intrigue, les versions américaines et européennes d’un même jeu, les multiples disques qu’ils possédaient et le temps immémorial qu’ils consacraient à cela. Ces deux non-êtres corroboraient sans le savoir les dires implacables de Muray sur notre ère confuso-onirique. J’eus une pensée émue pour le regretté Philippe qui me parut plus vivant que ces deux zombies qui devaient sûrement revenir d’un concours de jeu vidéo ou d’une transe rêve organisée non loin de là. Et je me suis demandé pourquoi ces deux pokémons vivaient ? Et pourquoi Muray avait disparu sans que je l’eusse une fois lu de son vivant ?

Il y a trop de choses qui concernent les femmes en dehors du sexe. C’est pour cela qu’elles peuvent partir d’un moment à l’autre de notre vie ou se détacher de vous : Travail, enfant, voyages, amis, famille, orgueil, recherche du bonheur. Alors qu’un homme n’a besoin que d’un corps de femme, et c’est à partir de lui qu’il peut s’adonner à toute autre occupation. 

Le seul caractère sympathique de la cohue du métro, c’est se retrouver compressé contre une belle femme. Bien évidemment, il ne faut jamais en profiter bestialement en laissant traîner ses mains. Non, il faut que la pression humaine fasse qu’elle se retrouve contre vous et que vous ne puissiez plus bouger pour éviter le contact. Dans un RER bondé, une jeune étudiante se retrouve dos contre moi. Son postérieur d’une beauté retentissante était collé à mon entrejambe. Sentant son corps contre le mien, j’essaie de me pousser un maximum pour ne pas qu’elle croie que j’en profite. Mais il n’en est rien. Elle ne bouge pas. Elle devait sentir mon corps contre le sien, fatalement, pire, mon sexe se raidissant contre ses fesses. Pas un regard échangé, rien. Elle a continué à se trémousser (in)volontairement contre moi durant le trajet puis a disparu à l’arrêt suivant. Dépucelage habillé avec une inconnue. Quelques minutes de sens physique dans un monde démoralisant.

Nous exécutons sexuellement notre jugement esthétique de la femme. C’est-à-dire que nous passons du stade purement humain au stade animal pour conclure que nous sommes humains. Il y a d’abord admiration, puis désir, puis assouvissement du désir pour revenir à la tendresse. La sexualité nous fait sortir de l’humain pour mieux nous sentir humain au final. Combinaison problématique car là où l’animal ne voit qu’un instinct de reproduction, nous voyons un instinct de désir, c’est-à-dire un instinct de mort.

Je ne quitterais jamais une femme car je ne peux me passer d’elle, quelle qu’elle soit, même si je m’ennuie, je la fuis, je l’oublie, je l’ignore. Se débarrasser d’une source divine ne représente pour moi aucune espèce de gloire en soi.

Lorsque j’observe mon chat durant sa journée, il m’arrive de penser que je n’en fais pas plus que lui. Vu sa faculté impressionnante à dormir et ne rien faire, j’en conclus tristement sur ma désespérante façon de gérer mon temps.

L’âge ne fait que s’aggraver.

-          Nous ne faisons plus rien ensemble, dit elle.

-          Nous faisons l’amour ensemble très chère, que veux tu que nous fassions de plus enivrant que cela ? », dit-il. Ensuite à chacun de remplir sa vie.

Les Cahiers du Cinéma, revue ô combien méprisable, m’envoie un courrier de rappel pour que je me réabonne (Ceci dit un « ami » m’avait abonné sans me prévenir, ce qui explique mon inscription à ce genre de revue indigeste). Dans celui-ci, je lis, me demandant si je suis en train de cauchemarder. « Pour nous, perdre un abonné, c’est comme perdre un parent ou un ami. » Signé le directeur de la revue ! En période libéralo-compassionnelle, je leur réexpédie la lettre avec un commentaire de rigueur. Même les soi-disant revues intello jouent le jeu du système abject alors qu’elles sont censées s’adresser à ceux qui en sont sceptiques… Naïveté encore…

Quand on est un obsédé des femmes comme je le suis, il est difficile de rencontrer une obsédée des hommes pour que la relation ne dévie pas sur de l’amour, de la fidélité, de la lassitude ou du mensonge.

Je suis moralement indépendant de la morale.

Mon espérance de vie décroît à chaque fois que je fais l’amour. J’abandonne trop de moi en l’autre en mettant la relation physique au dessus de tout rapport humain. Evidemment, je suis dans l’erreur, mais le désir est trop fort.

Hier soir, ai fait l’amour comme rarement je l’ai fait dans ma vie, à 30 ans, fin 2008. La solitude du lendemain est essentielle pour se retrouver parmi la banalité de vivre, loin d’elle, et tout prêt de ne plus rien toucher de réel.

« Tu es quelqu’un de formidable, mais je te quitte. », lui dit-elle.

Durant sa vie fragmentaire, l’homme cherche à pénétrer toutes les belles femmes parce qu’il n’a pu le faire à sa mère. De la même façon que la caresse du corps féminin lui rappelle l’époque où il se blottissait maternellement contre elle. Disons qu’un homme sans mère est relativement épargné.

On ne parle plus de la même manière à son ex-femme en comparaison au temps où celle-ci partageait notre vie. Ensuite, le registre, le niveau, le ton du langage changent. En cela, il est clair que ce sont deux femmes qui partagent à la fois votre souvenir et votre quotidien. Ce que vous disiez à l’une est anachronique à l’autre quant ce que vous pouviez dire à celle que vous avez perdue est d’une autre nature que ce vous lui disiez au temps de l’amour. En résumé, il ne sert plus à rien de s’adresser à une femme perdue. C’est la ruine du langage et du rapport humain.

 Quelques bons livres qui ressortent dans la tempête de 2008: Diane ou la chasseresse solitaire (Fuentes), Le Premier sexe (Zemmour), Journal atrabilaire (Clair), L'Opprobe, L'Amour mendiant (Millet), Le Réactionnaire authentique (Davila), Essai sur les femmes (Shopenhauer), Cahiers 1957-1972 (Cioran), Festivus, festivus (Muray), La Clairvoyance du Père Brown (Chesterton).

Carnets 2009

Il y a d’abord cette femme qui va commencer cette année en s’éloignant, en repoussant les limites d’un contact, en m’abandonnant dans le silence comme elle a su s’abandonner sur commande.

Puis il y a cette autre femme qui, d’un geste surhumain, va venir peupler ce qui était des songes depuis cinq ans. Elle va réapparaître comme le font tous les disparus, avec ce sourire de compassion et un visage qui a pris en plein cœur l’impact du temps. Chez l’homme on appelle cela le charme. Chez la femme, la vieillesse.

L’avenir pour une femme qui aime un homme ressemble à un bébé. Alors que pour l’homme, c’est la rupture qui lui vient en premier à l’esprit. Du coup, la femme se retire. 

Je suis dans la position affective où je devrais quitter ma femme. Et je sais pertinemment que je ne le ferais pas. Par désoeuvrement, absurdité d’être mais aussi d’être ensemble, conscient que le temps s’occupera de nous bien assez tôt en nous déchirant de manière coutumière.

Le problème de l’existence, c’est sa continuité. Continuité dans la rupture, qu’elle soit existentielle ou mortelle.

Deux choses m’ont permis de fréquenter intimement les femmes. Leur attrait physique inépuisable et le temps dont je disposais pour tenter de les séduire. Sans l’ennui confondant qui m’accable un jour sur deux, je n’aurais jamais eu les moyens d’aller risquer mon équilibre psychique à la rencontre de ces êtres voraces, lointains, décevants et terriblement accueillants.

5 janvier, pas encore fichu les pieds dehors

Principe de contradiction : On ne demande pas la vie, on nous la donne. On ne veut pas la rendre, on nous la prend.

On arrive à un âge où les gens ne vous appellent plus. Pas plus que vous ne les appelez du reste.

Il y a certaines femmes qui chez qui le sexe ne prend aucune tournure sexuelle.

Enfanter c’est créer des agonisants.

31 janvier. Mon oncle est mort, des suites d’un cancer de la plèbe contracté dans les années 68-69 alors qu’il était en contact avec de l’amiante. Inguérissable, il a survécu dix mois depuis qu’on le lui a annoncé, puis, il y a dix jours, son état s’est aggravé et la maladie l’a décimé. Il disparaît à 72 ans, sachant depuis un an qu’il était condamné. Il a attendu que les siens le rejoignent pour partir. Et à l’heure où j’écris ces quelques lignes, il a rejoint la mort depuis quelques heures. Où est-il ? Où est-il à présent qu’il ne vivra jamais plus ? De la trivialité de la vie à la profondeur du néant, voilà notre destin pitoyable de mortels en vrac.

C’est à ça que l’on reconnaît le temps qui passe : un jour quelqu’un n’est plus là. Et l’on se rend compte de cela au moment où il disparaît. Qu’il n’est plus là et qu’on en est à ce moment-là du temps.

A l’enterrement de mon oncle, mort d’un cancer de la plèbe à l’âge de 72 ans, je fixais son cercueil. Je revoyais en mémoire cet homme grand, vigoureux, au regard toujours sympathique, très calme, bref, un homme discret. Moi qui jusqu’ici rejetais l’idée terrifiante de reposer dans cette boite en chêne, je me suis dit que telle était notre condition. L’idée du cercueil, qui, il y a encore un an me paraissait ignominieuse, est apparue d’un coup logique. Dans la tristesse, l’incompréhension et l’injustice, je l’ai sentie ainsi, logique de notre destinée inutile et débile. Mon oncle savait qu’il était condamné et cela dix mois plus tôt quand il a appris la terrible nouvelle. Il est mort sans tomber dans le coma, en se sentant partir, en agonisant, en poussant un dernier cri[1], en étouffant, en ouvrant grand les yeux, en se rigidifiant, en étant terrifié par ce qui lui arrivait d’un coup, puis son cœur s’est arrêté et il n’a pas eu le temps de fermer les yeux. Mort comme un poisson amaigri et courageux, les yeux fixés vers le néant avec la bouche entrouverte. Il savait qu’ensuite on se réunirait autour de son corps sans vie, puis de son cercueil. Telle est la longue destinée terrienne et dont tout le monde semble s’accommoder en continuant de procréer comme des veaux.

J’ai adoré te voir (ton visage souriant, apparaissant au sortir de ton bureau, me redonnait cette confiance en l’existence) et Dieu sait si, à présent, je me passe logiquement de toi.

Je réfléchis tellement sur le sexe que je continue même à échafauder des théories alors même que je suis en train de le pratiquer…

Le sexe nous rend autre, durant la traque, puis durant le partage des sens. Ou alors il nous rend à nous même dans la débauche de notre âme pervertie…

Le gros du travail de l’écrivain n’est pas d’écrire son œuvre mais bel et bien de lire celle des autres.

R., le savant donneur de leçons critique l’humanitariste des autres, pour lui organe du post-moderne avide d’images, de narcissisme bienveillant, d’autocongratulation et d’idéologie refoulée (ce qui est vrai mais non sans rémission et possibilité d’acte désintéressé ou solidaire), n’a pas donné de sa vie de pièce au mendiant du coin, préférant jouer l’intellectuel étonné d’être lui-même si peu humain en fin de compte et prenant le parti du jugement permanent en s’excluant des mauvais.

Les femmes savent aimer mais peuvent se contenir et se réfréner. Les hommes ne savent pas aimer mais ne peuvent pas se contenir ni se réfréner.

Au cinéma, Daniel Balavoine a fait une apparition dans deux films très mauvais. Et ces deux comédies finissent par un plan sur un cimetière.

Drôle de situation de savoir qu’on ne pourra jamais fréquenter longtemps telle ou telle femme pour des raisons tragiques de commodité (âge, situation, mariage, etc.) et de ne pouvoir s’en dépêtrer malgré ça.

Suite logique de toute rupture amoureuse : revoir la femme à un moment donné pour mieux l’annihiler dans une sous-existence banale et mortuaire.

Une femme sait vous accueillir, aussi parfaitement qu’elle sait se départir de vous. Avec le même élan vital et concentré sur elle-même.

Désirer amoureusement une femme, c’est tenter de percer le mystère qui se cache derrière sa beauté. Une fois découvert, l’homme et la femme vont droit dans le mur à plus ou moins long terme. Et la nature, bienfaitrice, espère qu’entre temps, un enfant naîtra de ce malheur.

Se séparer des femmes que l’on aime. Conquérir celles qui nous débectent. Juste pour la primauté du corps. Et notre malheur par la même occasion.

Les femmes éprouvent, les hommes ressentent.

Les femmes s’agitent, les hommes s’ennuient.

Les femmes vivent de l’oubli, les hommes meurent du souvenir.

Les femmes se promènent, les hommes chassent.

Les femmes se dérobent, les hommes se suicident.

Les moments où j’ai besoin d’une femme sont aussi désespérants parfois que les moments où j’ai besoin d’être seul et comme souvent, ces moments sont incompatibles voire improbables.

Une femme s’entend aussi bien dans l’amour de son prochain que dans son mépris pour lui. C’est pour cela qu’elle est incapable de s’aimer et de se mépriser elle-même. Elle demeure inexorablement dans le rapport à l’autre, qu’il soit intense ou silencieux. La femme n’étant rien à soi.

Le seul moment où l’homme est serein se situe juste après l’amour – et qui sait juste avant la mort –. Dès qu’il se détache de ce moment, qu’il soit avant ou bien après, il est condamné au désir et à la mort.

Chez l’homme le désir charnel est avant tout le désir de ne pas mourir. La femme tente d’y réchapper car pour elle, l’abandon signifie la résignation à la mort. Mais pour l’un et l’autre, le gouffre les attire et ils finiront par mourir, (l’un de jouir, et l’autre de procréer).

Si je veux la revoir, c’est avant tout pour ne plus la voir par la suite. Sans ça, elle me hantera jusqu’à mon dernier souffle.

Nous ne pouvons être véritablement touchés par l’amour d’une femme laide car nous croyons que sa disgrâce extérieure l’empêche d’avoir accès à la beauté. Autrement dit nous passons par ce schéma intellectuel absurde qui consisterait à croire que son aspect physique se ressentirait directement sur sa vision esthétique et l’empêcherait de ressentir ce désir pour nous. Ce qui fait que nous n’y prenons pas garde, que nous n’en ressentons aucune flatterie, et nous passons notre chemin avec une indifférence que nous n’emploierions jamais envers une belle femme. Terrible leurre bien évidemment que de ne pas considérer comme légitime l’amour que cette femme peut nous porter, tout en le sachant. Mais ne voit-on pas dans son amour le miroir de notre propre laideur ? Et la raison de notre fuite imminente ?

Un gouvernement cherche le moyen de briser une grève ? Un conseil simple, offrez aux grévistes des places gratuites pour Eurodisney et le travail reprendra de plus belle.[1]

Les femmes se plaignent et s’étonnent qu’on ne cherche qu’à les attraper… Mais lorsque l’on veut faire durer la relation, elles se démènent inlassablement pour vous décourager car rien ne leur va comme il le faudrait. Elles se donnent puis fuient. Vous êtes attachés et elles se tirent. Vous les rappelez et elles ne daignent vous répondre. Elles vous proposent puis renoncent. Une seule porte de sortie, ne rechercher que l’acte charnel et surtout ne pas aller plus loin avec ce genre d’être humain, il n’y a souvent pas grand-chose à faire de plus… C’est aussi pour cela que Dieu leur a mis ces attributs physiques redoutables et diaboliques, pour cacher leur vide, leur laideur intérieure et proposer au mâle dominant la chaleur esthétique, le confort amère du plaisir terrifiant. Reste la grande amoureuse, mais cela est une autre affaire, rare et précieuse.

Il est mort. Foudroyé par l’ennui.

F. a 16 ans mais son corps en a le double si ce n’est que sa peau reste incorporée à son temps. Son visage n’est rien sans cette silhouette qui appelle au meurtre du désir. Je l’observe disserter sur Candide de Voltaire en fixant son apanage mortel. Ses seins dont j’aperçois la texture douçâtre sortent de leur pull échancré pour l’occasion. Et quelle poitrine ! à convertir à jamais un mécréant. Je les fixe comme si la puissance du regard pouvait me les faire arracher à leur destin pour le moment vierge de toute possession. Elle me sourit, me fait un signe de la main qui signifie tout sauf un appel de sa chair, puis reprend sa besogne. Après une telle vision d’horreur sublime, se coucher et oublier ce pour quoi on a été créé.

L’homme jouit comme un goret, la femme comme une truie. L’homme se vide comme un goret, la femme se remplit comme une truie.

« L’absence de Dieu n’ouvre pas la porte au tragique mais au sordide. » écrit Nicolas Gomez Davila. Je complèterai sa pensée en déclarant que la présence de Dieu ouvre la porte au tragique quand son absence l’ouvre au sordide.

Chaque jour semble différent alors que nous pensons aux femmes de manière identique. Avec passion et fatigue.

On a l’impression féroce que l’oubli motive les femmes à continuer, alors que le souvenir terrasse les hommes.

La mémoire sélective des femmes leur permet un arrêt brutal pour un redémarrage en force. Celle des hommes les arrête définitivement.

J’arrive à un âge où je ne peux plus voir une femme dévorer une banane sans m’effondrer. (Expérience de cantine de Fénelon...)

Il me faut une bonne dose de plaisir pour conforter ma bonne dose d’égoïsme.

Jean Prévost (symbole du résistant héroïque et martyr) et Ramon Fernandez (figure de la collaboration) étaient écrivains et amis. Le premier ayant eu le second comme témoin à son mariage en 1926. Ils sont morts, l’un exécuté par les nazis, l’autre d’une embolie, à un jour d’écart. La veille de la mort de Prévost, l’avion de Saint-Exupéry s’écrasait. En trois jours, ces destins d’écrivains contradictoires et tragiques disparaissaient.

Ramon Fernandez, à l’age de 11 ans accompagne le cortège de son père, mort d’une chute de cheval. Il avait rencontré sa femme des années plus tôt alors qu’elle avait chuté de cheval. Un cheval les a réunis. Un autre les a séparés. 1944, Dominique Fernandez, 15 ans, accompagne le cortège de son père Ramon, mort d’une embolie.

J’ai retrouvé l’appétit de vomir, dirait une anorexique.

Notre gentillesse naturelle justifie parfois le calcul de notre fausse méchanceté.

Etre constipé du cœur.

Un jour, Dieu nous prive définitivement de la vie. Avant cela, il nous laisse témoins de la privation de celle des autres.

Je m’use à trouver le Jean Pévost de Jérôme Garcin. Ne connaissant pas le biographe, je lis la première page et apprends qu’il bosse à L’Evénement du Jeudi. Aïe, je suis sceptique. Et dès les premières pages, je hurle. Le super résistant du vide s’en prend aux études que l’on fait sur Drieu ou Céline au détriment de Prévost. Pire, il débecte la littérature de Rebatet, Céline, Maurice Sachs (qui s’il l’avait un peu lu, saurait qu’il n’était pas un collaborateur et qu’il figurait sur la liste noire des intellectuels français poursuivis par la Gestapo avant son départ pour le STO) au profit de celle de Char ou de Guéhenno, sous prétexte qu’ils ont résisté. (Guéhenno, contrairement à ce que Garcin annonce, n’a jamais pris les armes…) Pas de bol pour l’écrivaillon événementiel du jeudi après-midi, j’ai lu autant Guéhenno (que j’aime beaucoup, son Journal des années noires fait partie des grands textes que j’ai eus sous les yeux) que Sachs, Brasillach ou Drieu. Et défendre littérairement un résistant contre un collabo, pour son seul destin politique, dénonce le gouffre analytique de ce style de plumitif donneur de leçons. Qu’on lise Prévost qui n’est pas sans tâche idéologique, contrairement au portrait débile que Garcin en fait, et qu’il existe des sous-biographes pour le faire, c’est bien. Que l’on détruise en deux phrases Maurice Sachs ou Céline à cause de leur biographie, c’est évidemment l’apanage des post-modernes à la Garcin, des grands résistants de la littérature de soupière et de la sociale démocratie festive. Et c’est bien triste qu’un type comme Prévost (ami et témoin de Ramon Fernandez à son mariage…) soit réhabilité par ce type de scribouillard édifiant au style à faire vomir un René Char ! Sur le quai du RER à Saint Michel, une racaille haineuse de 17 ans bouscule ma fiancée puis me pique le bouquin de la main en s’enfuyant avec. Voyant que je ne le poursuis pas, resté médusé par ce type de violence et de lecture gratuites (et surtout ne voulant pas risquer ma peau pour ce genre d’écrivaillon) et que je lui laisse du coup le livre sans broncher. Dépité devant mon indifférence et pour lui et pour le livre, il revient sur ses pas et décide de me le rendre ! Même un analphabète n’a eu que faire du Garcin !

La désespérance mène au plaisir. Le désespoir, au suicide.

Jean Prévost a été poursuivi par la malchance au moment même où il est mort. D’abord tué par les nazis alors qu’il n’a que 43 ans, puis quelque peu oublié dans la mémoire littéraire, enfin, peut-être le pire pour l’écrivain qu’il était, avoir eu pour biographe posthume Jérôme Garcin. Ce ridicule plumitif, en voulant honorer la mémoire de Prévost, a publié un livre immonde et faux sur la pensée de l’écrivain, qu’il récupère à la sauce « d’un événement du jeudi ». Pour Jean Prévost ou comment abattre un homme déjà mort, par J. Garcin. Doublement assassiné par les nazis puis par les post-modernes. Nos nazis à nous.

Après l’amour, la femme ayant apaisé le corps de l’homme, il ressent très loin d’elle cette béatitude qu’il voudra renouveler jusqu’à sa mort. En d’autres termes, l’homme s’éjecte très loin de la femme pour savourer enfin son apaisement.  En cela, elle n’est qu’un exutoire, et certainement pas une source de bonheur.

Après la maladie de la vache folle, puis de la grippe aviaire, nous voici infectés par la grippe porcine. Une maladie de porcs qui se transmet à l’homme depuis qu’il se conduit comme un porc. Nous passons donc de la vache au poulet pour arriver au cochon. Réelle décadence observée dans ces nouvelles maladies dégénérescentes… A quand la grippe ratière ?

L’homme meurt aujourd’hui de maladies animales, de la même façon que certains animaux, au contact de l’homme, finissent par attraper leurs saloperies. (Rappelons-nous le cancer de la peau du singe albinos du zoo de Barcelone.)

Les gens infidèles sont les seules personnes qui, vivant alors en couple, endurent dans le même temps de brutales ruptures. Du coup, ils souffrent de leur déchirure en compagnie d’une femme qui leur réclame de l’amour. Autrement dit ils vivent leur deuil intime en situation de bonheur conjugal… Expérience solitaire et silencieuse de forçat.

Au final, la vie parait assez longue pour nous préparer convenablement à l’éternité.

Les femmes ressentent le climat mieux que personne et semblent adorer se faire pénétrer par la météo. Maxime écrite en ce début de printemps estival.

Je me trouve dans une phase de tromperie suicidaire.

En ce moment glaçant, j’hésite à rappeler une femme de 36 ans ou proposer un verre à une fille de 16. En un instant, je peux rompre vingt années de choix difficile.

On parle toujours de l’injustice du malheur. Et pourtant, celle du bonheur est tout aussi légitime. Me plaignant et souffrant de l’absence de A., il aurait aussi fallu penser à l’injustice du bonheur qui a été le mien au moment où elle est entrée dans ma vie. Pas plus que le malheur, le bonheur naît d’une énorme injustice. Pourquoi être heureux à ce moment précis et au détriment d’autres qui le méritent plus que moi?

Montherlant l’avait annoncé. Plus on prend en âge, et plus l’amour devient sordide lorsqu’il est lié au désir sexuel le plus précaire.

Avant 30 ans, on pense ne jamais pouvoir remplacer une femme, et même le faisant on en souffre encore. Passé cet âge, perdre une femme est avant tout en gagner une autre, plus belle ou plus douce. La nouveauté devient l’unique critère.

Je suis de la pire race des hommes. Celle des types infidèles physiquement et fidèles affectivement. Ne jamais se contenter d’une femme, mais ne jamais la faire partir non plus. Protéger sa femme tout en voulant conserver sa maîtresse. Chaque jour inscrit au calendrier est de cette nature. Barbey ne s’était pas trompé, la tromperie est du côté de la passion et de la mort.

Ai fait l’amour toute la journée d’hier, à satiété, et aujourd’hui je rentre chez moi désespéré de ne pas avoir frôlé un sein ou un visage de lycéenne croisée à mon travail

Je n’ai pas d’autre sujet de roman que le rapport de l’être à la peau d’un autre être.

Une période creuse se définit par l’abandon de romans qui nous tombent des mains et la rencontre impossible de femmes improbables.

Titre de mon prochain roman : La Chair humaine.

J’ai besoin d’une bonne chanson pour mettre une couleur à mes émotions. Elle seule me dictera la conduite à opérer par la suite.

Au final, après avoir bien vécu, il faudra être bien mort.

Dire qu’une femme frigide ne retiendra jamais les exploits charnels d’un ex-fiancé… Et plus dramatique, le prendra pour un manchot.

Ma femme, se sachant trompée, a fui chercher un autre homme pour l’épouser. Autre façon dérisoire et illusoire de vouloir emprisonner ce qu’est l’essence d’un homme. L’obsession de la chair féminine. Comme pour l’homosexualité, il y en a qui refoule ou s’auto flagelle. Maurice Sachs a tenté de rentrer dans les ordres, Montherlant a subi le mariage, Cioran l’ascèse, Matzneff le libertinage adolescent, ils ont tous échoué. Le désir est irrécupérable. Du coup, la femme se marie.

La beauté des femmes, voilà un motif de toute une vie, et une bonne descente aux enfers pour celles qui comptent.

Dans les relations compliquées, voire impossibles, l’homme se donne à fond car il sait que seule la mort le tirera d’affaire. « Au pire, il y a la mort qui d’un trait résoudra mes problèmes. », se dit-il. La femme, elle, se protège, souffre de sa conscience, bref, réfléchit avant tout à sa petite personne. « Il n’y a que la vie qui peut résoudre mes problèmes, se dit-elle. » Sa carapace est si étendue que le désir de son corps est relégué au rang d’un devoir sur table. L’homme, lui, se ruine en plaisirs car il est prêt à offrir sa vie si jamais cela venait à tourner mal. Pour ces deux êtres, rien de plus logique, l’homme se donne la mort, et la femme donnera la vie.

Je suis un homme de contact. Avec la bouche d’une femme, une balle de tennis, le livre d’un auteur, le film d’un créateur, la note d’un musicien. Chaque intonation, murmure, effleurement me transportent et me brisent car devant eux, je suis à la fois totalité et néant.

La vie est un essai. Pas de panique, rien ne compte au final !

Les femmes ont l’orgueil du silence. Et l’on s’étonne après quand l’homme de 25 ans et plus (définitivement dégoûté par ces bêtes incurables) ne s’intéresse plus qu’à leur corps.

Définitivement obsédé et malgré cela je ne peux séduire une femme si je n’éprouve pas pour elle l’élan d’une passion amoureuse. Ce qui me conduit communément à aimer un corps souvent en deçà de mes attentes et finir seul de ne pouvoir m’en satisfaire.

La chair féminine est la grande tromperie du quotidien.

Comme tout est reléguable à la chair. Vous retirez le corps d’une femme, et que voyez-vous ? Une âme misérable, une étendue vide, un océan d’insignifiance, un monstre d’orgueil, une ambition démesurée dans le commun et du silence, beaucoup de silence.  

Eté 2009 : défilé de p. dans les rues. Qui pour dire cela de nos jours?

Mort de Joe Dassin. J’écoute Claude Lemesle raconter les derniers moments du chanteur. Alerté par un cœur fragile et usé, on lui recommande de prendre du repos et de partir en vacances. Août 1980, il part aux Bahamas afin de se relaxer. Pêche, bateau et compositions de chansons sont au menu. Puis arrivent les dernières minutes. Avec Claude Lemesle, Dassin choisit sa nourriture au self d’une cafeteria, puis s’installe à une table. Il commence son assiette, écoute le parolier lui parler de nouvelles chansons puis s’écroule sur sa chaise, inconscient. On l’allonge puis on commence le massage cardiaque, en vain. Il ne vivra plus. Voilà une mort terrifiante. L’épuisement de l’existence. Un type arrivé à 40 ans et au bout de ses forces. Dépressif, surmené, drogué, Dassin, le chanteur de comptines s’écroule d’un coup, entre deux bouchées alors que personne n’avait prévu à ce moment-ci un arrêt si brutal. On devrait tous mourir ainsi pour montrer à quel point vivre est épuisant et stupide. Et Dassin, derrière une œuvre un peu légère (mais souvent touchante, cf, Salut les amoureux.), meurt en perdant et en héros déchu.  

Donner la vie donne la mort. Et donner la mort ne rend pas la vie.

Pourquoi vivre si longtemps une existence si courte ?

Avant (c’est-à-dire, il y a à peine 25 ans), les stars déchues mouraient à 30 ans de mort violente ou tragique, voire 40 (Balavoine, De Dieuleveult, Dewaere, Colard, Seberg, Dassin, Nomi, Wood, etc.) Aujourd’hui, et l’ère Mickael Jackson le démontre aisément, les destins brisés s’éteignent à 50 ans d’erreur médicale et on en fait des anges déchus ! Espérance de vie oblige, les vieillards de 50 ans meurent jeunes ! Au XIXè, on ne dépassait pas la vingtaine : Ducasse, Radiguet, Laforgue…

Les grandes chansons peuvent nous faire vivre quelque chose de miraculeux durant cinq minutes. Je ne vois pas d’autres choses pouvant le faire ainsi.

Le problème majeur de la mort, c’est qu’elle ne correspond à rien de vivant. Et nous ne sommes que du vivant.

Redouter la mort ne signifie pas forcément vouloir vivre à toux prix, mais bel et bien craindre l’inconnu terrifiant que signifie toute fin de vie. On peut être très malheureux et s’en tenir là. Sans vouloir mourir.

L’ennui implacable rend l’humanité d’un tel supplice qu’on préfère s’effacer du monde au risque de paraître immature ou pédant.

On lie souvent l’été ou les vacances estivales aux amours sans lendemain. Pour moi, elles furent de tout temps des lendemains sans amour.

Grosse perturbation interne : je vais cesser d’aimer une femme pour tenter de la séduire. Je vais le faire que par attirance physique. En cela, j’observerais si les problèmes décuplent ou s’atténuent.

L’amour, cette illusion meurtrière qui a besoin de l’autre pour assouvir la passion de soi. Ou la feinte de s’intéresser à autrui en ne révélant que son ego et la sauvagerie de son désir.

Je rêve de ma grand-mère paternelle disparue il y a près de 17 ans. Dans ce songe, je garde l’image que j’ai toujours eue d’elle jusqu’à ce qu’elle disparaisse à l’âge de 80 ans d’un cancer. J’en avais 14. Sauf que ces cheveux avaient poussé et elle portait cette coupe très longue que seules les fillettes arborent lorsqu’elles vont à l’école. Je lui demande alors comment elle va depuis 17 ans. Elle me répond calmement qu’elle nous attend tous et qu’elle se porte bien. Je lui fais la bise comme au temps de la vie où enfant je sentais sa joue ridée s’enfoncer sous la pression de mes lèvres de garçonnet. Une question me taraude au réveil. Pourquoi Mamie vient-elle me visiter en rêve pour me dire qu’elle va bien ? Moi qui y pense si peu, enfin qui y pense comme on pense à sa grand-mère disparue il y a 17 ans. Un indice peut-être vient m’éclairer. L’autre soir, je regardais à la télé Daniel Cordier parler de son incroyable livre Alias Caracalla. Le journaliste évoque Jean Moulin sur lequel Cordier a écrit une biographie gigantesque, travail colossal émanant directement des rapports que les deux hommes ont eus durant la guerre et Cordier de dire qu’il espère retrouver, plus de 60 ans après la mort de son ami, Moulin dans l’au-delà. Cette évocation touchante m’a interpellé au plus haut point. Cordier évoque avec une passion indéfectible (et sûrement problématique) son amitié pour Moulin vieille de 70 ans. Belle manière de faire durer une relation masculine et d’évoquer à travers le temps la mémoire d’un homme. Enfin, je n’avais jamais pensé retrouver qui que ce soit après ma mort, croyant à un écrasement de la matière. L’idée ne m’a même jamais effleuré l’esprit. Et Cordier, dont je bois les paroles durant cet entretien télévisé, m’attristant de cette séparation immonde qui semble le toucher au plus haut point malgré le poids des années de séparation, évoque cette possibilité de retrouvailles dans l’au-delà ! A 89 ans, l’homme est proche de la fin et pense à cette éventualité de retrouver enfin son ami. Après une vie, et quelle vie vécue, il est l’heure de retrouver Jean Moulin mort en juillet 1943. Et bien c’est ce que ce rêve où je revois ma grand-mère semble me dire. On se retrouvera un jour.

Il est intéressant d’observer la volonté de fer que mettent les femmes à procréer tout en sachant que la mort arrachera leur progéniture à la terre sur laquelle elle a été conçue. L’entrain de ces dames à accepter la mise à mort de leur enfant en vue d’un bonheur hypothétique et éphémère me glace le sang. En voyant, cela, il m’arrive d’éjaculer de la glace.

Il y a des femmes qui m’ont fui du regard jusqu’à ce que je les perde définitivement de vue.

Les femmes agissent avec les hommes de manière à ce qu’ils finissent par ressembler à tout ce qu’elles détestent et critiquent afin d’être au final attirées par eux. La perversion est d’emblée leur truc. Plus l’homme est prévenant et sincère et plus elles le méprisent. Dès qu’ils se mettent à les considérer comme des objets sexuels non pensants bien que calculateurs, elles exultent et se donnent sans compter. Mécanisme infernal, déstructurant et schizophrène au possible. Exemple classique vécu avec A., J., L., J., L., X., F., etc. Qu’un homme ait la douceur d’une femme et il passera sa vie seul !

Tu es prévenant, et tu deviens l’ami des femmes, l’ami qui ne couchera jamais. Tu te comportes comme un sagouin, et tu additionneras les conquêtes.

Les femmes n’ont pas de destin, et si on les laissait faire, elles s’en contenteraient aisément. Elles supportent durablement leur misère sexuelle et existentielle. En se suffisent à elles-mêmes puisqu’elles sont avant tout parures, ombres, passantes ou simples silhouettes.

Seul l’homme peut changer la femme en destin. La plupart des femmes voyant leur non-destinée changer et prendre la voie d’un destin unique, se dérobent, préférant revenir à leur mièvrerie maternelle et hystérique.

Le désir sexuel est insatiable car on croit l’éprouver pour la première fois à chaque femme. Il se confond avec chaque nouveau visage que nous croyons aimer pour l’éternité. Alors que le suivant nous attend dans un coin de notre vie.

Les femmes se contentent de se faire attraper. Le plaisir passe au second plan. Ce qu’elles aiment ne fait pas partie de ce que l’on recherche en elles, d’où une éternelle incompréhension à la fois misérable et funèbre qui unit l’homme à la femme.

Généralement un suicidé lucide aurait pu retrouver goût en la vie quelques mois ou quelques années suivant sa mort. Sa grande faiblesse, c’est de ne pas avoir su cela au moment où il se supprime. Combien d’êtres suicidés auraient pu goûter au bonheur durable quelques années après leur geste funeste, si leur sensibilité n’avait pas entamé le peu d’espoir qui leur restait ? Qui sait une femme, un ami, un travail, un livre, une chanson auraient pu les ramener sur le chemin de la vie, mais le présent est pour le suicidé la seule matière à ses peines. En se tuant, il met un terme à son propre deuil. Or le deuil est une chose qui passe. Le suicidé meurt toujours au mauvais moment en refusant de faire le deuil de soi-même.  

Le lien le plus puissant qui unit la femme à l’homme réside souvent dans leur implacable séparation.

L’ennui est le seul état humain qui nous fait goûter à l’idée de notre propre mort. Il est le substitut vivant de notre lamentable et funeste condition. Il est le corps mort en vie

La mélancolie viendrait du foie. Moi qui ai toujours eu des problèmes de digestion.

Mort du chanteur-acteur Filip Nikolic; où comment la disparition brutale d’un jeune homme de 35 ans définit pour l’éternité ce qu’est l’existence d’un être passant ainsi du statut trivial de « Boys band » et d’acteur TV inconnu et sans réel talent à un destin tragique d’homme blessé et fragile. D’une beauté assez évidente, ce type respirait la joie de vivre conférant à son statut une sorte d’immortalité liée aussi à son physique d’éternel jeune premier. Et d’un coup, alors qu’il était à moitié oublié de tous, la mort l’a relégué au rang d’icône tragique. Les journalistes, tristes pantins qui reflètent la médiocrité ambiante de l’époque, excellent à dénigrer le cadavre sous prétexte que son « œuvre » est à jeter aux oubliettes. Aucun respect devant la jeunesse du type, de son suicide maquillé, et du mal être qu’il trimballait avec lui depuis des années (sans parler que sa femme l’avait quitté et qu’il avait un môme en bas âge…). C’est aussi devant de telles immondices de leurs parts, que je me plais à considérer cette profession comme l’une des pires de notre société. Filip Nikolic ne méritait pas qu’on parle de lui, il ne méritait pas non plus qu’on juge sa disparition en fonction de sa carrière ratée. Mais il mérite que l’on pense à lui, et c’est ce que j’ai fait toute la semaine.

Dans le métro, une jeune femme lit Rachel et autres grâces d’Emmanuel Berl. Livre rare, méconnu s’il en est. Je la fixe autant que je peux pour qu’elle me remarque. J’ai envie de lui conseiller Sylvia, le livre somptueux de Berl. Mais elle ne bronche pas et fait comme si elle ne me voyait pas. Le drame de l’histoire vient surtout de moi. Si cette fille avait correspondu à mes attentes en matière de physique gracieux ou de charme convaincant, je lui aurais adressé la parole sur le champ. Là, j’ai simplement attendu qu’elle se manifeste (et une femme ne se manifeste jamais autrement que par le fait qu’on se manifeste à elle). Le plus drôle étant qu’elle devait sûrement lire la première histoire (elle en était au début du livre) où Berl raconte comment il s’est retrouvé à coucher avec une femme rencontrée dans un compartiment de train. Bref, ne la trouvant pas à mon goût, je l’ai laissé partir avec son ignorance, ses connaissances et surtout sa laideur. La beauté seule me pousse à m’adresser à la gent féminine même quand elle s’intéresse à Emmanuel Berl.

Le plaisir déforme le visage. Le bonheur l’apaise. La frustration le tend

Deux collégiens doivent acheter un roman dans les rayons de Gibert Joseph à Paris. En voyant les bibliothèques remplies de livres en tout genre, l’un deux s’interroge : « Comment peut-on acheter un livre par plaisir ? Il ne faut pas connaître Internet pour cela ! » En entendant cette horreur, je passe en leur disant nonchalamment : « C’est précisément par ce qu’il y a Internet que l’on peut prendre plaisir à acheter un livre ! ». Et ces deux imbéciles de rire dans leur barbe de pré pubère décérébré. Cet exemple infime et minable de la vie quotidienne à Paris renseigne de manière implacable et terrible sur l’adolescence actuelle bouffée de l’intérieur par le marché de la technique et le rapport permanent au virtuel divertissant.

Mon désir sexuel insatiable me ramène à mon misérabilisme humain.Mon désir sexuel assouvi me ramène à l’extase humaine.Or ce désir assouvi méconnaît le désir insatiable. Ce dernier n’étant contré que bestialement et la plupart du temps seul. D’où l’éternel passage par la misère de notre condition, l’apitoiement des sens et le suicide de l’amour.

Ce qui créé l’horreur de la fellation, dans le sens visuel plutôt que dans celui de la sensation, c’est à coup sûr cette conjonction subtile et terrible entre le sublime et le vulgaire, cet inaltérable rapport entre le beau et le laid, ce lien antinomique entre la douceur et la brutalité, la grâce et le trivial ; cette infime contact entre le paradis et l’enfer. Le visage si somptueux de la femme désirée en contact rugueux avec le phallus hideux du mâle. D’où l’insistance des films pornos à représenter en gros plan cette vision d’horreur.

Nous vivons une époque de libération sexuelle sans sexe où les féministes couchent avec des machos, les belles femmes avec les salauds, les humanistes fricotent avec le libéralisme le plus cynique, les écrivains médiocres sont encensés par les professionnels des prix, les génies sont méprisés et taxés de réactionnaires. Une époque où la liberté n’a jamais autant côtoyée la répression silencieuse. Le vide intellectuel raisonne à tous les étages de la société, et l’amour n’est plus qu’un rêve rare et inatteignable.[1]

A presque 32 ans, il m’arrive de préférer m’adresser à un arbre mort plutôt qu’aborder une jolie jeune femme. Par peur du silence vain et glacial qu’elle exprimera très vite. A côté souvent, l’arbre desséché parait plus proche de nous et enthousiaste à notre contact.

Octobre 2009, je suis dans une impasse sexuelle, sentimentale, littéraire et tennistique…

Voyant que sans son corps, la femme n’arriverait à rien, Dieu a rajouté, en plus de la grâce de son visage, deux seins rugissants, deux jambes élancées et un fessier dodu. Les seins, notamment, permettent à l’homme de s’attacher à une femme qu’il n’aurait pas idée d’aborder sans leur présence opulente. En cela, ils sont l’élément diabolique par excellence, car ils donnent à la femme quelconque (je ne parle pas ici des beautés parfaites, qui elles, possèdent le monde entier) ce pouvoir qu’elle n’aurait jamais sans eux. Les seins répondent à la place des hommes à leur interrogation face à une femme physiquement banale. Devant l’indécision probable masculine, ils les font venir au trot.

L’autre jour, en faisant l’amour à ma compagne, en entrant en elle comme on rentre chez soi, puis en m’écroulant après avoir expulsé ma culpabilité de vivre, je me suis senti durant ce court instant qui suit l’arrêt brutal du sexe et précède le sommeil, éternel.

Et c’est l’écriture qui, rapportant ce fait, me ramène à ma propre extinction.

L’intellectuel contemporain se voit aujourd’hui contraint d’évoquer les êtres dérisoires et médiocres propulsés par le Showbiz ou la télévision pour parler précisément de leur époque. C’est le cas chez Baudrillard (qui parle de Michael Jackson, de Dallas, etc.) ou Muray (parlant de Sophie Favier, de Fort Boyard), pour ne citer que les plus audacieux. Ces tristes pantins omniprésents sur les ondes ou les réseaux publicitaires font partie à part entière de l’époque stupide et sans âme que nous vivons, remplissant parfaitement la vacuité du système politico-médiatique actuel par leur rôle abscond et pitoyable. Et ils sont contraints d’en parler, la télé et les médias ayant pris leur rôle.

La sonnerie du téléphone qui interrompt une lecture est aussi injurieuse qu’une publicité rompant un film en deux. Quand la technique et le marketing perturbent l’art, la guerre est déclarée.

Il y a, à mon sens, davantage de chances que la mort réunisse deux êtres que durant leur propre existence. Qui sait si deux morts se rencontrent au moment où ils décèdent, dans le couloir divin ou au paradis céleste ?

Les hommes ont la pulsion sexuelle et les femmes la pulsion hystérique. Forcément, au contact des deux, on assiste à des clashes de silence compulsifs !

Jean Moulin n’a pas parlé sous la torture et il a été trahi par un homme de son clan (Hardy ?). Les deux facettes antinomiques de l’espèce humaine réunies dans une même histoire tragique. A eux deux, ils représentent la dualité et la tension de la condition humaine : Courage et abnégation contre trahison et lâcheté (sans oublier l’indétermination sur le cas Hardy). L’un meurt des suites de ses blessures à 43 ans. L’autre est innocenté et décède tranquillement en 1987 à l’âge de 75 ans.

Il arrive un moment où faire l’amour à sa compagne est trop violent pour un couple où au final seule la tendresse compte au bout de quelques années de vie commune. Puis le lendemain, vous vous précipitez sur elle pour assouvir votre désir trop longtemps contenu.

La pornographie a pour but d’annuler de manière pure et simple la métaphysique de la pénétration.

Juin 2002, nous savions insidieusement que nous ne ferions plus l’amour ensemble. Mais elle pratique l’acte charnel comme si on devait se revoir le lendemain et le refaire à volonté. Avec passion, frénésie, abandon. Je cherche à m’imprégner de toutes les parcelles de son corps fabuleux. Il s’étend de tout son long et bouge sous les soubresauts que je lui inflige. Ses seins tombent et caressent le drap en s’abattant violemment sous le joug de mes accélérations, ses fesses remontent vers le ciel comme lors d’une danse macabre. Et sous moi, de la douceur de peau proprement scandaleuse et que l’on ne devrait pas permettre de faire vivre à aucun des mortels. Un moment, alors que je manipule son corps, elle tend son bras pour que je saisisse sa main tout en continuant de l’aimer brutalement. Au final, après quelques moments de lutte intense, l'affront se clot dans un silence assourdissant. Avachi sur son lit dans la tenue d’Adam, proprement fier de mon travail et du plaisir monstrueux que j’en ai ressenti, je la laisse filer dans la salle de bain. Je me lève discrètement et caché derrière la porte restée entrouverte, j’observe celle qui trois secondes plus tôt se comportait comme une femme et qui à présent dans son bain, se lave comme une enfant en expurgeant les saletés que j’ai infligées à sa peau. Elle est accroupie dans son bac, son ventre redevenu d’un coup vierge et blanc, et se lave de la plus douce des manières. De cette nuit violente, je ne retiens que ce détail, la grâce de la femme souillée, accroupie dans sa baignoire et qui se lave avec la pureté d’une fillette.

Autre souvenir érotique avec elle. Sans brosse à dents, et devant passer la nuit chez elle, l’unique nuit de notre vie commune, elle me prête la sienne. Pire qu’une nuit d’amour torride, remuer sa brosse à dents dans mon palais, mélanger ainsi nos deux substances buccales, mettre sur mes dents les microscopiques résidus de sa bouche, m’imprégner de sa salive au repos me bouleversent plus que tout; l’intimité atteignant son paroxysme le plus exemplaire. Après avoir englobé mon sexe dans sa bouche, me voici avec sa brosse à dents dans la mienne et comme on le sait, une brosse à dents ne se prête pas, pas même à son amant ! J’avais son être en moi, davantage que lors de notre combustion chimique. J’avais là la plus terrible intimité de l’autre en ma possession.

Pour se consoler des femmes sottes et pusillanimes qui nous éconduisent à longueur de journée, et plus précisément celles que nous aimions sincèrement, rien de mieux que de méditer l’histoire tragique de Gérard De Nerval, véritable génie poétique et créateur, méprisé par la comédienne Jenny Colon tout au long de sa vie. L’amour se fiche du génie ou de la beauté, elle se fige sur des êtres qui se correspondent, et non sur ceux à qui l’on croit correspondre ou que nous croyons qu’ils nous correspondent. Tout cela est extérieur à nous. Nous n’y pouvons jamais rien car l’amour est la ruse humiliante de l’espèce (Cioran). Et il ne reste plus effectivement qu’à se pendre à une lanterne parisienne un soir de janvier 1856.

Nous avons l’obsession sexuelle ; les femmes l’obsession hystérique. L’un dans l’autre et nous obtenons un énorme rapport asexué basé sur une montagne de silence et de séparation définitive.

Depuis une dizaine d’années l’esprit RATP est l’exemple même de l’esprit démocratiquo-libéralo-festif actuel. Cotillons et esprit marketing au service de la bêtise la plus terrible. Une sorte de métonymie de l’esprit des trois ou quatre derniers gouvernements. Dans cet enfer souterrain teinté de matraquage publicitaire et de laideur architecturale gouverne le plus malicieux des démons postmodernes. Une vraie machine moralisante qui se comporte au final comme une truie illettrée et médiocre. Et pour cause, c’est une entreprise publique, et comme le public s’est aligné sur le marketing privé, on voit comment aujourd’hui, elle l’a dépassé au nom d’un certain service public justement, un nouveau, encore plus hypocrite et moralisant. En vue d’éduquer ses passagers qui sont à son image, la RATP n’y va pas de main morte en panneau d’affichage  (« Laisser passer avant de monter, tenez votre gauche, laisser s’asseoir les personnes âgées, etc. »), ce qui serait sans réelle gravité si cette entreprise publique dédiée à la « Com » et la « Pub » ne se comportait pas comme la pire des crapules post-historiques de notre temps. Outre les problèmes de grèves, techniques où l’on n’informe quasiment jamais l’usager, où on le prie sans cesse de « l’excuser pour la gène occasionnée ! », la RATP est l’entreprise française qui prie le plus ses usagers de l’excuser sans qu’elle s’abjure de ses péchés !! (Sans oublier ces campagnes d’affichages dites « poétiques » infamantes pour la poésie soi-disant pour la libéraliser et la démocratiser, bref, il y en aurait à dire sur cette entreprise terriblement moderne.), elle est la grande donneuse de leçons de moralité (tout comme le gouvernement et son président actuel) tout en se comportant ignominieusement envers ses usagers. Un exemple frappant qui, s’il est d’abord comique, relève de la situation de cette entreprise crépusculaire de marketing organisé !

Une petite voix robotique informe les voyageurs du RER B en direction du Sud de Paris, ce 23 octobre 2009 à 9h35 à la station Gare Du Nord, qu’en raison d’un colis suspect en gare de Châtelet les Halles, qu’ils doivent descendre et prendre une correspondance car il n’y marquera pas l’arrêt. Tous confinés dans leur wagon à bestiaux, ceux qui devaient descendre aux Halles essaient tant bien que mal de se frayer un passage pour s’échapper du wagon afin de courir prendre une improbable correspondance sur la ligne 4 situé à 5 minutes de marches avec escalators et couloirs en prévision. De manière disciplinée et sans râler, les gens, trop habitués à ce genre de malversation descendent donc. Le train se vide ainsi de manière quasi complète d’ailleurs et le voici parti à toute vitesse vers les Halles où il freine progressivement pour… s’arrêter !! Là les portes s’ouvrent et laissent entrer librement les passagers des Halles, surpris de ne voir personne descendre. Tant pis pour ceux qui sont partis une station plus tôt sous l’ordre de l’ange malin Ratp, et qui à l’heure qu’il est, ont fait un détour par un métro qui les amènera loin de leur destination prévue ! Sans un mot d’excuse de la RATP bien sûr qui là encore souligne son esprit d’écoute et de bon fonctionnement.

Dire que notre vie sexuelle dépend du bon vouloir des femmes… et du coup réduite à leurs caprices. La prostitution permet de contrer cette injustice notoire.

Il règne sur un court de tennis cette ambiance mortifère absolument prodigieuse. En assistant à la rencontre Robredo/Berdych comptant pour le deuxième tour sur le court 1 du master de Paris-Bercy où il y avait à peine 100 spectateurs, j’observais les quinze personnes qui occupaient le terrain (joueurs, arbitres, juges de lignes, ramasseurs qui se croisent en permanence sans s’adresser le moindre mot, sans un sourire et dans un silence de plomb) sous une tension insupportable. Quelle vie ont ces joueurs à force de tension et de défaites vécues aux quatre coins du monde dans l’indifférence de leur semblable et dans un climat glacial?

Je fais en sorte de perdre bêtement mon argent, de la même façon que j’ai perdu bêtement mon temps en le gagnant.

On voit les autres vieillir car notre vie n’est qu’observation de l’existence visuelle des autres. La simulation visuelle qui est la notre nous empêche d’assister concrètement à notre décrépitude. Quelle angoisse donc, quand compressé dans le métro, parmi la foule vieillissante, j’aperçois mon visage dans le reflet des vitres. Ce visage compressé parmi d’autres et qui est le mien, identique, en proie à la fuite et au temps, à la faiblesse et à la maladie. Ce corps qui m’appartient et que je vois peu, il m’est d’un coup montré, visé du doigt pour me signifier qu’il évolue avec les autres, comme les autres, malgré les autres, en dépit des autres. Cet individu compressé dans la foule indifférente et hostile, c’est moi, et le destin emportera comme les autres ce corps fragile et vieillissant, en proie au virus et à la désintégration.

Les hommes mûrs mais encore vierges ont eux aussi une solide expérience de la femme, mais dans l’échec permanent, le rejet et la frustration glaciale. Ce qui parfois leur permet d’en connaître bien plus sur le sexe faible que les soi-disant hommes à femmes. Ils l’appréhendent dans leur perpétuel rejet, ce qui constitue déjà une profonde connaissance de leur nature.

Les hommes à femmes connaissent le corps des femmes, et à la limite les points centraux qui actionnent leur plaisir. Les hommes sans femmes connaissent à la perfection leur humanité, leur sensibilité, et à la limite les points centraux de leur âme.

L’homme dans toute sa splendeur. M. G., CPE au lycée F, autrement dit mon supérieur hiérarchique direct est un syndicalo-communiste convaincu, membre du PC depuis 35 ans, lecteur de L’Humanité, gréviste à chaque manifestation, manifestant à chaque grève, bref, la caricature du révolutionnaire-bourgeois qui sévit entre appartement de fonction, poste tranquille, cinquième arrondissement de Paris, vacances à Center Park et salaire honorable me parle des actions qu’il avait en bourse lorsqu’elles ont chuté durant la crise financière de 2008. Toute l’essence de son être est dans cette évocation libérale…

Si l’on veut imiter la nature, ou représenter la vie telle qu’elle est, le réalisme, le naturalisme, le surréalisme, ou autres courants littéraires ne mènent à rien. Un seul genre littéraire y correspond : la tragicomédie. Pourquoi ce genre n’appartient-il qu’au théâtre alors qu’on aurait pu titrer bon nombres de textes : romans ou récits tragicomiques. Car tout dans ce mot représente l’existence. L’insignifiance des rapports humains, la grandeur d’un amour, la bestialité d’un acte, la chaleur d’une scène, le mépris des femmes, l’humour des hommes, tout dans la vie est comédie du quotidien, trivialité des heures, grandeurs d’une minute, minutie d’un moment et tragédie globale. On rit beaucoup dans la vie, même si elle se rit de nous. Et le seul élément vraiment tragique est la mort. D’où le tragique de la comédie. La vie est une tragicomédie car au bout d’un certain temps de joie, de plaisirs, de bonheurs, de futilité typiques de la vie, la mort vient nous enlever définitivement à nos habitudes. La suite est grossièrement tragique. Un corps froid, une peine infinie, un caveau, un cercueil, une tombe, et cet être qui pourrit dans la nuit après avoir tant ri, tant copulé, tant couru après une balle, tant admiré les femmes, tant lu, tant été.

L’être humain dans toute sa splendeur. RER, je suis debout accoudé à un strapontin relevé, et je lis Cool Memories V de Jean Baudrillard. Je sens qu’une femme se tenant derrière moi lit un fragment de Baudrillard en même temps, ayant une vue imprenable sur les pages que je tourne. Je souris intérieurement, me demandant comment cette anonyme va interpréter la pensée toute en puissance radicale du type. Mais une place se libère et en un quart de seconde, elle a disparu et se retrouve assise, peut-être en n’ayant pas fini sa phrase ! Voilà l’être humain. Ne cherchez pas plus loin. Elle aurait pu continuer sa lecture de Gare du Nord à Port Royal (trajet de votre serviteur) et augmenter son capital « intelligence sensible / connaissance réfléchie », mais à Châtelet, elle a préféré s’asseoir sur sa bêtise (alors que pour une fois le RER n’était pas sauvagement assailli). Dans ces cas-là, je pense toujours au fameux poème de Rimbaud Les Assis. Les gens tueraient leur prochain pour trouver une place dans le métro, mais sûrement pas pour lire quelques lignes de pensée profonde et sauvage, au pire, ils pratiqueront l’autodafé ! Toujours garder en tête l’aspect organique et animal de l’homme plutôt que sa spiritualité et son sens du sacrifice !

En une semaine d'expérience féminine, la femme s’est révélée dans sa nature première. La jouissance dans le retrait. La domination dans la bêtise. La lâcheté dans le silence, le coït dans l’impossibilité, la demande dans le refus, la volonté dans la frustration, le plaisir dans l’absence.

Les seules expériences véritables des femmes sont l’enfantement et le silence. En dehors de cela, elles pataugent vaguement dans le travail, la séduction, la fidélité et l’amour. Mais rien de comparable avec leur attachement au biologique et au silence qui composent fermement leur anti-destin, leur non-destin, leur a-destin.

Dire que la vie entière s’achemine essentiellement sur du non sexuel.

Les femmes souffrent tout naturellement d’un anti-destin implacable, mais elles se refusent également à la possibilité d’en avoir un (de destin). En exemple, bon nombre de la gent féminine qui se refuse à l’homme par simple souci hystérique, par refus du bien être. Au plaisir, elles préfèrent le travail. A la rencontre la famille, et à la flânerie la solitude (solitude non pas métaphysique mais souvent liée aux tâches quotidiennes ou au travail)… La femme est la personnification violente de la désillusion familière et inavouable auréolée de la carapace de la beauté. Métaphore vivante de la désolation racinienne aussi… C’est-à-dire de la fureur exprimée souvent avec la grâce du style !

Je regarde la télé. Lors d’une émission où l’on bavarde jusqu’à tard dans la nuit, Miss France 2010 est invitée et se tient entre deux chanteurs, deux journalistes, un politique, un comédien, un sportif et un animateur à la mode. Silencieuse et complètement dépassée par les débats formatés et les jeux de mots des uns et des autres, l’animateur inculte, conscient qu’elle n’est pas intervenue depuis quelques minutes, lui demande son avis sur telle ou telle chose que l’on vient d’exprimer. La jeune écervelée ne peut répondre que des banalités avoisinant avec le degré zéro de la réflexion ou encore deux ou trois phrases qu’un enfant de cinq ans dirait avec plus de conviction ! Combien de femmes de son âge (22 ans) ai-je croisées dans ma vie qui se prenaient pour des Miss France en puissance, le physique en moins ? Cette pauvre fille que la terre entière voudrait retourner dans son lit est projetée durant un an au feu de médias et on l’écoute comme si elle avait quelque chose à dire de plus que n’importe quelle greluche de fac ou d’école de commerce gavée de marketing, de télé réalité, de soirées étudiantes, et d’Internet ! Si elle n’avait pas ce physique de prostituée de luxe lancée par l’une des pires chiennes de garde française, qui irait s’intéresser à cette demeurée sensée représenter la France (pour cela au moins, elle fait son boulot, elle représente la France !) ? Et tout le monde sur le plateau (les journalistes en tête), en bons hypocrites guidés par leur gland, d’applaudir la beauté plastique illettrée et insignifiante de l’anorexie mentale élevée au rang de déesse…

Lors d’une manœuvre malencontreuse sur mon ordinateur, j’ai perdu tous les messages de A. et de L. ainsi que les quelques photos que j’avais d’elles. Et comme je ne les fréquente plus, les voici, avec la perte de ces documents précieux, définitivement mortes et disparues. Plus de traces de leur existence dans ma vie. Comme si elles n’avaient jamais touché mon corps. D’une certaine façon, c’est logique tant l’arrêt d’un amour condamne et les souvenirs et l’essence même de cette union.  

Rencontrer des femmes, connaître leur intimité, parcourir leur corps, puis, lorsque le tout s’achève, écrire sur elles. La vie est parfaitement limitée et elle devrait se contenter de cela.

Les livres de 2009 qui ont compensé: Les Testaments trahis (Kundera), Alias Carracala (Cordier), Mars (Zorn), Cool Memories (Baudrillard).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] . Une époque où un écrivain comme Michel Houllebecq encense Frédéric Beigbeder.

 

 

 

 

 

 

[1] . Ou une semaine supplémentaire de vacances par  an ! (Note de novembre 2010)

Carnets 2010.

Dix lignes suffisent pour appréhender puis se familiariser avec un grand écrivain que l’on découvre tant la puissance littéraire jaillit dès les premiers instants, comme par la magie d’une rencontre fortuite mais inoubliable. Dix livres ne sont pas suffisants pour se familiariser avec un médiocre…

Dans les Carnets 1978 d’Albert Cohen, cette philosophie pessimiste et sans concession qu’un homme de 83 ans qui se dit mourant expose aux lecteurs est tout simplement la mienne depuis que j’ai l’âge de 14 ans et demi. J’acquiesce devant les lignes touchantes et poignantes du vieil homme tout en me disant que je pense intimement cela depuis des lustres.

Parfois j’aimerais me perdre et retrouver certaines femmes plutôt que de les perdre elles et de me retrouver à chaque fois.

« Les textes véritablement admirables ne nous éblouissent pas de façon brusque, ils s’emparent lentement de notre admiration. » écrit l’admirable Gomez Davila. C’est précisément l’impression que j’ai en lisant L’Orient désert de Richard Millet. J’essaie de toucher cette littérature là, à la fois intime, aphoristique et profondément universel dans le drame infini qu’est l’être.

J’aime le tennis tout simplement parce que c’est un sport profondément contradictoire. Il est précis, aléatoire, technique, incohérent mais surtout ingrat et profondément débile.

Finalement, j’aurais admiré la profondeur de certains êtres admirables (d’une rareté extrême) et rencontré la bassesse quotidienne et infiniment puissante des parasites que le social nous pousse à croiser ou à fréquenter au quotidien (passants, voyageurs des transports, collègues, professeurs, journalistes, politiques, médiateurs, etc.).

Février 2010. Depuis trois mois, cet hiver un peu rude nous a apporté quelques jours de neige. Une vague de froid agrémentée de gros flocons parsèment en ce moment même la France. Le beauf français bien évidemment ne parle que de cela : dans la rue, dans les médias, entre collègues. Etat banal mais à la limité compréhensible, tout le monde ne peut pas parler de Schopenhauer ou de Antonioni ! Mais le renouveau vient des présentateurs de météo dont un qui a qualifié la dernière journée de « temps pourri », sous prétexte qu’il avait neigé une partie de l’après-midi. Déjà que la pluie souffre d’une mauvaise réputation auprès des beaufs, voici que la neige à présent lui fait de l’ombre. La neige, si rare hors pays montagneux, et si attendue en période dite « de réchauffement climatique » dont on nous rabâche les conséquences toute le journée, atteint à présent le seuil limite de tolérance du beauf médiatique (autant celui qui est devant que derrière son petit écran) ! En l’occurrence, la greluche qui présentait son billet météo (La météo qui est le programme télé faisant le plus d’audience, c’est dire si les préoccupations des français ne dépassent pas le climat.), montrait à quel point le temps était mauvais et que cela allait durer encore quelques jours. La postmodernité, ne supportant plus rien que le soleil, et encore hors temps de canicule, s’en prend à présent à la neige qui transforme nos villes souvent laides et mal fichues en grand dortoir immobile et blafard (j’ai déjà signalé quelque part que le spectacle le plus merveilleux sous la neige était ces autoroutes blanchâtres où les voitures circulent au ralenti avec tous ces abrutis coincés qui rallent que personne ne leur apporte des couvertures chauffantes!); et bien ce temps là est fini. Le beauf postmoderne médiatique ne supporte plus aucun flocon…

L’ennui réclame toute mon attention voilà tout. Car je ne suis jamais ou rarement en position de m’ennuyer. Lorsqu’à mon bureau, l’absence de travail vient me cueillir, j’ai toujours un film, un livre, voire une lycéenne pour occuper ces heures creuses. Dans le métro, je lis. Lorsque je fais la vaisselle, j’écoute la musique, etc. J’écris deux livres en même temps, j’en lis trois à la fois. Mais voilà je m’ennuie. Et je m’ennuierai toujours.

Les hommes stagnent ; les femmes attendent. Au final, l’immobilisme est le même et les deux sexes perdent leur temps de ne pouvoir se percuter.

Les femmes, cette impossibilité tragique mais si banale.

Il est clair que la position sexuelle des aïeux amenant à l’éjaculation du male puis à l’enfantement de la femme détermine en partie la personnalité puis la sexualité du futur rejeton. Et je pense à ceux qui ont été conçu en levrette ! Fatale prédisposition pour la suite… Dois-je enfin demander à mes chers parents la façon dont j’ai été conçu au final de leur ébat pour comprendre enfin ma misère sexuelle? Et du coup, la façon dont j’ai été pensé avant la conception pour comprendre ma misère existentielle ?

Chaque femme est un mystère que l’homme, en la séduisant, veut voir au final transformé en banalité, et en servitude. Et cela au nom des fantasmes organiques et quelques jouissances de l’espèce.

Aux détracteurs invétérés de l’avortement, il faut leur dire que donner la vie est peut-être le pire crime qui soit, et que l’interruption volontaire de grossesse, s’il est un crime, limite largement les dégâts !

J’aime ma femme en secret. C’est aussi pour cela que je ne lui dis pas.

Je peux passer de Zbigniew Preisner à Kim Wilde, chose que je ne peux plus faire en cinéma ou en littérature… D’où le fait de mettre la musique sur un point uniquement sensible. La musique est l’art qui se rapproche le plus de l’amour car un détail peut vous faire l’aimer à vie. La voix de Kim Wilde en est le triste exemple.

Ne plus voir la femme qu’on a aimée durant des années vous montre à quel point il est compliqué de la re-contacter. En l’aimant, vous avez cristallisé son image dont vous savez qu’elle n’est plus la même depuis qu’elle vous a quitté, puis au cours des années où chacun s’est tu. Je tente depuis de nombreux mois de trouver un moyen naturel de parler à cette femme sans en trouver le moins du monde car toute entreprise se heurte à une femme inconnue que l’existence a inscrite au chapitre « Passé ». Pire qu’une inconnue à aborder, la femme passée fait partie de cette race des fantômes perdus pour toujours. En brisant le silence, vous vous placez immédiatement en mauvais souvenirs, et Dieu sait si les femmes font table rase du passé, en se concentrant sur le présent. 

Le téléphone mobile altère comme encourage l’adultère. Le portable permet de recevoir en toute discrétion les messages et les prises de rendez-vous de la maîtresse alors qu’avant sa création, la tentative de séduction devait être plus frontale. De toute évidence les messages écrits du portable ont changé la donne. Mais à contrario, le téléphone cellulaire vous traque, vous suit partout où vous vous trouvez. Ne pas répondre éveille tous les soupçons, comme répondre au moment du mensonge peut ruiner bien des choses. En bref, il faut manipuler l’objet avec précaution et soin. Toujours penser à ce que votre amante puisse vous appeler alors que vous êtes accompagnés, le mettre en silencieux, masquer son numéro, lui prêter un sobriquet différent, etc. Reste que lorsque j’en ai obtenu un début 2002 à la demande de ma fiancée de l’époque qui voulait me joindre à tout moment, je la trompais dans la foulée ; recevant le premier message de ma future conquête ! Pour la première fois de ma vie, je commençais à tromper la femme que j’aimais avec la facilité de la technique. Et d’ailleurs, la vipère me démasqua autrement qu’avec un portable.

L’amour, même le plus terrible, repose parfois sur de maigres contingences psycho-matérielles. Un soir où mon couple s’effondrait (j’éprouvais à ce moment là un terrible ennui en compagnie d’une femme, et je pensais que c’était de sa faute), je décidais, après une dispute, des cris, des insultes, des reproches, des pleurs, un évanouissement de sa part, d’appeler un ami pour qu’il vienne me chercher, il faisait alors grand nuit, et je n’avais nulle part où aller. Il se trouvait alors lui-même chez un ami, et pour des raisons que j’ai oubliées depuis (sûrement la banalité d’un match de football comptant pour une coupe intergalactique !), ne pouvait venir me chercher avant le lendemain. Je raccrochais, quelque peu vexé, et dis à mon amie : « C’est bon, on reste ensemble. » Et nous sommes restés ensemble encore de longs mois…

L’homme a besoin de voir pour séduire. La femme de se sentir vue. On retrouve le même paramètre en matière sexuelle.

Durant la vie de couple, l’homme veut transformer sa femme en bonne (bonniche). Puis lorsque la relation s’achève, la pousser à devenir nonne (nonniche).

A. qui a l’instinct des femmes amoureuses me dit : « Une fille a dû t’embrasser puis se défiler ensuite, ce qui t’a rendu si triste et irascible l’été dernier… Mais je n’en aurais jamais la preuve ou la confirmation de ta part puisque tu es trop lâche. » Comment s'est créée en elle cette idée, moi qui mets un soin précieux à ne jamais parler d'autres femmes dangereuses ? Connaissance des choses de l’amour, tout simplement. Au prénom de L., glissé hier lors d’une discussion anodine, elle rétorque : « typiquement un prénom de p… . »

Lecture du Journal d’Anne Frank. A 13 ans, elle sait qu’elle plait et qu’elle a la moitié de ses camarades aux petits soins pour elle. Du coup, elle établit la liste de ceux qu’elle apprécie ou pas. Déjà, à 13 ans, une femme qui plait, choisit. On apprend de la bouche d’Anne que sa sœur Margot, de trois ans son aînée, disparue quelques jours avant cette dernière dans les camps, tenait elle aussi un journal. Mais rien n’est dit là-dessus, ni pendant son écriture, ni après sa déportation. Qu’est-il arrivé au Journal de Margot Frank ? Extrait du Journal d’Anne, sur sa mère : 3 octobre 1942

« J’ai fini par dire à Papa que je l’aime, lui, beaucoup plus que Maman, il m’a répondu que cela me passerait, mais je n’en crois rien. Je ne peux pas supporter Maman et je dois me faire violence pour ne pas la rabrouer sans arrêt et garder mon calme, je pourrais la gifler, je ne comprends pas pourquoi j’ai une telle aversion pour elle. Papa a dit que Maman ne se sent pas bien ou a mal à la tête, je devrais proposer de moi-même de l’aider, mais je ne le ferai pas car je ne l’aime pas, et puis ça ne me vient pas du cœur. Je peux très bien imaginer que Maman mourra un jour, mais si Papa devait mourir, je ne m’en remettrais jamais. C’est vraiment très méchant de ma part, mais c’est ainsi que je le sens. J’espère que Maman ne lira jamais « ceci », ni tout le reste. »

Les nazis ont exaucé ses craintes… Là où ces barbares ont exaucé son vœu, c’est le jour où ils sont venus les déloger, elle et sa famille. Deux ans sans mettre les pieds à l’extérieur, deux années complètes où deux familles entières n’ont pu mettre le nez dehors, voilà un réel exploit. Et pourtant Anne Frank n’en parle quasiment pas. Elle ne dit pas grand-chose sur la manière terrible de combler le temps dans une annexe où les horaires sont fixes, le droit aux libertés restreint et l’électricité un luxe aléatoire. Sur sa mère, la publication du Journal fait d’elle « la mauvaise mère » pour l’éternité… Terrible destin pour celle qui n’échappera pas aux nazis, mourra jeune dans des camps de la mort et sera conspuée post mortem dans l’un des livres les plus lus au monde.

Le temps que l’on peut passer à caresser un chat sous prétexte qu’il est beau, majestueux, doux, silencieux, solitaire et énigmatique… Sans n’ y rien comprendre de sa nature et bien qu’il nous méprise la plupart du temps.

Je souffre d’une maladie incurable. Je suis atteint de silence.

En relisant au hasard quelques fragments, il y en a dont je ne me souviens pas avoir écrits, et pour certains même pensés !

Contrairement à l’homme, la femme n’a aucun secret, et celui qu’elle cache au plus profond d’elle-même se dérobe simplement sous ses habits. D’où le grand nombre de femmes qui se laissent piéger par les belles paroles d’un amant qui, par le discours, laisse planer de l’intérêt pour leur âme alors qu’il ne cherche que leur possession. Une fois ce terrible secret découvert, il s’en va en chercher un autre. Et pour cause, passé ce secret, la femme n’a rien d’autre à dévoiler. D’où l’importance démoniaque et folle que revêt leur corps. Chaque homme cherche le seul secret des femmes. Et parfois ce secret se transforme en attachement, rien de plus.

Après Giscard d’Estaing, voici Simone Weil nommée à l’Académie Française. Triste époque où il n’y a plus un écrivain pour occuper les places vacantes. L’idée que D’Ormesson représente le dernier en date faisait déjà froid dans le dos.

Carla Bruny, ex-mannequin filandreux, chanteuse amorphe et aujourd’hui femme-objet filiforme du président actuel, tout aussi insignifiant qu’elle, aurait déclaré avant de contester ces propos qu’elle voulait épouser un homme qui posséderait la bombe atomique. Si l’on connaît l’attrait des femmes pour le pouvoir qu’elles n’ont et n’auront jamais en matière politique, cette déclaration est symptomatique de la foldingue frigide et perverse ! Désirer l’arme nucléaire en la personne métonymique d’un nabot est déjà risible en soi. Surtout lorsque la comparaison phallique est de mise ! Une grande bourgeoise décérébrée s’amourachant d’un nain au sexe minuscule sous prétexte qu’il est symboliquement ce géant au canon insubmersible capable de pulvériser une civilisation entière renseigne si puissamment sur le fantasme érotique féminin. La fascination du pouvoir suprême excite donc la libido morte de la femme avant de se faire elle-même exploser par le feu du canon foudroyant représenté là par une petite bite. On n’est toujours dans le fantasme primaire du gorille en rut (ici le chimpanzé) copulant avec la frêle gazelle (nous dirions plutôt une vieille girafe) mais en plus pervers car il y a tout de même l’idée ici de viol suprême. 

La Rumeur de William Wyler (1961) avec Audrey Hepburn et Shirley Maclaine dont le titre en anglais, différent mais très significatif, The Children's Hour (L’Heure des enfants, autrement dit la récréation ou la fin de l’école (comment comprendre un tel titre autrement que par un cynisme terrible)) est splendide par bien des points. Déjà, Shirley Maclaine campe une femme amoureuse torturée, secrète et rongée des plus crédibles et bouleversantes. Elle dépasse Hepburn tant son visage capte les soubresauts de ses inclinations impossibles. Très beau visage, comme je les aime au quotidien… La scène où elle finit par déclarer son amour pour la très conformiste Audrey Hepburn est tout à fait saisissante. Deux femmes brisées qui se tiennent éloignées l’une de l’autre dans cette pièce vide et délaissée et dont l’une avoue à l’autre son amour pour elle depuis son adolescence… Puis ces deux thèmes renversants qui ont dû plaire à Girard et Muray. La rumeur insidieuse colportée et qui mène à la rupture puis à la mort, comme infranchissable, même lorsque la vérité l’annule en créant la victime émissaire. Cette rumeur, Wyler le malin, l’a fait dire dans la bouche d’une fillette de 12 ans, insupportable certes, mais jeunette et a priori innocente. La parole de l’enfant, aujourd’hui intouchable et protégée, Wyler, en 1961, la met en doute au travers d’une peste insupportable, véritable enfant roi avant l’heure! Et cette rumeur enfantine, mêlée bien évidemment au puritanisme américain, va pousser une femme à quitter son mari (coupable pour elle de s’être interrogé une seconde sur l’authenticité éventuelle de la rumeur, ce que l’on peut traduire hypocritement par la révélation d’un amour homosexuel enfoui, refoulé) et l’autre à se supprimer (la rumeur fausse de la relation charnelle ayant entraîné la révélation d’un amour vrai). Et cette heure des enfants que nous vivons de plein fouet dans sa toute puissance ridicule et mortifère depuis une quinzaine d’années, Wyler l’a devançait déjà dans un film d’un savoir faire, d’une intelligence et d’une sensibilité rares.

Contrairement aux animaux, l’homme ressent le désir sexuel de façon permanente et peut commettre le crime collectif. A partir de là, mon inclination animale se justifie pleinement sous la risée des imbéciles.

Si les femmes ne prenaient pas la dimension de leur corps, je resterais totalement indifférent à elles. La beauté au-delà du concevable humain leur donne tout. Le reste, d’une rareté déprimante, est malheureusement improbable (comme la gentillesse, la simplicité, la sensibilité).

J’aime la littérature car c’est encore elle qui permet aux morts de s’exprimer, et aux vivants d’y être attentifs.

Plus je pense à la mort et plus j’en arrive à l’idée de me tuer, ultime recours certes à ma réflexion, ultime mais surtout logique recours. Comment Dieu a voulu créer l’immensité, la densité, la passion et la chair pour les retirer d’un coup sec et les faire pourrir sous terre dans un silence froid et éternel ?

Les courts de tennis de P. font face au cimetière communal. En plein printemps, les parties s’enchaînent dans la violence et les cris quand en face des milliers de gens reposent en terre. Et plus chaque point est important pour le vivant qui s’acharne au combat, et plus le score devient un chiffre délirant aux yeux des gens, qui en face de la rue, attendent pour l’éternité, qui sait, un nouveau souffle pour revivre enfin. Lorsque je sors de là, abattu, et en nage, je jette un œil sur ces tombes et ces croix endimanchées par le même silence qui rode comme un vautour volant autour de sa proie. Je rentre chez moi quand eux restent sous leur dalle. Tout n’est question de temps. Nous hurlons, nous pleurons, nous baisons, mais bientôt nous ne ferons plus rien, comme eux, sous l’empreinte du nom que nous portions et de ces deux dates qui encadrent une existence.

Je fais l’amour pour ressentir un peu de soulagement à vivre. Et je suis prêt à tromper ma femme par ce que la mort ne me permettra plus de ressentir ce qu’un corps charnel peut donner en retour. La fidélité est sur ce point impuissante devant le tragique qu’est de disparaître et la grâce qu’est de caresser chaque corps de femme. Toucher une autre femme vous le fait oublier un temps, puis s’incère en vous pour longtemps.

Ne jamais perdre de vue que l’orgasme masculin reste le même (selon la dose d’excitation, bien sûr) quelque soit la femme qui mène à lui. En cela, la femme est interchangeable en permanence. Une femme, elle, jouira différemment selon l’homme.

Mon prénom prononcé dans la bouche d’une belle femme me fait en général l’aimer d’office (et la bouche et la femme et mon prénom qui résonne dans le féminin).

En bonne forme physique et en confiance, je me ramasse lamentablement hier devant un quasi débutant lors de mon premier tour d’un tournoi. Le type, doté d’aucun jeu, s’est contenté de remettre la balle, me poussant à la faute dans un premier temps, et à un état d’énervement dans un second qui m’ont fait perdre le match 6/3 6/1, décrochant complètement à 3/1 dans le second set. Cette anecdote ne serait rien si elle n’avait eu pour conséquence directe un état d’abattement profond, de remise en cause quasi-totale, puis d’une insomnie la nuit dernière où comme un dépressif chronique, je n’ai cessé de repenser à la nullité de mon match et à la bassesse de mon attitude sur le terrain. Même en contraignant mon cerveau d’arrêter de maugréer, les images du match me revenaient sans cesse. Et si ce match m’a autant marqué, c’est que la vie est d’une malice sans nom. Elle nous accroche à l’existence sur ce genre de trivialité. Trivialité telle qu’elle occupe notre esprit et notre temps. Sans ces petitesses de l’existence qui soi-disant nous conduisent au bonheur, les hommes sans but ni lien se suicideraient à la pelle. Mais cette défaite honteuse leur en empêche. Puis l’homme va de nouveau s’entraîner, de nouveau s’inscrire à un tournoi et tenter de se relever, même en pure perte. Et tout cela pour quoi ? Pour rien, car jouer dans ces conditions enlèvent tout plaisir au sport, et pourtant on persévère. En mourant, on cesse d’un coup d’être trivial.

Il y a des gens dont la médiocrité est telle qu’on se demande s’ils ne sont pas nés d’une fausse couche. En fait il y a des gens dont la médiocrité est leur principe fondateur. C’est à la fois terrorisant et fascinant. Terrorisant dans la fréquentation quotidienne de ces beaufs, et fascinant pour qui s’intéresse à l’humain et à la littérature.

Un chat castré n’a plus besoin de rien. Un homme castré a besoin d’un chat.

Quart de finale, Wimbledon 2007, Roddick affronte Gasquet. Il mène 6/4 6/4 4/2, puis est à deux points du match sur le service de Gasquet à 5/4 dans le quatrième set. En gros, Gasquet est à la traîne durant 4 sets et fait la course au score. Le match est néanmoins serré, et l’on assiste à du grand tennis sur Gazon. 22 aces pour l’américain, 23 pour le français, pléthore de coups gagnants, de volets, de passing. Et puis il y a le revers de Gasquet, le coup indéniable du match qui envoie Roddick au tapis. Passings, coups gagnants, son revers foudroyant le sauve, et le mène même à la victoire. Mais il n’y aurait rien sans le tragique et la transcendance qui ont pesé tout au long des quatre heures de rencontre. Le tragique est du côté de Roddick qui est solide durant tout le match. Sauf dans deux tie-break et lors du dernier jeu. Mais il y a surtout ce moment où tout bascule, et ce qui peut paraître anodin va entraîner l’américain dans sa chute : à deux sets à un pour Roddick et un partout dans le quatrième, alors qu’il mène au score finalement, il regarde son entraîneur (Jimmy Connors qui parait lui aussi de plus en plus tendu, il connaît bien le tennis l’animal et sait que tout peut basculer) puis baisse la tête, dépité par les coups aisés du français. Lui qui arborait jusqu’ici une mine d’attaquant, il prend un coup sur la patate en voyant comment Gasquet reprend du poil et surtout conclut ses mises en jeu. Et effectivement, il ne sera jamais inquiété dès lors qu’il reprend son service dans le troisième set car il semble transcendé, non pas par un excès émotif mais par une sorte de concentration naturelle et sûrement une aisance retrouvée ; on sent qu’il prend du plaisir à jouer. Les deux joueurs auraient pu continuer dix heures encore que Roddick aurait perdu le match. A ce moment précis du match donc, il perd, il rend les armes sans le savoir, il dévisse, il plonge, il sombre alors que le score est en sa faveur, 2 sets à 1 et 1 partout dans le quatrième. Gasquet réussit tout, et même mentalement, lui qui est plutôt sujet à se laisser envahir émotionnellement, là, il joue naturellement, sans forcer, sans sur-jouer, bref, il conclut ce match magnifique sur le même ton. A coup de volets amortis, de revers pleine ligne gagnants ou décroisés qui font reculer Roddick en fond de court, si ce n’est aussi à coup de service canons ! Hommage aussi à Roddick, qui sans être un exemple d’intelligence sur le terrain, fait preuve d’un calme surprenant alors qu’il y a de quoi en casser sa raquette. L’erreur qu’il commet est de ne pas changer de tactique au moment où il voit bien que Gasquet contrôle le jeu, même en repoussant les attaques lourdes de l’américain. Notamment de cesser de jouer sur son revers et de temporiser un maximum, ce qu’il ne fait en rien durant tout le match.

La mort est la chose la plus importante de l’univers et nous n’avons que la vie, ersatz de forme mouvante s’il en est, pour l’appréhender.

Qu’est ce qu’on va faire après l’éternité ? Cette question me taraude de jour comme de nuit.

Mai 2010. Dersou Ouzala de Akira Kurosawa d’après Vladimir Arseniev, Amour promis de Emile Clermont (conseillé par Montherlant dans ses carnets) et Becassine de Georges Brassens. De quoi passer quelques jours apaisé…

Ne jamais dire à une femme que l’on aime et avec laquelle on se déchire, qu’on ne veut plus la voir, par orgueil, par impossibilité, par usure, par menace ou pour les quatre à la fois, car elle s’en contentera aisément.

Devant l’indigence de certaines femmes que l’on a désirées, ou que l’on continue de désirer et qui se comportent comme si elles n’avaient jamais été pénétrées de leur vie, se dire qu’elles ne sont que des figurantes de notre existence, des pièces que l’on rapporte, que l’on change, que l’on remplace, que l’on revoit selon l’évidence de leur présence ou de leur absence. La femme ignore le langage, elle ne peut combattre ni par la force, ni par les mots ; d’où leur perpétuel silence en guise de défense qui les rend à la fois plus fortes et plus bêtes que les hommes. A part la femme de notre vie qui compte puisqu’elle s’élève au rang de déesse, étant l’élue, les autres, les vaniteuses, les hystériques, les oublieuses, les impénétrées, les tropénétrées, occupent notre vie comme les figurants d’un film n’occupent qu’un cadre restreint de l’écran. Passé le délai, elles disparaissent, et personne ne s’en rend finalement compte.

L’Homme qui arrêta d’écrire de Marc-Edouard Nabe, livre auto publié, révèle, alors qu’il prétendait le contraire, l’inanité finale de l’écrivain qui passe 700 pages à cracher sur un monde (virtuel, éditorial, littéraire, médiatique, people, télévisuel, etc.) qu’il tend à bannir mais qu’il ne peut s’empêcher de fréquenter (depuis toujours, cf. son journal intime 83-90), de jalouser, et du coup d’aimer ! Tous les salons, tous les cafés, toutes les conférences, toutes les émissions, toutes les rédactions sont passés en revue, sorte de catalogue auquel le lecteur n’échappe malheureusement pas, qui dégoûté par le monde des lettres (il a raison), ne peut rien faire d’autre que de continuer à les fréquenter pour mieux les combattre.  Mais combattre quoi en fait, si ce n’est le fait qu’on l’y a exclu ! Sauf que le livre, écrit comme une série américaine actuelle, à toute vitesse, sans le moindre souffle littéraire, avec des dialogues insipides et des descriptions vaines,  n’évite pas le catalogue des clichés actuels sur le monde festif et virtuel qui même s’il est soi-disant intégré dans un roman sensé être ironique et vindicatif sur le sujet, n’établit aucune critique véritable de ce monde que l’auteur fréquente et dont au final le lecteur n’en a que faire puisqu’il est si superficiel et inimportant pour qui aime la littérature. Mettre sur un même plan d’analyse (et encore, on ne parle pas d’analyse chez Nabe, mais d’attaques personnelles et gratuites que les médias qu’il hait tant, diffusent au quotidien. Jamais de référence aux textes chez lui puisqu’il ne les lit pas cf. Sollers, BHL) les frasques d’Omar et Fred, de Clara Morgane ou de Pierre Lescure (gens dont l’intérêt est inexistant) et Sollers ou BHL qui ont tout de même une œuvre à part entière, reflète bien la manière que Nabe a d’intégrer les choses. Il confond tout. Et du coup, s’il était un génie dans son domaine, aurait droit à l’importance qu’il s’auto confère. Malheureusement, on est loin, même très loin de Céline, de Bloy, de Bernanos, de Powys ses idoles en littérature ; et son roman animé, cette promenade au cœur de la vie des people, truffée de lieux communs sur l’époque (qu’un Muray analyse avec tellement plus de brio, de drôlerie et de méchanceté), de rencontres improbables, de fantaisie que les surréalistes mêmes banniraient, se noie dans l’inanité, et le vide (qu’il est censé représenter, j’en conviens, un monde crépusculaire sans aucun intérêt mais dont lui-même fait partie intégrante en fait), mais surtout se confond avec son sujet. Les discussions avec les lycéens manquent cruellement de réalisme quant elles ne sont pas d’un ennui confondant quand ça n’est pas celles avec d’autres écrivains aigris et frustrés. La scène où il se fiche de quatre ou cinq journalistes connus qui se réunissent pour créer un nouveau journal est d’une pauvreté critique à couper le souffle. Et c’est par ces mêmes imposteurs dont ils réclament la tête que Nabe se fait inviter à la télé tout en acceptant. N’ayant pas lu le livre, ils ne peuvent le prendre devant ses propres contradictions. Passées les 500 pages, je n’ai pu aller au-delà, trop d’insignifiances mal écrites perturbent l’attention d’un roman truffé de détails les plus abscons les uns que les autres. Nabe se prend pour le grand écrivain de sa génération alors qu’il écrit aussi mal que ceux qu’ils critiquent à tout va : Dan Frank, Yves Simon, ou Sollers ! Pour les vingtenaires, il est intéressant de le découvrir car il a un monde à lui et ses premiers textes sont acceptables. Mais il reste définitivement un écrivain de seconde zone qui restera (s’il doit rester) davantage un personnage dans un monde éditorial désespérant plutôt qu’un écrivain dans un monde littéraire pas tout à fait mort (Muray, Clair, Schneider). Curieux et ironique qu’un roman s’appelant L’Homme qui arrêta d’écrire soit son plus mauvais ! Il aurait dû l’appeler L’Homme qui devrait arrêter d’écrire. Preuve que Nabe ne peut écrire sur le présent qu’au travers d’un journal intime ou en tant de guerre au risque de produire une œuvre truffée de clichés faussement naïfs (on dirait un manuel du virtuel festif pour débutants) ! Pire, qu’il ne sera jamais romancier. Le retour au journal semble de rigueur pour lui. On préfère nettement le talent, la dignité et l’honnêteté intellectuelle d’un Muray, qui lui est resté indépendant de ce système sans jamais le jalouser, et en ne cédant pas (comme Nabe) à la pression des invitations télé ou autre subterfuges médiatiques de masse.

Delft, Avril 2009. Un pigeon tombe raide mort d’un arbre et s’écrase sur le sol. On est quelques uns à se retourner trouvant cela incongru et rare. Le volatile est ramassé dans les cinq minutes qui suivent par un agent municipal, emballé dans un sac plastique puis mis à la poubelle. P., Mai 2010. Un pigeon est renversé par une voiture. Il se traîne comme il peut et succombe à ses blessures en plein milieu d’un trottoir très fréquenté (une école primaire occupe l’autre côté de la rue). Trois jours plus tard, l’oiseau à moitié bouffé par les insectes et les corbeaux, trône en pleine rue tel un volatile crucifié, les tripes à l’air sans que personne n’y ait touché ou l’ait enlevé. Delft est une ville néerlandaise, P. est en France. Tout est dit.

1998, j’ai vingt ans. D. me dit : « Tu hantes ma vie. » Un mois plus tard, elle se détachera définitivement de moi en me méprisant ostensiblement et cela durant deux ans où je suis contraint de la croiser entre les murs de Paris IV ! 2003, j’ai 25 ans. C. me dit : « Tu es la personne la plus importante de ma vie. » Un an plus tard, elle se détachera définitivement de moi refusant le moindre contact entre nous ! Moralité, ne jamais écouter les femmes, qu’elles le fassent dans l’éloge ou dans la détestation. Faire selon son envie d’elle, et non son envie à elle!

Société de dégénérés mentaux. Roland Garros, 24 mai 2010. Je cours rejoindre le court 17 pour voir Robredo. Il est déjà scandaleux que l’on fasse jouer un joueur de cette trempe sur le dernier court ouvrable du complexe et non filmé, mais venant d’organisateurs incultes et qui n’y connaissent rien en matière de tennis, ça n’est pas une surprise. Bref, je traverse les allées bondées puis me trouve une place stratégique qui me permettra de voir tout le match (chose peu évidente quand on voit les courts annexes où l’on est gêné par le public et l’orientation des tribunes. Durant les deux heures trente, j’assiste à la bêtise désormais traditionnelle des Bo-beaufs (ces bourgeois beaufs que je connais peu au final) qui ne peuvent suivre trois jeux sans quitter l’enceinte, arriver en plein match, y repartir vingt minutes après, parler durant les échanges, répondre au téléphone en pleine balle, avoir les yeux rivés sur leur I-Pood, leur portable, leur programme, leur nombril. Un texan vient me taper la discute. J’essaie d’être poli (ne permettant pas que l’on me dérange devant une rencontre sportive où je me déplace), puis très vite, le type lit son journal, ne suit absolument pas le match puis finit par partir au bout de 6 jeux sans me saluer ni me dire au revoir. Roland Garros est un tournoi où il y a cent mecs qui connaissent le tennis. Les milliers d’autres pourraient être au carnaval ou au festival de Cannes, cela serait la même chose. La gloriole, la foire, la fête, voilà ce qui les intéressent. Même Robredo ne bronchait pas d’entendre les cris intensifs, le brouhaha permanent qui venait du court 16 où y régnait un raffut digne d’un match de football. Aucune isolation pour les joueurs contraints d’entendre l’arbitre du Lenglen à 250 mètres annoncer le score du match Gasquet/Muray durant leurs échanges. En bref, Garros est un tournoi pour les bobeaufs, organisé par des bobos où l’on rencontre dans les allées, entre autres gens écoeurants, ces fameuses bopoufs. Il ne restait plus à Robredo qu’à prendre 6/4 6/4 6/3 et se faire sortir pour la première fois de sa carrière au premier tour !

Si je n’avais pas au préalable cette infime connaissance du sexe faible dont les caractéristiques principales sont l’hystérie, la méfiance, la lâcheté, l’adoration de soi, la séduction organisée, l’exhibition forcenée, la jouissance dans la domination, la parade de la poule, l’apparence figée, l’orgasme dans la frustration, le plaisir dans le replis, je me pendrais illico presto devant la fréquentation féminine.

La femme, sachant que son futur rejeton mourra, fera tout pour lui donner vie tout en faisant en sorte qu’il ne meurt pas ; et il mourra. A partir de cette contradiction digne d’un enfant de moins de 5 ans, comment voulez-vous faire confiance à n’importe quelle femme ?

Flaubert écrit à 17 ans dans Mémoires d’un fou : « Je croyais qu’une femme était un ange… Oh ! que Molière a eu raison de la comparer à un potage ! » Et oui, déjà cette conclusion précoce et funeste.

C., 30 ans, me renvoie mes carnets par la poste. « J’ai tourné la page donc je te renvoie ton document.», ajoute-t-elle sur l’enveloppe originale, alors que je lui demandais d’en tourner plusieurs. Fréquenter les adolescentes me parait parfois plus convenable. La médiocrité d’une ex-femme me renvoyant inexorablement à mon misérable idéalisme et à sa maturité de bourgeoise qui se reproduit à tour de bras. Se fier à Schnitzler qui voyait dans la méchanceté des femmes la résultante logique de leur incapacité à se suicider lorsqu’elles souffrent ou ont souffert. En voici un témoignage supplémentaire.

On parle communément de la violence faite aux femmes. Parle-t-on de celle faite aux hommes ? En cette fin de mois de juin où les températures excèdent les trente degrés, elles se trémoussent comme des poules, laissent ballotter leur chair indécente, affichent leur sérénité vulgaire ; et l’homme, aux confins de sa solitude assiste, médusé, au défilé de mode quotidien des beautés urbaines qui lui perforent l’estomac et le rend davantage prisonnier de l’impossibilité qui caractérise le monde des femmes.

De toute façon, le désir est bien plus violent (donc troublant) que la réalisation de ce même désir n’est apaisant pour la simple et bonne raison qu’il se multiplie à échelle dithyrambique dès qu’il est satisfait. Système sans fin et glacial. Combien de fois après avoir fait l’amour et sortant de chez moi, je suivais la première venue…

Le danger vient des femmes. La maladie des Dieux. Et l’amitié des hommes.

Le problème à vivre longtemps avec la même femme, c’est que l’on fait déjà partie de son passé. Sans compter que le présent repose fatalement sur une corde raide.

Le problème à vivre longtemps avec la même femme, c’est que l’on fait déjà partie de son passé. Sans compter que le présent repose fatalement sur une corde raide

Une très belle femme passe, comme il en passe des milliards par jour en cet été 2010 redoutable à Paris. Située sur le trottoir d’en face, je la dévisage comme un chien enragé, et de suite elle évite mon regard, mais il semble qu’elle fixe en même temps quelque chose qui m’est proche et je m’aperçois qu’elle se regarde dans une glace placée sur la devanture d’un magasin que je viens de dépasser. Se sachant « matée », elle évite mon affront tout en se contemplant de plus belle. Métaphore logique de la femme dominatrice. La sensible aurait baissé les yeux, la méprisante aurait laissé son regard tel quel, en fixant droit devant elle, la passionné aurait croisé mon regard, la folle furieuse hystéro-narcissique admire son reflet se sachant dévisagée tout en me méprisant… Le temps, fort heureusement, lui renverra ce terrible reflet dans les dents !

Pris subitement de saignements au mois de mars, un gastroentérologue, Mr Odinot (je le note car ce médecin s’est montré efficace et attentionné), me diagnostique une rectocolite hémorragique. En me renseignant sur cette maladie (que ma sœur a contractée il y dix ans), j’apprends qu’elle concerne davantage les femmes que les hommes (notamment les jeunes femmes de 20 ans). Cette maladie rare (40000 personnes en France en sont atteintes) et peu connue (on en ignore véritablement les causes) se manifeste par une attaque du corps contre ses propres organes, croyant que ceux-ci sont étrangers (j’ai une plaie de 4 centimètres au rectum, celle de ma sœur en faisait 12 atteignant le colon). En résumé, à 32 ans, je contracte une maladie de femme de 20 ans qui consiste à se rebeller contre se propres organes vitaux. Une sorte de suicide inconscient en quelque sorte. Quoi d’étonnant pour quelqu’un qui subit l’affront des femmes (et depuis quelques années des très jeunes…) et qui depuis la tendre enfance ne pense qu’au suicide ? Une maladie suicidaire, féminine et inconsciente !

Belle idiotie que d’affirmer aimer les femmes. On aime le plaisir affolant qu’elle nous procure, voilà tout. Si peu de femmes sont réellement fascinantes et humainement acceptables. Et encore faut-il qu’elles soient amoureuses pour développer parfois des élans d’abnégation et de générosité. Le reste se noie dans la masse informe et indifférente de leur espèce.

Seule ma nature d’être humain me pousse à aimer les femmes, de même qu’elle me contraint à me nourrir, à me rendre aux toilettes ou à respirer l’air ambiant. Sans cette nature perverse et contradictoire, je me priverais de ce luxe tellement usant.

J’avais aimé le Bernard Giraudeau d’Une  affaire de goût : Charismatique, énigmatique, terriblement présent et fou. Je revoie ce film pour rendre hommage à un immense talent disparu en plein été, comme Serrault et Antonioni il y a deux ans.

Les femmes que nous aimons, s’il nous suffisait de penser à elles…

La femme se suffit d’être une passante. L’homme lui voudrait être la rencontre. Toute les rencontres de femmes passantes.

Météo France par le biais de l’abrutissement médiatique quotidien annonce une période de sécheresse niveau 3 avec son catalogue de précautions débiles à prendre et surtout d’économie d’eau à faire, y compris en région parisienne qu’elle classe au niveau 1. Et il pleut à verse depuis trois jours dont ce jour sans interruption (15 août 2010). Il pleuvra aussi le 16 ! Rappelons que la météo est le programme télé le plus suivi en France (Mes parents allant jusqu’à la regarder trois fois en une soirée !).

En écrivant le Carnet impossible durant un peu plus d’un an, je savais que je composais un journal de deuil sur C.L. mais je n’en avais jamais lu de ce type. Et là, fin août, je tombe sur Il est où Ferdinand ?, le journal de deuil de Patrick Chesnais, acteur ô combien estimable, inoubliable, entre autres, dans ce grand film qu’est Je ne suis pas là pour être aimé que j’offre à toutes les femmes que j’aime et que je croise brièvement dans ma vie. Dans ce livre où il évoque la mémoire de son fils mort à 20 ans d’un accident de la route stupide il s’adresse à lui à la deuxième personne, évoque des souvenirs, parle de la mort, de l’absence, bref de ce deuil infranchissable et de cette disparition injuste. Tout le livre est déprimant car il touche à l’absence brutale et définitive d’un être cher. Ce qui me ramène au Carnet impossible que C., du haut de sa trentaine bien vivante, a renvoyé signé d’une phrase lapidaire. Mais elle ne sait pas qu’en écrivant, en une phrase d’une bassesse intellectuelle et morale dont elle a le secret et que je lui connais bien depuis 2004, qu’elle avait tourné la page (on n’avait pas deviné !), elle répondait aux questions essentielles et existentielles que Continuer le silence (le précédent livre sur elle) posait inlassablement sur notre union et sur elle. La première est qu’elle fut vivante. Six ans sans nouvelle peuvent vous interroger sur l’existence ou non d’une personne même si l’on sait que les femmes aiment à mépriser toute leur vie. J’étais rassuré, je préférais la savoir en pleine vie que pourrissant dans sa tombe, dans un cercueil, emmitouflée dans un linceul.   Ensuite, je lui ai fait écrire mon nom et mon prénom sur une enveloppe, chose qu’elle ne devait pas trop penser refaire un jour ! Et quelle satisfaction de revoir son écriture enfantine inscrire mon nom en énorme sur une enveloppe kraf. Au moins se rappelle-t-elle du nom et du prénom,  quelle classe. Un vrai titre impossible de roman pour elle ! Et enfin, en balançant sa phrase castratrice, uniforme, banale, typiquement féminine comme me le signalait un ami, elle répondait à la question que je me posais en écrivant mon roman. Est-ce la souffrance qui lui a fait perdre la parole ou le mépris naturel des femmes lorsqu’elles refont leur vie ou qu’elles décident d’oublier quelqu’un ? M’étant conduit de manière peu pardonnable avec elle, je pensais à ma culpabilité et grâce à ce texte puis à son expulsion (Après m’avoir expulsé et renvoyé chez mes parents, elle en a fait de même avec mon texte quelques années plus tard, comment n’avais-je point pensé à son mode d’exclusion, de rejet obsessionnel ?), je m’aperçois précisément qu’elle renie notre union de quatre années et que le mépris s’est incrusté dans ses pores de jeune trentenaire débile ! Une phrase dénuée d’humanité répondant à un journal de deuil m’en apprend davantage sur elle que quatre années d’erreur partagées en sa compagnie. Et pourtant, je lui pardonne tout car à l’époque où nous vivions ensemble, elle n’était pas ainsi, et paraissait humaine. Cela suffit à l’accepter pour l’éternité. Elle n’est tout simplement plus la même personne et il faut se concentrer sur ce qu’elle a été et ce qu’elle a fait de grand (même si à l’époque, l’amour devait la contraindre à cela…). C’est ce que je ferai dorénavant.

Titres possibles de romans : Le Choix funéraire, Liaison tombale.

Il faut que quelque chose naisse et meurt de nous.

Cet été : mort de Bernard Giraudeau, Laurent Terzieff, Bruno Cremer, Alain Corneau, Laurent Fignon. Tous morts du cancer. Tous on lutté des années contre lui, tous ont continué de travailler malgré la maladie (Fignon commentant en juillet dernier le tour de France, Corneau réalisant son dernier film venant de sortir il y a quelques jours, Giraudeau sortant un livre en 2010…) et tous en quelques semaines ont été décimés. (Ont suivi de près Arthur Penn et Tony Curtis.)

Belle du Seigneur d’Albert Cohen. Livre encensé par les femmes alors qu’il est d’une cruauté sans nom vis-à-vis d’elles. Livre sur la passion me dit-on, sur la passion à la fois débilement romantique chez la femme et montrée ainsi par l’auteur, et passion qui s’étiole très vite chez l’homme. Livre sur la femme et la séduction plutôt. Le personnage de Deume est trop caricatural ; ce qui rend Ariane tout aussi caricaturale de s’être mariée avec lui et de le quitter avec tant de facilité pour son contraire. Deux schémas à retenir néanmoins. La femme : indifférence originelle, orgueil essentiel, puis abandon passionné, fidélité, sincérité. L’homme : Amour lié au désir, séduction brutale, possession, ennui, jalousie. L’un des plus gros tirages Gallimard, m’enfin qui n’a pas souffert à la lecture de ces 840 pages bien trop bavardes même s‘il y a quelques fulgurances littéraires? Les monologues intérieurs des uns et des autres, dont certains passages sans ponctuation aucune me laissent sceptique. Dernières 150 pages à mourir d’ennui. 350 pages auraient non seulement suffi, mais auraient rendu le roman plus dense et précis sur la décomposition amoureuse et la putréfaction qui s’ensuit (Obsession chez Cohen de rappeler toujours que la mort achèvera d’un coup tout élan vital, et ce intervenant dans le roman de manière aussi brutale qu’une mort violente.).

Journal des beautés fulgurantes rencontrées dans le métro.

01/09/2010. 8h15. Rentrée scolaire, jeune fille, 25 ans, blonde, assise en face de moi, teint mate trifouillant son Ipood de merde, combien d’entre elles vais-je devoir signaler ainsi, le IPood en main et le regard rivé sur l’écran sans en démordre le moins du monde, nouveau phallus postmoderne dont on ne se sépare jamais et que l’on montre à tout bout de champ ? Je la scrute de temps en temps entre deux lignes de Belle du Seigneur que je me force à clôturer, elle n’en a rien à faire, elle continue de manipuler son phallus en plastique. Indifférente, aucun regard. Belle peau, poitrine dissimulée, un peu bourgeoise. Descente à Châtelet.

08/09/2010 14h30. Je rentre du lycée, ligne 5. 20 ans, Assez plantureuse, elle se tient debout devant moi. Un peu mon type de femme. Jeune, elle a coloré ses cheveux en châtain clair virant sur le roux. Ceux-ci tombent dans son dos. Visage assez blanc mais très sensuel. Taille moyenne, fesses un peu tombantes. On se regarde. Je fixe sa poitrine. Au moment, où elle doit sortir à Stalingrad, je sens un peu de dépit, elle fait un geste infime avec sa bouche, plissant un peu ses lèvres. Le chauffeur m’a laissé le temps de descendre pour la suivre, mais je n’en fais rien. A 20 ans, je m’en serais brûlé les doigts, aujourd’hui je me dis que ça fait partie du jeu, qu’il n’y a pas de rencontre possible dans le métro, et je préfère rentrer chez moi et dormir. Possibilité sexuelle indéniable. 

17/09/2010 17h40. Toujours en rentrant chez moi. Elle a 16 ou 17 ans, elle est assise sur un strapontin et discute avec ses semblables du lycée en jacassant. Je me penche pour voir ses deux formes mammaires bronzées et triomphantes qui transforment une adolescente banale en objet de contemplation sexuelle. Celle-ci a mis un t-shirt un peu décolleté et le fait de cambrer son corps fait décoller sa poitrine du tissu. Plus le temps passe durant le trajet, et plus sa poitrine ressort. Je ne décroche pas du voyage de cette paire de seins qui transforme ainsi son visage en modèle féminin.

13/10/2010. Jour faste dans ce vide féminin. 7h30 du matin. Une jolie brune, 23 ans, lunettes de secrétaire, cheveux noirs, jupe très courte et jambes très longues, un peu le style de la femme qui partage mes jours. Je la fixe tout en tentant de lire dans la cohue de ce jour de grève le livre-fleuve de Norman Mailer, Le Chant du bourreau, formidable romanenquête, puis un moment elle semble me sourire. On n’est tellement pas habitué à ce qu’une jolie femme vous sourie après que vous les avez un peu fixées, que je le prends pour une attaque frontale qui me paralyse un peu tout en me demandant s’il est pour moi. En guise de seule réponse je la re-fixe plus brutalement avec mon air de chien battu. Elle refuse le jeu de regard et m’ignore jusqu’à la fin Elle descend à Saint-Michel comme moi. Je la suis jusqu’à la fontaine du même nom puis je fais demi-tour, étant en retard pour le travail.

En allant déposer une raquette chez le cordeur et toujours dans cette torpeur de grève des transport, à Odéon en sortant de mon boulot, il est 14h00, je dévisage le visage que j’aime rencontrer au quotidien. Visage ferme, dur, très sexuel d’une blonde à la coupe impeccable, 22 ans pas moins, aux seins qui sortent de son sous-pull. Elle est habillée d’un tailleur très sec qui confère à son corps cette idée directe du sexe brutal. Indifférente complète à mes coups d’œil meurtriers, elle part s’asseoir dès qu’une place s’est vidée. Je la perds de vue avec le monde qui s’amoncelle. Je reprends Norman Mailer. Il y a des femmes qu’on voudrait caresser dans l’instant, et d’autres avec lesquelles on voudrait se marier dans l’instant. Ces deux femmes ont rempli banalement leur contrat fantasmagorique en apparaissant un jour durant dix minutes. Tel est aussi leur destin de fantôme.

25/11/2010, 17h25. Elle monte à Châtelet et descend à Reaumur Sebastobol. De toutes rencontrées depuis cette rentrée, c’est la plus belle, la plus plombante, celle qui vous pousserait à vous jeter sous le métro. Je la fixe comme un sniper. Elle n’a pas plus de 22-23 ans, fait un mètre 62, elle a les cheveux noirs qui dépassent en boucle de son bonnet. Et son visage : d’une splendeur horrifique tant il est parfait. C’est le visage de D + L + P. Le style de votre serviteur à jamais. Je la fixe comme si je voulais glisser sur ses joues. Elle ne bronche pas, elle se tient à la rambarde évitant les gens qui ne veulent que la bousculer car il y a du monde ce soir dans le froid hivernal des retours de travail. Elle sait que je bave à sa vue, que je l’aime dans l’instant, que je veux la toucher, l’embrasser, la serrer contre moi, lui faire l’amour durant des jours. Mais elle fixe la vitre et du coup son reflet de princesse qui tranche avec la pénombre cradingue du métro. A Raumur, elle disparaît, je scrute ma montre, 17h25. Je serai là la semaine prochaine, à coup sûr.

28/02/2011, 8h00, elle monte à gare de l’Est. Blonde, 27-28 ans, au téléphone tout le trajet. Je la dévisage comme un vaurien. Elle s’en rend compte et me scrute d’un regard. Elle descend à Saint-Michel et se retrouve derrière moi sur les escalators. Je lui tiens la porte. Elle me remercie. Véritable style que j’aime. A la Hélène. Blonde classique mais au charme sexuel évanescent. Trois mois que je n’avais véritablement croisé de belles femmes dans le métro.

23/03/2011, 15h30, métro 5 Bastille. Une belle brune au teint mate (style arabe ou marocain), petit corps, mais bien proportionné. Cheveux noirs, visage parfait. 20 ans tout au plus, elle était assise en face de moi et comment faire semblant de ne pas la fixer tant sa beauté était folle. Elle descendit à gare du Nord, et en me retournant ce souvenir de fesses compressées dans un jean clair.

Les hommes ne vivent plus rien et se tripotent en rentrant chez eux. Les femmes ne pensent plus rien et tripotent leur IPood en permanence. Condition banale de l’humain du vingt-et-unième siècle. Heureusement, quelques fiables amis, quelques livres somptueux et une femme tous les dix ans à rencontrer.

Ce qui nous aide à supporter les positions outrageuses des femmes faisant l’amour avec quiconque sauf nous, c’est d’observer à quel point elles peuvent aimer un homme, et de ce fait, passer outre la vision cauchemardesque de leur corps contorsionné se faisant enfoncer de phallus tout raidi et se concentrer sur leur totale preuve d’amour (et du coup leur total abandon), et se projeter sur leur façon d’aimer un être.

Tromper ne signifie pas désaimer, tromper veut dire s’égarer.

Nous refusons tous de vieillir et pourtant nous nous vautrons tous dans le vieillissement. Nous refusons de mourir et nous nous précipitons à grand pas vers la mort. Nous refusons de perdre et nous jouons.

La femme : Instrument charnel du plaisir masculin. Je ne vois pas d’autre définition. Importance du mot « instrument », à mon sens résumant et sa nature et sa fonction dans nos sociétés.

Lorsque je scrute les femmes dans les transports en commun, je ne pense qu’au plaisir charnel qu’elle pourrait m’apporter en toute occasion. Elles sont soit en train de lire un magazine féminin, soit en train de fixer comme des automates leur téléphone portable. Pas une ne lit un livre, pas une ne vous regarde courageusement. Vous les regardez avec le désir coulant comme de la lave, et elles se pavanent dans un silence redoutable. Vous qui par nature êtes condamnés à les désirer, leur nature à elles va vous rentrer dedans avec l’ignominie de l’indifférence solidaire.

Sur les événements de février 1934, on demandait à quelqu’un comme Julien Green de nous livrer ses impressions. Sur les émeutes de décembre 2005, on a demandé à Jamel Debouze[1] d’en faire autant. Après une telle constatation, j’aime entendre ceux qui ricanent quant on leur met sous les yeux la médiocrité de notre époque qui n’a plus rien à voir avec celle d’il y a quatre-vingts ans. Mais cela ne suffit pas et ces gredins trouvent à redire là-dessus…

Dans cette époque assez immonde où je trouve mon contentement difficilement, je me sens apaisé et passionné à la fois entre les jambes d’une femme et sur un terrain de tennis. Curieusement, c’est en attendant de répondre à un service, en tapant dans cette foutue balle comme une brute afin qu’elle aille toucher l’angle adverse tout en fusant comme une toupie, en courant à sa poursuite comme un dératé ou en assénant des revers meurtriers que j’oublie à la fois ce monde poético-sordide et que je construits le mien qui l’est tout autant mais que je suis seul à appréhender.

En rentrant de Roland Garros où je m’entraîne avec mon ami Clément, j’observe les femmes du métro qui rentrent chez elle sur cette ligne 10 vers 21h00. Ces bourgeoises fringuées comme des professionnelles, ces étudiantes qui se prennent pour des top mannequins, ces lycéennes qui ressemblent à des actrice X américaines, puis, plus rares, ces femmes somptueuses dont le charme rendrait pacifique un terroriste d’Al-Quaïda, je me dis que ce joli monde va disparaître, que ces magnifiques créatures féminines vont se retrouver dans le cercueil, dans le noir, dans un autre souterrain, et qu’elles vont pourrir plus vite dans l’oubli qu’elles n’ont fait pour évoluer en 30 ans. Ces fraîches gazelles pour lesquelles on vendrait père et mère pour leur découvrir les fesses, ces filles intouchables vont se décomposer et disparaître du système solaire en ce clin d’œil du destin qui vous a fait les aimer et les haïr (en général les mêmes). D’une certaine façon, cette tragique destinée qui met fin à leur suprême pouvoir qu’elles n’ont jamais eu à gagner me conforte et me soulage dans ma désespérance d’elles et de la vie qui les a créées.

Charles Denner, Jean Bouise, Bernard Fresson, trois immenses seconds rôles qui parsèment le cinéma français des années 70-80. Trois grandes figures dont on ne parle jamais et qui ont ce génie tellement fou de la comédie. Trois acteurs inclassables et tellement importants. Fresson et Denner réunis dans Z de Costa-Gavras…

La différence structurelle entre hommes et femmes est telle de nos jours que mêmes les moches commencent à prendre le pouvoir sur nous ! Pouvoir illusoire s’il en est, mais elles se comportent comme si elles l’avaient, et du coup comme si elles étaient belles. Exemple de la laide aux gros seins qui vous plante avant que vous ayez l’idée (curieuse ou masochiste) de l’inviter quelque part, idée que vous n’aurez certainement pas autrement que par pitié, par désoeuvrement, par ennui, et encore, j’exagère quelque peu, mais qu’elle devance en jouant la femme fatale, alors qu’elle n’est que femme banale.

Au cimetière de Bry pour se rendre sur la tombe de la grand-mère de A. En me promenant entre les croix et en réfléchissant toujours à la grande fumisterie universello-cosmique, je tombe sur une inscription : « A notre père qui nous a quitté. ». Pauvre homme mort qui portera contre sa volonté et sur sa dernière demeure une immense faute de grammaire, n’ayant lui-même peut-être jamais appris à sa famille l’accord du COD placé devant le verbe… Tout ça nous ramène une fois de plus à la grandeur de la mort face à la trivialité, même syntaxique, de l’existence imparfaite.

Finalement, on remarque que toute l’indécence de la femme (seins ballotant, fessier proéminent, manière légère de s’habiller, maquillage outrancier, lèvres volumineuses, vulgarité de leurs manières, notamment verbales) est masquée par sa grâce naturelle (légèreté, douceur, joie de vivre, cheveux longs, beauté évidente). En un mot la femme est une espèce de mélange cosmique entre l’indécence et la grâce, qu’elles soient toutes deux naturelles ou artificielles. L’indécence d’une énorme paire de seins laiteuse rendue gracieuse grâce au soutien gorge qui permet le décolleté, ou la vulgarité d’une femme rendue gracieuse grâce à sa beauté. Comment ne pas devenir fou rien qu’en tentant d’analyser ce qui provoque le désir sexuel d’une part, l’émotion amoureuse d’autre part devant chaque évidence féminine.

Cynisme, indécence, festivisme, médiocrité tels sont les quatre maîtres mots de notre époque.

Mr G, CPE du lycée Fénelon, syndicaliste de gauche convaincu, gréviste fidèle et membre du PC préfère embaucher un nouveau surveillant sur neuf heures supplémentaires délivrées par le rectorat, me tenant le discours parfait du parfait néo-libéral que le travail à temps partiel se développe et facilite l’organisation des taches administratives quand bien même ses heures sont réclamées par des agents déjà en poste et qui souhaiteraient arriver à travailler plus de 20 heures par semaine. Mr C, proviseur du lycée Fénelon, syndiqué à droite, jamais gréviste, volontiers briseur de grève, tranche en donnant ses neufs heures à deux agents déjà en poste, leur permettant d’arriver respectivement à 24 et 30 heures hebdomadaires et de pouvoir espérer un mini Smic ! Quand la droite est sociale et la gauche libéralo-comique, il est temps de fuir très vite le système et l’état français.

Tromper sa compagne fait partie du destin d’un homme. Se retrouver avec une autre femme que la sienne, toucher sa bouche, caresser ses seins, puis parcourir ses entrailles remettent l’homme sur les traces de sa nature profonde et de sa tragique destinée. Mais cela lui permettra de tenir bon, du moins durant quelques temps.

Les journalistes : Philippe Muray les appelait les plumitifs. Albert Caraco les traitait de gazetiers. Il faudrait que je créé un troisième qualificatifs pour définir l’inutilité et de leur nature et de leur fonction. Les journalieux…

Quartier rouge, Amsterdam. Nous nous infiltrons dans ces ruelles exiguës où surgissent dans des cabines fluorescentes des créatures peroxydées. Les lumières à la fois tamisées et blafardes font sortir ces femmes de l’ombre où elles apparaissent comme des mannequins de cire. L’ensemble côtoie le vulgaire banal, la poupée gonflable, la prostituée retraitée, le Picard du sexe, le libre échange sexuel, l’éjaculation pécuniaire, la jouissance organique, la culture porno, la solitude des sexes que chaque vitrine sépare. Puis une femme apparaît, une péripatéticienne, une prostituée, une pute, une « tepu » comme le répète un ami dont la beauté contraste avec l’aspect festivo-sordide du lieu. Ici, et devant cette jeune femme dont on voit presque nos reflets bouger sur la peau qu’elle exhibe, nos questions ont leurs réponses. La prostitution organisée et libéralisée existe car les femmes, objets scandaleux, ancestraux et absolus du désir, attirent la pulsion en un regard, en une décharge. Cette toute jeune fille de 19 ans à peine nous a « séchés » tous trois (J’étais avec deux amis.), et sous l’humour grivois, potache et surtout maladroit de chacun devant cette femme presque offerte, se cache le désir canalisé mais le désir quand même. Cette inconnue, qui se vend comme un plateau-repas et qu’une seconde avant nous ne connaissions pas, a transformé notre journée. Cette inconnue qui loue son corps à n’importe quel touriste et que l’on dévisage en deux secondes, sans pouvoir la fixer longtemps, comme pour se débarrasser d’une galle soudaine, coupable que nous sommes de vouloir fourrer la beauté, gouverne d’un coup notre corps, notre cerveau, notre âme, notre vie. Le sexe est tellement obsessionnel, la libération de cette tyrannie orgasmique est si ténébreuse, la caresse du corps féminin et la rencontre brutale avec ses formes enivrantes, si violentes, que l’homme est déjà à terre ; et devant cette adolescente qui le soir rejoint sa mère pour faire ses devoirs de maths, nous ne pouvons faire autre chose que simuler des scénarios au bautoxe. Nous quittons sa rue en feignant de plaisanter encore dessus, de ne point regretter ce départ qui signifie un adieu bête et clair et une frustration éternelle, comme si nous sortions du musée après la fin de visite. Or, dans notre âme puérile, dans les tréfonds de notre pudeur, nous aurions vendu père et mère pour rentrer dans sa studette de fortune, son logis qui sent la mort, sa cabine artificielle tapissée de plastique, et souffler des mots de douleur sur sa bouche souillée. Nous aurions cambré nos bustes entre ses jambes ouvertes au public, puis nous aurions hurlé notre plaisir mécanique pour en avoir pour notre argent. Que fait une prostituée à minuit quand elle finit son service et compte ses billets ?  Dîne-t-elle entre collègues ou rejoint-elle son amant ? Telle était la question que je me posais alors que le sommeil venait me prendre. Que fait-elle me demande-je encore assis sur mon banc, attendant mon train pour Paris? (27 septembre 2010, Gare centrale d’Amsterdam, quai 14a, 10h00.).

J’aime assez l’idée d’Albert Caraco qui disait écrire pour son tiroir. Qu’ai-je fait d’autre depuis dix ans ?

F.T, animateur-journaliste bobo qui se gausse de présenter la seule émission culturelle de la télévision (on ne peut plus pédante et ennuyeuse) se vente de n’avoir rien fait entre 18 et 30 ans, refusant de rentrer dans le système, et à 50 s’empresse de faire sa promotion en vantant ses interventions en radio (Europe 1), presse écrite (Figaro magazine), et télé (France 3). Bref, il vient en l’espace d’une interview télé de trois minutes de prôner le tout et son contraire.

Je repense à C.L. Lorsque nous vivions ensemble, j’étais angoissé à l’idée qu’il lui arrive malheur. Le soir, j’attendais qu’elle rentre de ses stages ou de son école et lorsque j’entendais le bruit des clefs dans la serrure, mon cœur se libérait et mon âme s’apaisait. Pire, lorsqu’elle sortait entre amies (et Dieu sait si cette vipère sortait tout le temps, bourgeoisie festive de sa condition oblige !), et que je refusais de perdre mon temps en leur compagnie et, dépassant les minuit, je priais Dieu pour ne pas qu’elle tombe sur un malade mental dans la rue ou un fou dans le métro qui l’agresserait ou la séquestrerait, et à cette idée, je tremblais comme une feuille. Durant ces sempiternels retards où elle ne daignait répondre au téléphone, j’imaginais, dans une attente infernale, le pire, le viol, le meurtre, etc., puis elle débarquait toujours comme une fleur, les cheveux aux vents, la peau empestant le tabac, mais toujours ce sourire qui permettait nos retrouvailles même s’il m’arrivait de les gâcher en lui reprochant soit son retard, soit son odeur tabagique. Aujourd’hui, et plus de six ans après notre séparation, je me ficherais éperdument d’apprendre qu’un type l’ait butée lors d’un retour tardif chez elle. Ou comment la pire des obsessions de cette époque pas si lointaine est devenue le cadet de mes soucis aujourd’hui ! La veille d’un long voyage en voiture, je priais Dieu pour qu’elle s’en sorte en savourant les hypothétiques derniers moments que je passais en sa compagnie ; et aujourd’hui la vue de son corps en bouillie ne m’inspirerait aucun effroi. Je ne sais plus ce qu’elle devient, comment elle sort et avec qui elle prend la route, et qui sait un jour le destin l’emportera. Ou comment une femme qui peut représenter tout ce qu’on a d’important dans une vie à un moment donné peut, par sa seule faute, être reléguée au rang de vague infortune. Et après avoir écrit cela, j’espère qu’il ne lui arrivera rien, profondément et resterais pétri devant sa disparition.

M  G., CPE du lycée Fénelon tente de faire entrer les élèves malgré le blocus organisé par quelques élèves réfractaires. En cela, il est leur adversaire, car il s’oppose d’une certaine façon à la fermeture du lycée. Puis, à la question posée par ces avortons révolutionnaires  sur d’éventuels courriers d’absence envoyés aux parents, il s’adresse à eux en leur promettant qu’il ne comptera pas leurs heures ratées ! Cet homme, sympathique au demeurant, et maintes fois évoqué en ces lignes, est la schizophrénie personnifiée ! En tant de guerre, se méfier de ces individus inscrits au Parti et qui forniquent avec le capitalisme le plus cynique.

Les femmes : suffisance et silence. On les traque pour leur poitrine et leurs lèvres. Misère de la nature et du temps. Elles nous chassent par leur orgueil et leur impuissance à jouir.

Heureusement que ma femme est là pour me réconforter devant la bassesse et la lâcheté de mes maîtresses. Sans elle, je désespérerais à plein temps des femmes.

Nous assistons en ce moment à un véritable retournement moral. Quand l’économie et la finance ont définitivement remplacé l’humanité en cynisme universel, que reste-t-il à l’être humain ? Exemple : novembre 2010. Visite du président chinois en France. Rafarin et Rocard s’expriment sur les opposants au régime communiste en place qui veulent manifester lors des visites du dictateur. Si le premier, véritable beauf de droite déjà ridiculisé dans mon Journal lorsqu’il était premier ministre, ne m’étonne plus de ses inepties libéro-sauvages, Rocard, lui, est véritablement l’homme méprisable. Il déclare qu’il faut aujourd’hui être réaliste, qu’économiquement la Chine est au top niveau, qu’elle va nous dépasser et qu’il faut, pour survivre en monde capitaliste, commercer avec eux, c’est-à-dire faire des accords financiers et économiques énormes au détriment bien évidemment des droits de l’homme bafoués depuis des décennies dans ce pays. (Rappelons que le prix Nobel de la paix séjourne en ce moment dans les geôles chinoises.).Ce type immonde qui, il y a quarante ans, arborait l’effigie du PSU ; arcanne gauchiste radicale de l’époque, toujours prêt à défendre la veuve et l’orphelin, a été bouffé tout cru par le système cyniquo-libéral (d’ailleurs il est devenu le nègre de Sarkosy en lui tapant quelques rapports sur le monde !). Réaliste, dit-il… Soyons-le en méprisant ce type d’être humain. Ce sont, à mon sens, les pires, et ils pullulent aujourd’hui notre administration française. Les vrais traîtres de la république, les ploutocrates post-modernes, les suceurs de sang d’une possible entente sociale. (Trois jours après, je vois Jean-Luc Melanchon a la télé qui ne répète pas moins ce que pense Rocard,  que les Chinois valent mieux que les Américains et que malgré tout, c’est avec eux qu’il faut commercer, indépendamment des problèmes diplomatiques que cela engendre. Et dire que je voulais me réinscrire sur les listes électorales pour éventuellement voter pour un gugusse lettré. Encore un raté, pourtant si prévisible.)

C.L. En 2004, elle me quitte pour infidélité avérée. Durant deux ans, je fais silence, ne pouvant rien faire d’autre que d’écrire sur une autre femme, Hélène en l’occurrence. En 2006, je me reprends et j’écris un livre sur son cas ainsi que sur notre rupture. En 2008, je lui envoie une lettre lui expliquant ma démarche affectivo-littéraire. En 2010, je lui envoie un carnet où je recensais quelques faits marquants ainsi que quelques rêves qui lui étaient destinés, sans oublier un petit diaporama musical pour nous rappeler le bon vieux temps. De sa part, je n’ai reçu qu’une phrase, renvoyée avec mes carnets au domicile de mes parents où on pouvait lire « J’ai tourné la page, je te renvoie donc tes documents. Caroline ». Et pourtant, qu’ai-je fait pour la revoir ? Qu’ai-je fait pour la retrouver ? Rien. Celle qui est devenue davantage un mystère à élucider qu’une véritable obsession (l’obsession ne permettant pas de vivre une vie normale, ce qui n’est pas mon cas même si cela a engendré et engendre toujours d’infinies tristesses), une absence pesante plutôt qu’un amour raté, qu’ai-je fait pour venir lui parler si ce n’est lui envoyer narcissiquement quelques productions écrites bavardes et remplies de rancœur. En  définitive, et me plaignant d’un silence assez méprisable qui existe entre nous depuis six ans et qui va durer encore des lustres, je n’ai rien fait pour parler avec elle, et malgré cette pensée brutale, ces rêves violents, et ces écrits vains, je n’ai pas bougé le petit doigt pour elle.

P.A, 16 ans, élève de Fénelon prise d’une crise de spasmophilie qui la fait trembler à chaudes larmes, débarque à mon bureau avec une camarade. Le sachant assez vite, je la fais asseoir sur le lit de l’infirmerie. J’essaie de lui montrer la manière de respirer par le nez, en inspirant tranquillement puis en expirant par la bouche pour que son corps se calme. Elle ne se calme pas. Alors, me souvenant comment A., compagne éternelle de ma vie, me prenait la main pour me calmer lorsque j’étais moi aussi victime de ce type de crise, je prends la main de l’adolescente en pleurs. Je la serre et ne saurais probablement jamais ce qu’elle a ressenti à ce moment. J’avais dans la main la main de cette fille lointaine, potelée et attirante. Je suis resté assis à ses côtés quelques minutes, combien ? Je ne saurais le dire tant j’étais accaparé par sa guérison et non par l’impact charnel d’une telle scène. Lorsqu’elle fut calmée après l’arrivée des pompiers, elle fit la fière, puis rentra avec sa mère sans me remercier le moins du monde. Classique chez ce genre de lycéenne bourgeoise. En rentrant chez moi je m’affalais, me voyant si faible pour l’attrait féminin, si pauvre et désarmé. Et je restais couché une bonne partie du week-end, délaissant ma femme, mes livres et mon tennis.

Ne sachant plus desquels des deux, F comme Fairbanks ou de La Marche triomphale avait été tourné avant et sachant que le couple Dewaere/Miou Miou était en train de se séparer durant le premier, j’apprends donc par une émission télé que le couple se retrouvait durant le second alors qu’il était bel et bien rompu. On sait que Dewaere aimait toujours Miou Miou et cherchait à la reconquérir, alors qu’elle coulait déjà des jours heureux avec un chanteur. Or dans La Marche triomphale que je n’ai pas revu depuis mes 16 ou 17 ans, ne parvenant pas à me le procurer, j’ai le souvenir qu’il y avait entre les deux acteurs une scène assez érotique (l’un de mes premiers tristes supports fantasmagoriques). J’en viens à cette conclusion terrible que Miou Miou refusant de se donner à Dewaere depuis leur séparation, et sachant la souffrance de son ami, a offert entre guillemet son corps, du moins sa nudité, pour l’art ou pour l’argent ou pour les deux. Le refusant dans le réel, elle a accepté d’être caressée par l’homme qu’elle repoussait parce qu’un scénario le lui imposait en connaissance de cause. Je me souviens qu’on voyait son corps allongé, les seins (magnifiques) à l’air et Dewaere, dans le rôle d’un obsédé total, la pelotait dans tous les sens. Quelle tragédie vivait-il alors ? Ne pas pouvoir toucher la femme qu’il aimait, qui se séparait de lui et qui se faisait toucher par un autre qu’au travers d’une caméra les filmant ainsi, donc pour un rôle, et le temps d’une ultime séquence. Qui était là pour le voir rentrer chez lui après ce type de scène ? Quelle mise en abîme terrible de ce qu’un être peut faire pour le faux et ne pas faire pour le vrai. Drôle d’enfouissement métaphysique et charnel !

Fin 2007, les cheminots étaient en grève car le gouvernement Sarkosy voulait leur retirer certains acquis sur la pénibilité du travail et, de ce fait, les faire partir plus tard en retraite. Trois semaines de conflits, de manifestations, de grèves sont tombées à l’eau dès que ce petit malin leur a remplacé ces fameux acquis (datant du front populaire pour certains) par une revalorisation salariale. Fin 2010, trois semaines de manifestations ont chamboulé le pays suite à la réforme des retraites du même Sarkozy qui consiste à faire partir tout le monde à 62 ans (voir 67 pour une retraite complète). Les vacances de la Toussaint ont mis fin à cela, les manifestants voulant bien ne plus travailler en période active mais certainement pas chômer en période de congés ! La réforme a été votée en novembre sans le moindre manifestant dans la rue ni de reprise le jour de rentré. Parfait exemple de nos sociétés postmodernes. Pour les gouvernants, un libéralisme dithyrambique, cynique, amoral et sans pitié. Pour le peuple, le consumérisme, l’appât du gain et les vacances.

Parents, criminels qui envoyez vos rejetons à la potence.

De même que la mort sépare les êtres qui se sont aimés, la vie les brise tout autant en empêchant leur retrouvaille.

Le sexe est un enfer, dans sa réalisation comme dans sa restriction.

Les femmes, qu’elles couchent ou pas, finalement quelle importance, sont l’œuvre du démon. Une jouissable et méprisable giclure du diable.

On aime une femme comme on aime une plante ou un chat, et c’est bien ça le problème.

Elle est là, on se croise, on se salue. Son corps est à des galaxies lumières. Et pourtant, il est à porté de mains. On se désire et on s’éloigne. On se plait et on se hait. On se craint et on se méprise.

Plus je vois Giscard d’Estaing vieillir (ce type infréquentable devenu imposteur des lettres sort à présent un livre par an depuis qu’il est académicien), et plus je pense à Ranucci qui ne vieillit plus depuis 34 ans, coupé en deux en putréfié anonyme. En y réfléchissant, D’Estaing (l’homme sans destin) a été le Ponce Pilate moderne, qui voyant la foule le haranguer et demander la mort du condamné, a cédé par lâcheté et manœuvre électorale. Il a interrompu la vie d’un homme de 22 ans pour quelques voix supplémentaires ? Y a-t-il crime plus médiocre ?

La femme qui aime illusionne. La femme qui méprise raisonne. La femme qui hystérise meurtrit.

Une femme aime avec les tripes et méprise avec le cœur.

P. l’adolescente. Le cauchemar est doux, il passe tranquillement le long de l’année mais il prend l’ampleur des tragédies quotidiennes et sans apport.

Premier rêve sur elle. Nous sommes dans une voiture décapotable blanche sauf que les fauteuils donnent directement sur la route, et sont placés de travers. Un type nous conduit je ne sais où (enfer ou paradis), et nous voyons les lignes de la route défiler devant nous. Il va vite et nous ne sommes pas attachés. Elle s’est plaquée contre moi et je l’embrasse de temps en temps. En même temps, je crains que nous tombions à la renverse et que nous nous tuions. Comme il est facile d’analyser ce rêve ! Tous les symboles de la situation réelle y sont présents.

Le propre de l’hystérique est de maîtriser à la perfection les codes de la séduction sans avoir en conscience, ni même réfléchi au préalable à la portée destructrice et sans faille de ceux-ci. Et pourtant leurs effets sont diaboliques. 

Aujourd’hui, les relations se font et se défont d’un double clic. Même le « sms » demandait un semblant d’écriture, de message, de transcription, de typographie, de langage aussi codé et brutal fut-il. Le double clic l’a remplacé. C’est la gâchette du postmoderne, le coup de feu virtuel des âmes damnées, le déclic de l’hystérique.

Après avoir pris la main de P. le mois dernier alors que sa crise de spasmophilie la faisait trembler et perdre la raison, voici C. fraîchement quittée par l’homme qu’elle aimait (en vérité une espèce d’adolescent sous-développé et boutonneux, relié 24h/24 à son walkman et sa console de jeux animés !), m’aperçoit dans le couloir et s’écroule véritablement sur moi. Elle déverse sur moi ce qu’elle a de colère, d’incompréhension et d’amour pour ce dégénéré mental. Surpris devant cet élan sincère de tristesse et de désespoir vrais, je lui intime de rentrer dans une salle vide pour ne pas alerter tout le lycée de sa rupture mais la pauvre est tétanisée et ruisselle à n’en pouvoir faire un seul pas. J’essaie tant bien que mal de m’accouder à elle pour que nous avancions ensemble mais en plus de porter le malheur du monde sur ses épaules, elle ne parvient plus à supporter le poids de son propre corps. Devant l’urgence de la situation (la sonnerie marquant la fin des cours allait retentir), je décide de la porter, comme un enfant, en la prenant sous les fesses afin de la déposer quelques mètres plus loin, sur le bureau de la salle vide. Elle se laisse faire, toujours en pleurs et s’agrippe à mon coup comme un chat perdu à qui l'on vient de lui éviter la pluie. Et là, surprise, je sens une érection. J’avais, il est vrai, mes deux mains plaquées sur ses petites fesses de 17 ans. Je la pose de suite sur le bureau, appuie mes mains sur ses cuisses pour la fixer et lui sermonner deux-trois conseils pour qu’elle arrête de hurler et pour se reprendre. Mais j’ai toujours cette érection tragique alors que mon esprit n’est absolument pas accaparé par toute idée saugrenue de sexe sauvage dans cette classe vide ! Nous discutons, et elle parvient à se reprendre un peu. A ce moment, une jeune fille, ayant entendu ses cris, rentre dans la salle et la prend dans ses bras. La suite est banale, je fais entrer son copain trisomique et les laisse tous deux s’aventurer dans ce qui sera le premier pas vers une rupture définitive. Revenons à la tragédie, la vraie, mon érection inopinée. Car si mon esprit était tout aux soins de la petite, mon corps, lui, ce tyran insatiable, cet officier nazi, cet Attila du silence, ce Barrabas du désir, ce tortionnaire du maquis, ce chacal des rues, cette hyène de la ville, ce pornographe de l’adolescence pensait à la chair de cette femme éplorée. Le contact avec ce corps de jeune femme était déjà trop fort pour sa patience envers le sexe faible. Mes mains collées sur ses fesses étaient de trop, et le corps (qui dit toujours la vérité, Montherlant en témoigne), pensait déjà à se délasser de cette existence bien trop triste à son goût. Et si mon esprit était dans la compassion et le conseil pour cette adolescente brisée, mon sexe barbare, prédateur, tel le requin devant sa proie, était prêt pour le coït. Puis, tel le félin de la Savane ayant raté sa proie, il rebrousse chemin tranquillement, à peine déçu par son festin manqué car il sait la sieste proche. Voilà ce que l’homme est : un être de désir. Le reste vient ensuite, notamment, l’impossibilité sociale de ce désir.

Alice Taglioni est une actrice française qui a perdu son mari l’an dernier d’un stupide accident de voiture. Le type roulait dans une espèce de prototype surpuissant, genre  bolide sportif ultraléger qu’il n’a pu maîtriser dans un virage et qui est allé se désintégrer contre un mur. A 30 ans, il disparaissait laissant femme et enfant. Et aujourd’hui, j’aperçois sur les devantures d’un kiosque, un journal « torchon » qui montre Taglioni au bras d’un jeune gars, avec comme titre racoleur : Un nouvel homme dans sa vie. Et effectivement, en feuilletant le torchon, on voit quelques clichés explicites. Que penser de tout cela si ce n’est de se dire que c’est normal ? Et en même temps, plusieurs réflexions m’inspirent cela : Pendant que son mari se décompose dans sa tombe à cause d’un stupide accident, sa femme se fait retourner par un autre type. Alors que le mec n’est plus qu’un mort enseveli, un souvenir parmi d’autres morts, sa femme gesticule, pose dans les journaux, et fait l’amour avec un homme. Si le destin n’avait pas décidé de le supprimer si tôt, ce serait eux qui copuleraient aujourd’hui en continuant de se reproduire à tout va, mais en enlevant subitement ce type de toute existence terrestre, la vie a permis la rencontre de ses deux autres âmes. Chose banale il est vrai, ils auraient pu se séparer, se tromper, tout est possible, sauf que là, le type est mort, et il est impuissant face à cela. Seule sa mort a réuni les deux autres. Un an après le drame, (Comme c’est court un an, sauf pour une femme…) la femme a eu besoin de l’homme. Pas n’importe lequel, mais presque ! C’est la définition même de l’amour. Interchangeable, passager, éphémère, tout comme la vie. Une métonymie simple en fait.

Après s’être jutés dessus, l’homme et la femme n’échangent plus un regard.

Je ne peux faire l’amour durant les vacances, ma femme ayant pris les mêmes que les miennes.

Je ne retiens jamais grand-chose des livres que je lis, d’où mon obsessionnelle manie de recopier des chapitres entiers, ne voulant pas qu’ils s’échappent à jamais de ma mémoire, mais je leur dois, à tous presque, sauf aux plus ennuyeux, de m’avoir permis de sortir un temps de mon propre ennui (quel qu’il soit et où qu’il soit, dans les transports en commun, sur la plage, sur des terrasses de vacances, des quais de gare, dans ma chambre, les dimanches entiers, lors de mes heures de bureau, etc.). Nous sommes le 31 décembre 2010, j’attends de réveillonner avec A. et je retrouve ma position préférée, être allongé sur mon lit, musique en fond, à lire. Ce soir : Etre soi à jamais de John Updike. Merci à John de me sortir de l’ennui de ce 31/12 liquéfiant et par la même occasion de 2010. Quelques bons livres néanmoins lus cette année : Retour de Barbarie (Guérin), Carnets d’un vaincu (Davila), Carnets 78 (Cohen), L’Orient désert (Millet), Amour promis (Clermont), Pauline (Dumas), Avec moi-même (Balfort), Le Chant du bourreau (Mailer), Jean de Florette (Pagnol), Lettres à Aube (Breton).

 

 

Carnets 2011.

Ce soir, en rentrant, ce visage d’une italienne (17-18 ans) que je boirais comme une liqueur empoisonnée. Quand la beauté respire le sexe, on est dans le gouffre de l’entrejambe. Le gouffre de l’orifice. Il y a la contemplation qui se mêle directement à une volonté de souillure de cheval.

Elle me méprise comme un chat d’appartement. Et de temps en temps, elle roule des fesses en me jetant un regard.

La dérive essentielle est de découvrir, comme dans la majeure partie des cas, la pornographie en même temps que l’on découvre les femmes (16-17 ans).

Ma mère a toujours désiré avoir des enfants. Mon père, lui, s’en contrefichait. Je suis donc le produit d’une envie et d’une indifférence. Je suis l’enfant du désir et du mépris. Sans oublier ce rapport étroit de l’amour et du désir bestial qui constitue la conception propre de l’être.

Etre régulièrement irrégulier ou irrégulièrement régulier signifie que vous êtes irrégulier. La grammaire est intraitable et pessimiste.

Eichmann est quelque part le fonctionnaire zélé type que l’on a tous rencontré un jour dans nos fonctions abêtissantes (Pour ma part, ce fut à chaque fois une femme). Dieu merci, on l’a croisé en temps de paix.

La manière dont se détachent certaines femmes correspond en fait à la manière dont elles subissent l’attachement. Toujours sur un malentendu.

La sodomie, acte suprême qui se situe entre la passion et la barbarie. De même que le sexe oscille entre la tendresse et le viol. Au final, c’est cette dualité qui rend fou, et non si c’était simplement l’un ou l’autre.

Ce que je pensais de mystérieux et d’évasif chez P. n’est en fait, et en vérifiant les dires de J., qu’une façon d’être plate et banale (qu’elle doit elle-même à peine gérer). Sauf que l’amour (ou ce qui y ressemble), tel qu’il se développe par les sentiments (tel qu’il se trompe du coup), dénaturant le réel, opère ce schéma traditionnel de représentation (la femme transfigurée en égérie) et en symbole (la femme objet de l’amour fou). Ce qui lui confère ce statut magique mais faux, du moins falsifié. Or qu’avons-nous hormis le fait que la petite parait douce et sensuelle ? Une adolescente bourgeoise et triviale sans grand intérêt et capricieuse. En discutant avec elle, c’est cette fatale aliénation qui se joue. Sauf que l’homme veut fourrer. C’est sa mission sur terre : fourrer.

A. à l’époque, après que nous avions fait l’amour, me prend dans ses bras, me demandant que je lui dise quelque chose de gentil (ou un mot d’amour, je ne sais plus), et je suis incapable de me souvenir de ce que j’ai bien pu lui inventer.

La nudité sexuelle est impudique et puissante. La nudité médicale est contrainte et humiliante. Et pourtant le corps est le même.

On a l’époque que l’on mérite. De Gaulle en 1945 refusa de gracier Brasillach, écrivain fasciste et collaborationniste. Giscard, en 1976 refusa la grâce de Ranucci, jeune homme de 22 ans suspecté d’avoir assassiné une gamine. Brasillach, assurément, ne méritait pas la mort. De même que Ranucci méritait une totale révision de son procès. Le premier n’avait pas fini sa guerre. Quand le second commençait la sienne, électorale et démagogique. Les deux voulaient passer pour des âmes intransigeantes et fermes. Ils n’étaient que des populistes au pouvoir, l’un ne voulant pas se mettre les communistes à dos, et l’autre la meute qui voulaient la tête du tueur. Si la période d’après-guerre a droit à mon respect, celle des tueurs d’enfants comme époque moderne anti-historique a toute mon inattention. Mais ces deux chefs d’état ont quasiment réagi de la même façon : le fasciste était l’ennemi en 1945, de même que le tueur d’enfant l’était en 1976. On a aujourd’hui le pédophile criminel ainsi que le réactionnaire pacifique ! Dégénérescence des chefs d’état à coup sûr.

J’aime aussi le tennis et ce malgré des moments terribles de frustration, pour la simple raison que je ne pense pas au sexe. Pas le temps pour ça et c’est l’une des seules activités de ma vie qui le permet (le travail, la lecture, la fréquentation des autres s’y prêtant tragiquement). De même que j’aime le sexe, malgré des moments de frustration, car je ne pense pas non plus à lui durant.

Il aurait fallu que l’on voit dans le visage des très vieilles personnes à la fois leur expérience et leur savoir. Mais l’on n’y trouve que des rides et des crevasses qui les rendent dérisoires et parfois pitoyables. Dur circuit qui ne met jamais l’expérience en avant !

Ce qui m’horripile dans la conquête amoureuse où le désir prend une part considérable si ce n’est quasi-totale, c’est que l’on doit faire passer son désir animal au travers des codes de séduction que la civilisation a instaurés. Or en cas d’échec, nous sommes humiliés affectivement d’un désir non comblé et d’une double désillusion (de notre pouvoir séducteur et de la femme aimée) à cause d’un acquis naturel, le désir sexuel. L’érection masculine en est que la tragique preuve. Notre corps gouverne tout et nous devons faire passer ce besoin dictatorial par du langage plus ou moins bien fourni. Je me souviens qu’au collège et au lycée, le fait de se déclarer devant une femme qui ne vous aimait pas vous rendait déjà coupable à ses yeux. Coupable du désir. Et lorsqu’elle vous repoussait, elle ne daignait plus vous parler, choquée d’être objet de désir. Or, cette même garce était tout aussi coupable d’en désirer un autre et de se donner à lui facilement. Mais les codes et les statuts transigeaient en fonction de l’individu. Autrement dit, les moches ne devaient et ne pouvaient pas désirer… (filles ou garçons d’ailleurs). J’ai davantage plaint les femmes laides que les garçons. Une femme laide, personne ne viendra à elle de toute sa vie. Un garçon, pour le coup et à travers les usages sociaux, peut avoir recours à la séduction intensive et détournée. D’ailleurs combien de laidrons hommes voit-on dans la rue accompagné de très belles femmes. L’argent, étant, à mon sens, le premier facteur.

Dans le métro, deux clochards observent une jeune fille assez bourgeoise ramasser un bonnet par terre. J’ignore si celui-ci venait de tomber ou s’il lui appartenait. Toujours est-il qu’à peine ramassé, elle se le met sur la tête. « Dire qu’elle le nettoie même pas, c’est dégueulasse ! », dit soudain  l’un deux marginaux en ricanant…

Mme B. (personnage abject de l’administration française), CPE du lycée Fénelon depuis 1999 arrive à 8h50 alors que sur son emploi du temps, il est bien stipulé samedi : 8h-14h00. Après avoir brassé de l’air et quitté le bureau une demi-heure, elle répond au téléphone tout en jouant au Solitaire sur son ordinateur. Elle dit ainsi au proviseur adjoint que la semaine fut rude avec le conseil d’administration qui a fini à 18h15 (!) le lundi précédent (nous sommes le samedi). Après avoir péroré en conversations futiles, le téléphone re-sonne. C’est un parent d’élève asiatique (car elle se plaint de ne pouvoir déchiffrer ce qu’elle raconte : « Ah, elle ne parle pas un mot de français cette asiatique, c’est vraiment embêtant pour la comprendre, me dit-elle d’un ton méprisant. »). Elle lui dit, et c’est là où le grotesque détruit tout : « Ecoutez madame, je n’ai pas le temps de voir votre fille aujourd’hui, j’ai beaucoup de travail. » Puis elle raccroche convenant d’un rendez vous plus tard dans la semaine. Ensuite, elle ouvre Internet et va sur son mail (personnel puisqu’elle n’en possède pas de professionnel, l’ayant toujours refusé.) Cette personne indigne, incompétente de renon, payé 3000 euros par moi, est intouchable et exerce son autorité sur tout le monde et personne pour la déloger. Voici aussi la caricature de l’être mesquin et médiocre que je supporte depuis bientôt 6 ans.

La question n’est pas pourquoi vivre ici et maintenant ? Mais pourquoi avoir, au final, tant vécu ?

L’amour est la rencontre fortuite et malheureuse d’une esthétique et d’une médiocrité.

Les femmes ont le monopole de l’amour porté vers elles car un sourire d’elles nous fait les aimer à vie. Quelle arme avons-nous ? Quelle solution nous préconise-t-on?

18/03. Je n’ai pas l’âge du Christ. C’est lui qui avait mon âge !

Nous méprisons les mendiants des métros de la même manière que les femmes nous méprisent. Comme lorsque nous passons à leur côté, nous les apercevons, mais nous passons sans même les regarder. Les femmes que nous regardons avec insistance, mendiants du désir que nous sommes, procèdent de la même façon. Elles nous voient bien les désirer, mais passent comme si de rien n’était pour ne pas subir l’affront impossible.

Il est comique de voir à quel point on prend au sérieux notre existence alors qu’elle n’est pas moins qu’une profonde et banale indétermination biologique. La preuve, notre corps incompétent et grossier pouvant nous échapper du jour au lendemain. (Réflexion m’étant apparu alors que je lisais le Journal de galère de Imre Kertész)

Chose étrange : Depuis le début de l’année, je tiens un Journal de mes 33 ans et je remplis de moins en moins mes carnets par manque d’inspiration. Plus on est occupé, et plus on est dans la narration de notre vie. Et plus on s’ennuie (période de vacances, ici, Pâques), et plus on s’attarde à la réflexion. Trois pensées en trois jours, ce qui ne m’était pas arrivé depuis le début de l’année !

Comment échapper à la tentation du sein lorsque l’on voit avec quel appétit frénétique le nourrisson se précipite sur le mamelon de sa mère. Pire, non seulement il le nourrit, mais en plus il l’apaise calmant d’un coup ses jérémiades et ses piailleries. Le sein a réponse à tous les maux de la terre.

Comme si la beauté des femmes ne suffisait pas à nous enivrer, à nous déprimer et à nous faire renoncer, Dieu a rajouté, y compris chez les femmes quelconques, l’aspect excitant. Alors que je prenais un sandwich, assis seul dans une brasserie où j’ai l’habitude de déjeuner, une jeune fille de 20 ans, connaissant le propriétaire, commence une discussion banale. Je fixe son visage de fausse blonde branchée et reste relativement froid devant celui-ci, parfaitement quelconque, mais un centième de seconde plus tard, et à l’observation de son corps, je reste médusé par autant d’attraits. Des jambes à n’en plus finir, une proportion parfaite du corps, des seins qui jaillissent sous un chemisier blanc transparent et dans la demie seconde, je désirais comme un forcené cette adolescente plantureuse. Sa bêtise, sa niaiserie, sa banalité n’y changeaient rien, j’étais contaminé. Aussi banale fut-elle, elle était physiquement la fille la plus excitante de la journée, et elle le savait en m’envoyant, quand elle se retournait, des regards de femme se sachant désirée.

Ella a enterré notre amour comme on enfouit un cadavre. Avec son rituel, en creusant profond sous terre, en refermant la dalle et en déclarant un deuil de quinze jours.

DSK : entre le pouvoir ultime et l’orgasme sauvage a préféré le second. De toute manière la prison est le seul remède aux deux…

Nous sommes des êtres de désirs et de sentiments car nous avons été conçus ainsi. Mais lequel de ces deux troubles est-il passé devant lors de notre conception ? L’amour immodéré que l’on ressent pour une femme quand nous sommes en elle, ou le désir vorace devant sa croupe tendue vers le ciel ?

Printemps 2011. Nous sommes une petite vingtaine sur l’esplanade du club de tennis de P. à supporter l’équipe 1 qui joue la montée en nationale. Ça crie, ça hurle, ça encourage, ça ralle, ça papote. Sur les terrains, ça joue, ça se dispute, ça conteste, ça s’énerve. Ambiance banale mais sympathique des compétitions amatrices de banlieue parisienne. Je me retourne, et j’aperçois le cimetière. De là où je me trouve, tout en hauteur, j’ai une vue imprenable sur les tombes, sur les hectares de mausolées, les divisions, les allées, les croix. D’un côté ça parle et ça bouge et de l’autre, c’est le silence et le marbre. Et pourtant, dans cinquante ans, nous serons tous là-bas pendant que nos petits enfants défendront leur couleur en hurlant. Déprimé, je rentre chez moi. 

Le désir sexuel et l’émotion amoureuse sont quelque part incompatibles et pourtant ils s’associent dans un compromis de perversion et de tendresse. Et il faut qu’à chaque acte sexuel, l’un l’emporte sur l’autre.

A tous ces êtres triviaux qui me ventent « le voyage » comme découverte du monde, je leur réponds que seule la littérature, à défaut de le voir, permet de le comprendre.

21 juin 2011. Nous sommes en pleine période d’examens, de baccalauréat et il y a une grève sur la ligne A et B (les RER les plus fréquentés d’Ile de France). On souhaite bon courage à l’étudiant de banlieue qui a un partiel sur Paris… Mais nous sommes aussi le jour de la fête de la musique et j’entends cette petite voix dans les couloirs du métro qui annonce qu’en ce jour béni des Dieux, les métros fonctionneront toute la nuit. En période festive et postmoderne, les branchés pourront circuler jusqu’au petit matin, conduits par les bons prolos de la RATP. Par contre, pas de reconduction ou de report d’examens pour ceux qui les ont ratés ce matin à cause des mêmes syndicats qui ont voté et la grève et le travail de cette nuit. Priorité à la fête, priorité à la mort.

Reportage sur la pornographie et la jeunesse de France. Une jeune fille, 20 ans (très jolie), s’adonnant à une consommation frénétique de sexe, avec un ou plusieurs partenaires, en enchaînant les conquêtes, ne s’attachant jamais, jouant coup sur coup la femme fatale et la prostituée, à la question de quelle excitation était-elle à la recherche, répond : « J’aime me faire embrocher comme un vulgaire morceau de viande et me faire démonter… ». Beau raccourci du désir féminin.

Mariage gay adopté à New York. On parle de progressisme et d’égalité. Je parle de conformisme et de médiocrité.

Stéphane Ghesquière et Stéphane Tapioner, deux journalistes enlevés par les talibans en décembre 2009 viennent d’être libérés, soit un an et demi après. Leur tête de détenus était montrée tous les soirs à la télé depuis leur séquestration avec le décompte des jours. On pensait bien entendu à Seurat, à Carton, à Fontaine, à Kaufmann ou plus récemment à Daniel Pearl. On imaginait les conditions terribles de leur détention et la peur de les retrouver couper en deux. Et hier, on aperçoit deux débiles mentaux qui posent devant les caméras de télévision, faisant de l’humour à deux sous, jouant les héros, sans aucune pudeur, ni humilité, se ventant de ne pas avoir pris de risques inconsidérés en réagissant à une polémique, arrogants et immatures : « Nous ne sommes pas allés affronter l’Everest en tongs ». Ou encore : « On pouvait tenir encore. », scande l’un des deux clowns. Revoir les images de Kaufmann et Carton revenant après trois ans de silence, diminués, affaiblis, ayant vu Seurat mourir sous leurs yeux et heureux de revoir leurs proches (Kaufmann ayant ce terrible geste d’impuissance ne voyant pas venir de suite les siens, comme si la détention persistait dans le monde libre avec l’impossibilité dorénavant de tout contact permis.), comparés à ces deux gugusses qui semblent revenir d’un stage forcé à Eurodisney en se prenant pour des durs et des rebelles en dit long sur l’époque médiocre et festive que nous vivons. Pas étonnant d’apprendre qu’ils travaillaient pour France 2 et Elise Lucet, la bonne bourgeoise coincée et pédante du 13 heures qui, en les embrassant, ne lâchait pas son micro des mains ! Déjà Muray dénonçait cet esprit lors de la libération médiatique de Aubenas. Tout est maîtrisé par les médias, et mêmes les victimes se fondent dans un système impudique et indécent. On va compter les jours où ils sont là désormais en oubliant leur tête !

Femme : nom commun,  féminin, singulier : objet de jouissance ou d’indifférence chez l’homme. Autre définition possible. Femme : nom commun, féminin, singulier : être commun, féminin, singulier.

Sans sa beauté ou son attrait sexuel, une femme reste insignifiante aux yeux des hommes. C’est pour cela que Dieu en a fait de belles et de magnifiques. Pour porter au monde ce mensonge insensé et terrifiant qui sans cela les aurait condamné à une solitude inimaginable.

Août 2011. Fin de vacances qui ne portent aucun prénom de femmes. Deux mois à pinailler, jouer à la baballe et à aimer une seule femme.

L’être vivant : Matière organique sans devenir.

Il est clair qu’il y a une autosatisfaction du corps féminin pour s’offrir avec une telle délectation. La jouissance féminine est avant tout une jouissance de soi-même.

Cette époque, assez infâme de mutation anthropologique, est en train de voir, petit à petit, les moches se comporter comme les belles (par mimétisme bien évidemment et non par assimilation). Les exemples commencent à pleuvoir et nous voyons dans nos activités quotidiennes les plus triviales de terribles laiderons agrémentés de bêtise et de platitude morale se comporter méprisamment envers la gent masculine tout comme les canons de beauté le font régulièrement. Au contact forcé de la moche, force est de constater qu’elle n’a pas grand-chose de plus à dire que la belle effarouchée, mais comment fait-elle pour vivre, et d’où puise-t-elle tant de ressources pour subsister ? J’ai même observé que la fille potable, la femme avec qui l’on pourrait coucher sur un coup de déprime ou par pure perversion sexuelle sans entreprendre la moindre histoire sérieuse ou ignorant totalement le désir obsédant pour son corps, se comporte à l’identique au canon de beauté, c’est-à-dire avec un mépris naturel, une arrogance supplémentaire teintée de confiance et d’autosatisfaction extérieures. Curieuse époque. Curieuse absence d’union des corps surtout. En six ans de travaux forcés pour l’éducation nationale, je n’ai éprouvé de désir pour deux collègues, et encore, un désir vaguement éprouvé et vite oublié, un désir purement biologique ; et combien de femmes croisées (professeurs, collègues, supérieures… Je ne parle évidemment pas des élèves !).

L’humanité grouille de substances biologiques dont l’apparence seule est humaine. Pourquoi s’étonner à chaque fois de la médiocrité de nos semblables quand on sait le caractère minable de la grande majorité des vivants ?

Mon désir pour la femme vient de la vision de cette même femme. Mon plaisir, de la biologie brutale et tyrannique de mon corps. Et parfois cela s’inverse.

Les femmes, alors même qu’elles se trouvent sur un terrain spirituel (Eglise, recueillement, enterrement.) ou intellectuel (Composition, récital, travail personnel), n’en gardent pas moins, alors que le contexte ne s’y prête guère, leurs attributs sexuels (seins rugissants, bouche sensuelle, hanche désaxée, visage charnel), et l’homme, témoin silencieux de cette apocalypse quotidien, ne peut s’en remettre qu’à son désir tyrannique et sans fin. (Pensée écrite lors d’une surveillance de devoir d’élèves de seconde…)

De même qu’il existe un endroit pour les déjections du corps, il devrait exister un espace pour celles de l’esprit ; la littérature est peut-être ce local des vomissures de l’âme.

Le style, c’est la politesse de l’émotion.

Femme : entité inappropriée… exemple ci après !

Dans le métro, 7h30 du matin, je suis assis à côté d’une femme (après avoir fui un strapontin où un beauf qui se tenait debout devant moi me fichait son sac à dos en pleine tronche) qui a laissé à sa gauche un grand sac et qui porte en bandoulière son sac à mains me gênant directement car tombant au niveau de mes hanches. Je remue un peu l’air passablement excédé (deux cons en deux minutes, ça fait beaucoup à l’heure) de n’avoir et peu de place où m’asseoir (le sac situé à sa gauche prenant évidemment de la place), et de me prendre son sac dans le dos. Elle finit par s’apercevoir de ma déconvenue et me demande très poliment si son sac me gêne tout en le redressant. Ça peut aller, dis-je en maugréant, ayant toujours aussi peu de place pour être assis convenablement. En moi, je méprise déjà cette femme avec une puissance toute matinale (déjà que je me rendais à un travail on ne peut plus excédant !). Puis les deux autres personnes descendent à la station suivante. Réflexe de survie, je me pause en face d’elle, histoire de respirer. Mais d’un coup, ma haine pour la masse stupide et égoïste disparaît en apercevant et du coup découvrant la femme postée maintenant devant moi. Marocaine, fin trentaine, elle respirait une sorte de sensualité maternelle terrible. Son décolleté, discret mais pour moi furieux, laissait présager deux seins tout à fait charmants, et je me délectais déjà de les imaginer en découvrant la peau laiteuse laissée apparente. Elle me regarde en souriant, comme pour m’inviter à la caresser directement puis me demande l’heure, je bafouille un peu la lui donnant. Comme si la beauté d’une femme (là est toute l’illusion) pouvait masquer sa médiocrité en révélant chez nous une double hypocrisie (moi qui lui en voulais d’être si bête et de penser qu’elle fut par son physique devenue plus sensible) issue du désir de fourrer et de trouver belle la beauté. J’ai envie de lui demander son téléphone, complètement captivé par l’apparente sensualité de cette femme, par mon désir bestial mais aussi par sa vieillesse naissante. Je l’observe car elle s’énerve de voir le train si longuement immobilisé à cause d’une panne technique. Puis elle finit par partir à sa station sans le moindre signe de sa part, la tête déterminée dans le fait de se tirer et de ne pas me saluer le moins du monde ! Toute la femme est là (quand je dis femme, je parle de toutes les femmes en société anonyme, je ne parle pas des femmes magiques ou des déesses de l’amour, la mienne n’ayant jamais un tel comportement méprisant avec son semblable). Sa médiocrité, sa banalité puis l’enchantement que son physique lui procure et dont elle est consciente, en jouant bien évidemment ; puis retour à la cruelle mais tout aussi banale réalité de la déception, la ramenant à sa médiocrité initiale. La rencontre durable avec une femme étant en fait un accident.

A. femme aimée jadis me répondit par un merveilleux « Avec plaisir », lors de ma première demande de rendez-vous, et vint avec la ferme intention de me faire rentrer dans sa vie. Trois ans après, elle répondit par le même « Avec plaisir » à l’ultime rendez-vous que je lui demandais pour lui remettre un document précieux, et ne donna jamais suite…Ne jamais se fier aux paroles des femmes, elles dépendent de leurs règles, leurs dispositions sexuelles, de leurs caprices, jamais de leur cœur ou de leur vagin.

Finalement, le client paye la pute parce que c’est tout ce qu’elle mérite. De même que le clochard se rabaisse à mendier pour une piécette, la prostituée s’abaisse à se donner au premier venu en mendiant qu’on lui fasse l’amour pour de l’argent.

La chose dégradante n’est pas en soi de vouloir coucher avec une prostituée, mais c’est de proposer son corps à un inconnu pour un tarif prédéfini qui est inexcusable. Vendre ce que la nature vous a donné de plus intime et de plus précieux pour en faire un objet de consommation, voilà la chose vile par excellence. Et dire qu’une union tarifée reste malgré tout la seule façon de fréquenter à égalité une  femme de nos jours, sans en subir et contrariétés désastreuses, et frustration sexuelles, et échecs répétés, et désillusion sur l’âme féminine. En cela, la prostituée rétablit les codes du désir en société post-moderne, en effaçant les classes et les physiques, autrement plus combatifs entre hommes et femmes non prostitués. Elle rétablit aussi la marche du désir de l’homme vers la femme et acceptée par cette dernière (il est vrai pour de l’argent, mais qu’est ce qu’un billet face au commerce de son corps.).

La nature, abominable perfection, a permis la laideur à des femmes dont par définition plaire est l’unique vocation. (Une femme qui ne plait pas est exclue du marché de la séduction.). Il ne lui reste plus qu’à survivre et pour cela elle est particulièrement douée. Rares sont les femmes qu’on pousse au suicide. Elles sont coriaces et s’accrochent à la vie. D’où la marque indéfectible de leur morale et de leur sens de la rupture… Beaucoup de similitudes entre le chat et la femme. Ronronnant à votre contact, le chat veut tout de même se sortir de vos bras, tout comme la femme attirée et flattée veut  vous échapper à tout prix. Lorsqu’il est en demande de caresses ou d’affection, le chat vient se frotter à vous, se roulant à terre, en extase lubrique et ronronnant de plus belle et cinq minutes après il vous regarde comme si vous étiez un inconnu, ne se laissant pas approcher pour un sou. Combien de femmes ont agi ainsi avec un homme ? Affamée, il miaule sans fin, se tient à vos pieds la mine dépitée, se fiche dans vos pattes au risque de vous faire trébucher, puis se jette sur la nourriture une fois que vous avez cédé. Ensuite, il ronfle dans son coin, ne prêtant plus attention à vous. Parfois, il passe devant vous en vous snobant, vous l’appelez et il se tient à une certaine distance de manière à ne pas se faire attraper alors qu’une heure plus tôt il se roulait à terre à votre venue. Vous partez en vacances quinze jours le confiant à la famille ou à un voisin et à votre retour, vous remarquez qu’il s’est parfaitement fait à sa nouvelle vie. Pour le récupérer, il vous faut lui tendre un piège et le surprendre sous un lit ! Vous voulez vous amuser avec lui quand il n’a pas envie et il vous mord. Bref, il y a du féminin dans tout félin d’appartement.

Le travail est une nuisance métaphysique qui vous indispose à tout moment. Ennui permanent, fréquentation de gens ignobles, mesquins, voire insignifiants, tâches absurdes, horaires délirants, salaire misérable, permanence de l’être humain coincé entre les murs d’un bureau. A 33 ans, je découvre l’ignominie qui pousse depuis l’ère industrielle les gens à se lever le matin.

Beaucoup pensé à la bouche d’A. Celle qui se collait à moi avec tant de grâce.

Le mépris, c’est l’injure du silence.

Pourquoi l’artiste représente à mes yeux l’idéal humain quand le professeur ne m’inspire que mépris et pitié. Travaillant en cette période misérable à L’ISP, faculté d’éducation privée, je dois me coltiner moult professeurs en science de l’éducation, sociologues universitaires à tomber d’ennui. En discutant avec l’un d’eux, professeur de sociologie et chargé des études universitaires, B.D, celui-ci commence par me dire qu’il a soutenu sa thèse devant telles pontes universitaires (dont Mattéï) et qu’il a obtenu les félicitations du jury à l’unanimité, chose qu’il me précise en rajoutant qu’on ne peut faire mieux en terme de barème de notation. Ce sinistre individu qui est la cause de la démission de la femme que je remplace, a dû soutenir il y a plus de vingt ans, et commence par cela pour se présenter de manière professionnelle. Quel artiste ferait cela ? D’emblée, il s’est déconsidéré à mes yeux ; malgré sa culture et son élocution, il est fini pour moi.

Pour qu’un couple dure et fonctionne, il ne faut pas compter sur la confiance en l’autre  mais sur l’ignorance de son conjoint. Moins on le connaît, et plus le couple, basé de toutes les façons sur l’illusion, marchera longtemps. La vérité fait exploser les couples, et détruit les amours en silence éternel.

On parle d’intelligence physique pour signifier avec humour la beauté d’une femme. On a collé la beauté à une femme pour la rendre intéressante d’emblée. Cette illusion tragique permet de les aborder. Sinon, et au vu de la plupart, on s’en ficherait comme de l’an 40. La grande duperie marche dans les deux sens, car si la beauté nous pousse à nous intéresser à une femme, quatre fois sur cinq c’est pour consommer son corps, et non pour l’écouter parler durant des heures. Soit la femme est méprisée, soit elle est adulée pour son corps. Sa spiritualité n’intéresse personne. Lire dessus les pages de Muth dans Le Livre de San Michele où il est d’une implacable lucidité en parlant de l’inutilité artistique et scientifique des femmes depuis que le monde est monde.

J’ai le plus profond mépris pour les journalistes, la caste qui selon moi et avec les financiers, n’a aucun intérêt et ne fait que colporter la basse rumeur pour la masse inculte. Un exemple aujourd’hui. Une sportive handicapée vient de retrouver l’usage de sa jambe, jusqu’ici complètement inutilisable. Et au journaliste de lui demander si elle ne regrette pas de ne plus pouvoir participer aux jeux paralympiques…

Signe de l’époque. Je commence aujourd’hui Histoire du Christ de Papini. Assis dans mon métro à lire Giovanni, je regarde mon voisin qui a l’air passionné par la lecture de son livre. Je me penche sur la couverture et vois : Steve Jobs par Walter Isaacson. Ce pauvre homme emporté par un cancer à 56 ans en octobre dernier, créateur d’Apple, s’était entretenu avec ce journaliste sur sa fulgurante ascension. A sa mort, des anonymes éplorés déposaient des gerbes de fleur devant les magasins Apple criant au génie… Et voici un voyageur apparemment passionné par ce livre. Triste époque.

Au-delà des 26 ans, il devient difficile de se suicider. On emmagasine trop d’habitudes, on s’habitue au désespoir ambiant, on n’est moins étonné de l’ingratitude des gens, on encaisse les défaites et l’on prend ce quotidien glaçant comme composante banale de la réalité. Bref, on accepte l’idée de la médiocrité de la vie.

Les femmes font généralement fausse route en préférant un macho au misogyne, un romantique au sentimental. De même que le misogyne a tort de s’attacher à la sainte et le sentimental ne devrait pas espérer plus que du sexe avec une femme.

C L, A A, L L, P A, ces femmes dont je souhaite qu’elles grillent en Enfer et que Satan les châtie à jamais. Exemples parfait et miséreux de l’enveloppe merveilleuse qui peut recouvrir une âme vile, conférant à ma théorie son implacable vérité. Dieu a donné aux femelles cet attrait charnel incomparable précisément pour que l’homme en rut approche ces mammifères vénéneux dont l’âme est d’une médiocrité et d’une bassesse telles que représentée par un physique quelconque ou disgracieux, même les mouches ne daigneraient les approcher. Autrement dit, Dieu a lié la beauté aux femmes uniquement pour qu’on les fréquente. Sans cela, leur âme mesquine et vide mourait dans une solitude et le monde avec.

Le corps jouit, l’esprit triomphe.

Déjà une année que je lisais Updike. Voici les quelques livres à retenir et qui m’ont sauvé durant le temps béni de la lecture : L’Affaire 40/61 (Mulisch), Eichmann à Jérusalem (Arendt), Journal de galère (Kertész), Hammerstein ou l’intransigeance (Enzensberger), Au cœur du troisième Reich (Speer), Une jeunesse française, La Diabolique de Caluire (Péan), La Peau (Malaparte), Histoire du Christ (Papini), Confessions inachevées (Marilyn Monroe).

Carnets 2012.

Le système libéral a parfaitement supplanté la nature en utilisant la beauté naturelle de la femme en parfait objet de consommation. Cette grosse dinde s’est parfaitement conditionnée aux exigences du capitalisme en se prenant elle-même pour un objet de rêve et de bonheur ; ce que préconise ce système marchand. En voyant défiler ces grues à Saint-Lazare en pleine période de soldes (quartier de parfaite débauche de l’apparence : fric, cigarette, parfum, bousculade), courir les boutiques de mode durant leur pause déjeuner, j’observais ces beautés parfaites où tout est étudié jusqu’aux poils pubiens. Visage lisse, maquillage tout en subtilité, jeans épousant la forme du corps, talons hauts, seins explosant du manteau, clope au bec, air suffisant, roulant des fesses et méprisant le monde. Symbole tragique de la pétasse parfaite exigée par les marketers actuels. Le libéralisme a transformé la femme en campagne de publicité ambulante. En vraie métonymie du système financier, tout en superficialité (cosmétique, mode, beauté, discours, fête, sorties, représentation, etc.), elle correspond de manière implacable aux attentes du monde de l’offre et de la demande (qui génère consumérisme, inégalité, frustration, pauvreté, richesse, etc.). J’en rentre avec une érection nauséeuse.

La majorité des femmes n’ont que la beauté car il n’y a rien à aller chercher d’autres en elles. Leur beauté nous suffit à les séduire, et malheureusement suffit à nous y attacher. Ce mystère de la beauté qui désigne une femme plutôt qu’une autre.

Les incohérences de l’espèce où comment une femme nous rend à la décimale près en indifférence notre désir sexuel brutal pour elle. Or, si nous l’approchons, c’est au vue de ses attributs féminins : visage d’ange, fessier enrobé, poitrine surgissant, regard de braise, etc. sans quoi et d’après ma théorie, nous les laisserions se détériorer et mourir en silence. Et pourtant, objets de notre foudroyante attirance de par ces simples critères, elles nous foudroient de leur indifférence en dépit de ce qu’elles savent sur elles-mêmes ; leur facilité à attirer un type. Chose à peu près acceptable quand on voit à quel point la femme se contente du tout et son contraire (être draguée ou pas). Une vie plate et morne lui convient autant qu’une vie remplie et trépidante. Les exemples pleuvent à en mourir. La femme se contente de travail (aussi aliénant soit-il), de sorties (superficialité de la sortie au café à la soirée en boite), de télé (séries romantiques, télé-réalité), et de voyages (plus c’est exotique et mieux sait). Un programme social à pleurer d’ennui mais c’est pour elle un enchantement. Lorsque son corps appelle la verge masculine (par hygiène, narcissisme, consolation ou solitude), elle sort, boit et sait que le mâle viendra tenter sa chance. Pas la moindre dialectique. Une simple hygiène mentale et théâtrale qui n’a pas l’importance de l’acte masculin. Et l’homme foudroyé par tant de beauté sacrifiée par la bêtise et l’idiotie (auréolées du mépris qui va avec), sera le témoin éconduit et frustré par une telle entreprise de banalité. Depuis des années, j’essuie non pas le refus de femmes que je tente de mettre dans mon lit, mais un silence qui remplace le refus. Pas la peine de répondre, se contenter de laisser passer les mots d’amour. Les recevoir est banal, et telles de simples publicités reçues dans une boite aux lettres et jetées aussitôt, mes dispositions envers elles sont du même ordre. Elles sont d’accord pour les recevoir afin de gonfler leur vanité, mais refusent d’évaluer les risques et de se perdre à répondre à des avances. La bêtise féminine est une chose d’une puissance terrifiante qui n’est pas indépendante de leur volonté permanente d’émancipation depuis 40 ans : Pouvoir, salaire égal aux hommes, vie active, monoparentalité, sexualité libre, etc. Une femme magnifique qui ne se fait pas draguer par un homme qui pourrait l’intéresser traduira cela par le fait qu’il est homo ou qu’il n’a pas de goût. Elle tentera vaguement de lui sourire pour l’exciter, mais rien de plus. Très vite, elle reprendra sa course folle devant ceux qui la draguent réellement. Avec une femme, pas de dialectique, que de la banalité d’être. 

La pornographie telle qu’elle s’exprime aujourd’hui devient le rêve impossible de tout homme non sociable (qui refuse sorties et discothèques) et l’antinomie parfaite de la réalité sordide. Des femmes à la beauté confondante se donnant avec une frénésie délirante au premier venu apparaissent en virtuel ce que des femmes à la beauté tout aussi confondante ne se donnent jamais au dernier venu apparaissent en concret. Les premières dévorent du regard, s’expriment comme des folles et acceptent la jouissance intense quand nos passantes sont des fantômes identiques (car habillées et maquillées à l’identique) mais froides et d’une distance à faire geler un désert saharien. Voir l’effort qu’une femme met à ne surtout pas vous regarder quand vous chercher son regard est du même ordre que la frénésie avec laquelle vos yeux sont tournés automatiquement vers une belle femme. Nous vivons une époque où seuls baisent les riches, les branchés et les superficiels. Tout le reste de la population se contente soit de sa femme (mon cas), soit d’une solitude sexuelle absolument dévastatrice. Même un véritable coup de foudre pour une femme du métro est déjà un abus de sentiments. D’où la question qu’on est en droit de se poser : comment les filles du porno font elles pour coucher avec des centaines de types hideux dans des positions les plus scabreuses qui soient ? L’argent ne serait être le seul motif. Mais sans ce dernier elle refuserait les partouzes, les doubles pénétrations, les partenaires multiples, etc. Reste la bêtise (éducation ratée, inculture totale, stupidité naturelle), évidemment terrifiante dans le monde du cinéma X.

N.C est une collègue de mon travail de 36 à 38 ans qui serait en fait la seule femme avec laquelle il serait envisageable de coucher un jour de grande déprime morale tant le lieu de travail dans lequel je perds des heures incalculables regorge de vieilleries en tout genre. Souffrant d’une réputation issue de rumeurs assez infâmes et bien sûr infondées de coucheuse facile, elle présente plutôt bien et jusqu’à présent n’a pas eu l’occasion d’exercer le moindre pouvoir tyrannique sur moi. N’ayant aucune espèce d’affinité avec elle et restant très distant puisque son physique, bien qu’avantageux sous quelques formes, ne m’intéresse guère, mes rapports avec elle se limitent dans le cadre strict du travail où il nous arrive de bosser ensemble. Et c’est en fait cette gentillesse à mon égard qui me surprend car, étant l’un des plus jeunes employés et peut-être lui plaisant, elle montre une bienveillance à mon égard qui ne ressemble pas aux femmes de son espèce : grande blonde sexy pour faire vite. Mais à quoi correspond cette gentillesse ? La femme se sachant belle et exerçant un pouvoir de séduction sur les hommes en est, en règle générale, totalement dépourvue. Est-ce par ce que je reste dans le cadre strictement professionnel et n’entreprend strictement rien en sa direction ? Est-ce par ce qu’elle pense que je couche avec des femmes plus belles et surtout plus jeunes ? Est-ce par que je suis distant, refusant les déjeuners entre collègues ? Est-ce par ce que je n’ai jamais un regard déplacé ? Où est-ce par ce que c’est une femme gentille tout simplement (chose impensable en vérité) ? Mystère.

Chaque femme est une actrice porno refoulée. L’actrice X se donne à quelques centaines de types pour en exciter plusieurs millions. C’est un travail, on la paye pour cela, on peut même penser, comme tout travailleur qui se mérite, que cette fonction l’ennuie, la dégoûte peut-être ; mais le fait d’exciter la planète des hommes est supérieur à toute humiliation et elle le fait avec brio. En témoignent ces actrices (toutes excellentes simuleuses) qui regardent la caméra tout en faisant l’amour avec un type, sachant bien ce que peut faire le spectateur devant cette scène insupportable. Or que font les femmes ? Sans être actrice X et à un moindre degré, elles se parent, se parfument et se vêtissent pour être regardées par ces mêmes hommes tout en sachant qu’elles ne rentreront pas avec le premier venu, pire qu’elles se donneront à aucun dragueur de rue ou de métro. C’est exactement le même phénomène que dans le cinéma X. Elles excitent une foule de branleurs et rentrent chez elles avec le sens du devoir accompli. C’est infini, inusable et ça durera jusqu’à la fin des temps. L’actrice X est en fait la femme extrême car elle va jusqu’au bout de sa relation symbolique aux hommes.

Sur le fait de poser nue pour de l’argent, cette jeune femme de 20 ans justifiant cela dit : « On n’a rien à faire, on ne nous demande que de soulever notre pull, pas de travail, d’effort, de bachotage, tout est là, il n’y a qu’à montrer ce que l’on est. Pourquoi hésiter quand on offre pour cela des sommes d’argent importantes. » Magnifique définition de la femme, notamment dans ce qu’elle a de contemporain. L’homme lui, notamment pour séduire, doit plancher et aller au charbon, au risque d’être humilié. Et c’est bien le problème que tout labeur ne se transforme pas forcément en salaire.

Un professeur (une femme) a réclamé une minute de silence pour le serial sniper qui a massacré ce mois-ci trois militaires et trois mômes ; lui-même ayant été massacré par le GIGN peu après. Evidemment, le ministre de l’éducation nationale l’a suspendue. Reste qu’au-delà de l’horreur intraduisible des crimes de ce minable, la réaction de ce professeur est plutôt intéressante. Faire une minute de silence, comme il a été demandé pour les enfants (et les militaires, qui sans la mort des enfants, n’auraient eu cet honneur…) la veille, pour ce détraqué est aussi un acte symbolique. S’apitoyer sur ce pauvre fou abandonné et corrompu par la religion et que la société n’a pu sauver de la violence, de la bêtise et du crime de masse (notamment en l’encourageant par Internet, les jeux vidéos et toute la bêtise post-moderne mis en accès direct). Une minute de silence aurait dû être employée pour ce monstre, si ressemblant à notre époque.

Le monde du travail, outre le fait qu’il est infréquentable pour lui, reste un endroit merveilleux pour l’écrivain. Car sans y participer concrètement, s’étend devant ses yeux ébahis la parabole de l’être : guerre de pouvoir, hypocrisie des collègues, détestation de l’autre, acharnement sur l’être. Combien d’heures perdues à parler travail, organisation, budget, salaires ? Mais quel observatoire merveilleux de toutes les bassesses humaines, les vilenies quotidiennes, l’ennui transcendantal, la petitesse intellectuelle, le goût du vide, l’enjeu du pouvoir.

De même que la pulsion morbide peut mener au crime, la pulsion sexuelle peut amener à l’adultère. Le criminel (qui se repend presque toujours quand il est jugé) sait que tuer n’est pas bien. L’amant sait que tromper n’est pas bien. Mais la pulsion est trop forte et l’acte est commis. En cela l’adultère est un crime sexuel moral (voire les ravages sur la femme ou l’homme trompés).

La vue de l’entre jambe d’une vieille femme est aussi répugnant que la vue d’un caveau ouvert. On détourne les yeux immédiatement comme si l’on voyait de près le visage de la mort. Et pourtant, on aurait tué père et mère pour fourrer son nez dedans un demi-siècle plus tôt.

Les femmes n’ont que le destin que les hommes leur préparent (Elles ont le destin qu’elles ne méritent pas.). Ces hommes qu’elles méprisent au final ; d’où leur totale adaptation au destin comme au non destin. Ne jamais oublier qu’une femme, quelle qu’elle soit, est comblée par le tout et son contraire. Rien n’atteint une femme car tout est identique pour elle. A part des détails comme le prénom de son môme, telle promotion sociale ou tel voyage, la vie qu’elle mène la contente aisément. C’est pour cette raison dramatique qu’il faut aller la débusquer. Car aucun homme ne lui manquera s’il ne se manifeste pas ; déjà que peu lui manqueront après la relation consumée. La femme est un fantôme au regard de braise, un anti-mystère fascinant, une monstruosité charnelle, une allégorie du système. L’âme d’une femme ne va pas plus loin qu’une vision de seins surgissant d’un pull moulant (la publicité ayant tout à fait compris que la femme dans sa représentation charnelle représentait le libéralisme le plus violent où seul le corps est nécessaire à sa représentation). Tout y est résumé : le désir pour son corps dont son âme vide et triviale se sert pour lui confiner une identité mystérieuse et sournoise. Une femme est, un homme devient, une femme vit, un homme existe. Une femme se contente de ce qu’elle a et surtout de ce qu’elle n’a pas. Un homme est en perpétuelle recherche. Jouir pour une femme n’est qu’un caprice. Lorsqu’elle ne jouit pas, elle travaille, alète ou consomme. L’homme sans jouissance est un être prisonnier de lui-même, qui hésite entre sa propre auto-détestation et la misère existentielle de la femme. Pourquoi existe-t-il tant de charnel chez la femme ? Précisément par ce que son existence spirituelle est misérable, programmée, édifiante.

Le travail n’est qu’une occupation pour les simples d’esprit, les ambitieux, et les femmes. C’est pour cela qu’à son observation, on ne recueille que futilité, perversion du système, organisation oligarchique des responsabilités, et ennui déstructurant. Quiconque s’intéresse à un travail proposé par le système actuel non seulement perd toute crédibilité morale à mes yeux mais est le reflet d’une anorexie mentale avancée. (Pas étonnant que le travail fut l’une des revendications les plus importantes des femmes d’après-guerre. Privé de dialectique, elles sont comme automatiquement dirigées vers l’anéantissement de toute conscience que représente le labeur quotidien et rémunéré. Et regardez-les travailler, elles excellent dans leurs tâches, s’y sentant concernées, surtout quand le pouvoir ou l’humiliation de l’autre viennent s’y greffer. Le travail est affaire de gens sans destin. Les femmes y ont trouvé leur rôle social.)
 

En lisant Au fond des ténèbres de Gitta Sereny, j’apprends qu’il existait une rue Himmler au camp d’extermination de Sobibor (Pologne). Celle-ci menait chez le coiffeur puis aux chambres à gaz.

Je croise souvent Yves Simon qui se balade dans le quartier où je travaille. Il est seul, il porte des lunettes noires, il marche tel un vieux fantôme sur la fin. Terrible de voir ce type aux multiples conquêtes, ce romantique à deux sous qui a tiré tout ce qui bougeait durant 30 ans, arpenter du haut de ses 68 ans dans une solitude et un anonymat des plus drastiques, les rues où jadis il ressortait des cafés avec une nana qu’il allait fourrer dans la foulée (ou fouler dans le fourré!).

Les femmes ne donnent rien (au sens où elles ne montrent rien) précisément parce qu’elles se donnent quand elles acceptent l’union. Elles n’ont rien d’autre à donner que leur corps et leur intimité donc elles se préservent le mieux qu’elles peuvent avant de se faire enfourcher par l’homme.

Que je rencontre une femme de 20 ou de 35 ans, ces seuls mots me viennent immédiatement à l’esprit : échec, indifférence, impossibilité, silence ; et ce bien après que nous aurons échangé les premiers mots.

La médiocrité a tout envahi : la littérature, le cinéma, les médias, la politique. Et la femme s’est magnifiquement greffée à cela, curieusement sans aucune difficulté.

En règle générale, j’aime les humains, y compris ceux qui m’ont fait du tort, parce que j’ai de la compassion pour leur tragédie.

En période d’ennui profond, rappeler n’importe quelle godiche pour lui faire l’amour pourrait nous y faire sortir un temps. Mais devant le projet funeste de silence ou de refus de cette même godiche, on préfère se coucher tôt et oublier la misère de notre condition d’esclave de leur vagin.

Les femmes ne demandent rien de plus que de continuer bêtement leur vie. Les confidences de A. qui, victime de ma séduction féroce et ayant cédé à son désir, me reprochait d’avoir bouleversé sa vie, se contentant aisément de sa minable vie sentimentale, le prouvent aisément. Du coup, elle décida au bout de quelques mois de changement, de retourner à l’anonymat de ses orgasmes officiels et de ses prescriptions financières.

« La monogamie est une idée creuse. » Marilyn Monroe

La beauté des femmes procure une telle fascination, une telle fureur de toucher, une telle horreur de ne pas s’en approcher que l’homme ignore totalement le fonctionnement dérangé de leur cerveau. Cela ne l’intéresse pas. L’ennui c’est qu’il va devoir y faire face pour espérer les approcher dans un premier temps, les caresser dans un second. Et là, la foudre de la bêtise, de l’indépendance, de l’hystérie et de la médiocrité va le sécher net. La femme n’est rien avec un cerveau, et elle n’est rien sans. Sa beauté miraculeuse, énigmatique, éphémère et transcendante domine un paysage de vide et de bassesse. Son cerveau, insipide et programmé pour les pires aberrations banales de l’existence, va éloigner son corps d’une douceur enivrante de vos aspirations les plus libidineuses. 

Ces femmes splendides et offertes au regard de tous. Une multitude anonyme offerte à une solitude effective. Pas une ne viendra, pas une ne comprendra, et toutes triompheront d’être elles-mêmes, seulement elles-mêmes. L’homme est vaincu. Son désir est plus fort que n’importe quelle beauté triomphante. Il ira seul à maudire d’être sur terre, dans cet enfer permanent.

A quel point les femmes se fichent de la gent masculine. Sollicitées, désirées, séduites, charmées, amoureuses, elles ne la fuient pas, elles ne l’approchent pas. Elles s’en contre-fichent de manière tellement sidérante que mon cœur est épuisé à chaque indifférence supplémentaire. La femme n’ignore pas son plaisir, elle ignore le plaisir, du moins elle s’en fiche.

Le monde du travail : espace clos et redondant occupé par des dégénérés mentaux s'épanouissant dans des rapports d'humiliation, de pouvoir, d'occupations triviales, de pertes temporelles infinies, d'ordres mesquins, d'ambitions vaines, de querelles de boutiquiers, d'appât du gain, bref de médiocrité structurale. Espace contre indiqué à la mélancolie, la solitude, la séduction, la réflexion, la pensée, la lecture, l'amour, l'amitié. Endroit parfait donc pour l'ennui et le vide existentiels. J'attends le chômage avec impatience.

Les femmes participent comme personne de la fausseté du monde. Elles en sont sa métonymie la plus saisissante.

Il est étonnant que les femmes durent attendre si longtemps avant de travailler et de voter, tant ces deux occupations d’une trivialité totale leur correspondent si parfaitement.

Travailler pour de l’argent ; quelle compensation indigne, honteuse et misérable.

Certains disent hypocritement qu’ils n’étaient pas destinés à ce qu’il leur arrive. Moi je suis destiné à ce qui ne m’arrive pas.

A. enceinte. Les femmes triomphent de nos principes les plus élémentaires. Elles ont cette force de nous convertir à leur égoïsme ou à leur nature. L’inverse est si peu vérifiable… Elles ne se convertissent pas, elles acceptent le reste par amour.

La littérature, comme toute forme d’art, est l’aveu que la vie ne peut rien avouer. Elle prend sa suite. Elle est sa transfiguration la plus ultime, la plus éclatante et la plus blessante.

Le seul plaisir à prendre de la majorité des femmes est physique. Elles sont si sottes et prévisibles dans l’ensemble (en particuliers les jeunes filles de 15 à 25 ans) que Dieu leur a fourni cet apparat diabolique, extrême, inextricable, inattaquable, afin d’être courtisées par les hommes à cette fin uniquement. Sans cela, elles mouraient seules et sans enfants.

Aucun homme (normalement constitué) ne peut rivaliser avec le pouvoir d’indifférence de la femme. Se suffisant à elle-même, se contentant aisément d’une vie médiocre, n’ayant pas de destin et ne souffrant pas de désir destructeur, la femme se suffit du tout et de son contraire (Se suffisant tout d’abord à elle-même.). Elle est aimée ou n’est pas aimée, cela ne la touche pas. Elle désire mais ne trouve pas de répondant, elle l’accepte et ne s’en départira pas, elle est l’objet d’un refus, elle n’insistera pas (touchée dans son orgueil d’objet désiré non convoité). La femme est neutre pour tout ce qui est métaphysiquement important (amour, amitié, sexe, mort) et intraitable pour les futilités biologiques et sociales (famille, travail, argent, enfant, vacances).Combien de femmes qui du jour au lendemain pour des prétextes des plus hauts (trahison, adultère, perte de sentiments) au plus bas (négligence, autosuffisance, désintérêt naturel) se sont effacées de ma vie en un clin d’œil alors que tout prêtait à la rencontre (sexuelle, amoureuse, ou sociale).De la femme la plus importante à la bêtasse la plus triviale (toutes draguées par moi, j’en oublie assurément).De ces mégères hystériques, trois se sont données, une s’est laissée embrasser. Toutes je les ai fréquentées intimement. Certaines des semaines et des mois. Toutes ont disparu sans la moindre émotion particulière, souvent du jour au lendemain. J’ai tenté d’en retrouver certaines, et toutes se sont conduites de manière identique. Silence, réponse évasive, voire refus. La femme sait trop qu’on ne les poursuit que pour leurs corps et les dégâts qu’elles provoquent dans nos vies. Elles sont incapables d’en prendre la vraie mesure. Leur vie est platitude, égoïsme et orgueil. Sans leurs seins et quelques sourires, elles périraient d’indifférence. Au lieu de cela elles font périr par l’indifférence : leur â(r)me de combat. Une indifférence des plus grossières, des plus lâches, des plus ignobles qui soient. Mais c’est leur seul moyen de triompher. La médiocrité les honore, les façonne et les conduit à la vieillesse, sereinement. La femme n’est rien, c’est pour cela qu’il est inutile de lui façonner un destin. La femme est un trou béant rongé par l’idée qu’elle se fait d’elle-même avec des poils autour.

L’enfant est perdu. A. en larmes refuse de quitter son lit. Une demi-journée est passée qu’elle retrouve le sourire, me demandant de lui en refaire un autre. La femme est la force personnifiée, une force qui encaisse et qui y laisse son âme d’être si déterminée dans le présent.

On parle souvent d’intelligence supérieure mais rarement de sensibilité supérieure. Pourtant, celle-ci, radicale et puissante, vous exclut du monde des vivants, de la société et parfois même du cercle des amis.

Le portrait d’Heydrich, l’homme de Himmler dans Kaputt de Malaparte. Une des définitions de la littérature et du travail de l’écrivain.

Principales caractéristiques de la femme du XXIè siècle (15-40 ans) (la laide y compris) : autosuffisance, indifférence, non-destin, festivisme, exhibitionnisme, ambition, insensibilité, sensiblerie, égoïsme, frigidité, banalité, pornographie.

Jacques Brel est souvent plus intéressant dans ses déclarations médiatiques que dans ses paroles de chanson. Ses textes sont rarement poétiques, l'illusion poétique est créée par l'orchestration et surtout par la tonalité du chanteur qui accentue énormément les mots employés. D'où cette confusion. Brel est bien meilleur chanteur que poète et musicien. Et encore meilleur essayiste.

La puissance charnelle de toute femme ayant un atout sexuel dépasse en puissance cosmique et physique les plus grandes guerres nucléaires et barbares de l’Humanité.

Il est sidérant de voir comment la nature a crée de manière perverse et infranchissable le désir combiné à l’esthétique (et à cet esthétique à la reproduction). Remarquer un sein qui dépasse, puis voir qu’il appartient à une femme âgée vous répugne autant que ce même sein vous attire s’il appartient à la femme gracieuse et jeune…

Sternberg parle de ces paysages de vertige que sont les femmes.

En voici un autre (à présent moral) du même Sternberg dans son roman Toi, ma nuit. Il n’y a pas de définition plus aboutie et plus parfaite de cet être maléfique qu’est la femme. Entre fascination et médiocrité. « Un monde perdu loin de nos régions, au large de notre géométrie du banal, voilà ce qu’évoquait surtout cette inconnue. Un monde femelle et frigide, passionné et lunaire, sophistiqué et pourtant sommaire, réduit à quelques détails mal définis, un monde d’au commencement était l’effroi et la cruauté, insinuant, lisse et dense, clos et peut-être privé de toute issue. »

La femme, cet imprévu qui petit à petit devient prévisible.

Rentrée des étudiantes du cycle dont je m’occupe. Au moins trois femmes que je violerais sur place si la loi me le permettait. Quelle infamie quotidienne, quel poids déchirant. Le travail, cet obscur objet du rejet, me met en face depuis 15 ans que des femmes laides et bêtes et j’assiste médusé au spectacle effrayant des groupes d’étudiantes inaccessibles et belles comme le mépris qu’elles cultivent au quotidien. Avec les talibans et les médias, les femmes belles sont la plaie de cet univers décadent et vil.

En octobre 2012, la seule accessibilité de la femme se trouve en soirée et alcoolisée. En témoignent ces dragues classiques qui leur paraissent archaïques et qui me poussent vers l’inanité d’une telle démarche. Les femmes, ces animaux limités intellectuellement, sont également triviales, illogiques, et hystériques. Un seul mot les caractérise : autosuffisance.

Les femmes ne sont pas la beauté, elles portent la beauté, d’où la vilenie de leur âme.

Mars 2012, j’invite trois couples pour mon anniversaire. Le jour même, les trois annulent. Les raisons étant à chaque fois la femme : l’une était fatiguée, l’autre blessée et la dernière malade. Six mois après, deux femmes quittaient leur conjoint. Quand au couple survivant, les nouvelles ne sont pas bonnes. Inutile de réinviter nos deux célibataires à présent éconduits. Les femmes, l’un des seuls problèmes non existentiels de notre société gangrenée. 

Les femmes sont d’une banalité démentielle mais leur attrait charnel compense (et dépasse) cette misère intellectuelle. L’esthétique combattant le spirituel, elles en sortent gagnantes, et vous gambergez des années sans pouvoir vous sortir de ce schéma inéluctable. Vous y ajoutez la sordide banalité du travail et vous courez à la stupeur et au suicide.

En lisant le début de La Boite à guenilles de Jacques Sternberg qui décrit son voyage pour le camp de Gurs, je pensais à ma propre condition d’actif se rendant à son bureau. Le travail est en fait la version douce, épurée du camp de concentration. Mais toutes les fondations sont les mêmes. Contraintes de temps, pressions arbitraires, fatigue physique, épuisement morale, inintérêt des tâches, aliénation mentale, routine usante, injustice de la faute, recommencement sans fin, bref, seule la mort de condamnés diffère quand ce ne sont pas des suicides qui éliminent certains employés des entreprises. Hitler avait compris cela, que le travail pourrait embrigader le peuple. « Arbeit macht frei » était-il écrit à l’entrée des camps. « Le travail rend con » pourrait-on inscrire aujourd’hui à chaque porte de bureau. Le travail permet autant de liberté qu’il nous rend stériles aujourd’hui. Le problème est bien là. Il n’y a pas de différence entre un patron d’entreprise, un cadre administratif et un commandant d’Auschwitz (ils sont aliénés par leur mission). Seul le prisonnier qui veut s’évader d’un tel gouffre moral a droit à mon respect et à mon soutien sans faille.

Les gens sont tellement peu concernés par l’absolu qu’ils se consacrent corps et âme au trivial (dont la ressemblance orthographique avec travail est significative).

Le monde d’aujourd’hui : Cantine universitaire de T.: Un étudiant fait tomber son plateau. Tout roule à terre. Il se sent seul et bête. Pas un être humain dans cette salle de 300 personnes ne lève son petit doigt. Pourtant ceux qui faisaient la queue passent à ses côtés, continuant leur manège, étape par étape. Pas un ne vient l’aider à ramasser. Un verre vient à rouler jusqu’aux pieds d’un type. Il se retourne observant l’objet se déposer ainsi mais ne bronche pas. Je regarde ce spectacle affligeant de ma table, située bien trop loin pour que je puisse me déplacer, le type ayant fini de ramasser seul son assiette et son verre. Il cherche en vain une poubelle mais il n’y en a pas une dans le réfectoire. Pas plus qu’il n’y a de balai et de balayette. Le personnel de service a lui aussi remarqué ce petit incident mais pas une des employées ne vient lui apporter d’aide. Il finit par ramasser la nourriture au moyen d’une serviette en papier puis s’installe à sa table ; et là je m’aperçois qu’il était accompagné de deux garçons qui déjà avaient commencé leur repas. Pas un ne s’est donc levé pour lui. Je suis seul en train de déjeuner et d’assister à cela alors que deux minables, qui se sont mis à ma table, me prennent le broc d’eau que je venais de remplir sans m’en demander l’autorisation et se servir à leur guise. Tout cela est naturel et banal dans ce pays de demeurés qu’est la France du XXIè siècle.

La trilogie du Seigneur des anneaux ne vaut que par la présence du personnage incroyable de Golum. La conception même du mutant est intéressante puisqu’elle est un mélange de jeu d’acteur et d’images de synthèses. Etre maudit, déchu, torturé, schizophrène, cette création est malheureusement pas assez exploité dans le film où il apparaît au final assez peu. Mais quel personnage digne et finalement plus humain que les autres protagonistes, assez caricaturaux au final.

La chair est inaccessible et je n’ai lu aucun livre.

Dévasté par leur beauté. Glacé par leur suffisance. Pétrifié par leur silence. Sidéré par leur orgueil. Accablé par leur fierté. Assommé par leur indifférence. Dépité par leur manière. Anéanti par leur stupidité. Affligé par leur banalité. Ecoeuré par leurs caprices. Tétanisé par leur oubli. Déprimé par leur ambition. Déraisonné par leur voix. Passionné par leurs lèvres. Attiré par leurs seins. Illuminé par leurs fesses. Assoiffé par leur sexe. Econduit par leur goût. Attristé par les femmes.

A la vue d’une belle femme, son rapport à elle, comme à l’humanité entière, est fossé car la seule chose qui nous passe par la tête est de découvrir par n’importe quel moyen de quoi est constitué son corps, et si possible le parcourir de fond en comble. Dans le métro, une femme splendide (24 ans) écoutait sa musique. A la seconde où je prenais place en face d’elle, je scrutais son corps, tentais de regarder ses courbes, m’interrogeais sur la prestance de ses seins (qu’elle avait petits), fixais ses cuisses pour en déduire la violence charnelle de ses fesses (ne m’y étant pas trompé, car lorsqu’elle se leva, je confirmais le choc à la vue de son magnifique fessier), et tentais d’appréhender son visage assez simple mais plaisant et non dénué de charme. Elle, indifférente, fixait un endroit quelconque de manière à éviter mes coups d’œil qui revenaient assez fréquemment sur son corps de belle ensorceleuse. La seule idée que je me fais d’une femme, connaissant en fait leurs déficiences morales et spirituelles depuis bien longtemps, est d’ordre charnel. Pas la moindre envie du monde d’entendre ce qu’elle a à me dire, sa profession ou ses études, la maladie de son chien ou sa maison de vacances, son corps de femme affligeante est la seule réponse à mes attentes, et ce corps, croisé au hasard des voyages intra-urbains, jamais je ne le posséderais. D’où l’aspect essentiellement fantomatique et glacial des femmes à Paris dont seul leur pouvoir sexuel a un sens sur terre ; les rabaissant tout en les déifiant.

Dès la première femme, j’ai traîné des amours pitoyables.

Les femmes ne connaissent pas la mélancolie, la solitude et le désir. Elles sont dans le quotidien, le travail et le ménage.

Fin d’année peu glorieuse, mais quelques livres m’ont fait tenir : Marilyn, dernières séances (Schneider), L’Enfant de la chance (Buergenthal), La Voix et l’ombre (Millet), Mon témoignage devant le monde (Karski), Une semaine avec Marilyn (Clark), Au fond des ténèbres (Sereny), Toi ma nuit (Sternberg), La Dernière aventure d’un homme de 45 ans (Restif de la Bretonne).

 

 

 

Carnets 2013.

Aucun homme n’envisage sa mort. Et pourtant, un jour, on vous apprend la disparition d’un être que vous avez connu, à qui vous avez serré la main, avec qui vous avez discuté, et beaucoup ri. Et cet homme n’est plus. Et il ne le sera jamais plus.

Aux pires questions existentielles que vous vous posez, aux pires agissements que vous redoutez, aux pires femmes que vous n’osez appeler, mettez-vous à l’entrée d’un cimetière et les réponses affleureront.

Vous ne pourrez jamais anéantir une femme parce que sa capacité d’adaptation au monde est son atout majeur. Et pour cause, il sort de son ventre. Passée leur période carnassière de séduction et de beauté, les femmes délaisseront leur charme au profit de l’éducation de leurs enfants, et survivront merveilleusement dans la vieillesse. Toutes les étapes de la vie leur correspondent. Leur anti-destin est leur force. Ce sont des machines à vivre, des machines à travailler, des machines à procréer ; vous ne trouveriez rien de dialectique. L’homme est dévasté par ses désirs et sa sensibilité. Que peut-il faire face au monstre d’indifférence, de vanité, de cruauté, de médiocrité et de vide qu’est la femme ?

Jusqu’à 39, on doit accepter son âge, ensuite, on doit l’assumer.

A près de 35 ans, mon seul rapport aux femmes est professionnel, voyeuriste, pornographique et vaguement social. Autrement dit, ma vie se déroule sans les femmes. Elles sont de vagues fantômes inégaux, régies par leur autosuffisance et fières de leur médiocrité structurelle.

Au retour du travail, durant une vingtaine de stations, j’observe la jeune fille assise à côté de moi ; elle ne doit pas avoir plus de vingt ans et projette une beauté à couper le souffle et à vouloir combler de manière furieusement sexuelle. Durant cette demi-heure de vide intergalactique somptueusement représentée par ma voisine, elle lit Oups, un torchon sur la vie des célébrités, enchaîne sur un autre magazine du même acabit (j’ai du mal à voir la couverture, peut-être est-ce Voici ?). Son téléphone supersonique tactile sonne deux fois, à chaque fois elle répond de manière mécanique des banalités sur son temps de trajet ; manipule son sac où j’aperçois un troisième magazine d’actualité politique (Le Monde diplomatique ou peut-être Le Magazine Monde). Tout cela résume la jeune femme d’aujourd’hui (sans oublier un tatouage apparent sur son poignet et une teinture blondasse). Superficialité de ses lectures et de ses préoccupations (Oups, Voici), obsession de ses études du moment (Le Monde), sollicitation permanente de l’homme qui l’a séduite ou qui l’intéresse (deux coups de fils successifs sur son I-phone, engin intimement lié aujourd’hui à la femme, en tant que phallus de substitution et qu’elle ne cesse de  manipuler sans surtout y répondre de suite.). Pas un instant, elle n’a jeté un œil sur le monde qui l’environnait : la cohue, le bruit, la femme assise devant elle, plus vieille de 30 ans et qui lisait la même revue mondaine, et bien sûr sur le type qui l’observait. La femme est fascinante d’autoréférence et de banalité, en bonne adaptée au monde superficiel qu’on lui construit en fonction en ce 21 è siècle splendide. Résolument tournée vers elle-même… Et l’homme, face à son désir purement sexuel (nourri par plusieurs millénaires) envers ce genre de bête banale et satisfaite d’elle-même, que lui reste-t-il ? L’indifférence et la mort. Le programme est rude, quel que soit le sexe qui le compose.

L’amour est un dérèglement psychique incurable qui consiste à élever au statut de déesse une femme dont la trivialité et la bassesse se vérifient au quotidien. L’acharnement sexuel du désir masculin est tel qu’il se plait à transcender dans la misère morale de l’homme le caractère banal et médiocre de n’importe quelle femme afin de lui conférer cet aspect mystérieux et fascinant. Son caractère attirant modifie la perception (qu’il maîtrise parfaitement sur n’importe quel semblable) et fait de l’homme un être de désir qui pense aimer ce qui n’est qu’une grue ou une morue dont la banalité métaphysique est une définition quasi globale de son sexe.

La nature nous pousse à vouloir jouir dans des connes. Des connes dans lesquelles, souvent, nous ne jouirons jamais.

La plupart des femmes ne méritent pas que l’on bande pour elles. Et pourtant l’on bande avec une force insubmersible. Toute la dualité de l’univers est régie par cette fausse adoration.

Avant les jeunes filles avaient des rêves de petites filles, de princesses qu’elles peinaient, par trop de romantisme infantile, à toucher. Aujourd’hui, elles ont des rêves de poufiasses qu’elles n’ont aucun mal à réaliser. En témoignent les icônes féminines actuelles qui triomphent dans les médias : Des prostitués de luxe, décérébrées, aux seins refaits et au compte en banque blindé dont on parle sans arrêt et qui assument ce culte de la médiocrité.

Toutes mes aspirations sont balayées par la banalité de l’existence humaine telle qu’elle est régie par les conventions (professionnelles, sociétales, et sexuelles). Aucune transcendance n’est possible car elle se trouve rejetée de suite par le caractère normatif de cette civilisation basée sur le travail, la fête et la superficialité des rapports humains. La femme représentant à elle seule cette norme socio-sexuelle.

Je  suis dévasté par l’esthétique.

La femme sera toujours gagnante car sa perversion dépasse et de loin les possibilités masculines. Vous ne verrez jamais un type accepter de l’argent pour coucher avec des vieilles femmes laides autrement que par désir pervers ou sacrifice dus à une extrême pauvreté. Les femmes accepteront aisément, non pas pour survivre, mais par possibilité humaine et renflouement du compte en banque.

Ça n’est pas que je ne comprenne pas les femmes. Ce sont les femmes qui comprennent impeccablement ce monde non seulement en s’y adaptant, mais en s’y réclamant.

Souffrant depuis 3 mois de douleurs lombaires et après consultations de plusieurs spécialistes s’ajoutant à des examens, le neurochirurgien me diagnostique un épendymome dans le filum terminal. Tumeur bénigne, certes, mais qu’il faut retirer vite avant qu’elle ne devienne symptomatique. Moi qui m’étais toujours demandé comment quelqu’un pouvait continuer de vivre avec l’idée qu’une tumeur vivait à l’intérieur de ses entrailles, lui rongeant petit à petit le peu le peu de santé qui lui reste, me voilà dans ces conditions propres. Et effectivement, on vit, sans se douter ou même imaginer que celle-ci peut s’aggraver tout en craignant cela. Le truc vit à l’intérieur de vous, de manière autonome, vous ne le sentez pas et pourtant il est là, détecté par l’IRM, boule de graisse spongieuse et difforme qui va faire en sorte que votre vie se transforme en cauchemar.

Vous additionnez l’adaptation au monde (voire sa totale acceptation), sa vanité, et son hystérie, et vous n’aurez aucune chance face à la femme. Vous serez anéanti, sans arme ni espoir devant cette forteresse indestructible et infranchissable. Et vous garderez son corps qui vous échappe en mémoire. Nous vivons une époque où nous pouvons voir plusieurs millions de femmes nues faisant l’amour de façon outrancière et scabreuse devant des caméras et n’en posséder aucune durant une vie entière. Chaque journée qui passe me renforce puissamment dans la réalité de ce fossé scandaleux et proprement libéral. Le puissant investi baise quand le scribouillard humilié mate. Cette première moitié de 2013 est désastreuse. Du point de vue de ma santé et de la météo. De janvier à juin, nous avons connu à peines 10 jours de beau temps (moi qui n’en avait si peu à faire jusqu’ici, je bosse dans un quartier si peu enclin à la rencontre ou au rêve qu’un peu de soleil durant ma pause de midi me réconfortait dans ma misère), et hier 18 juin, nous souffrions de la canicule. Et bien sûr, les femmes aiment se montrer sous haute température. Seins rugissants, fessier moulé, petite robe affriolante, épaules dégarnies, bouches pulpeuses et nacrées, regards de haine ou d’indifférence ; les femmes, lorsqu’elles veulent plaire, ne lésinent pas sur leurs moyens ignobles tout en paradant l’indifférence. Elles aiment se trémousser, se prendre pour ce qu’elles ne sont pas tout en évitant de se faire prendre par ceux qui croient ce qu’elles sont. Moi qui ai du faire le coursier toute la journée, de Tolbiac à Bastille en passant par Saint-Sulpice (où j’ai vu peut-être le plus beau corps de mon existence, une créature incroyable), Glacière, Louvre-Rivoli et Bastille, j’ai du encaisser des chocs frontaux qui m’ont rendu KO à chaque fois. Tant d’indécence à dévoiler l’indévoilable, tant de narcissisme impudique porté aux yeux du monde, d’obscénité et de grâce dans le même être, donnent le vertige, le dégoût et la nausée d’être si seul dans un monde si plein. Je bénis le temps où ces séductrices scabreuses, hystériques et demeurées seront aussi vieilles que des branches d’arbre, rabougries par la vie, et seules comme la fin du monde, délaissées par leurs enfants et la vie qui n’auront plus que faire d’elles. Et pourtant, à la vue de ces vieilles dames qui me sourient souvent lorsque je les vois, j’ai une tendresse infinie et une compassion pour leur existence recluse et solitaire, séparées de leur compagnon, mort depuis des années. Non, les femmes gagneront car leur force est éternelle.

Maurice Nadeau (mort le 16 juin 2013 dans l’indifférence la plus totale) dans Une vie en littérature dit à son interlocuteur (il s’agit d’entretiens) : « Montherlant, pourtant avide de publicité, m’ignorait comme je l’ai ignoré. Or, plus que les deux autres [Mauriac, Maurras], il avait ses fans, même parmi les jeunes qui me lisaient. On sait aujourd’hui que sa littérature est du bluff. Son spectaculaire suicide le sauve-t-il ? » Comment peut-on écrire de telles inepties quand on est lettré et a fréquenté le tout Paris littéraire depuis 1939 ? Le type est tout de même franchement limité (d’ailleurs cette conversation avec Sojcher n’est rien moins qu’un catalogue peu pertinent de rencontres littéraires), refusant de lire Les Deux étendards sous prétexte d’auteur nazi, ou ne reconnaissant pas plus Drieu pour ces mêmes raisons. Ah ces critiques littéraires qui en font un métier, qui jugent les génies et qui meurent dans l’indifférence…

Si tu veux pénétrer l’âme d’une femme, tu n’auras pas d’autres moyens que de pénétrer son corps. Tu en ressortiras vide mais rassasié !

Mitterrand dans ses entretiens posthumes avec Elkabbach : alors que ce dernier (on maintiendra que ce journaliste en est un bien mauvais) l’interroge sur le procès Touvier et lui demande parallèlement de nous parler de son cas personnel durant la guerre, ce dernier, s’énervant de s’être justifié 25 fois et du coup refusant d’y réponde, finit par résumer son parcours ainsi : trois libérations de camp de prisonniers allemands, actes de résistance, puis départ à Londres pour rencontrer De Gaulle, clandestinité puis participation au gouvernement provisoire. Mais pourquoi s’énerve-t-il ainsi, celui qui se refusait à condamner les méchants 50 ans après les faits (Bouquet, Touvier) ? Tout bêtement parce qu’il omet volontairement de nous parler de son long passage à Vichy et de la Francisque que Pétain lui a remise en 1943. Péan, quelques mois plus tard, révèlera l’affaire et Mitterrand de devoir revoir son grand passé héroïque de résistant qui défia De Gaulle. Dire que j’appréciais ce type durant toute mon adolescence. Même à revoir ces entretiens, on est écœuré devant tant de cynisme, d’orgueil, d’autoritarisme et de calcul. Seul son grand âge et sa faiblesse peuvent émouvoir. Même dans le privé, notamment lorsqu’il engueule une technicienne qui dit « Ok » avant de tourner, l’expression figée anglaise ayant déplu au grand pourfendeur de la langue française qu’il était (celui qui a permis l’explosion de l’abêtissement à la télévision) !  Quant aux entretiens, ils sont figés dans une actualité politico-polique de 1993 et 94 quasis sans intérêt. On assiste à la même chose 20 ans après.

1er juillet 2013 : Le Docteur Abi-Lahoud (St Anne) me retire un para-gangliome de mon dos. S’ensuit une hospitalisation de 14 jours avec coliques néphrétiques (opérées quelques jours plus tard), des douleurs atroces dans les hanches et une belle pagaille dans le service de neurochirurgie qui ne comprenait pas pourquoi je hurlais de douleurs trois jours après l’intervention, alors que je devais garder la position allongée. Seuls les services de Georges Pompidou (où l’on m’évacua à deux reprises) ont su appréhender la douleur avec humanité, me rendant à St Anne quelque peu requinqué. Puis jusqu’à ma sortie le 13 juillet, le défilé des infirmières et médecins venus s’excuser platement ou me dorloter, comprenant leur erreur de diagnostique. Le neurochirurgien étant celui qui, en même temps,  m’a sauvé d’une tumeur irradiante et s’en est pris assez frontalement à ma personne qui selon lui ne voulait pas guérir et se plaignait constamment (« Vous allez me retirer cette grimasse Monsieur Anger, il faut vous booster. »). La douleur partie, tout ce petit monde reprit des rapports très cordiaux… Deux semaines d’hôpital vous brisent et vous reconstituent un homme. Et puis il y a eu A. qui a su comme à chaque fois faire triompher le bien et me soutenir avec son amour et son courage incroyables.

Du 1er au 30 juillet, un mois d’hospitalisation, de douleurs et de difficultés. Ne supportant pas les sondes JJ, la sortie de l’hôpital fut tout aussi difficile. Impossible de marcher sans éprouver de douleurs au ventre, vessie brûlante, urine ensanglantée. Durant ce mois où l’on pense uniquement à survivre et à ne plus souffrir, je n’ai strictement rien écrit (bien que beaucoup lu). La souffrance physique n’a aucun intérêt, et ne présente rien de bien littéraire. Elle laisse ses semblables impuissants et à la longue indifférents.

Je lis un ouvrage collectif sur l’addiction sexuelle où des psychiatres recensent à peu près tous les cas en proposant des exemples et des traitements relatifs aux divers symptômes. Mais pas une fois, ils mettent le doigt sur la cause essentielle à cette addiction (si ce n’est que le ressenti orgasmique est similaire à celui des drogues dures) : la femme. Sa beauté transfigurationnelle mêlée au plaisir charnel que l’on peut en tirer fait de nous tous des addicts sexuels. Un élément néanmoins est important à relever. Durant l’acte sexuel, une partie de son cerveau, nous disent les psychiatres, se met véritablement en stand by. Ceci expliquant pour moi pourquoi elles acceptent des positions aussi scabreuses que la levrette ou autre sodomie, avec une fois le calme revenu, ce sentiment de tendresse extrême dominant celui de vengeance de les avoir ainsi maltraitées. Elles pensent que c’était de l’amour !

En pleine canicule où chaque jour les médias exaspérants philosophent sur les températures et où les flashs météos se succèdent expliquant aux débiles ce qu’est en fait un été, c’est-à-dire une période où il fait généralement chaud, on devrait faire une météo des femmes avec risque de rafales de seins boulevard Saint Germain, d’orages de fessiers métro 1, d’éclairs de sensualité Porte dorée, d’anticyclone de lèvres pulpeuses rue Alésia, de bourrasques de chair porte de Clignancourt, de tornades atomiques avenue Daumesnil et surtout de tsunami d’indifférence dans tout le pays ainsi que de hautes températures sexuelles dans le monde entier.

Activité risquée : gardien de but. Le football prenant une place délirante dans notre monde, il est difficile d’échapper, même lorsqu’on se fiche totalement des résultats sportifs, à un résumé de match de football, notamment lors des informations télévisées. Et les buts défilent en nombre, montrant à chaque fois un gardien de but battu. Jamais ou rarement, on verra le joueur arrêter un tir, on le verra, quelque soit son équipe, son pays, sa nationalité, se prendre un but, ne pas réussir à stopper une balle, ne pas dégager en corner, ne pas dévier une trajectoire. Le gardien est montré comme le sportif le plus mauvais, la profession comme celle de l’échec, son mouvement celui de la crucifixion. En une semaine, le spectateur voit un type essayer d’arrêter une centaine de tirs. En vain, il se les prend tous et pas un syndicat pour prendre sa défense !

Septembre 2013 : rentrée du vide, de la frustration, du travail aliénant et crétin. Rentrée des crétins, de la RATP, de l’obscénité des femmes, des médias et du travail. Rentrée de la santé déclinante, de l’angoisse du temps qui meurt et du congé qui passe à toute allure. Rentrée des crétins qui se sentent si bien dans ce monde fou. Rentrée de merde.

Avant, lorsqu’il m’arrivait de draguer une femme, la plupart me méprisaient. Maintenant que je ne drague plus, elles m’ignorent.

Femme : de la beauté à la pornographie en passant par la sensualité. Et pourtant, combien se comportent comme des glaçons, insensibles à mes invitations charnelles, aveugles au plaisir du corps.

La solitude s’apprend. Il faut apprendre à ce qu’un téléphone ne sonne pas, à ce qu’une lettre ne vienne pas, à ce qu’une femme ne réponde pas, à ce qu’une femme ne vous attende pas. Tout ça est affaire d’apprentissage.

La vieillesse d’une femme, c’est comme un visage qui s’effondre sur lui-même.

Une rencontre amoureuse se concrétise sur une éjaculation ou du silence. Dans tous les cas, une grosse décharge d’égoïsme et de terreur.

Un homme est en quête de sexualité avec les femmes. Les femmes cherchent l’affectif. Or les hommes sont sexuels et les femmes affectives.

Année à oublier, tout comme bon nombres de livres non finis et une production littéraire actuelle proche du néant. Ont survécu à l’apocalypse : Le Tête vide (Guérin), Profession mortel (Sternberg), Autoportrait (Berri), Premier combat (Moulin), Le Capitalisme de la séduction (Clouscard), Hollywood Babylone (Anger). Six livres passionnants sur 44 finis et une bonne quinzaine abandonnés en cours de route. Pas glorieux.

 

Carnets 2014.

Peu étonnant que les allemands et les collaborateurs aient choisi Drancy comme camp de transit pour l’Allemagne et la Pologne. 70 ans après, alors que je me rends pour un match de tennis, en longeant le cimetière Parisien de Pantin, je traverse un quartier de transit lui aussi, une architecture lugubre, bétonné, hideuse donc, constituant déjà un probable camp de concentration.

La grande force des femmes réside dans leur banalité. Le fait qu’elles soient figées dans la banalité d’une existence sans destin où chaque étape (même la plus minime comme une relation d’un soir ou une inscription administrative) est précisément remplie, laisse l’homme dialectique sans le moindre espoir. Et c’est pour cela qu’en règle générale, elles ne répondent jamais à un message, une lettre, un courrier électronique provocateur, ou encore une déclaration directe. De l’ex-fiancée vengeresse et haineuse à celle que vous courtisez en passant par une amie que vous voudriez connaître sous d’autres angles, la non-réponse s’impose. Toutes les femmes que j’ai draguées, celles qui ont succombées, celles qui se sont vite effacées ou celles qui ont résistées (le plus grand nombre malheureusement), la non-réponse à mes attaques sincères, subtiles, intelligentes, poétiques, discrètes, timides, audacieuses, courageuses, directes, désespérées, détournées, désintéressées fut le seule manière de m’envoyer paître chez les grecs ! Si elles répondaient banalement et hypocritement à mes messages faussement désintéressés, elles ne répondirent pas ou plus à ceux qui mettaient du concret sur mon désir. L’expérience peu banale d’un homme et d’une femme est constituée qu’on le veuille ou non de ce contact d’une violence implacable avec la banalité de l’âme féminine. (Pour ne pas dire la bêtise, voire en ce moment les deux candidates à la Mairie de Paris qui ne jouent que sur leur aspect bêtement féminin et leur discours à pleurer de mièvrerie pour briguer leur fauteuil.)

Le non destin d’une femme (visage, seins, fesses) peut conduire au destin le plus tragique un homme en proie à ses déviances naturelles.

Les jeunes filles ; démons sans émois, prénoms sans espoir.

La vie est un orifice qui nous englobe, et on le recherche sans arrêt en la personne de la femme pour englober le monde à notre tour.

Que nous reste-t-il ? L’immigration, les 35 heures, la mode, les week-ends, les repas en famille, Internet et le porno, quelques coïts interrompus, Que nous reste-t-il ? Que deux seins splendides qui baignent dans un t-shirt d’adolescente, triomphant dans l’impureté des convenances et des yeux qui vous appellent parce qu’ils sont émeraude et qu’ils supplient comme un loup dans la nuit.

(Image de L.18 ans, se dandinant chaque jour dans mon bureau en me parlant de sa vie d’écolière prête à recevoir le désir le plus enivrant). La tentation féminine vous emporte en enfer quand vous ne pouvez rien faire que de jouer à l’indifférence ou reculer devant l’impossibilité. 

Femme : attributs sexuels surpuissants sur pattes et mobiles dans lesquels on a glissé un cerveau, la plupart du temps malade.

Lorsqu’il rentrait du travail, mon père ne racontait jamais sa journée, et ce pendant plus de 42 ans. Il ne disait rien parce que du travail, il n’y a rien à en dire.

Le travail, dans sa forme structurelle, n’apporte rien que de l’ennui, de l’épuisement, de la déception, du dépit, des fréquentations pitoyables et surtout un abysse de vide intergalactique. Le seul intérêt du travail consiste à croiser éventuellement de belles femmes. Mais comme elles sont comme le travail, dans l’intérêt personnel et l’ambition délirante, elles passent avec le vide. Vous rentrez chez vous vidé par la fatigue et rempli de désir. On voudrait se suicider après cela, mais c’est oublié que chaque jour passé à travailler est déjà un suicide social.

Dans ses Mémoires d’un fasciste, Rebatet se réjouit de la mort de Darlan assassiné par un jeune résistant de 20 ans ; puis insulte d’Astiers de la Vigerie, l’instigateur de l’assassinat, de ne s’être dénoncé aux autorités, entraînant l’arrestation et l’exécution immédiate du jeune homme. Misérable façon de cautionner la répression infâme et la mort du résistant en déplaçant la culpabilité des collabos sur un des cerveaux de la Résistance. Parfaite combinaison intellectuelle visant à atténuer son idéologie de base et dénoncer la mort d’un enfant… Et combien en voit-on réagir ainsi dans le monde du travail, cautionnant en fait un réel mépris pour l’être humain au profit d’excuses et de mauvaise foi justifiant des actes ignobles. Ou comment se réjouir d’un acte en faignant d’être attristé tout en accusant l’attitude de quelqu’un qui n'y est en fait pour rien pour s’en disculper.

Une belle paire de seins est plus puissante que n’importe quelle guerre nucléaire.

Du trivial au néant, telle est la conclusion de notre place ici-bas.

Le travail salarié ne serait rien sans le monde qui le régit. C'est-à-dire sans ses codes structurels aliénants et artificiels.

Encouragez quelqu’un au bonheur, c’est comme lui dire devant un bon repas qui l’attend qu’il sera ensuite pris de spasmes lombaires, de diarrhées frénétiques, de vomissements violents. Pas certain qu’il profite de la gastronomie en sachant cela… La maladie et la mort attendant le vivant, le bonheur est une esbroufe illusoire pour prolonger cette humanité décadente.

Je rends grâce aux ingénieurs, aux inventeurs et aux techniciens de l’IRM et du papier toilette. Ils m’ont tout simplement sauvé la vie.

Après l’apparence de camp de la mort de Drancy, je parcours la Courneuve pour me rendre une nouvelle fois à un match de tennis. Et là, ce ne sont plus les camps de transit qui frappent mais celle des ghettos de Varsovie. Dans un fourbi digne des pires marchés aux puces, stagnent des populations immigrées de toute part sans aucune présence française : Algériens, marocains, tunisiens, bénins, maliens, ivoiriens, sénégalais, congolais, pakistanais, indiens, roumains, slaves, turcs, etc. teintés de djellabas et de femmes voilées de la tête au pied vivent selon leur origine, leur culture, leur passé, leur histoire. La langue française n’est plus parlée ici. Parfait exemple de (dés)intégration choisie où plus rien de propre à notre culture n’apparaît. En sillonnant ces rues en vélo, je me demande à quoi ressemblera cette ville dans 20 ans ; et ce qu’elle était il y en a 30…

A 36 ans, il faut se suffire (je n’écris pas « se contenter ») de son existence. Etre avec une femme depuis des années, lire quelques bons livres et en stopper tout autant, être inexistant aux yeux des autres et surtout méprisé par les femmes, disputer des parties de tennis, en perdre et souffrir du corps, et au milieu des jours qui défilent, supporter un boulot de merde.

Du monde du travail et du mail en copie: Des horaires de déjeuner et des métros indiqués. De la télé et du réseau. Des collègues et des étudiantes. Ce monde du silence et de l’ennui qu’on nous décrit comme le but à atteindre. Ce monde, je me le tape tous les jours et je le vomis.

Je sais pourquoi le monde est trivial, parce qu’on ne se reproduit pas avec son âme mais avec son sexe.

On se sent seul et pourtant cette solitude qui nous accable suffit à combler celle de notre partenaire.

Le non destin permanent d’une femme qui dans le métro regarde ou son téléphone ou ses pieds ou un siège qui se libère. A la sortie, elle trace, regard fixe vers la sortie qui la conduit où : Dans un magasin, à l’école chercher son môme, chez elle, à son travail ? Vous imposez un monde post-apocalyptique à une femme et il lui faudra une petite semaine pour s’y adapter puis s’y sentir bien.

Pas de dialectique chez la femme, des machines à vivre. Tout est dans l’instinct tragique du biologique et du social. Des êtres vides qui ne produisent que du lait. Elles ne connaissent rien à la mélancolie, à la solitude, à la tristesse. Elles sont l’action de leur immobilisme, la parure de leur insignifiance ; en un mot, elles aiment la vie. Leur orgueil intra-dimensionnel leur empêche toute excuse. Elle vous castre dans un premier temps puis vous méprise pour le reste de votre vie. Etre avec vous lui parait secondaire. Ne plus l’être lui parait logique. Ne pas l’être lui parait normal.

Le néant qui nous attend est tout simplement la suite logique du trivial que nous vivons. Nous passons de la tragique absurdité d'être à la nécessité du vide.

L’homme est souvent l’expérience du Mal. La femme celle du Banal. Ensemble, ils constituent l’union du Bamal.

La trivialité et la superficialité des femmes permettent à l’homme de vivre parfois l’absolu. C’est à la fois le paradoxe et en même temps la logique de leurs corps qui échappent à cette banalité tant le merveilleux et la grâce s’y confondent.

Fin d’année honteuse et injuste. Seul mon dos a tenu, c’est déjà un réconfort. Côté littérature, moins de déceptions que l’an passé, mais pas de grands chef-d’œuvres. Quelques bons titres néanmoins : The Game de Neil Strauss, Le Premier sexe de Zemmour, Dans la dèche à Paris et à Londres de Orwell, La Classe de rhéto de Compagnon, Ma part d’ombre d’Ellroy, et pour sa qualité narrative La Vérité sur l’affaire Harry Quebert de Dicker, sur 60 terminés.

 

 

Carnets 2015.

Passés 35 ans, il faut prier pour ne pas se faire quitter par sa femme et espérer avoir une maîtresse. Le reste est sans plus d’intérêt. Le travail vous bouffe votre vie, la fréquentation des collègues est insipide, la maladie vous gagne, le sport est de plus en plus difficile, les rencontres improbables. Le temps libre doit être accordé à votre femme, à (la quête de) votre maîtresse et à la littérature ; donc le plus souvent, quand on combine tout cela : à la solitude.

De même que ce sont les éditeurs qui définissent la littérature d’aujourd’hui, les médias définissent la pensée d’une époque. Dans le premier cas, c’est la régression de la littérature face aux éditeurs qui ne sont plus des lecteurs mais des marketers avides de relativisme culturel et de publicité. Dans le second, c’est la régression de l’esprit critique avec l’élimination de ceux qui pourraient penser autrement que la doxa. Exemple avec Zemmour (viré d’I-télé récemment) ou Soral qui ne peuvent plus s’exprimer sur les plateaux. A l’heure où des islamistes tuent des dessinateurs de Charlie Hebdo, la pensée unique s’exprime à tout va avec pour seul slogan : Nous sommes tous Charlie. La parole aux autres est bannie.

Les vingt ans sont les prémices anarchiques et incohérents de ce que la trentaine vous réserve en plus redoutable, en plus implacable, en plus inéluctable.

Les amourettes ratées des 20 ans seront les amours inachevés et impossibles des 30 ans. Les compagnons qui disparaissent à 20 ans laisseront place aux réelles amitiés massacrées par la lâcheté et la médiocrité des âmes souillées et corrompues. A 40 ans,  si vous vivez, vous tenterez de vous reposer, en luttant contre la maladie, la mort et le malheur.

Le présent, cette concentration épidermique vaine et absurde d’un instant.

Sylvain Tesson écrit dans son journal Dans les forêts de Sibérie, que sa fiancée lui annonce qu’elle le quitte sur son téléphone d’urgence alors qu’il se trouve à des milliers de kilomètres au fin fond de la forêt sibérienne et seul dans une cabane par – 22 degrés. Si ce qu’il raconte est vrai et non tronqué par d’autres événements se rapportant à leur rupture, l’image de la femme en prend encore un coup. En effet, ne pouvait-elle pas attendre son retour pour le lui annoncer plutôt que de lui faire parvenir ce genre de message alors que le type fait son expérience initiatique avec comme seuls compagnons un lac gelé, des arbres enneigés, un poêle, une bouteille de Vodka qu’il consomme chaque soir et deux cabots ? Non la délicatesse habituelle de la femme qui quand elle quitte veut tout fracasser se vérifie au détour d’une page, parce qu’elle veut que son expérience limite soit entachée par une autre encore plus limite : la rupture féminine ! C’est ce qui s’appelle rompre la glace !

Nous aimons à changer d’habits chaque jour pour aller travailler afin de se persuader que la journée sera différente de la veille…

Notre volonté d’enfant n’est plus uniquement biologique et égoïste, elle s’incarne désormais dans une sorte de résistance pour notre propre renouvellement socioculturel… C’est dire à quel point notre civilisation a sombré dans le relativisme.

Nos gouvernements parlent de mixité sociale et ethnique pour cautionner la France mélangée qu’ils défendent au nom du libéralisme économique le plus vorace. Alors qu’il ne s’agit en fait que de communautés sociales et ethniques infoutues de s’intégrer, de parler notre langue et de se mélanger au nom de leur propre identité rugissante ! 

Le travail nous pousse à fréquenter des personnes que nous mépriserions en temps normal, de s’entendre avec ceux que nous combattrions en temps de guerre, à s’opposer vis-à-vis de ceux que peut-être nous tolérerions durant un temps, à recevoir ceux que nous aurions fui à toute jambe ; et il faut rajouter au mien les gros seins d’adolescentes qu’il faut à peine esquisser du regard. Bref, le monde du travail est le lieu où nous sommes seuls, impuissants et confrontés à l’immense imperfection humaine.

De même que le sexe de l’homme parait imposant et disproportionné par rapport au sexe féminin qui l’accueille, le désir masculin est bien plus envahissant et tyrannique que celui de la femme. Mais c’est oublier que le vagin peut accueillir plusieurs membres en lui ainsi que libérer un fœtus, métonymie du désir féminin qui peut être bien plus enivrant et autoritaire chez ces êtres où seule l’image compte, c’est-à-dire la dissimulation de leur réalité pour l’exubérance de leur apparence (tout autant que la dissimulation de leur désir pour l’exubérance de son assouvissement).

On me propose un poste de directeur en me faisant donc évoluer à l’intérieur même de mon activité (déjà aliénante). Le monde du travail est tellement pernicieux que celui qui me le propose (mon employeur direct, mythomane, autoritaire et paranoïaque, totalement cinglé donc, et dépendant de sa misérable position) n’a même pas décelé chez moi le mépris (organique, viscéral, philosophique, métaphysique, clinique) pour le travail en général et le pouvoir en particulier. Il me parle salaire florissant et responsabilités décuplées. Je l’écoute, j’ai mal au ventre, je pense à cette liberté tant chérie qui perd pied de jour en jour. Et je suis contraint de l’écouter me parler de l’inessentiel, de l’encombrant, de futilités écœurantes durant des heures.

Certains meurent pour des histoires de gros sous. Marilyn est morte pour une histoire de gros seins.  

Un suicidé, c’est celui qui part à la place des autres.

Le travail s’adresse exclusivement aux gens banals qui savourent leur banalité. Il est fait pour eux et c’est pour cela qu’en règle général, il fonctionne et fait fonctionner une société. K.A est un employé de la BNF de 53 ans. Cela fait 20 ans qu’il est magasinier puis qu’il travaille dans mon école le soir à la reprographie pour arrondir ses fins de mois. Sa vie de solitude et de collègues, de télé et de boite de conserve, de famille restreinte et de petit salaire est la même depuis 25 ans et sera la même les 25 prochaines années. Même s’il tente des concours pour changer de salaire, de poste et de lieu de travail, sa vie réglée comme du papier à musique ne sera pas bouleversée et elle lui convient. En m’écoutant me plaindre sur la misère de ma vie sociale, la bêtise de mon patron, le restaurant universitaire lugubre dans lequel je mange dans une solitude quasi quotidienne, la médiocrité de 90 % de mes collègues et l’inanité du monde adolescent post-moderne, il ne voit pas pourquoi cela me pèse-t-il autant. Cette vie convient à 99% des gens parce que le travail et sa misère métaphysique occupent nos employés. C’est ce qui a conduit un type comme Eichmann au succès. Quand il rentrait chez lui, il ne se posait pas ce type de questions parce que le travail occupait son esprit et parce que son esprit banal répondait aux tâches qui lui incombaient. Sans le travail, il serait mort d’ennui. Il remplissait ses journées merdiques comme un agriculteur gave le foie d’une oie pour les fêtes de fin d’année. Aucune question sur la souffrance ignoble de l’animal. L’homme brave a besoin de prendre son métro pour croire qu’on l’attend et qu’il sert à quelque chose. Le salaire est un bon prétexte qu’on veut toujours croissant pour se dire qu’il correspond à la tâche qui nous occupe. On trouve des collabos avant tout dans le monde du travail. Les dissidents sont silencieux et souffrent dans leur anonymat. Personne ne s’intéresse à eux et lorsqu’ils tombent sur une oreille attentive, on les méprise de mépriser leur condition, et par voie de conséquence, celle des autres.

La différence fondamentale entre un homme et une femme réside dans le fait que l’homme est prêt à payer pour coucher, alors que la femme est prête à se faire payer pour coucher.

Nous n’avons pas l’âge que nous avons et nous portons celui que nous n’avons déjà plus.

Ce dimanche matin, sur le service public, cette émission baptisée « Islam » en heure et place de l’émission Jour du seigneur.

Travailler c’est avant tout subir (subir le réveil qui vous terrasse, le métro qui vous déprime, puis les tâches viles qui vous massacrent) ; et subir, c’est dépérir.

Monde du travail : rapport humain concentrationnaire.

L’homme est capable du meilleur comme du pire. L’IRM et le papier toilette sauvent des vies ; la cigarette et le téléphone portable les achèvent aussitôt : objets de crétinisation générale répandus chez 90 % de la population.

Selon Primo Levi dans Si c’est un homme, les horaires de travail à Auschwitz en hiver étaient de 8 à 12h et de 12h30 à 16h. Mes horaires depuis dix ans…

La femme est très dure à attraper dans ses filets pour un homme qui ne rentre pas dans son système (qui est le système globalisant normatif). Un homme qui méprise le monde du travail, qui ne sort pas le soir dans les cafés, qui drague dans la rue ou les transports. Celui-ci en 2015 est un extra-terrestre aux yeux de la femme connectée, riche, épanouie, et bien évidemment désirable.

La femme n’étant pas fait pour grand-chose, tout comme les plantes, se satisfait des saisons.

Bobigny : Zone de non droit identitaire. A rebaptiser Kaboul sur Ourcq !

Une femme qui vous quitte après plusieurs années de vie commune ne retiendra que le lendemain de sa rupture, celui où vous n’êtes plus là. Inutile de lui rabâcher toutes ces années d’amour, de complicité et d’intimité. Le jour qui suivra sa décision entraînera tous les autres. Le présent est son territoire, le souvenir son ennemi, la nostalgie sa honte. Elle vous oubliera tout simplement parce que l’absence est pour elle une source d’énergie pour le futur ! On ne sera jamais où elle vous relèguera et ce que vous signifierez symboliquement pour elle. A peine, y pensera-t-elle. Le deuil est sa volonté, l’indifférence sa première nature. De même que mariée (ou divorcée) et mère de famille, sa jeunesse et sa beauté ne lui manqueront pas. Elle a accepté non seulement la fuite du temps, mais l’inanité de tout cela car elle les a maîtrisées au nom de son bonheur terrestre. En général, la mort ne lui fait pas peur.

Idée de vertige : toute femme que tu dragues peut potentiellement se retrouver les fesses en l’air dans ton lit. Ces silhouettes indifférentes, inaccessibles et dangereuses peuvent d’un coup, parce qu’il y a séduction et solitude, se retrouver dans des positions outrancières avec le désir inscrit au corps.

E.V.D.H, se fichait des religions et ne concevait la pénétration que comme un moyen de soulagement licencieux et pervers. A 35 ans et face à cette société multiculturelle, il fait du bénévolat dans une église catholique et veut faire un enfant à sa femme blanche. Destin du blanc, européen, cultivé et seul.

Il est amusant de constater que les mêmes qui jugent 70 ans après les pseudos-collabos qui vécurent l’occupation nazie en France en continuant leur vie, d’aller au spectacle et de siroter des verres dans les cafés, appellent résistants ceux qui continuent de faire ainsi après les attentats de novembre 2015 en donnant à ces actes consuméristes cette valeur humaniste et rebelle !

Vie : passage éphémère avant l’essentiel.

Attentats : Ironie du sort : Après avoir vomi le travail en général comme source de malheur profond et constant, voilà que je me retrouve à risquer ma vie dans le métro pour aller le rejoindre chaque matin.

La pénétration, cette pulsion inaltérable qui vient vous tirailler alors que vous vous blottissiez. Conséquence tragique du tiraillement exercé par le corps que n’est pas la femme.

En me retenant pour me parler Travail-Organisation-Projet-Budget-Communication-Salaire toute l'après-midi, cet ignoble personnage qu'est mon patron ne doit certainement pas savoir qu'il m'a injurié durant trois heures...

Année passée à lire vu le programme restant que l'on me propose... Quelques références à retenir : Notre amour (Peyrefitte), Ultima Necat (Muray), Solitude du témoin (Millet),  Humiliés et offensés (Dostoïevski), L’Ablation (Ben Jelloun), Un otage à Beyrouth (Auque), Un monstre à la française (Brunet), Le Lièvre de Patagonie (Lanzmann), Quel beau dimanche (Semprun), Innocent (Depardieu).

Carnets 2016.

La vie est si lacunaire, si décevante et si méprisable que le grand ordre divin a décidé de nous la retirer un moment donné. Et l’homme est si vain et peureux qu’il veut à tout prix la sauvegarder. Pourtant Dieu a raison, l’homme est si mesquin, son prochain l’étant tout autant, qu’il faut bien arrêter tout cela en le faisant mourir et disparaître. Il est en fait bien trop usant de supporter éternellement une existence dont l’absurdité et l’injustice sont les dictats permanents.

La grande leçon de la vie montre que la mort toute puissante bien qu’invisible et silencieuse emportera (dans des conditions souvent bien différentes et injustes) l’homme bon comme le scélérat. En cela, tout doit finir parce que toute lacune doit se résorber.

La relation de couple est basée sur la confiance, le mensonge et la confiance dans le mensonge. Seul le mensonge de la confiance le brise à jamais.

Vous enlevez la vanité aux femmes et vous obtiendrez peut-être un jour des êtres délicieux…

Les femmes sont plus fortes que les hommes car elles peuvent annuler leur désir par vanité et se suffire de leur corps qu’elle n’offre plus à l’amant qui lui, bien qu’humilié, reste avec son désir enfoui dans sa vie de tous les jours.

Tout acteur célèbre se retrouvant dans un film de Tarantino devrait faire son autocritique en commençant pat se demander pourquoi il a fini par se retrouver sur le tournage. Tout chez ce pseudo-réalisateur est affaire de vengeance mimétique indigeste, de violence gratuite et de morale fort douteuse. En soi, tout rôle de personnage qu’un acteur accepte est un échec dans sa carrière. Joubert à lui seul a su définir son cinéma par cette maxime définitive : « Le talion ; c’est la justice des injustes, disait saint Augustin ; nous pouvons dire des barbares, des ignorants. » Barbare et ignorant,  Tarantino l’est à chacun de ses films encensés par nos critiques incultes.

Vie : jeu pervers où le but est de rester en vie (avec la conscience de son propre dépérissement) malgré l’absurdité de ce même but. Et on repeuple la terre chaque année.

Il y aurait sûrement une pensée à formuler sur les Ouï-dire et les Non-dits. L’un est à l’infinitif signifiant ce qui a peut-être été dit mais qui n’est pas sûr d’être vrai alors que l’autre, au participe passé, indique ce qu’on ne dit pas mais qui est implicitement vrai.

Plus je m’enfonce dans la vie, plus mon corps et mon âme subissent les foudres du temps, et plus la femme se manifeste de manière totalement immonde. Quand ce n’est pas le silence ou le mépris (principal atout de celle qui se suffit à elle-même, qu’il y ait malheur ou non), elle se joue de notre fébrilité en se mentant elle-même tout en assumant de manière cynique ses erreurs sans s’en offusquer le moins du monde. La femme est un monde de fausseté spirituelle et de vérité biologique aussi troublant que la voracité de leur beauté (quand c’est le cas). L’homme oscille entre vérité spirituelle et combat biologique.

La femme est en général une douloureuse transition entre période de calme et étendue de vide.

A l’aube de nos 40 ans, le seul acte sensé serait de se balancer au bout d’une corde. A l’inverse, nous procréons et cette pendaison symbolique nous pousse à rester en vie pour accompagner notre progéniture dans un nouveau combat qui commence.

La procréation suivie de l’enfantement sont un suicide de survie.

La seule différence entre les deux candidats à la Maison blanche de 2016 est le sourire de Hillary Clinton (Femme mondialement cocufiée n’apparaissant qu’hilare dans les médias). Chaque apparence de cette fausseté politique est appuyée par l’omniprésence de son sourire de crétine. C’est en général ce qui sépare l’homme de la femme : la fausseté qui est devenue aujourd’hui la vérité formelle et actuelle. La femme est dans son sourire. Et à l’intérieur règne la proie du démon vorace et sans aucune espèce d’humour. Et pourtant c’est l’homme qu’on châtie et qu’on méprise (Trump dans le cas de Clinton).

Nous sommes des êtres condamnés qui donnons naissance à des vies éphémères.

Les femmes enceintes : De la culture à la biologie. Une femme qui veut un enfant met la culture de côté et rentre de plein fouet dans la biologie. Celle qui rechignait à faire l’amour devient du jour au lendemain extrêmement disponible. Pire, il faudra copuler sur commande, presque à heure fixe, sur les quelques jours où son corps ovulera. Celle qui vous expulsait violemment ou refusait totalement l’abandon comprend ainsi votre nouveau rôle ; celui de géniteur. Elle vous usera jusqu’à la dernière goutte et vous rendra presque allergique au sexe.

Et si vous êtes infertile, celle qui était outrée par vos désirs pornographiques vous sommera d’accueillir la substance pour analyse.

Une fois le travail accompli, elle acceptera avec détermination, patience et soin de se voir grossir. La femme qui en règle générale est obsédée par son corps, son poids ; bref sa beauté plastique, renoncera du jour au lendemain. Elle se présentera aux yeux du monde avec son gros ventre, ses vergetures, ses plis et replis. Celle qui a mis sa vie entre les mains de divers régimes, séances de sport et de jogging, culture bio et légumes du marché, acceptera l’embonpoint avec bonhomie. Le sexe, si important aux premières heures de procréation, sera relégué au stade bassement hygiénique. On se rappelle que la femme est le tout et son contraire et qu’en fonction de ses besoins, souvent primaires, s’en contentera ! Et l’homme dans tout ça, tout content d’accueillir sa progéniture…

Qu’est ce qu’une femme enceinte ? Une femme plus grosse et plus bête.

Elle s’approche de moi. J’ai ses cheveux dans les yeux, et ses mains effleurent les miennes. Elle me parle de choses banales alors que mon corps se transforme en démon. Et elle repart dans le silence.

Nous parlons souvent de notre propre sexualité avec humour et provocation quand ce n’est en fait que la tragédie des corps qui s’aiment et se désirent. Se rentrer dedans avec une telle fougue charnelle relève de la pire détresse humaine. Nous y sommes soumis comme le lapin devant sa carotte et nous croquons, croquons jusqu’à satiété. En vrais tragédiens soumis à un destin trivial, enfermés derrière des barreaux, nous copulons comme le jogger tente de rattraper le temps qui se joue de lui. Pire, l’expression du plaisir saisit le visage d’effroi et les cris se libèrent telle une souffrance appréciée. Nous en sommes des prisonniers vicieux et l’on parle de copulation avec légèreté.

Et lorsque l’on évoque la beauté d’une relation, on ne pense jamais aux orifices parcourus de fond en comble, aux sexes turgescents qui ravagent des gorges ou des éjaculations qui salissent la blancheur de la peau. Et pourtant cela peut être de l’amour.

Le philosophe, l’artiste, l’homme lucide ne peuvent se contenter du monde trivial tel qu’il lui est imposé par le travail (qui compose stupidement 40 années de notre vie en basant chaque journée sur des horaires, des allers et retours et surtout la fréquentation insipide du personnel). Seule la femme dans ce qu’elle a d’esthétiquement parfait peut le faire sortir de sa condition, qu’elle soit à l’intérieur de ce monde (collègue) ou à l’extérieur (passante). Mais celle-ci, la plupart du temps, est la personnification même de ce monde du travail. Carriériste, vénale, ambitieuse, antidialectique, incarnée. Et lorsque nous nous approchons d’elle pour envisager le plaisir, elles ne sont jamais à la hauteur de nos espérances d’absolu et nous parlent salaire, planning, horaire, quant elles ne nous ignorent pas parfaitement.

Le Complot avec Christophe Lambert. Ce film m’avait marqué quand à sa sortie en 1988, ma mère avait décidé d’aller le voir. J’avais une dizaine d’années, et la voyant se préparer pour sortir un dimanche après midi sombre et froid au cinéma de quartier, elle m’avait autorisé à l’accompagner. De ma vision d’enfant, je gardais en mémoire la scène atroce où le père Popieluszko se faisait massacrer à la fin puis celle où malgré les pierres que les meurtriers avaient mises pour que le corps coule, il réapparaissait à la surface du fleuve.

Il y a peu de temps, je me suis replongé dans la vie de ce prêtre courageux et exemplaire. Et je trouve de nouveau le film sur Internet, 28 après. Dès le début du film, ses ennemis parlent d’un type charismatique et pourtant, la réalisatrice a choisi Christophe Lambert, l’un des acteurs les plus fades et les moins charismatiques pour interpréter le rôle ! Il s’en sort bien néanmoins en jouant essentiellement avec les traits fins de son visage apaisé et par le calme du personnage. Le film est assez dense et bien accompagné musicalement. Bonne reconstitution de ces années 80 en Pologne où Solidarnosc se liait au mouvement catholique alors qu’en face la police politique faisait rage.

Il n’y pas d’autre issue que la traque du corps féminin qui ne mène à aucune issue.

Juillet 2016. 4 morts célèbres viennent remplir le calendrier funéraire et le charnier universel. Dans l’ordre funèbre : Yves Bonnefoy, Michel Rocard, Elie Wiesel, Michael Cimino. Le premier est évoqué brièvement, sur les bandeaux des chaînes en continu. Qui lit ou a lu Yves Bonnefoy ? Personne ? Et ce n’est pas l’hommage du président qui n’a jamais dû entendre parler de lui qui y changera quelque chose ! Le second passe en boucle : hommages, archives, réactions diverses, reportages dans sa commune, etc. Le troisième passe juste après. On parle de l’homme de paix et du rescapé d’Auschwitz (rien sur la polémique lancée par Soral sur l’ « Imposture à la Shoah ».), enfin Cimino est balayé devant les deux disparitions précédentes. Or des quatre, Cimino est sûrement le plus intéressant, certainement le plus fascinant. 7 films, 2 chefs d’œuvre et demi et pas un extrait diffusé à la TV (encore moins une rediffusion). Quatre films qui se succèdent et qui montrent un vrai talent : Le Canardeur, Voyage au bout de l’enfer, Les Portes du Paradis, L’Année du dragon. Mais le pouvoir médiatique n’en a que pour les politiques : Ces types indigestes qui n’apportent rien à l’Humanité sont encensés. Rocard le traître du PSU passé au libéralisme et qui n’a gouverné que 3 ans dévore un écrivain, un cinéaste et un intellectuel (tous mort entre 77 et 93 ans). Triste exemple d’une société rongée par les médias, et du coup, par le politique qui lui correspond parfaitement.

L’existence est le temps du trivial que viennent avertir l’angoisse, la vieillesse, la maladie puis la mort. Durant ces différents états, elle se transforme en cauchemar que le néant, objet du sérieux, vient rétablir.

Existence : état d’injustice immuable que la mort vient changer en justice divine.

Nous sommes en vie, nous vivons. Nous habitons des appartements, échangeons des banalités, supportons des superficialités. Puis nous rejoignons un cercueil qui sera mis sous terre et recouvert d’une tombe dans laquelle nous pourrirons. Joli programme qui devrait nous rendre heureux et sereins.

Le Fou de guerre de Dino Risi est le dernier film de Coluche. Présenté à Cannes en 1985, cela signifie que le tournage s’est fini fin 84, début 85 ? Or Coluche est mort en juin 1986. Il n’a donc pas tourné entre ces deux dates, lui qui a enchaîné les films de 80 à 85. Curieux même si l’on sait qu’il souhaitait revenir sur scène avec un nouveau spectacle (qui précipita sa mort ?). Toujours est-il que l’on retrouve certains signes prémonitoires dans ce film assez surprenant. De la même manière que le dernier film de Dewaere qui jouait un personnage dépressif qui tentait de se suicider avant de retrouver un semblant de bonheur artificiel prenait le contrepoint terrible de ce que l’acteur allait faire quelques mois plus tard, Le Fou de guerre (dont le personnage grotesque joué par Coluche me rappelle étrangement mon patron tiraillé entre son côté infantile et autoritaire lié au statut qu’on lui met entre les mains et dont la fin du film montre très bien l’ambiguïté) annonce les présages funestes. Lorsqu’une prostituée, à moitié voyante, prédit au personnage principal une chose dramatique, ce dernier craignant pour sa propre vie l’interroge et celle-ci de lui dire que cela arrivera à quelqu’un de proche, en l’occurrence le personnage joué par Coluche. Et ce dernier de mourir abattu par un soldat britannique. Il est ensuite ramassé et pris dans les bras par son « camarade » de la même façon que l’un des motards l’accompagnant l’a fait après le choc contre le camion le 19 juin 1986. Le film fait ensuite défiler le générique sur la tombe du personnage. Dernier film de Coluche où (comme dans Tchao Pantin du reste) il meurt à la fin.

Lorsque je vois la fidélité quasi mystique que Cordier porta à Moulin, les bras m’en tombent. Je ne connais pas d’autre exemple d’amitié publique aussi puissante entre deux hommes (certes l’un est mort et n’aurait peut-être pas suivi cette relation). Amitié brisée par la mort de Moulin donc et que Cordier a su perpétrer magnifiquement en lui rendant justice (trois tomes de mémoire pour rétablir la vérité sur son compte face aux accusations de Fresnay et 30 ans de travail !) et une évocation tout en respect et admiration pour celui qu’il espère retrouver un jour. Lorsque j’observe les amis qui m’ont trahi (symboliquement et aux conséquences bien plus tragiques, Moulin a été lui aussi trahi, sûrement par Hardy) et que j’écoute Cordier, le fidèle et imperturbable défenseur de la mémoire de son ami, je conclue qu’il faut effectivement une certaine grandeur d’âme pour honorer une amitié et que les pseudos amis que j’ai perdus, malheureusement, étaient loin d’en avoir de telle.

Août. Il fait chaud. La mode actuelle chez les jeunes femmes est le mini short, celui qui s’arrête à très peu de centimètres des fesses. Les femmes sont belles, désirables. Nous les contemplons comme des pièces de musée, des tableaux de la renaissance, des architectures mouvantes, des démons de l’enfer. Lorsque vous en croisez, vos regards se télescopent. Vous continuez en un zest de secondes à contempler de haut en bas la silhouette. Tout d’abord le visage scandaleux où blondeur, bouche sensuelle, yeux pétillants, nez frémissant s’épanouissent ensemble ; puis vous descendez sur les seins, timides ou triomphants, discrets ou indécents, dissimulés ou outranciers. Enfin, vous continuez sur les jambes, dénudées en été. La femme passe. Vous ne la verrez plus jamais. Mais vous vous retournez, happé par le désir, sur les fesses. Pour voir l’option ! Jamais facultative ! Si la femme est belle, ses fesses renforceront son pouvoir de matraquage, d’ahurissement charnel. La nature est diabolique. A la beauté sensuelle, elle a rajouté en option une paire de fesses démoniaque qui fait de vous et de manière définitive un homme assommé et assoiffé de chair.

Ecrire une thèse sur l’onanisme dans l’œuvre de William Styron qui revient en boucle (souvent lorsqu’on s’y attend le moins) dans ses différents livres. L’écrivain américain a peint le portrait saisissant du jeune homme lettré, seul, frustré qui se masturbe en permanence. C’est assez rare dans la littérature.

John Fitzgerald Kennedy, en plein embargo cubain, propose un Havane à William Styron alors qu’ils sont sur son yacht à parler littérature. Belle image des puissants cyniques qui se fournissent sans retenue de ce qu’ils interdisent à la masse.

Le sexe de la femme, cette faille de San Andréas symbolique, cause du dérèglement masculin-féminin, mais aussi cosmique, cosmogonique et sexuel. 

Autant ne plus faire l’amour à sa femme n’est pas un problème, autant ne pas le faire avec d’autres est une souffrance indescriptible.

Un quinquennat pour rien d’Eric Zemmour ou une vision apocalyptique de l’homme moderne. Le libéralisme sauvage, englobant multiculturalisme, précarité sociale et indifférenciation compose un monde basé sur l’injustice, l’inégalité, et la bêtise. Son analyse est aussi précise qu’accablante. Et nous y sommes plongés chaque jour ; le travail (dans ce qu’il a d’abject, de répétitif, de hiérarchique, d’économique) étant un splendide exemple à plein temps (malheureusement l'essayiste ne le voit pas). Plus mon expérience professionnelle empire (et donc s’étale dans le temps), plus l’homme me dégoûte (dans sa volonté de dominer et/ou d’accepter cette domination), et plus les camps de la mort me paraissent d’une logique terrible; étant la version ultime de ce qu'on nous impose contre un salaire misérable.

La vie est une grande messe d’enterrement silencieuse. Puis trois jours après notre mort, elle retentit pour y signifier le terme.

Déprimé, éreinté par le travail abrutissant et une pression psychologique de tous les jours, je décide de passer mon week-end enfermé, à me reposer, à lire, à dormir, à saisir l’étendue lente et vide de ces deux journées. Je refuse même de jouer au tennis, alors que c’est la seule activité qui me permet véritablement de me libérer, de me concentrer sur autre chose, voire de me divertir. Mais le temps passe vite lorsqu’on joue et je ne souhaitais pas le laisser filer. De plus, je me sentais tellement fatigué que courir derrière une balle en plein mois d’octobre me paraissait insurmontable. Puis le dimanche soir arrive, avec la tristesse infinie de reprendre une semaine complète de turbin. J’aurais du accepter le tennis, me dis-je… Je suis encore plus déprimé et fatigué que si j’avais accepté de jouer ; et ce sport aurait permis de me libérer. Vie impossible et lamentable.

En rentrant du dur labeur qu’est mon travail de forçat, je me retrouve derrière une femme voilée. J’essaie de la dépasser car son voile semble quelque peu différent des autres que je croise au quotidien dans ma ville. Et effectivement, mes présages se vérifient, la femme est intégralement voilée. Je pense à sa religion et malgré le dégoût et le mépris que j’éprouve pour cette dernière, je ne peux m’empêcher d’être surpris par son pouvoir sur la nature humaine. Cet islam coranique réussit non seulement à convaincre les belles de se voiler mais également les laides. Une femme existe parce que sa beauté rayonne et combien aiment simplement plaire pour se sentir désirées et bien dans leur peau. Or l’islam réussit à mettre un grillage opaque sur une femme qui déjà laide sera automatiquement soumise à l’indifférence et au rejet du désir masculin. Certes, la femme voilée est contrainte par un homme (et sa foi indéfectible), ce qui signifie qu’elle est en couple, qu’elle peut se dévêtir le soir, qu’elle est aimée et qu’elle peut assouvir le désir de son mari (soit dit en passant identique à celui de l’inconnu qui l’aurait matée sans son voile). M’enfin tout de même, quelle force, quel pouvoir de retirer à une femme, peut-être déjà laide et difforme, tout ce qu’elle a de féminin pour la faire déambuler tel un fantôme drapée d’un linceul noir. Et le résultat est implacable. La laideur de son acabit la rend laide à son tour. La partie du tout recouvre le tout de sa laideur ! La métonymie devient totalité.  A sa vue, on éprouve effectivement du dégoût et du rejet (en bien plus grand que la simple vue d'une femme laide). Ce voile noir qui la recouvre coupe instantanément tout début d’intérêt sexuel pour sa personne. Le but de l’opération est réussi bien que si l’on parle de dégoût et rejet, nous sommes taxés par ces gens d’islamophobes ! N’était-ce pas le but recherché pourtant ? Laisser la femme voilée loin du désir libidineux des hommes ? La rendre plus laide qu’elle n’est déjà laide ?

Voile islamique où comment enfermer une femme belle ou laide dans la laideur ?

Un acteur de film x interrogé sur la nature de son métier se justifiait en montrant que cuire des pizzas toute la journée pour un cuistot était bien plus abrutissant et aliénant que sa condition de baiseur professionnel. Avec beaucoup de mépris pour cette fonction, il mime le pauvre type en train de faire chauffer sa pâte, et de la retirer du four pour mettre la pizza dans son carton. Mais ce qu’il ne sait pas, c’est que le cuistot ne désacralise pas l’acte de cuisiner quand lui désacralise totalement l’acte de faire l’amour, qui plus est face caméra. La comparaison qu’il fait sans le savoir avec la pizza est assez saisissante, lui qui s’envoie des femmes comme un cuistot enchaîne les pizzas, immite le type qui rentre et sort du four (de la même manière qu'un acteur x rentre et sort d'une femme). D’un côté il désacralise l’acte sexuel et de l'autre il baise une femme comme un type cuisine une pizza. Car oui, le travail à la chaîne quel qu’il soit est abrutissant. Sauf que l’acteur x le fait avec ce qu’il y a de plus transcendant, de plus mystérieux, de plus enivrant en dénaturant totalement l’acte de chair et en le banalisant. Respect donc au cuistot de pizza qui souffre (pour subvenir à ses besoins) mais qui pratique l’acte de chair dans son intimité.

Mon frère est aide-soignant depuis un an. Il a 21 ans et travaille dans un hôpital parisien dans le service des blocs opératoires. Mais déjà, la lassitude et les problèmes relationnels viennent entacher son travail. Il veut démissionner et trouver un autre hôpital. Pour le retenir, la DRH le convoque et lui propose de changer de service. « On vous propose les grands brûlés ou la morgue. » lui dit-on. Belle métaphore du non-choix existentiel qu’on est tous amené à subir au quotidien. La morgue ou les grands brûlés. Belle métaphore à la fois du travail et du choix que l’homme a devant lui.

« Pourquoi la femme se maquille et se parfume-t-elle ? Parce qu’elle est laide et qu’elle pue. » Ted Bundy

C’est curieusement en rencontrant une femme et en se mettant en couple avec elle qu’on met une croix sur sa vie sexuelle. Le célibataire peine à faire l’amour certes, mais l’homme en couple fait le deuil d’une sexualité épanouissante. Il sait qu’elle ne durera pas et que les contingences inhérentes à la femme vont lui faire renoncer à toute véritable sexualité (et pire, à toute tromperie qui pourrait la lui rendre meilleure !). Durant la vie de couple, et mise à part quelques beaux élans de passions charnelles, les caprices féminins et les fantasmes trop lourds de l’homme enfreignent toute entente sur ce plan. L’arrivée d’un enfant est caractéristique et déclenche la fin de tout espoir de renouveau. Au moment de la procréation, celle qui était jadis réticente, se transforme en volcan avec coït programmé à heure fixe. Elle vous use et vous dégoûte du sexe. Vous devenez un singe qui doit expulser sa semence. Puis une fois enceinte (après plusieurs mois de lutte), le désir s’estompe chez le mari qui ne comprend pas comment sa femme, jadis aussi belle, a pu se laisser convaincre de tant se dégrader. Elle devient grosse et impotente. Arrivent l’accouchement et les premiers mois où toute vie intime meurt de part et d’autre. La femme doit se reconstruire un corps mais son cerveau (déjà malade) est devenu celui d’une mère où son bébé vient d’un coup accomplir son destin, c’est-à-dire son non-destin. L’homme ne désire plus sa femme et préfère se préoccuper de lui-même (divertissement de toute sorte, tentative de drague avortée, replis sur lui-même en attendant la mort). C’est pourquoi j’ai souvent méprisé le sexe en réfléchissant sur l’amour qu’on porte à quelqu’un. Seul le début des étreintes a du sens. Le reste est trivialement biologique, d’où la nécessité du libertinage qui transcende cette trivialité en plusieurs uniques fois !

Faire un enfant : participer du crime de la vie.

Nous vivons comme si nous ne devions jamais mourir. Nous sommes morts comme si nous n’avions jamais vécu.

Si l’on veut répondre à la question Eichmann (comment un type soit disant banal a pu commettre un tel crime en organisant l’acheminant des juifs vers les camps de la mort), il faut simplement observer la plupart des gens qui nous ont un moment donné ou un autre dirigé dans nos métiers respectifs. En observant mes deux derniers (une femme et un homme, tous deux de bons produits de notre société malade : riches, installés, puissants) et à la manière dont ils se sont séparés de subalternes directs pour le soi-disant bien être de l’entreprise en leur mentant sur la raison de leur licenciement, on imagine très nettement comment Eichmann s’est confortablement installé dans cette position. La pression du chiffre, des ambitions, des gains mène ces tyrans à toutes les compromissions, les mensonges et au mépris de leur prochain. Eichmann, avec la pression du haut, a voulu conduire sa mission à bien, consciencieusement, avec zèle et volonté de reconnaissance. Avec surtout croyance en son travail et son statut comme seuls arguments de réussite. Les deux directeurs cités ont procédé de cette même façon. Face à l’éventuel danger économique ou professionnel, l’éviction de gens (souvent de braves gens, même si des incapables sont aussi visés) n’est qu’une tâche supplémentaire à accomplir (de même que de faire monter des juifs dans un fourgon qui les conduira à la mort), avec le bouclage du budget et les réunions hebdomadaires. On convoque le subalterne, on lui raconte n’importe quoi pour qu’il croie au côté inéluctable de son renvoi, on le salue en lui disant qu’il a fait tout de même du bon boulot, on le renvoie, on lui transmet quelques documents, on l’oublie. Déjà qu’il existait à peine, le voici dégagé, rendu au néant. Et le soir, ces immondes personnes s’endorment avec le sentiment du devoir accompli. Cette économie financière retrouvée, ce nouveau confort qui fait qu’on embauche en félicitant et qu’on revoie en remerciant. « Je suis ravi » est l’expression favorite du crétin de grande envergure qui se veut directeur souriant, lorsqu’il sert la main d’une personne qu’il vient d’embaucher. Curieusement, il n’ose répéter son compliment lorsqu’il s’en sépare. Mais il savoure le travail bien fait. Ces petits Eichmann (à qui l’on ne fera jamais de procès) qui fourmillent partout dans nos lieux de labeur, et à qui nous sommes contraints de saluer chaque jour sont poussés par un seul vice: la mal.

Bébé : tyran de 50 cm.

Le papier toilette et la littérature (entre autres, avec ma femme et la médecine également) m’ont souvent tiré de mauvais pas. Dans l’espace de mon travail, cette prison malsaine où l’on perd son temps à le gagner financièrement, j’ai planqué un livre sous mes réserves de papier toilette pour m’adonner autant à la lecture qu’au calme et au soulagement naturel. Publié, un livre a pour vocation d’être lu dans les endroits autorisés (parc, plage, train, quand il s’adit d’endroit public, chambre, cellule, lorsqu’il s’agit de pièce confinée) mais rarement au travail. J’aime l’image de Calaferte qui pour échapper à l’usine, au bruit de la ferraille et aux ordres indigents du patron, s’enfermait dans les toilettes pour lire en silence et partir dans les contrées du monde intellectuel et intelligent. Je fais de même 50 ans plus tard. Prenant l’ouvrage magique et m’asseyant sur le trône royal, j’échappe au vide professionnel pour me vautrer dans le trop plein littéraire. En secret, caché (tout comme mon livre qui après lecture repose sous les cartons de papier toilettes), loin des turpitudes triviales et près de l’essentiel. Papier toilette et littérature, même combat du secret qu’il faut trouver.

La vie (dans sa conception, ces millions de spermatozoïdes à chaque éjaculation, des milliers dans une vie, et ça tombe sur vous) est un mystère vertigineux. Un acte de malchance inouïe. La mort (dans sa concrétisation d’extinction de tout signe vivant) est un mystère abyssal. Une conclusion absurde qui rend bien compte du parcours.

Religion : Palliatif pour anxieux du divin.

Fin d’année : conseil de lectures : Le XIXè siècle à travers les âges (Muray), Le Monde d’hier (Zweig), Hanns et Rudolf (Harding), Face aux ténèbres, Le Choix de Sophie (Styron), Laëtitia ou la fin des hommes (Jablonka), Quand vient la fin (Guérin). 

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