2018

12 mars.

N’oublions jamais que la RATP reste en pôle position de nos entreprises médiocres et au discours sataniste. Celle qui devrait se contenter de déplacer les foules autrement que dans des fourgons à bestiaux (mais ce n’est apparemment pas sa priorité) ne cesse de promouvoir l’idéologie insupportable du pouvoir en place. Ici la dernière campagne contre le harcèlement masculin envers le sexe féminin :

Harcelement triptyque

Comme toujours en sphère RATP, la subtilité n’est jamais de mise. Et le réel jamais respecté. Peut-être se fit-elle à la population qui emprunte ses conduits. Ici l’homme est animalisé (comme souvent chez cet entreprise d’ailleurs) en prédateur et la femme est sagement en train de rentrer chez elle en se tenant à la barre du métro. Le choix est évidemment symbolique : une noire, une blanche, une vieille. J’attends tout de même que les associations de défense animale interviennent rapidement. En effet, le loup, l’ours, le requin blanc (outre de participer très efficacement au règne du renouvellement animal) sont en voie d’extinction et ne devraient pas représenter un obsédé sexuel ou un frotteur, qui sont en voie de prolifération! Espérons que le harceleur le sera tout autant. Là où ces affiches sont involontairement crédibles, c’est l’atmosphère qu’elles décrivent. Effectivement oppressante, lugubre et sans sécurité. Moi qui prends les transports en commun depuis 1995 (RER A, B, C, E, Métro 1,2,4, 5, 11, 12 en priorité), de manière quasi quotidienne et qui n’ai assisté à aucune scène de drague lourde mais à combien d’incivilités, d’impolitesses, de cohues, de sentiment d’insécurité (lorsqu’un mendiant agressif s’en prend aux usagers), de pannes totales, de retards conséquents, de suppressions de trains, j’attends qu’on me présente de telles campagnes de pub qui iraient à l’encontre de l’entreprise elle-même !

 

17 mars.

Rue de la culture.

Il ne faut jamais oublier que ce sont les politiques culturelles ou sociales qui dictent et imposent leur pensée dominante qui, sous couvert de tolérance et de progrès, plaquent leur propagande pour mieux gouverner les masses, pour mieux les rendre dociles, pour mieux les abrutir. En promenant ma fille dans un parc municipal, je tombe sur cette fresque de rue que je n’avais jusqu’ici point remarquée. La culture de rue, chère aux associations et aux municipalités décomplexées, s’exprime ainsi. On demande à des « jeunes » souvent issus des minorités banlieusardes de cité (immigration, illettrisme, précarité, exclusion, délinquance) d’exprimer leur talent en dégueulassant les murs de la ville afin de satisfaire et leurs désirs d’expression et la manipulation orchestrée par leurs élites. On appelle cela « culture-pop ou art de la rue» selon les cyniques démagogues qui commentent ces subterfuges en omettant de signaler les toiles de Picasso ou Rembrandt qui trônent dans leur séjour. Voici deux photos d’une partie de la fresque:

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On n’échappe jamais au texte pseudo poétique et engagé et on remarque cette « rue de la culture » agrémentée de bites et de mots orduriers rajoutés plus tard par d’autres « artistes de rue ». Cette fresque artistique (dont le sens est assez obscur, on y voit placés dans le sable d’un désert, une note de musique, trois crayons, le cigle d’Internet, une cocotte minute, deux lettres, révélateurs peut-être d’un début de connaissance non prometteur dans ces différents domaines !), encouragée par nos politiques municipales, trône dans un parc pour enfants (où se trouve la bibliothèque) avec des bites et des insultes rajoutés à la bombe sans que pour cela la fresque soit endommagée, que la laideur de cette peinture soit trahie ou que ces dessins soient effacés par l’équipe technique municipale ! « Nous sommes des pantins, la culture forme un fil dont le déroulement nous appartient. » Effectivement, elle vous appartient et on vous la laisse !

18 mars.

Très souvent censuré par le rédacteur en chef du site sur lequel je publie quelques comptes-rendus de livres, je place ici celui du roman de notre époque. Parfaite illustration de ce que j’ai vécu il y a six mois.

DRH, La machine à broyer par Didier Bille.

Epuration économique.

    Ancien militaire, puis directeur des ressources humaines à la fin des années 90, Didier Bille révèle les arcanes du monde de l'entreprise dans cet essai à la fois écœurant, comique et pédagogique. Salarié dans des industries automobiles, pharmaceutiques, électroniques, soit une dizaine de multinationales, sa position de directeur des ressources humaines l'a placé directement au cœur de la machine à broyer pour faire du tri sélectif dans les entreprises. On parle ici d'êtres humains et non de matières recyclables.

Cynique, lucide, ironique et intelligent, l'auteur de "La machine à broyer" écrit là un vrai manuel d'épuration économique en monde post-historique. Aux oubliettes, les Montaigne, La Bruyère, Chamfort et autres moralistes, le libéralisme n'a que faire de morale, elle la méprise tout autant que les philosophes qui s'y adonnent. L'idée centrale est de satisfaire les actionnaires, s'enrichir (surtout les manager) en pratiquant ce que Bille appelle lui-même une purge (ce que le monde politique appelait jadis "plans sociaux" et à présent "plans de sauvegarde de l'emploi")! Bille rappelle que dans 1984 d'Orwell, le ministère de la paix s'occupait de la guerre, le ministère de la vérité de la propagande, le ministère de l'Amour de la répression, etc.. Orwell n'est pas pour rien l'écrivain célébré par Leys, Michéa ou Lasch, des penseurs contemporains essentiels. Au XXè siècle, la litote était de mise pour masquer la violence des échanges. Au XXIè siècle, c'est désormais l'antiphrase qui prend le relais; ce qui la rend encore plus vulgaire. Les Ressources Humaines sont là pour bousiller ce qu'il restait d'humain dans les entreprises. Et ses ressources sont grandes, toujours représentées par des psychopathes sans arme, des pervers sans crime, et des cinglés en liberté non surveillée. Mais les dommages collatéraux sont tout aussi radicaux.

Simple exécutant totalement dépendant du chef d'entreprise, le DRH gère néanmoins les recrutements comme les licenciements en établissant des plans bien définis. Et c'est de cela dont il est question. Bille, qui a participé à des centaines de licenciements, mais toujours avec la conviction de faire son travail selon des méthodes et des domaines de compétences bien précis, décrit le monde d'aujourd'hui, celui de tous les jours, celui des cargaisons de wagons qui, nous broyant déjà, nous conduisent au turbin. Un monde que le film La Question humaine, tiré du récit de François Emmanuel, tente d'analyser en le comparant aux méthodes nazies. Eliminer le plus faible, le moins productif, le licencier en le jetant et sans faire de vague. Bille n'en parle pas mais c'est tout comme. Le mépris, l'humiliation, la menace, le mensonge, l'injustice puis le rejet pur et simple déterminent chaque plan d'action. Le salarié ne définit plus le statut inhérent à l'entreprise, il est devenu gênant et doit pointer à Pôle emploi.

Dans ce monde où les abréviations en anglais désignent des conceptions socio-économiques ridicules et dont se targuent en grande pompe nos chefs directs (RH étant un bien cynique exemple), la vilenie est de rigueur. Tout est permis pour licencier, épurer et endommager des vies mais toujours selon des cigles festifs! Bille ne fait pas que raconter des anecdotes très imagées (son style tout en violence et ironie rend le propos encore plus saisissant), il décrit un système dont le cynisme et l'abrutissement généralisés sont les bases solides et ancrées depuis trois décennies dans les codes de l'entreprise: Managers incompétents mais haut placés, malversation du droit du travail, mensonges aux salariés, crainte des syndicats et des prud'hommes, mais aussi méthodes malsaines, conférences et séminaires absurdes, recrutement de consultants inutiles à des coûts délirants, le but du jeu étant toujours le même: enrichir les plus puissants au détriment des salariés qui représentent en fait des coûts inappropriés pour une production déjà organisée.

DRH se lit comme le roman malveillant de notre époque. La plupart des lecteurs connaît déjà cette précarité institutionnalisée, cette hypocrisie organisée, cette violence sourde et tenace financée par Pôle emploi qui récupère sans le moindre contrôle, sans la moindre vérification, sans la moindre inquiétude non plus, les licenciements ou les ruptures conventionnelles des nouveaux chômeurs. La carotte et le bâton, nous dit Bille, les seules pressions qui font qu'un employé se tient à carreau, accepte un départ, se désolidarise de son collègue, s'assoit sur ses valeurs, supporte du harcèlement, ou encore gravit des échelons.

Si le monde du travail s'est bâti durant deux siècles de luttes et d'avancée sociales compliquées, ces trente dernières années (la crise économique ayant bon dos) se sont attachées à tout ruiner. D'ailleurs, le DRH l'affirme, tous les traités importants qui visent à démonter le socle du salarié d'une entreprise à la seule fin de gaver les actionnaires et les dirigeants ont été écrits au début des années 80. La modernité et la technologie n'ont fait que renforcer les manières brutales et autoritaires de l'ultralibéralisme.

Ces nazillons de la finance et des multinationales sont décrits avec un ridicule et une inélégance tout à fait crédibles. Affublés de patronymes comiques tels Cruella, Caliméro, Toto, Crésus, Priscilla, Capitaine Courage, etc. les personnages décrits (et qui, pour certains, continuent d'exercer leur folle tyrannie) sont les pantins tragiques et dangereux d'un monde en perdition totale où la seule folie du gain impose la violence sociale et le cynisme en tout point.

P243, Bille résume assez distinctement l'affaire: "Dans la majorité des cas, celui, ceux ou celle(s) qui portent des accusations contre un manager ou des pratiques de l'entreprise signent leur arrêt de mort. C'est ainsi. Les entreprises, bien que prétendant le contraire, ne supporte pas la critique, la remise en cause, le courage (le vrai) et la solidarité entre les salariés." Combien se reconnaîtront-ils ici?

Même notre auteur que l'on croyait repenti, ne regrette rien, tout en sachant bien qu'il s'est assis sur des valeurs essentielles durant 20 ans pour mériter l'indigence d'un gros salaire.

Un livre essentiel, écrit par l'un des acteurs de la folie banale de notre monde où décadence et guerre de tous contre tous ne font, non pas tout à fait des morts (quoique les suicides gonflent les statistiques), mais une société de dépressifs oisifs. Ainsi que l'écrivait Richard L. Rubenstein: « Un centre d’extermination ne peut que fabriquer des cadavres, une société de domination absolue engendre un univers de morts-vivants.». C'est évidemment le cas depuis quelques années...

21 mars.

« Je décide de renoncer à l’agrégation. Je me trouvais au cours de Pierre Brunel sur Supervielle (poète auquel je ne parviens pas à m’intéresser). Il a été question de des Forêts : j’ai regardé autour de moi : nul ne semblait connaître ce nom, dans ce grand et studieux amphithéâtre ou Pierre Brunel pontifiait. Je me suis demandé ce que je faisais là, moi qui connais des Forêts et me veux écrivain ; tout me semblait soudain extraordinairement fade et je suis parti… »

Richard Millet, Journal (1971-1994), 20 mars 1981.

A peu de choses près, il m’est arrivé le même sentiment dans la bibliothèque de la Sorbonne ; sauf que je savais déjà que je n’avais rien à faire dans cette université à préparer le Capes. Mais comme souvent dans ma vie, j’ai fait les choses par défaut parce que le non-choix était préférable à aucun choix du tout. Nous étions début 2002, j’avais réussi à approcher Hélène (nom de la femme de Millet à cette époque) que je convoitais comme le diable depuis septembre. A l’époque et depuis le début de mes études de lettres, je lisais beaucoup les surréalistes, Breton, Soupault, Péret, Rigaut, Aragon, Ribbemont-Dessaignes… Las de m’épancher sur les diphtongaisons, les théories littéraires ou encore les méthodes de dissertation, je sortais mon livre de chevet et tentais de contrer mon ennui (et mon échec de séduction vis-à-vis d’Hélène qui bossait comme une truie avec ses boules-quies bien en place). Imperturbable mais de temps en temps sujette à lever le regard, elle aperçut La Mort difficile de René Crevel. Elle me demanda qui était cet écrivain et je lui fis un bref portrait. Si je n’abandonnais pas le Capes pour autant, je me lassais de fréquenter ces futurs professeurs de français qui ne s’intéressaient en fait pas à la littérature mais plutôt à leur futur statut que la connaissance basique de la théorie littéraire leur apporterait. Résultats des courses, à force de lire Crevel, de sécher les cours du même Brunel et de fantasmer sur le corps infranchissable d’Hélène, je fus éjecté au premier tour avec deux notes mémorables au concours : 0.5/20 en allemand et 1/20 en ancien français. Je manquais néanmoins de peu l’admissibilité, c’est dire le niveau que l’on attendait des étudiants et futurs professeurs de français.

26 mars.

Fini le Journal 1971-1994 de Richard Millet. A le lire, seules les obsessions littéraires et féminines composent sa vie. Tout comme la mienne, sauf que je n’écris guère et ne vois aucune femme (sauf la mienne). Pire, l’édition ne m’a jamais publié et les femmes ne répondent pas plus à mes appels. Le type, malgré son physique disgracieux et sa posture d’écrivain maudit a eu bon nombre de conquêtes – même les nymphettes de ses classes de 3è et 4è le charmaient – et se plaint en permanence d’être seul et en proie au désespoir. Quatre choses diffèrent de sa condition d’écrivain maudit. Je ne suis pas publié, j’ai fréquenté les lycées bourgeois (Millet les collèges de banlieue), je ne connais aucun écrivain (à part Laurent Binet) et l’époque a changé. Les femmes dont il parle restent très sensibles à la singularité du type. Aujourd’hui, la littérature est un obstacle, et les femmes sont attirées par Instagram, le fric, et le pouvoir. Autant dire que je peux me la mettre sur l’oreille jusqu’à mes 80 printemps.

Et comme souvent, lui a pu compter sur Quignard et Des Forêts qui ont pris le temps de le recevoir et de le lire ; contrairement à lui que j’ai sollicité par deux fois et qui n’a daigné répondre.

Pendant ce temps un djihadiste de 25 ans tuait 4 personnes à Carcassonne en faisant notamment une prise d’otages dans un Super U. Un gendarme de 44 ans, Arnaud Beltrame, en voulant s’interposer et en se livrant comme otage à la place d’une caissière a été exécuté après trois heures de discussion avec le terroriste qui a fini par lui tirer dessus avant de l’égorger. Les médias et les politiques coupables ne font que dresser le portrait héroïque du gendarme qui s’est sacrifié avec comme seul critère d’information l’obsession de l’émotion. Il aura l’ hommage national aux Invalides et nos intégristes continueront tranquillement leur formation à résidence ! Se sacrifier pour un état défaillant qui a laissé s’implanter ce type d’individu, voici une mort doublement injuste. On apprend bien évidemment que le criminel (ainsi que sa compagne) était fiché S et qu’il fréquentait régulièrement des forums salafistes. Et c’est reparti comme à chaque tuerie sur la question des fiches S. Les laisser tranquillement perpétrer leur massacre ou les neutraliser en amont ? Zemmour propose une analyse intéressante : Beltrame était un gendarme, hétérosexuel, catholique, futur marié, au salaire moyen, dont la valeur de la patrie importait davantage que sa vie. Bref, l’homme archaïque tant décrié par nos élites a fini comme le père Hamel (lui-même faisant partie d’un autre temps). Et le voilà décoré et honoré aux Invalides par nos postmodernes socio-libéraux-macronistes qui sont responsables de l’intégrisme islamiste en France (cf, Gilles Kepel qui explique comment au milieu des années 80, l’islamisme politique s’est installé confortablement dans les quartiers, subventionné par l’état, puis durant les décennies suivantes…)!

Enfin Sarkosy mis en examen. Il est accusé d’avoir perçu de l’argent libyen pour financer sa campagne de 2007. J’écoute les deux camps : Sarko en grande pompe sur TF1 crie au scandale et à la défense de son honneur (très bon comédien, on aurait tendance à la croire) quand le journaliste de Mediapart (conduit par le ploutocrate post-historique Plénel) riposte en alignant les preuves qui paraissent convaincantes ? Qui croire entre un politicien véreux et un journaliste idéologue ? Très bon résumé de l’époque : La corruption à l’ancienne ou la démagogie postmoderne ?

Il fallait écouter le discours de Macron, le 28 mars aux Invalides devant le cercueil du pauvre gendarme, qui vantait les valeurs d’humanisme, de sacrifice, de courage et d’altruisme. Les politiques, avec tous les puissants  de ce monde vérolé ont bien appris leur cours de cynisme à usage des crétins qui votent pour eux. Sa clique et lui-même représentent tout l’inverse de ses valeurs morales. Individualisme, injustice, nombrilisme, égoïsme, etc. est l’apanage du système libéral-libertaire qu’il représente à merveille. Pour un catholique pratiquant comme Beltrame, Dieu n’a pas été clément du tout. Il l’a laissé se faire égorger par un fanatique avant de recevoir aux Invalides les sacres blasphématoires d’une crapule présidentielle responsable de cette situation catastrophique. Paix à son âme. Quant à cet avorton de Macron, lorsqu’on prétend accéder au pouvoir suprême et après que son pays a essuyé les pires attentats de ce siècle, on n’a pas le droit d’arriver au pouvoir sans solution, de manière identique à ses prédécesseurs.

3 avril.

L’amitié selon André Breton.

Breton

Breton et Péret dans les années 1950.

« Le grand point névralgique reste que je suis sans nouvelles de toi. J'ai beau me bercer depuis des mois de l'idée que tu vas surgir tout à coup, superbe, dans quelque café comme un beau soir de jadis à Cyrano, après une disparition presque aussi longue, cet instant tarde désespérément. Mon très cher Ami, Benjamin, tu ne peux savoir comment je t'attends. Tant que tu n'es pas là, rien ne s'éclaircit pleinement pour moi. Ce que je mets des jours à démêler, je sens que nous le débrouillerions ensemble en un tournemain. Il m'arrive de plus en plus de penser à toi avec gravité et cette pensée met en cause le sort, le destin dont parlent les livres. On regarde derrière soit, que d'écroulements. Et l'amitié partie d'un si bon pied quand nous avions vingt ans, que sera-t-elle devenue? Mais, lancé sur ce chemin-là, il y a [de] merveilleux que je te découvre, toi  et toi seul. Que c'est toi qui m'as ému de jour en jour davantage, de près comme de loin. Que, lorsque je lis, par exemple, «Un point c'est tout» dans Les Quatre vents, c'est à chaque ligne ce pour quoi je suis fais, ce qui m'exalte, ce qui me comble et ce qui me recrée du devenir. Voilà ce que je tenais tout d'abord à te dire, pour atténuer d'un rien la pénible, la décevante impression qu'a pu te laisser ma plongée dans le vide écrit de ces derniers mois.

Que faut-il faire pour t'aider à revenir le plus tôt possible? Madame Larrea, heureusement, m'a parlé longuement de toi et de Remedios, et de Leonora. Le Mexique était beaucoup moins loin et ton retour sortait un peu de l'utopie. Mais tout s'est à nouveau refermé depuis lors. Il faut absolument que tu dises ce qui te retient: est-ce seulement un besoin d'argent, est-ce un souci, une crainte d'un autre ordre (en rapport par exemple avec certains événements de 1940)? Maintes fois, avec Brauner et d'autres amis, à ce sujet nous nous sommes perdus en conjectures. Mon sentiment très net est, encore une fois, que tu dois être à Paris cette année et même dans les plus prochains mois. Il y a va de tout ce qui nous a tenus à cœur jamais et à quoi une impulsion décisive peut sans doute être donnée en ce moment. Il ne m'appartient pas de la donner seul: j'ai absolument besoin de toi. Tu ne peux savoir à quel point ta position est forte à Paris dans la jeunesse. Les lettres de jeunes gens et d'inconnus s'accumulent sur ma table par centaines, voilà qui fixe encore mieux la situation actuelle que tout le reste. Il faudrait disposer de cette énergie, mais comment? Aide-moi. Chaque fois qu'il s'agit encore d'intransigeance, de pureté, de refus suprême de composer, je n'exagère pas en disant que c'est ton nom qui est mis en avant. »

                                                                                                                        André Breton, Lettre à Benjamin Péret, 14 août 1946.

5 juin.

Guillon, le parasite post-historique.

Le site littéraire pour lequel j’écris quelques critiques de livres me propose de lire Le Journal d’un infréquentable de Stéphane Guillon, un humoriste à la mode depuis une quinzaine d’années. Cela faisait longtemps que je souhaitais écrire sur ce personnage symptomatique de notre époque. Craignant évidemment une censure en bonne et due forme du rédacteur en chef du site (à peu de choses près, le sosie de notre humoriste infréquentable qui un mois après lui avoir envoyé le papier ne l’a toujours pas mis en ligne), je publie ici la critique en l’état.

Journal d'un infréquentable par Stéphane Guillon

L'Authentique chevalier... du fiel.

      Il n'est pas inintéressant, de temps en temps, de lire nos humoristes contemporains. Les médias en raffolent. Les "One man show" ont une popularité assez déconcertante, reflétant bien évidemment la vacuité culturelle de notre temps. Curieuses destinées que celles de nos comiques hyper-médiatisés: Si Fernand Raynaud parait ringard de nos jours, Coluche est quand à lui déifié, Desproges mystifié, et Le Luron oublié (et tous trois sont morts jeunes et emportés par le mal de leur époque). Depuis deux décennies, ce sont Gerra, Canteloup et Guillon qui se partagent le gâteau. Trois splendides exemples d'humoristes qui se fichent soi-disant du système tout en s'y gavant (financièrement et déontologiquement) en travaillant dans les grands médias traditionnels (radio, édition et télé). Même si une blague peut les écarter un temps, ils reparaîtront très vite sur une chaîne concurrente. Stéphane Guillon (né en 1963) est le trublion de Canal + apparu en 2003 avec comme petit talent, celui d'écrire des papiers sur des vedettes, ou des chroniques sur l'actualité. Viré de France Inter pour incartade, il est très vite récupéré par Canal (et son esprit charlo-libéral) quand il ne se produit pas sur scène. Bref, il se dit infréquentable, mais fréquente le tout Paris culturo-mondain, vit avec Muriel Cousin rencontrée sur un plateau télé et écrit tranquillement ses billets d'humeur avec son assistant qui lui propose les bons dossiers. De gauche festive et bien pensante, il s'indigne contre le FN (son obsession qu'il compare en permanence au Nazisme), traite de fasciste Zemmour (conséquence de sa grande culture littéraire), et déteste Donald Trump (conséquence de sa grande culture géopolitique). A part ça, le "sniper" vanne à tout va à coup de pics plus ou moins convaincants. Même Baffi parait vieillot à côté du saltimbanque Guillon!

Dans son journal 2015-2017, où décidément, il ne se foule pas (il reproduit mot pour mot certaines des rubriques proférées dans l'émission "Salut les terriens"), il raconte ce qu'est la vie d'un chroniqueur mondain; c'est-à-dire un employé de Canal + payé 10000 euros les douze minutes d'émission (mais le comique fait rire involontairement en se justifiant, tel l'écrivain souffrant devant l'angoisse de la page blanche, du travail colossal que cela demande d'éplucher l'actualité et d'en faire une chronique hebdomadaire!), qui se fait engueuler par Ardisson (qu'il ne nomme par un récurant "mon patron") quand il commet un dérapage, ou encore qui assiste à la vacuité abyssale du monde médiatique dont il fait abyssalement partie. Dure dure, la vie d'artiste!

Coluche et Desproges, qui sont toujours les références de nos comiques politiquement très corrects, restent malheureusement des cautions anachroniques pour une raison bien précise: ils étaient lettrés et n'ont pas connu les chaînes d'information continue (sans parler des réseaux sociaux). Leur formation, souvent autodidacte, se nourrissait de la rue et des livres. Ce n'est qu'après qu'ils décidaient ou pas de se jouer du système. Guillon et les autres sont de purs produits commerciaux qui ont arrêté de lire Balzac en Première (et encore, parce qu'il y avait bac français; quoique notre humoriste quittait l'école en seconde...) et fréquentent la Closerie des Lilas où François Hollande passe les saluer. De petits bourgeois inscrits au cours Florent qui pensaient davantage à leur carrière qu'à Molière. Leur réflexion découle de ce qu'ils avalent comme des entonnoirs dans la presse, les réseaux et la télé poubelles. Se voulant subversifs et sulfureux, ils ne demeurent que collaborateurs du système qui les engraisse et, selon le sens du vent, démagogiques. Prenez Chroniques de la haine ordinaire de Pierre Desproges (en dépit de ses rares défauts) et Journal d'un infréquentable de Stéphane Guillon (en dépit de son peu de qualité), et vous verrez qu'en 30 ans, le niveau intellectuel et humoristique a dramatiquement dégringolé. Non par manque d'intelligence et de vivacité d'esprit, mais par la mort programmée du sens critique qui émane d'un vrai savoir. Le comique subversif actuel est (comme le chantait si justement Bernard Lavilliers en 1976) "de gauche bien rangé, tricolore et tranquille." On pourra ajouter à la chanson "Les Barbares": antiraciste, ultralibéral et multiculturel. (Le préfixe est de guise chez le postmoderne!). Guillon est l'incarnation de ce modèle collaborationniste (alors que Coluche représentait jadis le clown anarchiste).

Du coup, cette promenade durant ces deux années tragiques où la gravité terroristique et anthropologique sont sans précédent, sont commentés (même avec un peu d'humour et de sens critique) avec un tel manque de discernement et de profondeur (car Guillon est un humoriste essentiellement politique) que le lecteur un peu branché sur ces thématiques ferme le livre consterné par tant d'inepties académiques, de raccourcis faciles, de nombrilisme impudique et de parisianisme futile. Le trublion connecté se regarde le nombril dans sa tour d'argent et cherche à choquer ou faire rire son double: le bourgeois-bohème. Et lorsque ça lui retombe sur la tête (souvent par les mêmes têtes de gondole), il crie à l'injustice et s'en va lutter avec les "insoumis"!

Pipi, caca dans la cour de la Closerie des Lilas à l'âge de la préretraite entraînent davantage de dépit que de révolte... Le réel ne fait plus partie de la vie de ces mondains que la télévision a engloutis. (Tel Ardisson décrit comme un gros beauf tout puissant ignorant les bonnes manières et le respect pour ses collaborateurs; seule description paraissant crédible du livre.). Le plus grave, et en même temps symptomatique de son idéologie, c'est d'avoir laissé ses commentaires sur l'affaire Théo (en gros les flics sont racistes et violent leurs victimes à coup de matraque télescopique) alors même qu'il est avéré au moment de la publication du livre que tout ceci ne fut qu'une odieuse manipulation politique et qu'en aucun cas le jeune Théo n'a subi les sévices décrits par Guillon. Le soi-disant chroniqueur justicier de l'actualité ne fait que relayer la doxa médiatique en y ajoutant sa doctrine mensongère! C'est tout de même inquiétant lorsqu'on veut défendre les justes causes...

Bref, plus les pages défilent (le livre se lit en moins d'une heure et demi), et plus le lecteur s'ennuie devant la lourdeur de l'humour (notamment sur sa femme qu'il transforme en groupie  hystérique de Macron) et le peu de consistance humoristique (qui n'a rien à envier aux Chevaliers du fiel) de ses réflexions politiques. Guillon se sent mal chez Ardisson mais à 10000 euros la chronique, il préfère cracher dans la soupe et attendre les indemnités de licenciement (qui arriveront)! Ce journal d'un infréquentable n'est que la démonstration supplémentaire du peu de talent de nos humoristes qui pullulent sur nos écrans télé. Et mêmes ses anecdotes sur Pierre Richard, Jean-Laurent Cochet ou Belmondo qui devraient rehausser quelque peu le propos finissent par tomber à plat!

Publiée au final le 11 juin, le rédacteur en chef issu de Science-Po a commencé sa censure par le titre : Le Chevalier du fiel, annihilant la provocation, la violence et l’humour de mon titre.

2 juillet.

Marlène Schiappa, idiote utile du gouvernement Macron, et en même temps chienne de garde et de guerre typique de notre époque (féministe, antiraciste, sociétale, libérale) est invité chez le procureur du service public Ruquier (multimillionnaire de gauche homosexuel, féministe, antiraciste, sociétal, libéral) qui la semaine dernière devant Dupont-Aignan laissait apparaître toute sa médiocrité journalistique (Ce beauf ringard déclara en ricanant, tel un Jean Moulin scandalisé, alors que le politique parlait de colonisation migratoire, « Au bout de 25 minutes, enfin votre vrai visage apparaît. » Sous entendu, Hitler ou Le Pen apparaît enfin sous votre apparente décontraction. S’ensuivit un tribunal en règle constitué du « retourné » Moix et de la mort-vivante Angot qui le crucifièrent en règle. La secrétaire du ministère publie des lettres destinées à ses filles (pauvres enfants). Je relève durant 1h10 d’entretien bon enfant, où jamais (à part Moix qui de temps en temps doit se rappeler qu’il fut intelligent avant de saluer le génie de Macron de caster autant de ministres iconoclastes !) elle n’est remise en cause (Heureusement Jean-Claude Van Damme a sorti deux ou trois vérités de bon sens qui paraissaient tellement anachroniques à Ruquier qui a péroré « Y a encore du boulot. », avant de se faire évidemment balayé par la pensée unique des quatre larrons.) pour les bêtises dangereuses pour notre société qu’elle souhaite mettre en place. Relevons quelques belles énormités qui aujourd’hui prennent valeur de précepte voltairien :

« On doit travailler (au sens d’avoir un travail rémunéré) pour être une femme accomplie. »

« Je me sens d’abord humain. Très souvent, ce sont les observateurs externes qui me rappellent que je suis une femme. » Elle précise que les observateurs sont généralement des hommes qui la suivent ou l’invectivent !

« Le sexisme, c’est traiter les femmes différemment que les hommes. »

Aux vérités universelles de Van Damme qui rappelle qu’une femme peut choisir également de rester à la maison pour s’occuper de ses enfants, elle répond : « On est le jour de la Pride – prononcer « Ppprouiiide » dans sa bouche de bécasse – aujourd’hui, on est le jour des libertés pour défendre nos droits. »

Le pire chez cette politique posthistorique, c’est de récupérer un drame social (les femmes battues, violées, harcelées voire massacrées) au profit d’une lutte de genre, de guerre des sexes et de pouvoir. Lorsqu’on lui parle de la légitimité masculine sur des exemples précis, elle ne répond que par faits divers où la femme est battue ou insultée. C’est du même ordre que de défendre les noirs contre les blancs sous prétexte qu’un cas de racisme a été relevé ci et là. Même raccourci pour générer un conflit idéologique. Cette mère de famille est en train de construire un plan de frappe pour manipuler les mentalités fragiles sur ces questions idiotes d’égalité entre les gens. L’affaire Weinstein vient magnifiquement la seconder, puisqu’aujourd’hui, même les stars intouchables et mondaines se prennent pour les victimes des producteurs satyres. Donc pour résumer, les femmes qui aujourd’hui gouvernent symboliquement et indirectement (voir radicalement) le monde continuent leur combat victimaire pour le gouverner concrètement et directement.

Le lendemain, Macron faisait entrer au Panthéon Simone Veil (et pour ne pas séparer les corps, son mari qui fut haut fonctionnaire puis entrepreneur). Typique du moment (après les résistants de Hollande). La féministe déportée à Auschwitz. Cette dernière, rescapée des camps, n’a rien fait de politique que de démocratiser l’avortement. Au risque de le banaliser. Et elle entre au Panthéon. Soit. Sur les camps, une recommandation : Les naufragés et les rescapés (Quarante ans après Auschwitz). Primo Levi  avec le recul écrit un texte splendide de vérité et d’intelligence sur le sujet. Loin de la propagande actuelle. Toujours revenir à la littérature, loin des protocoles idéologiques et de la communication outrancière.

 

10 septembre.

Ramos 1/Williams 0

Je ne me suis jamais intéressé au tennis féminin. Confirmant la polémique qu’avait lancée Edberg il y a plus de 20 ans sur l’inégalité morpho-physiologique entre hommes et femmes au tennis, Mickaël Llodra écrivait dans son autobiographie publiée en 2014 que le 150 è mondial ATP écrasait la première mondiale WTA, à part, peut-être, précisait-il Serena Williams (72 titres dont 23 grands chelems). Effectivement, la carrure et la puissance de l’athlète s’apparentaient davantage du côté masculin. Il refusait de jouer en double mixte car il était tactiquement prévu que la femme était la cible de toutes les frappes adverses. Et que dans ce cas la fameuse égalité de salaire était scandaleuse puisque les femmes, en grand chelem, ne jouaient pas au meilleur des 5 sets. Le féminisme, dans toute sa splendeur macabre éclatait lors de la finale de l’US Open qui opposait l’américaine à Osakla, la première japonaise ayant, du coup, remporté un grand chelem. Accusée par l’arbitre Carlos Ramos d’avoir été coachée durant le jeu, il lui mit un avertissement. Elle lui rétorqua : « C'est incroyable, je n'ai pas reçu de "coaching". Je ne triche pas, je n'ai jamais triché de ma vie, j'ai une fille et je me bats pour ce qui est juste (Qu’aurait-elle inventé si elle avait eu un garçon ?), vous me devez des excuses. Vous pensez que je me faisais coacher mais je vous le dis, je ne triche pas, je préfère encore perdre. Juste pour que vous le sachiez. »

Après avoir concédé son service, la joueuse fracasse sa raquette au sol. Ramos lui met un deuxième avertissement, ce qui lui coûte un point de pénalité. Elle se dirige vers lui et lui dit : « Vous attaquez ma personne. Vous avez tort. Vous n'arbitrerez plus jamais un de mes matchs. Vous me devez des excuses. C'est vous le menteur. Vous êtes un voleur. Vous m'avez volé un point. » Ramos, conformément aux règles de la fédération internationale lui inflige un jeu de pénalité. Et c’est là que le sport laisse place aux indignités de l’ère post-historique où tout se mélange au nom des causes internationales qui fleurissent sur les réseaux sociaux, puis dans les sphères médiatiques de tous bords. Celles qui ont trop regardé les comptes Instagram des féministes en chaleur qui, pour défendre leur cause, montrent leur cul, traitent les hommes de violeurs, et réclament une révolution féministe, bourgeoise, hédoniste et castratrice. Florilège de la conférence de presse de Williams : « Vous savez combien d'autres d'hommes font des choses? Font des choses bien pires que cela. Ce n'est pas juste. Il y a beaucoup d'hommes ici qui disent beaucoup de choses, et parce qu'ils sont des hommes, il ne leur arrive rien. Je ne peux pas m'asseoir ici et dire que je ne dirai pas que c'est un voleur parce que je pense qu'il m'a pris un jeu. Mais j'ai vu des hommes dire à d'autres arbitres  plusieurs choses et... Je me bats ici pour les droits des femmes et pour l'égalité et pour tout un tas de choses. Et pour moi dire voleur et qu'il me prenne un jeu, ça m'a donné l'impression que c'était une remarque sexiste. Je veux dire: il n'a jamais pris le jeu d'un homme parce qu'il a dit "voleur". Ça m'a soufflé. Mais je vais continuer de me battre pour les femmes et de me battre pour que nous obtenions l'égalité. Comme Alizé Cornet devrait pouvoir enlever son t-shirt sans avoir une amende. C'est scandaleux. J'ai juste l'impression que le fait que je doive subir ça est juste un exemple pour la prochaine personne qui a des émotions et qui veut s'exprimer et qui veut être une femme forte. Elles seront autorisées à le faire à cause d'aujourd'hui. »

Outre la lourdeur de son expression et l’approximation de sa syntaxe, on voit comment l’une des femmes les plus riches et influentes du monde raconte n’importe quoi depuis que « la parole de la femme s’est libérée grâce à l’affaire Veinstein. » Il y a 20 ans, elle aurait hurlé au racisme ! Aujourd’hui, elle baragouine au sexisme ! Nous avons les combats que nous méritons. Ramos, dont elle sous-entend qu’il est misogyne et qu’il supporte les insultes des hommes, arbitre une finale de femmes où la japonaise est totalement exempte de pénalités suite à son comportement exemplaire mais cela ne la choque guère. Etre coachée (même si c’est la faute de l’entraîneur), casser sa raquette et insulter un arbitre relèvent de la sanction disciplinaire mais Williams ramène cela à sa condition de femme bafouée victime de sexisme de la part d’un homme qui arbitre un match! Je suis une femme donc il s’acharne, et les hommes font bien pire sans qu’on les sanctionne ! Ce raisonnement digne d’un mauvais élève de primaire (il m’embête parce que je suis une fille parait déjà plus convaincant !) est clamé devant une assemblée de journalistes et relayé sur toutes les écrans du monde. Celle qui a gagné 88 233 300 dollars (sans compter les sponsors, les publicités et les matchs d’exhibition) va continuer à se battre pour les femmes mais écoper d’une amende de 17000 euros qu’elle soustraira aux 1750000 dollars obtenus lors de sa finale perdue. Ce que 99% des hommes et des femmes ne gagneront jamais dans leur vie ont pour représentante féministe une millionnaire qui ignore le règlement d’un match de tennis alors même que ce sport l’a rendue puissante financièrement et médiatiquement. Ce qui est à la fois comique et dérisoire, c’est de voir à quel point les femmes se ridiculisent dans leur combat erroné contre le sexisme. Elles révèlent leur vraie nature de chiennes de garde hystériques qui voudraient gouverner aussi mal que les hommes pour obtenir enfin le pouvoir qui les fait tant fantasmer (et qu’elle trouvait jadis dans les bras d’un puissant !). Ce puissant castré par la bourgeoise est devenu impuissant car aucune révolte masculine ne se fait entendre sur cette imposture actuelle.

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Williams montrant du doigt Ramos ce 9 septembre 2018 : « J’ai une fille moi, monsieur, et je me battrais pour le droit et l’égalité des femmes qui gagnent 88 millions de dollars à 36 ans et contre les méchants sexistes qui sont des menteurs en me retirant un jeu pour insulte à l’arbitre! »

27 septembre.

Il y a quelques mois, j’envoyais chez Antigone 14 deux manuscrits : Continuer le silence et Fragmentations. J’avais découvert cette petite maison d’édition en lisant une pièce méconnue de William Styron, Quartiers des vénériens qu’elle venait de rééditer. Voici la réponse d’un responsable. Cela faisait 15 ans qu’une maison d’édition ne m’avait pas fait de commentaires sur mon œuvre.

Cher Monsieur,

Merci pour ces manuscrits dont nous avons pris connaissance avec intérêt.

S’agissant de « Continuer le silence », il nous a semblé toutefois sur le fond que cette narration nous restait comme étrangère, peut-être du fait d’une approche à la fois très descriptive et finalement assez peu questionnante, fermée pourrait-on dire (comme on le dit d’une question fermée par opposition à une autre ouverte), avec pour conséquence de laisser peu d’espace au lecteur pour se glisser dans la peau d’un personnage qui semble déambuler dans sa propre histoire plus qu’y chercher un sens, et y faire vibrer, au vent de ses aventures, sa propre sensibilité. Ce que nous avons ressenti comme un certain manque de capacité à faire naître et à développer l’empathie créatrice du lecteur donne à votre texte une tonalité comme extérieure, comme un spectacle auquel on assiste mais auquel on ne se sent pas véritablement partie prenante, voire auquel on ne se sent pas réellement convié et l’ensemble, quoique servi par une belle écriture, bien équilibrée et efficace, peut sur la durée peiner parfois à garder le lecteur sous son emprise et à l’emmener dans le monde que vous nous proposez. Pour ces raisons, nous n’avons malheureusement pas trouvé dans votre texte, malgré des qualités certaines, certains éléments d’adhésion qui sont pour nous déterminants lorsque nous décidons de nous engager, au côté d’un auteur, dans la promotion d’un titre.

« Fragmentations », de son côté, quoique bien écrit également, parfois percutant, nous semble difficile à proposer au lecteur tant vous êtes là dans un registre où la légitimité de celui qui professe ainsi sa vision du monde – non pas légitimité d’écrire ce qu’il pense, car cette légitimité-là ne se discute jamais, mais légitimité à demander à autrui de l’écouter – est un paramètre absolument déterminant pour la recevabilité du texte, et très honnêtement, nous ne saurions pas accompagner un tel ouvrage sur les tables des libraires.

Cet avis – franc et direct, pardon s’il l’est trop, mais c’est ainsi que nous concevons aussi notre rôle d’éditeur – bien sûr n’engage que nous, et nous nous permettons de vous souhaiter de trouver un éditeur chez qui vos textes seront mieux servis et mis en valeur que chez nous.

Bien cordialement.

Je dois toujours faire face à ce type de critiques. Ce n’est pas un éditeur qui m’écrit, c’est un commerçant qui utilise des notions littéraires totalement contemporaines (Lecteur créatif, identification infantile, politiquement correct). Le phénomène d’identification s’adresse aux femmes de 15 ans qui cherchent dans la lecture un pendant à leur vie misérable. Cela ne concerne en rien une œuvre littéraire qui si elle est un spectacle, ne demande pas au public d’y participer mais de « s’instruire, de s’éduquer et d’apprécier », comme le conseillait Rousseau. Rien sur l’aspect chaotique de mes écrits, et du coup de l’époque qui est décrite. Quel écrivain contemporain pose les questions que Continuer le silence met en lumière ? Pire, à lire l’éditeur, qui aurait publié les Carnets de Chamfort, Montherlant, Cioran, Belfort, Millet, etc. ? La littérature, c’est le style, et malgré son compliment d’usage, il censure deux textes qu’il dit être bien écrits. Bref, ce commercial qui publie tout de même une pièce de Styron ne sait pas ce qu’est la littérature. C’est fatigant.

1er octobre

On ne les verra plus ensemble : Charles et Ondine.

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Charles Aznavour est mort à 94 ans. Il y a deux jours il participait à une émission de télévision sur le service public. Il était vêtu d’un bomber bleu avec des aigles dessus. En regardant, je fus surpris de voir un homme de cet âge arborer ce type de blouson de motard. Il paraissait aller bien. Puis j’ai changé de chaîne. Il y a trois ans, je l’avais vu dans un documentaire où il parlait des difficultés de la vieillesse au quotidien. Il avait l’air fatigué et proche de la fin. Je me suis très peu intéressé à ce chanteur, ni à l’homme public. Ses chansons ne m’ont jamais touché, pas plus que son discours de citoyen. Sa voix était médiocre et sa discographie ne correspondait pas à ce que j’aime chez un artiste. Ni mes parents, ni mes proches ne m’ont incité à l’écouter plus jeune. A part sa chanson pour l’Arménie qui avait bercé ma dixième année et que mes parents avaient achetée (ils ont toujours été sensibles aux causes humanitaires), ses succès populaires me laissaient indifférent. Mais en juillet 2002, je découvrais peut-être la plus belle chanson française sur la rupture amoureuse. Cela tombait bien, Ondine (Ses parents l’avaient appelée ainsi car ils avaient apprécié la pièce de Giraudoux. Aujourd’hui, Ondine est une marque d’eau minérale que je remarque souvent lorsque je me trouve nez à nez avec une bouteille m’évoquant alors mon ancien amour de jeunesse) venait de me quitter et j’avais besoin de trouver du réconfort loin de Paris et du quartier de Montparnasse où je venais chez elle, dans son petit studio vide et feutré qui sentait la solitude et la moquette fraîchement shampouinée. Nous y faisions l’amour comme deux amants manquant de temps. Elle parce qu’elle avait trouvé un petit boulot et un autre amant ; moi parce que j’étais en couple et qu’il fallait que je fasse attention à mes horaires. Un ami m’avait proposé de me reposer à Saint Brieuc. A défaut d’Ondine, je caressais le labrador du voisin, j’écoutais en boucle « Aimer est plus fort que d’être aimé » de Daniel Balavoine, je découvrais Le Sabbat de Maurice Sachs, j’allais à la plage et j’observais d’un œil mon camarade homosexuel se satisfaire de la présence de son fiancé. Nous étions trois hommes dans cette maison de vacances à nous satisfaire de nous-même, eux en couple, moi en célibataire, loin des femmes, coupables et mesquines, à l’origine du cauchemar de ma vie qui sans elles paraissait si terne. Au retour du Cap Fréhel où nous avions fait de jolies photos marines, nous n’avancions pas à cause d’un accident qui bloquait la circulation. Pour tuer le temps qui s’éternisait sous cette torpeur estivale, mon camarade alluma la radio. Charles Aznavour chantait Désormais pendant que j’étais en short à regarder le paysage moyen d’une nationale encombrée. Distrait au début, je devins plus attentif aux paroles de Charles (tout en savourant la belle mélodie) qui me racontait ma récente rupture. Désormais les gens nous verrons l’un sans l’autre retentit une nouvelle fois en moi quand deux ans plus tard, ce fut ma fiancée qui ficha le camp ! Pour un autre prétexte bien qu’il se répétât…

Dans cette voiture immobilisée, durant le voyage du retour, je revoyais le visage d’Ondine disparu à jamais. Et ce corps qui passait d’une chaise à l’autre lorsque nous révisions au Jardin du Luxembourg. Son pantalon moulant laissait apparaître des courbes violentes pour mon âme blessée par la beauté des femmes. Et une tristesse infinie m’envahit de toute part. Je me sentais bien seul au milieu de mes amis, dans cette voiture où il faisait 40 degrés. Nous nous étions rencontrés à l’université durant le Capes de lettres modernes que nous avions tous deux somptueusement raté. Je l’avais remarquée (elle et bien d’autres) dans l’amphithéâtre Richelieu où nos cours magistraux étaient dispensés. 1m65, brune blafarde aux yeux verts, elle était souvent seule, assise dans son coin. Elle paraissait timide et arborait une poitrine magnifique, que l’on jaugeait sous son col roulé bleu marine. Je la voyais également durant le TD du lundi matin, assise devant ou derrière moi selon son choix. Nous nous étions même retrouvés l’un à côté de l’autre et je m’étais surpris à fixer son bras qu’elle laissait dénudé, manches retroussées. Un soir, en rentrant rue Frémicourt où j’habitais avec ma compagne, je l’avais aperçue derrière moi alors que je sortais de la station la Motte-Picquet. « Tiens, tiens, elle habite dans le coin », m’étais-je dit alors que plus tard, elle m’avouait m’avoir suivi, habitant en fait Saint-Cyr. C’était l’époque lointaine où certaines femmes s’investissaient quelque peu dans la conquête masculine. Elle hésita même à glisser dans la poche de mon manteau son numéro de téléphone. Ainsi sont les femmes, elles suivent des hommes mais n’agissent pas. Elles écrivent leur numéro de téléphone mais ne le transmettent pas. Elles offrent leur corps un temps et le reprennent à jamais. C’est donc moi qui vins à sa rencontre, prétextant sur le quai de Cluny Sorbonne avoir manqué le dernier cours d’ancien français (ma minable excuse favorite). Nous étions peu de temps avant les vacances de février. Au retour, nous passâmes toutes nos journées ensemble. Ses amis la comparaient à Sophie Marceau. J’aurais plutôt dit qu’elle ressemblait à une Monica Bellucci scandinave. Beauté glaciale, pulpeuse, timide, Ondine était une très jolie fille de 23 ans. Sa timidité, son calme, sa solitude, sa beauté me plaisaient. Un jour, alors que nous attendions que le feu passe au vert pour traverser le boulevard Saint-Michel, une voiture avait ralenti devant nous et une « espèce de salope » en était ressorti. Cela t’arrive-il souvent, lui avais-je demandé ? Elle me regarda d’un air blasé. Ondine avait le sens de l’économie verbale ; à l’inverse de sa voracité sexuelle, d'où ma facination pour les pulsions silencieuses. L’équilibre était tout trouvé, m’étais-je dit épuisé d’avoir été gloutonné par cette femme à la fois tendre et secrète.

J’étais en couple et ne parvenais pas à le lui dire, pas plus qu’à tromper mon amie. Et c’est au moment où elle se lassa de mes pérégrinations que son absence fut insupportable. Quelques semaines plus tôt, elle avait tenté de m’embrasser mais j’avais détalé comme un lapin. Je laissais filer les jours jusqu’à ce que je débarque chez elle un soir, la peur et le mal au ventre, et qu’elle se laisse envahir par le désir ou convaincre par la capitulation. Nous avions passé dix jours ainsi. Je venais chez elle le matin. Je l’accompagnais à son travail le midi. Nous nous baladions main dans la main comme si nous étions en couple. Je lui laissais des petits mots sous sa porte, elle m’accueillait en peignoir lorsque je sonnais discrètement à l'interphone de son studio. Ondine, bien que maladroite, s’emparait du corps de l’homme comme jamais une femme ne l’avait fait jusqu’ici avec moi. J’avais malheureusement prévu une randonnée cycliste pour les vacances d’été et me séparais d’elle sans trop de regret. Nous nous étions mis d’accord pour ne plus nous retrouver. Nous avions fait l’amour la veille de mon départ. Elle m’avait fait comprendre, dans la pénombre de son studio cafardeux, de lui saisir les mains alors que je ne voyais déjà plus son visage. Je n’entendais que ses bruissements crispants qui signifiaient qu’elle se concentrait sur son plaisir. Lui avais-je procuré ? J’en doute. Elle m’avait demandé de rester en couple et j’étais soulagé qu’elle acceptât cette situation. Pauvre naïf que je fus. Elle avait remarqué un type à son travail et moi je devais sauver mon couple. Bête et inconscient des conséquences, je laissais faire les choses. Mais les sentiments, violents, intrépides et imprévisibles revinrent inlassablement à la surface au point de me rendre dingue et souffreteux. Je souffrais, j’avais mal au ventre, je ne tenais plus en place, elle me manquait. A mon retour, ce n’était plus la même femme qui m’accueillait en bas de chez elle. Je quittais mon amie pour la rejoindre, mais la place était prise. « T’as l’air d’une fille qui s’est faite baiser toute la nuit. », lui avais-je dit, démoli par l’absence, la jalousie, et l’impossibilité soudaine de notre union (J’aimais adapter dans ma vie les répliques d’anthologie des films de Bertrand Blier.). Une semaine plus tôt nous étions, sans censure, enlacés, (je me souviens avoir senti ma propre odeur sur ses lèvres) et j’avais en face de moi un monstre d’indifférence qui utilisa 15 mots avant de me renvoyer à ma solitude. Toujours son fameux sens de l’ellipse. Je me trouvais donc face à un mur de glace et d’incompréhension. Un mur qui vous rejette autant qu’il vous a pris. En plus violent. C’en était fini du plaisir charnel avec Ondine. Elle me proposa de monter tout de même chez elle mais l’idée de voir le lit défait par ses récentes frasques me fit fuir et je déguerpissais d’un coup. Fatale erreur, j’aurais pu rejouer un dernier chapitre brillant. Je ne l’ai jamais revue. Pendant longtemps, je pensais à elle, cherchant à la retrouver, même sur les réseaux sociaux où elle me répondit une fois après mes insistances. Hier, suite à la mort du chanteur, je lui ai envoyé un petit message (elle m’avait laissé son adresse mail l’an passé après que je lui avais évoqué les quinze années qui nous séparaient), lui expliquant ce que le souvenir de cette chanson signifiait pour moi. Pas de réponse ; logique. Ondine et Charles ne répondront plus jamais. La fille parce que c’est dans ses gênes de ne jamais répondre aux hommes du passé. L’homme aux 1000 chansons parce que seule la mort lui coupe le sifflet et l’envie de retrouver ses anciennes maîtresses. Désormais… Elle me répondit au bout de 12 jours : « Merci pour ces souvenirs… Tu vas sans doute trouver ma réponse trop lente et trop courte. »  Tu l’as dit Bouffie !

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Juillet 2002, au Cap Fréhel  sans Ondine mais avec Charles Aznavour.

Désormais on ne nous verra plus ensemble – Désormais mon cœur vivra sous les décombres – de ce monde qui nous ressemble et que le temps a dévasté.

Jamais plus nous ne mordrons au même fruit, ne dormirons au même lit, ne referons les mêmes gestes – Jamais plus nous ne connaîtrons la même peur de voir s’enfuir notre bonheur et du reste.

Désormais les gens nous verrons l’un sans l’autre – Désormais nous changerons nos habitudes – Et ces mots que l’on croyait nôtres, tu les diras dans d’autres bras.

Je traînerais parmi les choses qui parleront toujours de toi.

On ne nous verra plus ensemble. On ne nous verra plus ensemble. On ne nous verra plus ensemble.

En août, dans l’Eurostar, alors que je voyageais avec l'amie retrouvée, j’écrivis un poème sur Ondine : Parfois nous étions.

Parfois nous étions, perdus comme à cet instant

Sur des trombes d’eau, des cavernes de verre

La fin nous appartient, nous avons perdu

 

Parfois nous étions, les yeux confinés entre nos seins

La vue sur le fossé, ne regardant rien de moins

Des prisons, des foires aux infirmes, des paix d’avant guerre

 

Parfois nous étions, au delà des marées, les pieds sur

Des buissons, l’horizon pour toute attente, des écorces

Aux pieds des arbres et la blancheur de l’oubli

 

Parfois nous étions, la pluie embrumée sur nos cheveux

Des étoiles aux portes de la nuit, l’espace reculait

Et nos fautes mouraient en creusant sur nos plaies

 

Parfois nous étions, élancés sur des rives trempées

Des herbes qui reculent, des planètes soumises à nos silences

Nous avons perdu le droit d’y revoir quelque drame

 

Août 2002, train Londres-Paris.

 

3 octobre.

Saint-Gugusse.

Il y a un an, j’occupais mon poste de CPE pour la dernière fois. C’était un mercredi et mon employeur après m’avoir passé un savon cinq jours plus tôt et durant trois heures en me reprochant actes de résistance sur actes de résistance, l’agrémentant de calomnies et de reproches en tout genre, m’imposait un avenant qui correspondait davantage à un poste de branquignol que de conseiller pédagogique ! Je ne me levais pas le lendemain matin et voici un an jour pour jour que je n’ai occupé le moindre travail salarié. Curieusement, j’ai retrouvé santé, moral et création artistique ! Depuis, la secrétaire, la directrice adjointe, et une dizaine de professeurs ont suivi le même chemin ; sauf qu’eux se sont réinsérés aussitôt dans le monde du travail. Seuls les pré-retraités et les collaborationnistes sont encore en poste dans une école ne comprenant plus que 40 élèves dont 8 étudiants en BCPST. J’ai tout essayé pour faire débarquer les deux animaux sauvages qui dirigent cette école. Mais mon avocat m’a déconseillé les prud’hommes car Macron a inversé la jurisprudence, donnant raison aux employeurs qui dorénavant ne paieront plus pour les salariés mécontents afin de laisser ces sommes aux futurs embauchés ! Ce qu’ils ne font évidemment pas, je reste sans réponse à mes dizaines de candidatures. Pire, l’inspection du travail reste stoïque face à un gérant qui rachète une entreprise qui marche en la faisant sciemment (ou pas, leur médiocrité intellectuelle penche également pour une gestion désastreuse) couler. Malgré tous les exemples concrets que je donnais au type de l’inspection, il m’affirma que ce n’était pas son domaine de compétence, me conseillant de solliciter d’autres organismes qu’il était bien incapable de me citer ! « Liberté d’entreprendre », me dit l’imbécile heureux payé par l’état. « Liberté de saccager des vies plutôt », lui réponds-je en quittant son bureau.

A l’heure où je finis mon récit sur Saint-Gugusse où je raconte ce qu’est la ploutocratie en monde post-historique, Nicolas Hulot, Laura Flessel et Gérard Collomb (trois piètres personnages politiques pourtant) claquent la porte du gouvernement Macron. Peut-être que ces personnes en avaient marre de l’autorité obsessionnelle et bête de leur directeur de « start-up », incapable de gouverner un pays autrement que comme un chef d’entreprise, c’est-à-dire à coup de slogans, de communication et de réformes sauvages. Lors de sa visite aux Antilles, un an après l’ouragan qui a dévasté une partie de l’île, il faisait le malin en posant avec deux loustics. Le reportage montrait notre boy-scout cravaté faire la morale à un ancien voyou torse nu en lui parlant « d’homme à homme » avant de lui faire l’accolade classique des racailles qui se respectent. Pas de chance pour cette espèce de sous-président, les deux hommes se sont exprimés avec lui comme ils le font habituellement avec leurs potes, ce qui donne ce cliché à la fois surréaliste et en même temps typique du statut hybride du sous-chef de l’état (L’Europe et Bruxelles étant les véritables chefs d’états). A l’heure où Manuel Valls, ancien premier ministre s’en va briguer la mairie de Barcelone, après avoir tenté d’occuper l’Elysée un an plus tôt et avoir contribué à la trahison du socialisme durant cinq ans en France, ce type de photo ne choque plus personne. L’ancien premier ministre déclarait solennellement  après les attaques du Bataclan : « Nous avons changé d’époque. ». Or ce sont ces guignols, assoiffés de pouvoir quel qu’il soit, qui changent notre époque. S’il perd dit le pire premier ministre de France, il arrête la politique et restera en Espagne. Même le départ de Jospin avait plus de dignité ! Qu’il perde et laisse la France en paix !

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Emmanuel Macron et ses nouveaux potes aux Antilles en septembre 2018.

 

25 octobre.

Le Silence de Christophe Loizillon.

Voyant dans le programme cinéma de P. une séance consacrée à Christophe Loizillon (réalisateur de deux longs métrages, Le Silence de Rak et Ma caméra et moi), je me décide à y participer d’autant plus qu’une discussion est prévue après la projection de trois courts métrages: Détail, Roman Opalka de 1986, Corpus/corpus de 2008 et Debout(s) de 2017. J’avais vu Le Silence de Rak en 1998 lors de son unique passage à la télévision. C’est le premier film important sur le chômage et merveilleusement interprété par François Cluzet (à qui l’on confiait que des rôles de fou ou de paumé après son interprétation dans L’Enfer de Chabrol). Outre la poésie des dialogues, la vision réaliste d’un monde sans travail, la justesse de scènes où la solitude triomphe, et la prédominance du personnage dostoïevskien, ce film m’était très personnel puisque je le montrais à beaucoup d’amis, m’identifiant à cette réflexion profonde et tragique d’un monde absurde, voué à la précarité et à l’absence d’avenir serein. Je le revis juste avant la séance, tel un bon élève appliqué. Après le retard habituel d’un bon quart d’heure, la projection commença. Dans, Détail, Roman Opamka Loizillon montrait le rituel de l’artiste polonais exécutant sa peinture numéraire tout en filmant le paysage rural qui englobait le silence de son travail délirant. Même si l’ennui (qui parcourt ces trois petits films) s’imposait, le document avait son intérêt, au moins pour ces très beaux plans d’une nature bienfaitrice et l’atmosphère religieuse qui y régnait. Corpus/corpus faisait se succéder des scènes de soin ou d’amour entre des corps filmés frontalement mais sans les visages : une pédicure s’occupant d’un vieux monsieur, un client faisant l’amour brutalement à une prostituée, un chiropracteur manipulant le ventre d’un bébé, un thanatopracteur déshabillant un mort. Dans Debout(s), au moyen d’un travelling vertical, le réalisateur filme des travailleurs dont la profession impose la posture : un agent de sécurité, un militaire, une prostituée, un mendiant, un modèle. Au bout d’une heure trente, je commençais à m’agiter, comprenant le processus un peu trop théorique de ces travaux expérimentaux. Mais la discussion qui suivait s’avéra typique de ce que je fuis en général : Sorte de parisianisme pédant qui se prend le chou à disserter sur des sornettes. La branlette intellectuelle pouvait débuter. Je fus dérouté par le nombre important de spectateurs dans la salle. Une bonne quarantaine dont une quinzaine formée de très jeunes participants. Un soir de semaine, dans un petit cinéma de quartier rendant hommage à un illustre inconnu, sans communication et publicité, 40 personnes avaient fait le chemin. Qui connaît Christophe Loizillon au point de se déplacer pour voir trois courts métrages expérimentaux totalement inconnus du public, même cinéphile ? Très vite le public tutoya Christophe qui leur répondit par leur prénom. Il avait ramené son réseau, c’était évident ; ainsi que des étudiants en cinéma. Et le présentateur, intello citadin typique appartenant au service culturel de sa mairie, de s’épancher sur des interprétations pépères, techniques et culturelles sans intérêt. Rien sur Rak, rien sur ce film pourtant novateur et très littéraire. On s’égosille sur une caméra qui monte sur un uniforme, sur la préparation minutieuse de chaque séquence, sur la fragilité des êtres… Je ne souhaitais poser qu’une question à Loizillon (du reste sobre et caustique). Pourquoi avoir fait un film si bavard pour finir sur le silence d’un personnage et de prolonger cette réflexion par des courts métrages sans dialogue ou presque ? Mais devant ce parterre de spectateurs péteux dont les interprétations sans intérêt m’agaçaient, je décidais d’attendre sagement la fin de la séance (de près de trois heures) et rentrais chez moi dépité qu’on n’eut pas parlé du Silence de Rak qui avait marqué ma jeunesse. Sur son site, où il laissait son adresse e-mail, je lui posais la question, mais comme à chaque fois que je m'adresse à un privilégié du système, je n'eus aucune réponse.

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2 novembre.

David Goldman, victime et agent du système.

David Goldman a passé 5 années à l’école Saint-Hilaire. Autiste, asperger, le pauvre petit bonhomme partait dans la vie avec de sérieux handicaps. Ajouté à ses troubles de la personnalité, un physique disgracieux, proche de celui du trisomique ou de l’handicapé mental.Petit, massif, trapu, disgracieux, acnéique, doté d’une pilosité importante et d’un visage boursouflé par les plaques de stress, il est clair que l’adolescent aurait du mal à percer dans tous les milieux : professionnels, sociaux, sexuels. Déjà le microcosme scolaire le rejetait, y compris le notre. Ses parents, de riches avocats, l’avaient placé dans cette structure parce qu’elle s’occupait – soi disant – des enfants précoces, ce qu’il n'était en rien, sauf de la pilosité. Les petits effectifs de classes et le discours mielleux et propagandiste du directeur convainquirent les parents de le sortir du système public (où il était bien évidemment écrasé par le nombre d’élèves et le régime scolaire infernal). D’emblée, le jeune homme fut satisfait de son nouveau lycée. Cela faisait un an que je travaillais dans celui-ci lorsqu’il arriva en classe de seconde et je remarquais que ce type d’école lui convenait bien mieux qu’une grosse structure où il se serait égaré dans un anonymat, un rejet et une solitude totale. David, outre un tiers temps qu’il demanda au ministère, ne bénéficiait d’aucune aide spécifique, sinon celle de son ordinateur portable, son unique ami durant sa scolarité. Chaque matin, il arrivait le premier à l’école, vers les 8h15, venant me déranger dans mon bureau alors que l’école était quasi-vide (les cours débutant à 9h). Il me parlait de l’actualité, des faits divers glauques, des catastrophes aériennes et de la mort des célébrités. Passionné de politique (il avait la carte de l’UMP), ses idoles étaient Jacques Chirac et François Fillon quant celles de ses camarades étaient Beyoncé ou Nabila. David, en vraie commère perverse, s’immisçait dans les conversations, écoutait aux portes, parasitait les locaux, intervenait dans les discussions que nous avions entre collègues. Et parfois, il fallait gentiment le chasser du bureau, gênés que nous étions par son indéfectible présence. Serviable, je lui demandais parfois d’aller me chercher un pain aux raisins ou des lingettes nettoyantes ; ce qu’il faisait très gentiment bien qu’en rechignant dans sa barbe. Lorsqu’il m’arrivait de plaisanter avec lui et qu’il comprit l’humour, il déployait un énorme rire, grave, bruyant, démobilisant la totalité de ses traits, faisant du visage du pauvre adolescent, celui d’un petit monstre effrayant. Fin 2013, c’est lui qui m’apprit la mort de l’acteur Paul Walker dans un accident de voiture. Tel un journaliste média, il m’annonça la nouvelle d’un ton funèbre, parlant lentement, tout en me faisant la biographie succincte du défunt.

- Monsieur Anger, c’est une tragédie, les Etats-Unis d’Amérique viennent de perdre un grand acteur, m’annonça-t-il dès 8h12 du matin, alors que je m’installais au bureau pour une nouvelle journée de folie.  

- Qui donc ? m’inquiétais-je ? J’étais un grand admirateur de la génération De Niro, avec Christopher Walken, Harvey Keitel et Al Pacino. Je craignais que l’un d’eux s’en soit allé.

- L’immense Paul Walker, me dit-il, confondu, anéanti mais aussi malsain, charognard, adepte des pires détails scabreux.

- Qui est ce?

- Un acteur américain connu notamment pour avoir interprété Brian O’Conner dans le film Fast and Furious.

- Que lui est-il arrivé ? J’étais stupide – Davidl était un spécialiste de transports en tout genre – l’homme avait certainement succombé à un accident, encore fallait-il préciser lequel.

- Il s’est tué hier dans sa Porsche. Il a perdu le contrôle du véhicule qui a percuté un mur avant de s’enflammer. Il est mort sur le coup et on a retrouvé son corps calciné, impossible à identifier sur le moment.

Je n’avais plus à regarder le flash d’informations durant mon petit déjeuner de 6h22, David me faisait l’inventaire des décès, des congrès politiques et même de la météo dès 8h12 et ce durant quatre ans.

Forcément, l’asperger passionné de scènes funèbres et de politique n’avait aucun ami. Si les élèves (dotés la plupart du temps d’une patience infinie avec lui) l’intégraient plutôt bien, ils ne restaient pas avec lui durant les heures creuses et je vis l'adolescent déjeuner seul dans la rue, ses paquets de chips à la main, durant toute sa scolarité (une seconde, deux premières, deux terminales : le grand chelem comme disent les professionnels !). Je lui conseillais d’aller au restaurant universitaire, mais il persistait à manger seul son poulet chips, debout, devant l’entrée de l’école, en pleine bourrasque de froid. A la fin de sa seconde première, ses parents m’avaient demandé d’appuyer sa candidature pour un lycée professionnel où il devait s’orienter plus logiquement vers les métiers du transport. Il était hors délai, mais je fis tout mon possible pour que le proviseur de cette école accepte son dossier de candidature. La maman m’appela en pleurs pour me remercier. On sentait toute la souffrance accumulée depuis des années de combat avec ce gosse. Il fut accepté et David, lorsqu’il me croisa dans la rue pour ce qui devait être son dernier jour parmi nous, me regarda avec une grande émotion. Je lus dans ses yeux une sympathique reconnaissance. Je lui serrai la main en lui souhaitant bonne chance. Curieusement je le revis l’année suivante en terminale. Je ne sus pourquoi il ne put continuer dans cette voie. Je me souviens que notre directeur avait insisté lors du dernier conseil de classe de le garder en terminale ES. Pour lui l’argent et la survie de l’école prédominaient sur l’orientation et l’avenir des élèves. Toujours sur son ordinateur portable, il se passionnait pour les élections présidentielles, soutenait Fillon, puis Macron, relayant toujours le discours dominant, de la pensée unique, celui des fausses polémiques institutionnalisées qui apparaissent sur les réseaux sociaux toutes les 48 heures. Incapable de voir la manipulation des médias, s’aveuglant pour le soutien d’un parti, il baragouinait les pires banalités et inepties qu’on entendait tous les jours à la télé et sur Internet. Casque sur les oreilles, connecté en permanence sur Facebook, Twitter et les chaînes d’information continue, il déambulait à chaque pause dans le couloir, souvent à la poursuite d’adultes pour livrer le dernier scoop, la dernière info (pendant ce temps, les autres sortaient fumer ou restaient dans les classes à bavarder) : « Monsieur Jacques Chirac, notre bien aimé ancien président de la République, va mourir d’ici peu de temps. Il est dans un triste état. Je ne lui donne plus que trois jours. » ou bien « Avez-vous écouté les derniers propos de Madame Le Pen. Ils sont racistes. Toujours, je m’insurgerai contre le racisme et l’antisémitisme. Ce n’est plus tolérable au XXIè siècle. » ou encore « Catastrophe aérienne en Russie, 216 mortsOn recherche les boîtes noires. On pense à un nouvel attentat. C’est horrible. Le président russe, Vladimir Poutine, va s’exprimer dans une heure.» Souvent, l’actualité tragique l’accablait et son visage s’anéantissait, puis il reprenait son ordinateur et filait en classe, conscient de la reprise imminente du cours pour lequelle il se défendait d’arriver en retard (contrairement à la clique de fumeurs qui remontait dans l’établissement nonchalamment, méprisant la ponctualité et le savoir vivre). Propagande d’état et culture de l’émotion, nous nagions en pleine période Brejnev à laquelle il fallait rajouter le consumérisme, le numérique et les flux continus, organe de la diffusion rapide du bourrage de crâne que David subissait au quotidien. (Je ne peux pas m’empêcher de penser à ce documentaire bouleversant de Nikita Mikhalkov, Anna, où le jour des obsèques de Brejnev retransmises sur la télévision d’état, le réalisateur dissident et menacé d’emprisonnement, filme sa fille en train de pleurer, abattue d’avoir perdu le père du peuple, ce si bon président Brejnev.) Un jour, il défila dans l’école muni d’un livre de Jacques Delors. Que comprenait-il à ce type d’ouvrage ? Pour son anniversaire, je lui offris un récit de Pierre Moscovici !

Jamais absent et en avance à chaque cours où il se plaçait au premier rang, souvent seul sur sa rangée, il travaillait dur pour réussir ses examens ; mais sans aucune réflexion personnelle, il recrachait les informations telles quelles et ne récoltait jamais de très bonnes notes. Oscillant entre 6 et 9, il explosait de joie en me montrant les rares 11 ou 12 qu’il récoltait. Lorsqu’il défendait une thèse et qu’un adulte lui prouvait le contraire, son opinion changeait d’un coup, sans qu’il puisse convenir ou pas de la bonne fiabilité de la démonstration de son interlocuteur. Mais le lendemain, il renchérissait sur son idée première, celle véhiculée par les médias, et peut-être sa famille, et venait répandre la bonne parole pour la x ième fois dans nos bureaux et dans les classes; énervant bien évidemment tout le monde, encadrants comme lycéens. Il s’intéressait à tout ce à quoi ne s’intéressaient pas ses camarades et venaient leur raconter ce qu’il venait d’entendre. Souvent, une belle bécasse ou un gros dur lui répondaient le classique: « Tais toi David, on s’en fout, tu nous saoules. »

Le Pen c’est mal, Macron c’est la démocratie contre l’obscurantisme. David était un perroquet anachronique, passionné de scoutisme et de politique libérale, perdu dans un monde violent, impitoyable et injuste. Il avait 436 amis sur son compte Facebook, mais passait sa scolarité seul et sans attache. Pas une fille, évidemment, ne vint le sortir de son marasme quotidien. Seul Gédéon, être précoce et lunaire, lui tenait de temps en temps compagnie, patient mais indigné par les réactions impulsives de l’autiste engagé. Il manqua son bac de peu, à l’oral du rattrapage. Un immonde jury refusa de lui donner les quelques points qui lui manquaient en dépit de ses deux prestations, en Histoire et en SES. Personne ne pouvait ne pas remarquer le handicap du jeune homme. Courageux, il passait un bac général et l’éducation nationale lui collait un redoublement dans les dents. A l’épreuve d’EPS, passée en examen terminal pour notre type de lycée, il récolta un mythique 4/20. Il mit un quart d’heure à parcourir 800 mètres et sa prestation sportive dans la piscine ressembla davantage à celle d’un crapaud grabataire dont il aurait manqué les jambes qu’à celle d’un plongeur aguerri. Malgré ses nombreux cours de natation, il ne put récupérer le mannequin positionné au fond de l’eau, coulant comme une pierre suite à un plongeon manqué et aux dix premières secondes de brasse où il but la tasse. Angoissé, il avait batifolé dans l’eau comme un enfant de 7 ans en train de se noyer. Le jury, froid et impitoyable, le sanctionna. Au lieu de mettre la moyenne à ce type de vaillant candidat, refusant la dispense médicale facile, ces professeurs de haine (qui prêchent l’humanisme en salle des profs et l’aide aux handicapés dans les textes officiels) lui infligèrent une note désastreuse qui fit couler David et sa moyenne avec. Il redoubla donc, et dans notre lycée. Entre temps, je partais de l’école, assommé par tant de directeurs violents et incompétents quand David ne faisait que les louer. « Oh, Monsieur P. est un grand directeur. Il est tellement proche des élèves et comprend si bien la précocité.» « Ah, Monsieur M. et sa femme sont de grands gérants, conscients des enjeux scolaires de demain. » En inénarrable fayot, il venait souvent frapper à la porte de P. pour lui parler de l’actualité ou vanter sa communication. Et l’autre de participer à son endoctrinement en lui montrant sa dernière vidéo sur tels nouveautés ou stages pédagogiques. Pauvre petit homme dominé par les misérables et les puissants cyniques. Véritable éponge de la propagande de l’école, des partis politiques, du système dominant en général, sans aucune espèce de véritable conscience autre que ce que le monde libéral, à coup de slogans tapageurs, et de publicités droitdel’hommistes, lui collaient au cerveau, le jeune lycéen se transformait peu à peu en robot téléguidé par la pensée libérale-libertaire. David évoluait dans un monde factice où la société bien réelle qu’il célébrait l’écrasait à petit feu. Sur les réseaux sociaux, il s’épanchait sur l’école, disant qu’il en était la mascotte (honte à moi qui le lui avais dit un jour en blaguant!), prenait parti pour les combats des progressistes carnassiers, s’indignait sur les injustices officielles. Ses parents, individus dignes et courageux, l’emmenaient en voyage avec eux, lui donnant une existence riche et variée pour combler un vide existentiel qu’il peinait à voir. Il obtint son bac l’année suivante dans des conditions que j’ignorais. Je le félicitais. Un an plus tôt, il me remerciait après que je l’eus encouragé pour ses épreuves orales :

« Comme vous le savez sans doute par Charlène, je passe aux rattrapages ce jeudi 6 juillet au matin en SES et en Histoire Géographie ! Je suis capable d'y arriver et de tout faire pour l'avoir ! Je voudrais aussi vous dire que si j'ai mon bac ce jeudi 6 juillet avec les oraux de rattrapage, je voulais juste vous remercier infiniment pour ces années merveilleuses et extraordinaires que j'ai passé à vos côtés, aux côtés de Charlène, aux côtés de cette équipe pédagogique extraordinaire, aux côtés de Mr P. que je salue très amicalement et que je remercie aussi pour ces années, aux côtés de Mr M. et de sa charmante et gentille épouse. C'est donc avec une immense émotion, c'est avec la gorge nouée par l'émotion et c'est avec les larmes aux yeux que je vous écris ce mail ! Voilà ! Encore une fois, merci pour tout ! Prenez soin de vous ! Je ne vous oublierai jamais et vous resterez à jamais au plus profond de mon cœur ! Et belle continuation à vous et à l'École Saint-Hilaire ! Merci pour tout ! 

Cette année, alors que je n’étais plus dans l’école depuis neuf mois, il répondit plus brièvement à mes félicitations…

Bonjour Mr Anger. Merci beaucoup ! À bientôt ! 

Que s’était-il passé pour que David soit devenu si elliptique ? Lui qui versait dans le pathos un an plus tôt ? Serait-ce la fréquentation désastreuse de M. et de sa charmante épouse ? Ou l’esprit vif du nouveau gagnant tel que le prônaient ses éducateurs financiers ? Seul Davis n’avait pas remarqué la duplicité de ces gens peu éduqués et qui se fichaient pas mal de lui et de son succès. Mais c’était ainsi. Il avait eu son bac et il pouvait à présent se lancer dans l’horreur des études supérieures où ni Charlène, ni moi ne serions là pour l’épauler. En cherchant une photo de Louane sur les réseaux sociaux, une belle lycéenne qui avait fréquenté l’école et dont je faisais des rêves inquiétants, je tombais sur son profil Facebook. David était contaminé par la propagande posthistorique au point de poser de manière narcissique en ventant une cause à défendre. Il était pris dans la toile de la pensée unique, bienveillante, numérique et politiquement correcte. Se voulant à la fois président de la république, complice du pouvoir, adepte des valeurs du patriotisme sportif, ou promoteur de l’idéologie pleurnicharde et dominante, il représentait le beauf total au garde à vous de la bêtise ambiante. Le système, comme au temps de Moscou, avait réussi son coup. Endoctriner les simples d’esprit en les transformant en petits agents festifs et militants. Terrible fléau qui me sautait aux yeux en regardant le petit homme arborer les couleurs de la collaboration officielle, déjà formée par la bêtise des directeurs de Saint-Hilaire. Après le Téléthon et l’antisémitisme, une autre cause venait de se créer, plus noble, plus digne : le sauvetage de David Goldman. Mais qui s’y attellerait ?

 

Paul

En continuant mes recherches, je tombais sur ce texte magnifique de Mou, l’auteur de la faillite de l’école que tous mes collègues avaient désertée depuis mon départ : De Charlène à Mehdi en passant par les professeurs d’allemand, anglais, philosophie, biologie. L’école comptait en cette rentrée 2018 40 élèves. L’école du futur ultra personnalisée pouvait effectivement commencer ! La BCPST 2 n’existait plus. Ils étaient 3 en TES, 6 en TS, 11 en premières toutes confondues. Les demandes de rupture conventionnelles auxquelles Mou ne daignait répondre affluaient tout autant que les démissions d’élèves. L’école des précoces où régnait la magie (selon le triste P.) était devenue l’école fantôme où régnait seule et heureuse, la bécasse Gertrude, fière d’avoir fait fuir tout le monde, travaillant seule dans son école vide et froide où dorénavant et selon son rêve de gloire, on pouvait mettre pour 10000 euros, un enfant par salle et sans professeur !

Mou en grand visionnaire du pire, idole du jeune David écrivait donc :

Nous avons besoin de vos compétences et de vos idées pour nous aider à mettre au point et à faire vivre le Lycée du 21ème siècle. Une Ecole où l'éducation est centrée sur l'élève et les parcours hautement personnalisés, où les pédagogies sont actives pour interagir au mieux avec les élèves issus de la Génération Z, où l'on s'attache aussi à développer des compétences indispensables (soft skills) telles que savoir innover et "penser en dehors de la boite", savoir entreprendre, communiquer, travailler de manière collaborative … où numérique et intelligence artificielle boostent l'efficience des processus d'apprentissage. Aujourd'hui, pour nous deux lycées privés pilotes à Paris et à Lyon, nous recherchons des entreprises susceptibles de proposer à nos élèves de Seconde des sujets concrets de Responsabilité Sociale et Environnementale. En petits groupes 4 élèves, ils travailleront toute l'année sur ces sujets, avant de présenter leurs conclusions devant les entreprises partenaires, les professeurs et leurs parents.

N'hésitez-pas à me contacter si vous pensez pouvoir accompagner une de ces jeunes équipes.

Merci d'avance de votre collaboration.

Outre les fautes de grammaire et les anglicismes classiques de ce type de gérant inculte, David répondait aux désirs de Mou. Mettre de l’humanisme de pacotille dans du capitalisme sauvage. Remuer et servir bien frais aux moutons. Faire saigner un lycée, mettre une équipe au chômage et parler de responsabilité sociale et environnementale. Les cyniques patrons du cac 40, pionniers de la destruction des véritables apprentissages, commençaient ainsi leur croisade. L’école du 21 è siècle, autrement dit Saint-Hilaire, selon ce gourou, agonisait, mais David en était parti à temps. Pour les parents, la scolarité de leur fils avait coûté 34000 euros. En monde « handicapé » et soumis à la loi du marché, il fallait mieux avoir de la monnaie.

 

5 novembre.

« Ma première blonde. »

« Et donc ce bel immeuble pas encore ravalé dont les balcons me rappelaient inévitablement ma « première blonde ». C’est très impressionnant une première blonde, on ne sait jamais ce qui se passe, ce que ça vous laisse, ce que ça imprime en vous, cette portée angélique de quelque chose de frais, de léger, cette abstraction ou irréalité n’ayant aucun équivalent. De quoi garder en mémoire un archétype de perfection devant être ad libitum le summum de la féminité, non ? »                                                  

                                                                                                                                       Gérard Manset, Visage d’un dieu inca, 2011.

Ce texte de Manset me ramène également à première blonde, celle que je trimballe en pensée depuis 15 ans. Sur la première photo que je pris d’elle, elle a 19 ans, et venait pour la première fois chez mes parents. Nous étions en mars 2000. J’étais surpris de ramener une si jolie fille à la maison, gentille, intelligente, douée, cultivée, sans chichi évident. Mon meilleur ami l’avait traitée de « pimbêche » lorsque je lui avais présentée. Je les ai perdus tous les deux, à un mois d'intervalle en 2004: le pédé et la pimbêche. A l’aise avec tout le monde comme avec la chair masculine, Caroline prenait le rôle de petite amie officielle aux yeux bleus dans ma vie, m’ouvrant les portes de la liberté, de la séduction, du plaisir et du confort. Aujourd’hui, à prêt de 40 ans, elle persiste dans le mépris et le silence. Revenons alors à sa première jeunesse.

Rrrrr

La première photo de ma première blonde posant dans ma chambre d’adolescent. Sur le mur, on peut apercevoir Jacques Rigaut, Yves Tanguy, Philippe Soupault, Magritte, sa femme ainsi que deux de ses tableaux, quelques portraits de surréalistes: Crevel, Breton, Eluard, Dali, Artaud, De Chirico.

 

30 novembre.

Balavoine, encore…

A l’instar de Patrick Dewaere qui, lors de sa dernière interview télé, 3 jours avant son suicide, évoque Dieu, l’importance de sa famille et la poursuite de sa carrière cinématographique, Daniel Balavoine répond à Désirée Nosbusch, une jolie comédienne allemande de 20 ans reconvertie dans l’animation, le 6 janvier 1986, après avoir chanté pour la dernière fois L’Aziza. L’animatrice lui demande quel a été le moment charnière de sa carrière. Il lui dit que les concerts au Palais des Sports de 1984 clôturaient la première partie de sa carrière et que ses producteurs et lui avaient fait en sorte que les spectacles soient réussis. (. Le double album « Balavoine au Palais des sports » est effectivement une réussite. Le concert est électrique et les succès du chanteur ont été réorchestrés pour l’occasion.) Il parle de la sortie de son dernier album qui selon lui doit entamer le début de « ce qu’il espère être la seconde partie de sa carrière ». Balavoine comptait partir en Angleterre en février 1986 enregistrer un disque avec un groupe (dont les musiciens avaient déjà participé à Sauver l’amour) et continuer en parallèle sa carrière française « Qu’est ce qui nous attend en 1986 ? », renchérit-elle, et il évoque ensuite son spectacle qui devait avoir lieu en septembre.

« Ben, je viendrai te voir. » lui dit-elle.

« Tu es invitée, à moins que tu aies déjà acheté des places bien sûr. », répond-il.

« Euh pas trop non, ça peut se faire ! » dit-elle en riant.

« Qu’est ce qui nous attend en 1986 ? » La mort le jour de son anniversaire les attendait en 1986 puisque Désirée Nosbusch est née le 14 janvier 1965, et uniquement cela. J’ai essayé de retrouver des informations sur cette dernière interview et ce jeu tragique des dates mais Nosbusch, qui a disparu des écrans français, semble n’en avoir jamais parlé dans les médias. Pourtant elle a dû éprouver un terrible choc (comme nous tous d’ailleurs) en apprenant la disparition de l’artiste le jour de ses 21 ans alors qu'elle l'avait vu 8 jours plus tôt lui parler de ses projets. En octobre 1985, elle recevait déjà le chanteur dans une émission où il interpréta coup sur coup Dieu que c’est beau, Sauver l’amour et L’Aziza. Et une semaine avant sa mort, Balavoine faisait sa dernière télé avec elle. Ils semblaient bien s’entendre d’ailleurs ; ils se tutoyaient ; elle était mignonne, il était célèbre. Désirée Nosbusch avait fait des téléfilms assez dénudée en Allemagne avant de se reconvertir dans la présentation d’émissions pour un temps en France. Le jour de son anniversaire, elle apprend que l’homme qu’elle a vu la semaine précédente s’est tué dans un accident d’hélicoptère, emportant dans la mort les projets dont il avait parlé avec elle.

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Désirée Nosbusch et Daniel Balavoine trinquent à la nouvelle année qui allait les réunir dans la mort.

En 1985, elle donnait une longue interview surréaliste à Klaus Kinski, assis sur des rochers surplombant la mer. Un moment, l’acteur allemand pose sa tête sur les cuisses de la jeune femme et s’allonge comme pour s’assoupir en répondant, comme si de rien n’était, à ses questions. Connu pour baiser comme il respirait (et notamment sa propre fille), la scène a posteriori surprend quelque peu. 

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Klaus Kinski faisant un doigt d'honneur à Désirée Nosbusch avant de poser le plus simplement du monde sa tête contre la cuisse de l'animatrice qui l'enlace.

 

 

8 décembre.

Ecrivaillons de l’inutile.

Il faut croire que lire des auteurs morts est bien plus enrichissant que d’en fréquenter des vivants, certes médiocres, mais bénéficiant d’un certain succès, du moins d’un passage privilégié dans le monde des lettres, aujourd’hui corrompu de toute part au nom de l’argent roi et de la mort de la littérature.

Lorsque j’ai su que Laurent Binet fréquentait les cours de tennis de Pantin, je me suis empressé de le joindre afin d’étudier son jeu (!) et de le faire parler un peu de son œuvre. Il  est rare de rencontrer un écrivain contemporain qui vend beaucoup de livres. Si rapidement je lui collais quelques bulles (dont un match d’anthologie où il écopa d’un 0/6 0/6 2/6), alors qu’il occupait le même classement que moi (15/3), je ne pus le faire parler de son statut d’écrivain à succès autrement qu’en échangeant des banalités aussi confondantes que l’amateurisme de notre jeu. L’auteur du très mauvais HHhH, que j’étrillais en 2011 sur un site littéraire lors de sa sortie en livre de poche, homme sympathique au demeurant et féru de tennis, ne fut pas très bavard. Evidemment, j’attendis quelques rencontres pour aborder des discussions littéraires mais très vite, je me rendis compte que le joueur restait évasif, elliptique voire secret. Incurieux de mon expérience, ne me posant aucune question, il se contentait de répondre brièvement aux miennes, sommes toutes banales, intégrées dans des discussions de tous les jours, entre revers à une main et scolarisation de son rejeton. Avait-il eu vent de ma critique, se méfiait-il des parasites ou ne fréquentait-il que les salons mondains pour daigner parler de son travail ? J’enchaînais avec La Septième fonction du langage que je ne pus terminer. Je trouvais son style très plat et ses théories sorties tout droit des études de lettres qui l’avaient conduit jusqu’à l’agrégation (pure et simple aberration selon Paul Gadenne et moi-même !). Nous discutâmes un peu de l’adaptation ratée de HHhH (Alors que La French du même réalisateur m’avait beaucoup plu.), son roman raté, mais deux phrases suffirent à son jugement (L’homme était plus bavard lorsqu’il était sollicité par les médias, devant Ruquier ou un parterre d’étudiants en communication…). Non, seul le tennis le faisait réagir, le faisait sourire, le faisait parler, le faisait crier même. Car celui qui taisait sa relation au livre était très bavard sur le terrain, s’invectivant beaucoup, râlant, se reprochant son absence de technique, s’engueulant face à des fautes stupides. Son mauvais lancer de service, ses nombreux coups droits dans le filet, son revers irrégulier, son physique trop juste, faisaient de lui un banal joueur amateur, reflétant sportivement la médiocrité de sa production littéraire. Certes l’écrivain était plus chanceux que le tennisman. Federer pouvait mal écrire et ne rien publier, il fallait qu’il maîtrise le tennis à la perfection pour en faire son métier et gagner des millions. En 2017, le sport était bien plus exigent que la création artistique ! La littérature d’aujourd’hui prouvait qu’on pouvait être un piètre écrivain et pouvoir vivre de ce talent ! Binet, mauvais en tout sauf en concours de la fonction publique, en était la tragique incarnation. Il enchaînait les tournois pour grimper au classement ; l’homme était libre en journée, s’étant mis en disponibilité de l’Education nationale puisqu’il gagnait très bien sa vie avec des ventes dépassant les 200000 exemplaires pour chacun de ses deux romans. J’avais avec Laurent Binet les mêmes discussions qu’avec les autres joueurs du club qui eux ne lisaient pas grand-chose et avec lesquels discuter littérature relevait de la science fiction. Au bout d’un an de relations sportives et de victoires sur Binet, je me permis de lui demander un ou deux contacts pour qu’enfin je puisse publier une œuvre, en l’occurrence L’Ecole des cancres qui me tenait à cœur. Il accepta, sans me demander le moins du monde de quoi il retournait, si j’écrivais beaucoup, quelles études j’avais faites, quel était mon parcours, etc. Binet avait reçu le prix interallié pour La Septième fonction du langage. En recherchant les lauréats des années précédentes, je tombais sur Malraux, Bost (l’un de mes écrivains préférés), Nizan (qui avait accompagné ma jeunesse rebelle), Vailland, Perret, Haedens, Rouart, Houellebecq, Schneider, tous lus et appréciés depuis des années. Mais Binet appartenait à une seconde catégorie, celle des médiocres plumitifs que l’on couronnait depuis 30 ans, les Beigbeder (l’imposteur mondain des lettres), Ono- di-Biot (auteur d’un livre infâme : Birmane), Haenel (coupable de l’horrible Cercle), B-H L (coupable tout court) qui s’arrachaient également le prix, le réduisant à rien, à la pire littérature contemporaine qui soit. Binet, le mauvais écrivain, le piètre joueur de tennis, semblait écrire comme mon boulanger produisait des baguettes, avec indifférence, sans passion ou cachait bien son jeu face au chômeur marginal qui écrivait dans son coin, confronté à l’indifférence totale de la planète Edition. Rien ne transparaissait de son accointance à la littérature, et de son désintérêt pour un médiocre inconnu comme moi. Lors des changements de côté, je m’efforçais de créer un échange, je prenais des nouvelles de son fils, le questionnais sur ses tournois, m’intéressais à ses projets. De son côté, rien. Je cessais donc de parler et me contentais de matraquer son revers. C’est ce qu’il venait chercher sur les courts de terre battue, alors je me contentais de lui renvoyer la balle. Trois jours plus tard, il me donna deux noms : son attaché de presse et son éditrice. A question succincte, réponse succincte ! Il n’empêche que Binet m’avait répondu, ce qui était déjà une surprise dans ce monde marqué par l’égoïsme et l’indifférence pour son prochain.

 

Hitler’s madman: Critique de HHhH de Laurent Binet (2011)

Heydrich (1904-1942) fait partie de ces bourreaux dont on parle peu (est-ce un mal au final ?) mais dont le destin fascine encore les historiens et les artistes. Grand, sec, d’apparence assez laide et fou pathologique, L’Homme au cœur de fer comme le surnommait Hitler est resté tristement célèbre pour ses exactions ignobles et sa cruauté innée. L’opération Anthropoïde qui consista à supprimer « Le boucher de Prague », comme on l’appelait également, contient elle aussi tous les ingrédients pour fasciner. C’est ce qui compose le roman de Laurent Binet qui décrit d’un côté l’ascension de l’officier nazi et la préparation de son attentat par deux hommes volontaires et courageux : le tchèque Jan Kubiš (1913-1942) et le slovaque Jozef Gabčík (1912-1942). Le titre du livre est l’abréviation de Himmlers Hirn heiβt Heydrich qui signifie : « Le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich. ».

Le péché actuel du roman historique est de montrer au lecteur le livre en train de s’écrire afin de faire croire qu’il se lit au moment même où l’écrivain compose ; comme pour donner l’illusion d’une certaine simultanéité entre auteur et lecteur. Autrement dit, le temps est fini où l’on proposait une vision d’un fait historique, il faut maintenant commenter à tort et à travers la propre substance de son récit dans une espèce de littérature-réalité – pour utiliser un néologisme qui reprend les pires créations télévisuelles actuelles – . Et c’est ainsi que tout le roman de Binet est construit : entre mélange de faits réels, de création littéraire et de questionnement autour du projet. Si l’on est porté par la narration et l’importance biographique des personnages ayant connu un destin incroyable, on n’est nettement moins convaincu par ces sempiternelles digressions sur le choix de telle phrase, par l’intérêt de tel moment historique ou par l’insertion d’états d’âme de l’auteur. En deux mots, là où avant l’écrivain se posait évidemment la question de mettre ou d’intercaler tel ou tel paragraphe, Binet, dans une espèce de fausse volonté sincère, nous met par écrit ses réflexions pour nous dévoiler le fin fond de sa pensée. Au point de revenir lui-même sur des éléments qu’il a déjà écrits et qu’il finit par contester !

Pour un soi-disant spécialiste de l’affaire, Binet n’aurait pas dû passer si vite sur les deux films qui relatent l’attentat contre Heydrich (à défaut d’avoir évoqué deux téléfilms mineurs sur la question…) : Les bourreaux meurent aussi et Hitler's Madman. Déjà parce qu’ils ont été réalisés par deux grands réalisateurs du siècle dernier : respectivement Fritz Lang et Douglas Sirk, mais aussi et surtout parce qu’ils permettent, non pas de s’accrocher à une vérité historique fiable, mais de comprendre l’atmosphère qui régnait sous les nazis et la folie de leur régime en rappelant que ces deux œuvres ont été tournées la même année que la mort d’Heydrich, en 1943, donc couvrant une actualité plus que brûlante. De plus, le film de Sirk, même si le côté pastoral peut faire sourire, est assez réaliste, notamment en faisant tourner John Carradine, saisissant de ressemblance physique avec le boucher de Prague, en consacrant son scénario sur Heydrich et les terroristes, et en situant l’action à Lidice, la petite ville éradiquée par les nazis en signe de représailles le 10 juin 1942.

Si l’auteur est passionné par son sujet, le ton qui y est employé laisse parfois à désirer. Toujours très sûr de lui et assez critique vis-à-vis de ses « collègues » qui ont pu écrire sur cette période, son petit côté donneur de leçon peut énerver. Car Binet a voulu trop en faire, et en homme quelque peu impudique, n’a pu enlever son petit ego de chercheur de l’immense tragédie qu’il tente (malgré des qualités indéniables) de nous faire revivre. La manière qu’il a de juger des faits avérés par d’autres, des détails sans importance (comme la couleur de la voiture d’Heydrich) ou de pleurer sur les morts et d’insulter les méchants, montrent l’étendue narcissique de son projet. Sur un tel sujet, la distance et la rigueur restent le meilleur hommage que l’on peut rendre aux victimes et aux dignes saboteurs…

Binet, dans ce roman, fait preuve d’immaturité avant tout, et malgré quelques séquences qui donnent  à voir (outre que son livre se lit assez facilement et reste intéressant d’un point de vue purement historique), produit un texte qui va bien en deçà du fait connu proprement dit. A mélanger les genres, on se perd aussi dans sa vision de l’Histoire, ce qui est un peu navrant… Par exemple P. 260, il donne une interprétation du génocide tout à fait personnelle voire très contestable : « Il [Heydrich] aura mis tout de même un certain temps avant d’arriver à cette conclusion que ses Einsatzgruppen ne constituaient pas forcément la solution idéale pour régler la question juive. (…) Ils auront eu besoin de plusieurs mois pour comprendre l’un et l’autre qu’un tel procédé faisait entrer le nazisme et l’Allemagne dans une sphère de barbarie qui risquait d’attirer au IIIè Reich la condamnation des générations futures. Il fallait faire quelque chose pour remédier à cela. Mais le processus de tuerie était si engagé que le seul remède qu’ils trouvèrent fut Auschwitz. » Pire, Saint John Perse en prend pour son grade en trois phrases: « Cette révélation tardive doublée d’un bon mot ne suffit pas à rattraper son attitude infâme. Saint-John Perse s’est conduit comme une grosse merde. Lui aurait dit, avec cette préciosité ridicule de diplomate compassé, « un excrément ». Sans oublier le président de la Tchécoslovaquie, Emil Hácha qui, devant l’évidence d’une occupation allemande aux portes de son pays tel que le raconte le livre, décide de capituler devant le Führer qui lui promet un bain de sang immédiat. Et bien Binet, de son statut de professeur de lettres de banlieue en paix à 70 ans de distance,  le traite « d’imbécile » (P.127) !

Encore une fois, le sujet se prêtant à une enquête tout à fait intéressante sur la résistance du peuple tchèque face au monstre que fut Heydrich, le roman (qui n’en est évidemment pas un, mais aujourd’hui qui fait la différence ?) de Laurent Binet se lit avec un certain plaisir. Mais ses digressions autobiographiques et ses questionnements sur son propre récit lassent un lecteur qui attend de ce genre de « romenquête », tel qu’a pu le définir Bernard-Henri Lévy, autre chose qu’une manifestation narcissique et vaine sur le genre littéraire et l’Histoire moderne.

A lire pour l’intérêt historique et l’hommage à la résistance tchèque dont Jan Kubiš et Jozef Gabčík furent les symboles d’une résistance martyre.  

Juin 2011

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Je rencontrais Jean-Baptiste Naudet dans un restaurant japonais de la rue Coypel où j'ai pour habitude de déjeuner avec mon ami Clément. Son livre La Blessure traînait sur le comptoir alors que Clément était en train de régler pour nous deux. Je manipulais le livre dédicacé lorsque le gérant nous expliqua que l’auteur, habitant au dessus, et venant régulièrement s'approvisionner en sushi, le lui avait offert. En effet, la dédicace revenait ironiquement sur le fait que Naudet avait pu écrire ce texte grâce à cette bonne nourriture qui lui avait permis de tenir le coup. Le type débarqua au même moment récupérer son plat lorsqu'il nous vit avec son roman entre les mains. Il se tourna vers nous et nous parla instinctivement de son livre. Le journaliste du Nouvel Observateur, la cinquantaine bien tassée, le foulard vert-bobo autour du coup, le visage défait par l'alcool et le désespoir, crachait par intermittence dans un mouchoir tout en nous racontant la genèse de son récit. Sa mère qui avait fait une dépression suite à la mort de son premier amant durant la guerre d'Algérie 20 ans après les faits, la découverte d'une correspondance passionnée entre les deux amoureux, puis le récit biographique des traumatismes qu'avait subis le journaliste au retour de ses reportages de guerre composaient ce premier roman. Je lui demandais comment il avait pu trouver un éditeur et celui ci de me répondre qu'il avait confié son texte à Olivier Rubinstein, un agent littéraire parisien réputé qui s'était occupé de le proposer un peu partout. Curieux de lire son ouvrage, je lui proposais de le chroniquer pour un site littéraire. Il accepta et me remit un exemplaire de La Blessure. Il me proposa ensuite d'écrire à Rubinstein après que je lui ai parlé brièvement de mon travail littéraire. En rentrant, je me rendis compte que son livre avait déjà été critiqué sur le site. Je m'en excusais et lui proposais à la place un petit entretien écrit portant sur son projet. Il accepta en me répondant « C'est tout comme vous voulez! ». Je bouclais son récit en trois jours, pas vraiment emporté par le style, ni par cette correspondance redondante et sans grand intérêt. Seuls les rares commentaires sur son vécu de reporter de guerre et ses traumatismes violents ont pu m’intéresser. Il est clair que Naudet n 'était pas un écrivain et que son livre, en dépit de cette histoire familiale tragique, était loin d'être passionnant. Je lui envoyais néanmoins mes questions auquel il ne répondit pas.

1-Jean-Baptiste Naudet, La Blessure est votre premier roman, pourriez-vous vous présenter en préambule de cet entretien et nous révéler la genèse de ce roman?

2-Comment passe-t-on du reportage à la fiction, du moins à l'écriture d'un roman autobiographique? Avez vous travaillé différemment? Après tout, votre livre s'inspire également de faits concrets.

3-La première chose qui frappe dans La Blessure, c'est que cette vision de la guerre d'Algérie correspond à ce qu'on a déjà pu lire ou voir au cinéma: un sentiment d'ennui, d'injustice, de solitude ainsi que des grands espaces, puis un impact de violence et un déchaînement de haine. Quelle vision aviez vous de cette guerre avant de faire des recherches sur votre famille et d'entamer votre récit? A-t-elle changé après coup?

4-Ce roman a-t-il agi sur vous comme une thérapie?

5-Comment expliquez vous votre choix narratif? En cela, acceptez vous le terme de "roman"?

6-Parlez-nous du travail que vous avez fait sur la correspondance entre Robert et Danielle, les deux protagonistes principaux de cette histoire d'amour épistolaire en temps de guerre?

7-Comment expliquez vous votre choix de carrière, eu égard à ce drame familial?

8-Votre livre est un récit âpre, sans concession. Quel a été pour vous le sens que vous donniez à ce projet? Et par conséquent, votre propre définition de la littérature?

9-Il est très agréable de ne pas retrouver le style journalistique chez un reporter qui produit un roman? Avez-vous pensé à cela en l'écrivant?

10-Quels sont les écrivains qui vous ont accompagné, y compris durant vos reportage de guerre? Avez vous subi l'influence de tel ou tel?

11-Il y a des éléments très personnels dans ce livre vous concernant. Pourquoi ne pas avoir envisagé plutôt un témoignage sur votre expérience?

12-Êtes vous sur un autre projet littéraire ? Le journalisme fait-il encore partie de vos préoccupation?

Rubinstein quand à lui a confirmé la réception de mes trois textes; un mois après les lui avoir renvoyés, je n'ai reçu aucune nouvelle de lui. Et au moment où j'écris ces lignes, un acheteur vient de me commander La Blessure en ligne, ce qui va me rapporter 6.91 €, le prix d'une telle lecture et de son mépris vis à vis de mes questions. La littérature actuelle semble correspondre de façon assez nette à ceux qui la produisent...

 

14 décembre.

Lorsqu’on prétend siéger aux plus hautes fonctions de l’état, on a un programme d’éradication de l’islamisme terroriste au point, surtout après les cinq dernières années terroristiques. Malheureusement, la grotesque clique macronienne (Castaner en ministre de l’intérieur est assez pathétique, prenant des postures de chef de guerre alors qu’il serait bien plus crédible en organisateur de gay pride) ne fait pas mieux que les gouvernements précédents en accumulant les erreurs, les lois laxistes et l’obsession droit de l’hommiste qui permettent aux djiadistes de faire feu sur la population le plus tranquillement du monde. Le 12 décembre à Strasbourg, un homme de 29 ans, fiché S, multirécidiviste (traînant 27 chefs d’inculpation depuis 15 ans), endoctriné en prison, a tué cinq personnes sur le marché de Noël. Il a été abattu hier soir après une cavale dans les rues de la ville. Il avait été perquisitionné le matin même du massacre mais le type était en balade. On a retrouvé des grenades mais rien n’a été efficacement mis en place pour l’empêcher de pénétrer sur le marché de Noël et d’abattre froidement des passants alors qu'il était recherché depuis le matin même. L’un était coréen, en vacances à Strasbourg, flingué par l’incompétence de nos dirigeants. Trois semaine durant, des « gilets jaunes », mouvance contestataire spontanée, formée de chômeurs, de prolétaires et de classes moyennes peu politisés, manifestaient, non sans violence, pour que le technocrate-LGBT Macron retire de nouvelles taxes sur l’essence. En trois semaines, le sociétal libertaire faisait face aux deux grands maux de ce début de millénaire qu’il a pleinement fait progresser : l’inégalité sociale généralisée et le terrorisme religieux. Le premier est dû à la définition même du libéralisme qui laisse banques et entreprises décider du climat économique d’un pays, c’est-à-dire en faisant prédominer l’enrichissement personnel sur la redistribution des richesses et des salaires. Le second découle du premier, en permettant l’élargissement d’une l’immigration non diplômée, non assimilée, mal payée, laissant s’implanter une religion incompatible avec la notre. Chacun des terroristes ayant commis son bain de sang faisait partie de la petite et grande délinquance avant de disjoncter religieusement. 35 ans de crise sociale et de laxisme républicain entraînent ce type d’aberration. Des employés payés 1250 euros qui manifestent depuis un mois, et des enfants d’immigrés vivant sur un sol laïquo-catholico-musulman qui massacrent du mécréant. 

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